02 mars 2010

Edito de mars

Poussées par les vents solaires, les âmes voletaient, légères et blanches comme des phalènes. Elles flottaient, immatérielles, dans l'espace infini et vide.
Le vide... justement, le vide. Les âmes s'y ennuyaient. Maussades, ternes. Elles se laissaient en réalité plutôt balloter dans les courants de l'éther comme de vieux bouchons dans une rigole après une averse. Zeus tonna bien souvent contre ce fait, mais tous ses efforts pour distraire les âmes tristes avec l'aide de peintres et de compositeurs de musique furent vaines. Les sons et les couleurs restaient sans effet.
Ce que Zeus ne savait pas, n'en déplaise à son omniscience, c'est qu'une zone du cosmos située un peu à l'écart était étrangement bruyante. Il y régnait une agitation de fourmilière, une sorte de chaos mystérieusement organisé. Des coups sourds, des sons métalliques, mais aussi des pétillements, des crépitements résonnaient, accompagnés de rires et de chants.
Des louches, des passoires et des casseroles s'entrechoquaient. Des couteaux, des fourchettes et des cuillères cliquetaient. Des parfums suaves s'échappaient. Et les âmes s'illuminaient, palpitaient, rayonnaient aux odeurs d'ail, de thym et de grillades.
Pourtant, on ne voyait ni casserole, ni fourchette, ni viandes, ni fruits, ni légumes. Rien que le vide. Tout cela n'était que des souvenirs, les gestes mimés, les bruits reproduits de leur bouche. Seulement les souvenirs heureux des repas partagés et des fêtes d'autrefois. Et qu'importe si une âme revivait la dégustation d'un sorbet à la fraise à côté d'une autre en train de humer un Munster bien mûr ou de savourer un hareng cru mariné dans une sauce improbable. Pas de querelles entre les anciens et les modernes, les partisans du cuissot d'auroch et ceux de la cuisine moléculaire.
Ici, les âmes étaient comblées. Elles jubilaient et s'irisaient de couleurs de l'arc-en- ciel, et ce bonheur se diffusait de l'une à l'autre. Finis la morosité et les regrets. Épicuriens, bon-vivants (même morts), amateurs de bonne chère se donnaient le mot et retrouvaient dans ce recoin du cosmos leur joie de non-vivre.

Venez donc savourer avec nous les textes concoctés par nos auteurs sur le thème de la cuisine des âmes.

La Poésidérale nous fera malheureusement faux-bond faute de pouvoir en assurer l'organisation dans de bonnes conditions.

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Edito inspiré d'un texte proposé par Shi May Mouty.

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