Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

09 novembre 2009

Quand la science et la fiction se rejoignent

Quand l’humain s’habille du robot

Exosquelettes : usage civil

Pour donner aux hommes des capacités de robots, l’une des pistes mise en œuvre actuellement est l’emploi d’exosquelettes. Un exosquelette est un dispositif mécanique dans lequel la personne s’installe, comme Icare dans sa gangue de cire pour avoir des ailes et voler dans la mythologie grecque. « Vous le portez, c’est tout. Comme votre peau, comme vos vêtements » spécifie Juan Rico dans « Etoiles, Garde à Vous ! » (Starship Troopers) de R. A. Heinlein « Il prend ses ordres directement de vos muscles et il fait plus qu’eux ». En accompagnant les mouvements des muscles, il augmente les capacités physiques de celui qui le porte comme le font les bottes de sept lieues du Petit Poucet dans conte. Ce système emploie une source d'énergie embarquée (autonome) et trouve des applications à la fois dans le domaine civil et militaire.

Les usages civils permettent soit une aide simple, soit une restauration de fonctions dégradées, soit une amélioration de fonctions existantes [1]. « A l’intérieur, se trouvent des capteurs de pression, par centaines. Supposons que vous appuyiez sur quelque chose avec la paume : le circuit perçoit cette pression, il l’amplifie, il appuie avec vous pour supprimer la pression exercée sur les récepteurs qui ont, justement, déclenché l’ordre d’appuyer. » détaille Juan Rico dans « Etoiles, Garde à Vous ! ».

Au japon, l’Université de Nagoya a ainsi proposé un système permettant de soulager les muscles d’ouvriers travaillant en permanence les bras en l’air [2]. L’exosquelette ReWalk [3] développé par la société Argo Medical Technologies est destiné à faire marcher des paraplégiques. Le Power Pedal de Matushita Electric [4] aide le déplacement de personnes affaiblies des jambes et permet d’amplifier jusqu’à sept fois la puissance musculaire fournie. Pour des personnes ayant des difficultés à faire certains mouvements, HAL (Hybrid Assistive Limb) [5] [6], développé par une société japonaise Cyberdine, apporte une aide musculaire sur les membres inférieurs et supérieurs. Et un modèle de l’Institut de Technologie de Kanagawa [7] autoriserait de soulever une masse de 100 kilos comme si elle n’en pesait que 50. Les tenues complètes sont relativement lourdes à porter, mais le poids est également compensé par le système lui-même, comme le décrit très bien R. A. Heinlein : « Tout équipé, il doit peser dans les deux mille livres. Pourtant dès qu’on vous a bouclé à l’intérieur, vous courez, vous sautez, vous pouvez vous étendre, prendre un œuf sans le casser […]. »

Dans le film « Apple Seed - Ex Machina » de Shinji Aramaki qui s’inspire du manga « Appel Seed » de Masamune Shirow, des travailleurs portent eux aussi de tels équipements, par exemple, pour décupler leur force au transport de lourdes charges. Dans ce même manga, les deux personnages principaux faisant partie des forces de l’ordre, Deunan et Briareos portent des exosquelettes pour combattre et se déplacer (modules volants).

Ainsi, l’usage des exosquelettes ne se limite pas à l’aide aux personnes handicapées ou l’aide aux travailleurs, il présente également un intérêt pour les militaires qui vient en eux un moyen d’améliorer les soldats.


[1] http://pagesperso-orange.fr/jp.guihard/memoire/biard/Biard.pdf

[2] http://www.physorg.com/news122543315.html

[3] http://www.argomedtec.com/

[4] http://www.gizmodo.fr/2007/06/18/un_exosquelette_pour_les_gambe.html

[5] http://www.cyberdyne.jp/English/robotsuithal/index.html

[6] http://robotimpact.free.fr/index.php?option=com_content&task=view&id=427&Itemid=1

[7] http://www.gizmodo.fr/2007/10/08/un_exosquelette_de_superheros.html

05 novembre 2009

Appel à feuilleton

Pour tenir en haleine les lecteurs du dimanche,
nous vous proposons d'écrire un feuilleton sur le thème
"Vents".

Il fera entre quatre et douze épisodes.
Chaque épisode sera indépendant, comportera une chute et laissera planer le suspense sur le sort des héros... jusqu'à l'épisode suivant.

Envoyez-nous le feuilleton complet, clairement découpé (avec, si possible, un résumé en tête de chaque épisode).

Vous avez jusqu'au 30 novembre 2009 pour envoyer votre oeuvre

à l'adresse suivante :
fanesdecarottes (chez) yahoo (point) fr

ou

contact (chez) fanesdecarottes (point) net.

Notez que vous pouvez également interpréter cet appel sous forme graphique
(format JPG, GIF ou BMP).

Pensez, si vous êtes un nouvel auteur,
à joindre à votre mail, une photo et une biographie.

Et vous recevrez, comme d'habitude, un accusé de réception dans la semaine.

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04 novembre 2009

Appel : jeu des Inventions de savants fous

Faites trotter vos vélos dans vos têtes,
activez vos engrenages,
faites siffler la vapeur...
nommez et dressez les plans de vos
inventions de savants fous.

Envoyez vos œuvres
à l'adresse

fanesdecarottes(chez)yahoo(point)fr

ou

contact (chez) fanesdecarottes (point) net

avant le 15 décembre 2009.

Joignez-y
(comme d'habitude)
une courte biographie et une jolie photo.

Vous recevrez un accusé de réception dans la semaine.

* * *

Et n'oubliez pas notre appel en cours ouvert jusqu'au 15 novembre 2009 :

Le jeu des 5 sens

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03 novembre 2009

Appel : Numéro de février

Pour février,

voyagez dans un futur antérieur,

revenez
« au temps des calèches à vapeur. »

Vous pouvez nous envoyer

un texte

(format word, 10000 signes maximum)

et/ou

un visuel

(dessin, bande dessinée et strips, photo, collage, etc.
format JPG, GIF ou BMP)

Vous avez jusqu'au 15 décembre 2009

pour nous envoyer vos œuvres 
à l'adresse habituelle

fanesdecarottes (chez) yahoo (point) fr

ou à

contact (chez) fanesdecarottes (point) net.

Si ce n'est déjà fait, pensez à y joindre une courte biographie et une photographie.

* * *

Et n'oubliez pas notre appel en cours ouvert jusqu'au 15 novembre 2009 :

Cassandre

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02 novembre 2009

Edito de novembre – eau de rose

Ari se sentait prodigieusement agacé. Il lui semblait difficile de se concentrer sur la conduite du spatiotank 2010 que la compagnie lui avait confié en raison du bavardage incessant de S’Ali à l’arrière du véhicule. « L’eau de rose © est un fluide révolutionnaire, une eau purifiée dans laquelle nous avons fait infuser divers actifs régénérants et euphorisants et des phéromones envoyant des signaux de séduction clairs, destinés à faciliter l’abord de partenaires occasionnels ou durables ; la campagne de publicité ne devrait pas être difficile à mener, il nous suffira de faire infuser, cette fois, quelques clichés bien choisis dans les rêveries artificielles de nos clientes en institut et d’accompagner dans un premier temps le produit d’un roman de B’Arbara K. Qu’en pensez-vous ? »
La première fois, Ari avait donné son avis (il lui semblait que les romans de B’Arbara K. étaient plutôt lus par les hommes, en tout cas, lui, il ne se privait pas pour en dévorer un de temps en temps entre deux courses, d’ailleurs B’Arbara K. était le pseudonyme de Sigmund D., ne le savait-elle pas ?…), mais il s’était avéré que S’Ali ne s’adressait pas à lui et répétait seulement quelques bribes de sa présentation.  Elle avait réitéré cinq ou six fois sa question au cours du trajet sans attendre de réponse. Pire, lorsqu’il s’était arrêté pour recharger la batterie stellaire de l’engin, elle s’était approchée de lui, nimbée de l’aura captivante du produit en question, et il n’avait pu que céder à ses grands yeux gris aussi profonds et inquiétants qu’une mer d’automne et à la chaleur de ses mains sous le tissu rêche de son uniforme. Il savait qu’une femme comme S’Ali lui demeurerait inaccessible et il se détestait d’égarer ses mains dans sa chevelure argentée, mais il devait s’avouer que les longs baisers de l’insupportable bavarde ne le laissaient pas indifférents.
L’instant d’après, elle reprenait sa place à l’arrière et son discours de présentation à un auditoire imaginaire, et Ari revenait à ses plans de pilotage et à la raison. Sur l’écran de contrôle, il constatait que l’ovale du visage de sa passagère était trop parfait et que l’arc noble de ses sourcils lui donnait un air par trop altier. Tout cela ne correspondait absolument pas à son idéal féminin. Il s’agirait la prochaine fois de faire sentir par quelque sarcasme à la jeune femme qu’il n’était pas homme à répondre à ses moindres désirs (il rejeta loin de sa pensée le souvenir de sa peau agréablement zébrée) et que l’utilisation de l’eau de rose © dans un contexte professionnel était une faute grave, qu’il pourrait révéler à ses supérieures.
« J’aimerais tenter en direct une petite expérience qui serait à même de vous convaincre de l’intérêt de l’eau de rose © en entreprise. Voudriez-vous vous approcher, oui, vous, là-bas ? disait S’Ali en braquant son regard de pierre sur la caméra de contrôle.
_ Il n’en est pas question, vous entendez ? protesta Ari en se concentrant sur sa conduite. »
Mais il s’avéra qu’elle ne s’adressait pas à lui et elle répéta plusieurs fois cette invitation au cours du voyage. Quand Ari la déposa devant les triples portes coulissantes du pavillon des congrès, il poussa un soupir de soulagement. Il ne la vit pas se retourner sur son corps d’éphèbe maladroit et sourire au souvenir de ses joues rosissantes. 
***
Quand Ari rencontre S’Ali (en 2070), comment se déroule leur histoire ? (à votre avis ?)

Au mois de novembre, croisière sur eau de rose : embarquez !


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01 novembre 2009

Numéro de novembre - An III

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photographie : InFolio

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31 octobre 2009

Les auteurs d'octobre

CACOUNE

AutoportraitW_1_

Je sais ce que je ne suis pas,
ce que j'ai fais et ce que je voudrais.

Le reste je l'écris.

BLOG : Nulla dies sine linea / Mot compte triple

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INFOLIO

Auteurs___photo___InFolio

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.

BLOG : InFolio dans tous ses formats

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MAP

Auteurs___photo___MAP

Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !

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MARTINE27

martine27

Alors voyons voir ! Qui sommes-nous ? Une partie de moi aime lire des policiers et du fantastique, marcher armée de mon APN, nager sans mon APN, me plonger de temps en temps dans la pâte à modeler et l'autre partie, sur laquelle je n'ai guère de prise, prend plaisir à inventer des petites histoires qui m'étonnent toujours quand elle me laisse les lire. Toutes les deux nous avons plaisir à tenir notre blog et nous vivons au milieu d'un petit monde bizarre peuplé d'une Mémé Célestine et d'un Pépé Athanase, d'une Mimi rousse et de son chat bleu Tom, d'un lutin de placard prénommé Elfie et depuis peu d'un dragon à réaction répondant au gentil nom d'Errol. Tout cela supervisé par notre chatoune Thalis qui a bien voulu nous prêter ses adorables oreilles et son charmant museau.

BLOG : Mon carnet à malices

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PANDORA

Auteurs___photo___Pandora

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …

Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…

BLOG : Les poèmes de Pandora

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ALEX PONTERIE

alex

Les historiens affirme qu'Alex Ponterie serait né quelque part entre Copacabana et Phnom Penh aux alentours de 1468 ou 2007 (deux grandes écoles d'Histoire se disputent sur les dates exactes). Il grandit normalement : Debout.

Il commença à écrire à l'âge de quatorze ans, non pas pour coucher tous ses sentiments sur du papier en espérant l'offrir au monde, mais plutôt pour coucher toutes les filles sur un lit et  s'offrir du bon temps. Mature comme un chimpanzé de six mois et instruit comme une chaise, il s'efforce tout de même à faire partager les idées saugrenues qui traversent son esprit "parental advisory explicit content".

Au style parfois brouillon, à l'orthographe approximative et à la conjugaison dilettante, on ne peut pas toutefois l'accuser d'être politiquement correct... ni correct tout court d'ailleurs.

Il aime les promenades en vélo, les soirées entre amis, torturer des chatons, les petits pois. Fumeur : occasionnel ; Enfants : pourquoi pas un jour.

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SEBASTIEN

S_bastien

Petit, Sébastien eut un rêve issu du monde du silence : devenir océanographe. Aussi il fit des études littéraires. La vie souffle souvent vers l'inattendu mais la vie, souvent, a ses raisons : son expérience aquariophile fut un désastre sans nom. Enfin, surtout pour les poissons.

Abandonnant le rêve de l'océan pour l'océan des rêves qu'est la lecture, il fit des expériences d'immersion totale dans les livres, lisant tout ce qui le touchait, et même au-delà. Il testa également l'écriture en caisson isobare : souvent seul, à mille mètres de profondeur, bien loin des regards. Il fit quelques clapotis en surface, coanimant un atelier d'écriture dont il co-diffusait les travaux oulipiens sur les ondes joyeuses de la radio universitaire.

Puis il quitta l'océan des rêves pour la terre ferme : lire ne fait pas manger et il entreprit d'avoir un travail. Ce qu'il fit, loin des livres. Parmi les petits et les grands bonheurs de sa vie terrestre il cite volontiers la naissance de son petit Matisse.

De temps à autre, on le voit vaquer dans de drôles de labyrinthes, à la recherche sans doute de ces embruns dont il garde le souvenir du parfum enivrant.

L'observateur attentif notera qu'il fréquente depuis peu un drôle de potager. D'ailleurs son profil suggère qu'il devrait se mettre, dare-dare, au régime de carottes.

BLOG : Labyrinthes avec vue

* * *

Ce numéro a été mis en ligne par

Ekwerkwe, InFolio, Rose, et Sebastien.

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Courrier des lecteurs d'octobre

L'an III de votre blogzine de (science) fiction a démarré tout feu tout flamme avec de nombreuses et flamboyantes participations à l'appel Bûchers.

Le feu céleste de MAP a allumé un incendie déclenchant un péril en la demeure. Quelques sorcières (et parfois des herboristes avec Martine27) ont vécu des mésaventures tel un déménagement impromptu (cacoune). Pandora nous a présenté un sacrifice, et Alex Ponterie le jugement d'un satyre à la langue bien pendue. Un peu plus inoffensif, Pandora et Sébastien ont fait brûler les flammes d'un cairn, InFolio a perpétué des traditions familiales, et Cacoune s'est consumée dans les transports

Ce numéro contient aussi quelques portraits de lecteur : MAP nous explique comment lire un avenir ensoleillé, et InFolio nous montre qu'il est bon de lire au soleil.

Et un rituel est respecté, la science et la science-fiction se sont rejointes sur nos pages avec l'introduction d'un nouveau thème : quand l'homme devient robot.

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29 octobre 2009

Bûchers - 9

« Y a moyen de négocier ! »

Alex Ponterie

- « Putain, six mois qu'ils me font pourrir dans cette cellule depuis mes aveux. »

Je pense avoir fait le tour de ma petite chambre généreusement prêtée par ces chers messieurs de l'inquisition. J'ai bien cru mourir d'ennui, seul, dans cette pièce froide et sombre. Mais le fait est, j'ai eu le temps de le constater, que je n'étais en aucun cas l'unique résident. J'ai comptabilisé, en quelques mois, cent quatre-vingt sept cafards, cinquante deux rats, une centaine d'araignées dont onze espèces différentes, une multitude d'insectes et cloportes en tout genre et même deux couples de chauves-souris qui venaient parfois s'abriter dans ma douce demeure. Il faut souligner le peu de volonté dont  mes geôliers ont fait preuve pour me divertir de ma solitude moribonde. J'ai bien essayé de leur parler, mais je pense, que le niveau de recrutement dans ce corps de métier est très en dessous de ce qu'il devrait être. Il doit se limiter à réciter un grand nombre d'insultes et de tester la résistance des phalanges lors d'un rouage de coups en bonne et due forme.

Et pourtant… Ce n'était pas faute d'avoir essayer de briser cette glace que leur professionnalisme oblige de maintenir entre eux et moi. J'ai tenté tout ce qu'il était possible : politique, religion, cuisine, jardinage, technique de torture, sexe, famille, et autres fadaises diverses. Dans le meilleur des cas, je n'ai eu droit qu'à des crachats au visage, mais la plupart du temps mes tentatives pour créer du lien social se soldait par une raclée mémorable. J'ai donc arrêté toute stimulation amicale à ma dernière molaire cassée. J'attends ma libération. Impatiemment.

Si j'ai bien compris, je serais libéré après une punition dont je n'ai pas bien saisie la teneur exacte. D'ailleurs, je n'ai pas non plus très bien compris de quoi l'on m'accusait. Il faut dire que l'inquisiteur, avec ses grands airs, me parlait seulement en latin ou en espagnol. Ma langue natale est le français et j'ai toujours été attiré par les langues anglo-saxonnes qui, je pense, sont beaucoup plus mélodieuses à l'oreille. De toute façon, par delà les considérations linguistiques, le tisonnier du bourreau et la multitude d'heures en apnée forcée dans une eau glacée m'auraient fait avouer tous les plus grands crimes du royaume commis ces dix dernières années. J'ai assumé totalement ma lâcheté et ma docilité peu virile lorsque j'ai acquiescé de la tête à la sempiternelle question incompréhensible que me posait le petit teigneux de l'inquisition.

Mais, c’est bizarre, j'ai un mauvais pressentiment. Je n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Les gardiens ont été particulièrement gentils avec moi hier soir. Cela a essentiellement consisté à ne pas me frapper sans raison ou me servir un repas sans le jeter contre le mur du fond du cachot. Bon, faut pas déconner, la bouffe était comme d’habitude : la gastronomie carcérale se doit quand même de maintenir sa réputation. Je suis sûr qu’on lui décernerait le prix de la meilleure arme de destruction massive si elle était servie dans le camp ennemi.

Aujourd'hui, je crois que c'est le grand jour. Je dois recevoir cette fameuse punition en public. Je me demande en quoi elle consiste ? J'opterais plutôt pour un jet de diverses ordures par des enfants plein de malice ou un truc du genre ! Au pire, me dis-je, je recevrai des coups de bâtons… Cela ne m'enchante guère, car voyez-vous, je me targue d'avoir gardé une peau de jeune homme grâce à des soins assidus. Cela me donne l'air d'être beaucoup plus jeune que je ne le suis. Cette punition va anéantir tous mes efforts d’une vie, car évidemment ma peau délicate marque très facilement.

J'entends des pas dans le couloir. La lourde clef s'enfonce dans la serrure et la porte du cachot s'ouvre sur deux de mes geôliers.
- «  Allez, mon gars, c'est l'heure. Dépêche-toi ! », grogne le plus grand des deux.
- «  Oui, j'arrive. Par contre j'aurais aimé avoir une petite précision. Qu'est-ce qu'on va me faire au juste ? »
Les deux hommes se regardent interloqués et se mettent à rire, goguenards, comme des poivrots dans une taverne. Le plus grand des deux me prend par le bras et me fait sortir dans le couloir.
- «  Tu vas au bûcher le bavard. T'inquiète pas c'est juste un sale moment à passer, mais ça va vite », me dit le plus petit en s'efforçant de contenir son rire.
- « Comment ça le bûcher ? Vous voulez dire qu'on va me faire brûler, avec les bûches, la torche et tout et tout. »
- « Bah oui ! On t’invite pas à une partie de chasse, abruti ! ha ha ! »
- « Ah mais non ! Je ne suis pas d'accord : je trouve que ce châtiment est disproportionné ! D'autant plus que je n'ai rien fait et que je ne connais même pas le chef d’accusation dont je fais l’objet. Je demande à parler à un supérieur, à un seigneur, enfin à n'importe qui sachant faire autre chose que de brailler en latin, d’éprouver la solidité des articulations  ou encore de maintenir la tête d'un homme dans la flotte ». Le plus grand s'arrêta et m'assena un grand coup de poing dans la ventre. L'effet escompté fut immédiat, je tombai sur mes genoux, le souffle coupé.
- « Aaaah voyez-vous ça ! Monseigneur le précieux proteste, Monseigneur le bavard ne veut pas recevoir son châtiment, fit-il d’une voix haut perchée. M'oblige pas à t'abimer la tronche ! Tu dois être présentable pour tes fans. Dis-toi qu’cette punition c'est pour le salut de ton âme : T’as Satan en toi. Ca va l’faire sortir ! » L'énormité de cette assertion me mit dans une colère incontrôlable et je trouvais le courage nécessaire pour riposter durement.
- « Satan est en moi ??? Mais c'est quoi cette connerie. Vous croyez pas que si j'avais un connard de deux mètres cinquante, avec des pieds de boucs et des cornes de vache à la con, s'était emparé de mon corps, je ne serais pas le premier averti ? Vous êtes pas bien les gars. Faut vous nettoyer le ciboulot !  Parce qu’il y a un putain de mulot qui y trottine apparemment. » C'est au tour du plus petit de me lancer son genou dans le visage. Mon nez réagit comme il devait réagir. Il saigna.
- «  Mais t'es con, lança son compère, il saigne maintenant. On va encore se faire engueuler. Le patron veut pas que les condamnés soient trop amochés. Paraît que ça les rend plus sympathiques auprès de la populace. »
- « Ah ouais, c’est vrai ! Oh, désolé ! mais faut bien qu'il ferme sa gueule », dit le geôlier au genou généreux en tentant de m'essuyer le sang avec sa tunique.

Vingt minutes plus tard, je me retrouvais attaché à un poteau sur un amas de bois et de brindilles fraîchement coupés. Un homme très bien habillé, sans doute le seigneur de la région, s'avança vers moi avec une démarche très théâtrale, le visage exagérément sévère. Un homme d'église obséquieux et le petit teigneux de l'inquisition lui emboitaient solennellement le pas. Ils se placèrent entre le bûcher et la foule. Le notable toussa deux fois pour clarifier sa voix et s'adressa à la plèbe.
- «  Mes chers amis, nous sommes ici pour appliquer la sentence divine. Cet homme, que Dieu ait son âme, a eu la faiblesse de succomber aux charmes du démon. Et il a ... »
- « Hé ho ! excusez-moi ? »
- « Qui y a t-il ? », répondit le seigneur en se retournant vers moi.
- « Est-ce que je pourrais vous dire quelque chose? »
- « En fait, non. Je ne sais pas si vous voyez, mais ce n’est pas trop le moment. Vous allez me faire perdre le fil de mon discours appris par cœur. »
- « Non parce qu'en réalité, je ne suis pas, mais alors pas du tout, possédé par Satan. Je pense que c'est un détail d’une importance capitale, voire même, c’est le seul et unique détail qui nous réunis tous ici. Comme je ne ne supporte pas l’idée de vous faire perdre du  temps pour rien, je me demandais… je voulais savoir si, à tout hasard, si y avait moyen de négocier ? »
- « De négocier ??? » Le notable regarda le curé et l'inquisiteur d’un oeil stupéfait. Je jouais mon dernier atout, c'était mon unique chance d'éviter cette mort atroce.
- «  Premièrement, j'étais complètement torché quand je me suis fait arrêter… J’étais pas possédé ou je ne sais quoi ».
- « Vous avez tout de même uriné sur la statue de la Sainte Vierge Marie et je vous ai trouvé en train de caresser de façon obscène sa Sainte Poitrine dans mon église », s‘indigna le curé en répétant plusieurs fois le signe de croix.
- « J'étais persuadé que c'était ma chambre, il faisait noir. Mais là n'est pas la question. Je comprends très bien que vous ne voulez pas passer pour des buses devant vos sujets. Donc on ne dit pas que je suis totalement innocent, mais on revoit la sentence. Vous me l'accordez, elle est un peu démesurée par rapport aux faits reprochés. Vous me détachez, vous me flanquer un gros coup de pied au cul devant l’assemblée. J'ai la honte de ma vie, vous me faites passer pour un pleutre débile devant les gens. Tout le monde est content. »
- « Non », répondit sèchement le seigneur.
- « Un pain dans la gueule ? »
- « Non plus. »
- « QUE DICE ? » hurla comme à son habitude le petit inquisiteur.
- « Des coups de bâton ? »
- « Arrêtez, vous allez en prendre une ».
- « Des coups de fouets ? Rester sur un pied pendant une journée ? Repeindre votre château ? Nettoyer les rues ? Ou même mieux, vous me m’excommuniez. C'est très classe ça ! je trouve. Ça fera un peu de spectacle…
- « NON NON NON NON ET NON », fulmina le seigneur. Il attrapa une torche, en lança une à l'inquisiteur, et s'avança vers le tas de bois.
- «  Bon, on va faire court et se passer de discours. Allez que Dieu nous protège et qu'il pardonne à ce crétin. » Les deux hommes lancèrent en même temps les torches sur le bûcher. Le feu prit en quelques secondes. La douleur fut atroce. Je sentis ma chair fondre sous le supplice des flammes...

Quelques minutes plus tard, ou bien quelques années, je ne sais plus trop, je me retrouvais debout devant un homme d'âge mûr, très grand, très gracieux et anormalement très propre. J'étais au milieu d'une vallée sans horizon. Il y avait juste un chemin et de l'herbe à perte de vue. L'homme propre pointa son index vers moi.  «  Soit le bienvenu, mon frère », murmura t-il d'une voix douce et chaude.
- « Vous êtes ? »
- « Saint-Pierre. »
- « Jean-Pierre ? Ah j'ai très bien connu un Jean-Pierre. Il avait un défaut de prononciation assez énervant mais il avait un humour à ... »
- « Non, Saint-Pierre ! », répéta le vieil homme avec une voix moins douce et moins chaude. »
- « Non, non je vous assure il s'appelait Jean-Pierre, comme vous ! »

L'homme leva les yeux au ciel en me posant la main sur la bouche pour m'empêcher de parler.
- «  Bon je vois ! Alors on va faire court : on peut le dire, tu n’as eu une vie tout à fait exemplaire. Oui, j'emploie le passé car je te le dis d’entrée avant que tu me poses la question comme les autres :  tu es mort. Mais bon, comme tu n'as pas péché comme un sagouin, tu n'iras pas chez l'autre en bas. Pour toutes tes fautes commises, tu ne passeras que mille ans au purgatoire. Ainsi tu auras un peu de temps pour comprendre et expier tes péchés de mortel. Des questions ? Il me regarda fixement, les bras croisés.
- «  Donc je suis mort, whaouh ! Première nouvelle. Et je suis au paradis, donc ça existe, whaouh ! Seconde nouvelle. »
- « T'as tout compris. » fit Saint-Pierre en opinant du chef. Il posa sa main sur mon épaule et commença à m'entrainer vers un petit chemin qui menait, semble t-il, vers nulle part. Je résistais mollement. Il y avait tout de même quelque chose qui me tracassait.
- «  J’veux pas faire mon « je ne suis jamais content et je la ramène une dernière fois », mais, vous ne trouvez pas que mille ans pour comprendre mes péchés, c'est un peu excessif. Je suis sûr qu'il y a moyen de négocier, n'est ce pas ? ... »

Posté par Sebastien_ à 08:00 - n°25 - Fanes d'octobre an III - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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28 octobre 2009

Bûchers - 8

Corvée de bois

InFolio


Lorsque j’étais petit garçon, mes parents, mes deux petites sœurs et moi vivions dans une modeste maison. J’étais alors très impressionné par le feu qui s’animait dans la cheminée. Il se nourrissait de divers restes de repas, épluchures et os ainsi que de fagots ou de grosses bûches.

J’allais souvent avec mon père ramasser ces derniers dans la forêt. Un travail d’homme disait-il avec un clin d’œil. C’était l’occasion de faire un pique-nique au milieu de la nature. Et quelques heures plus tard, nous revenions fièrement, lui avec sa huche remplie sur le dos, et moi avec quelques fagots dans les bras. Une fois à la maison, il emportait le tout dans le bûcher, territoire dangereux et interdit. C’est salissant disait ma mère. Il y a plein d’outils, tu pourrais te blesser disait mon père.
Ainsi, lorsqu’il fallait remplir le panier à bois qui trônait à coté de l’âtre, c’était en général mon père qui, seul, se rendait au bûcher. Mais il arrivait parfois que je voie mes deux parents s’y rendre en même temps, panier sous le bras. Ils me confiaient alors la surveillance de mes deux sœurs. Ma mère allait aider mon père à fendre à la hache les morceaux de bois trop gros. La hache étant dangereuse, il nous était alors formellement interdit de les y rejoindre. On entendait alors souvent de grands bruits et quelques cris de ma mère. Leur effort accompli, ils revenaient, en sueur, avec le panier plein de bois pour le feu, arborant souvent une mine réjouie et satisfaite.

Le jour où ils partirent s’enfermer dans le bûcher en laissant le panier suspendu à la cheminée, j’eus quelques doutes sur les motivations réelles de leur destination. Mais, de nature obéissante, je n’ai pu franchir l’interdit pour en avoir le cœur net. Par la suite je me fis plus rare à la maison, mes petites sœurs grandirent et nous oubliâmes totalement ce rituel. Ce n’est que bien plus tard, en repensant à ces moments, que j’en vins à m’interroger sur la nécessité d’être à deux pour couper du bois à la hache.

Aujourd’hui, j’ai à mon tour une famille. Mes deux enfants, mon épouse et moi vivons dans une petite maison confortable. Elle est chauffée à l’électricité, mais nous apprécions de faire parfois un feu dans la cheminée. Nous avons, nous aussi, notre panier en osier posé à côté de l’âtre. Certes, plus de ramassage de bois avec les enfants, nous achetons les bûches et le charbon que nous stockons, tout naturellement, dans un bûcher…. Et nous disparaissons, ma femme et moi, de temps en temps, dans ce bûcher pour fendre quelques rondins… Bien sûr, l’ainée à pour consigne de surveiller son petit frère et de ne jamais pénétrer dans le bûcher. C’est salissant répète ma femme, il y a plein d’outils, c’est dangereux ! dis-je à mon tour.

Jusqu’à maintenant, ça marche à merveille ! Nous n’avons pas encore omis de prendre le panier et contrôlons nos mines réjouies en revenant au salon…

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Ce cache-cache répondait à l'appel du Bûcher

Posté par Sebastien_ à 08:00 - n°25 - Fanes d'octobre an III - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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