Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

30 mars 2009

Terreurs et horreurs - 6

Mélancolie en sous-sol

InFolio

Dans la froideur d’une crypte, un néon clignote, épileptique. C’est le cri angoissé d’une lente agonie : ne m’oubliez pas, changez-moi !

Sa lueur syncopée estompe par intermittence l’obscurité et permet d’entrevoir un pilier mal dégrossi dont la peinture s’écaille. Ils sont plusieurs, là, alignés sur un schéma qui se répète à l’infini dans la lumière blafarde d’autres néons. Sol et plafond, de la grisaille, encore. Ponctuellement, une forme de couleur. Dans le grand parking souterrain, vide de toute présence humaine, l’appel muet, désespéré, reste vain.

Le silence de tombe se laisse cependant distraire quelques instants. Assez longtemps pour que des bruits furtifs et lointains en profitent. Ils s’engouffrent dans cette brèche et y prennent leurs aises. Ils se rapprochent, augmentent en intensité et se précisent.

Ses pas résonnent sur le béton gris. Elle marche. Ses cuisses cintrées dans une jupe descendant sous le genou l’obligent à faire des petits pas rapides. Ses talons claquent dans une démarche d’automate, mais son esprit vagabonde. Là sans y être.

Un jour de plus dans sa tête et dans son corps. Un de plus. Pour une fois, et pour changer un peu, ce n’est pas un jour d’asociabilité intense, où elle a envie de disparaître, cesser d’exister face au reste du monde. Ce n’est pas non plus un jour d’irritabilité incontrôlée, où elle songe juste à fuir pour ne pas en arriver à brutalement repousser l’autre et ses questions, comme des parasites. C’est juste un autre de ces jours de grand vide. Solitude profonde, et mélancolie. Un jour à avoir envie de parler, envie d’une présence et de réconfort, mais où, pour rien au monde, elle n’appellerait un ami. Un de ces jours. Un de plus.

Ses yeux vides errent à la recherche d’indications pour se repérer tandis que son esprit rumine l’absence pesante de celui qui a subi la tempête d’un de ses récents jours noirs. Comment réparer le mal qu’elle a fait ?

Son regard se pose sans y prêter attention sur un scintillement tandis que ses jambes poursuivent leur progression mécanique. Flexion, extension.

Au loin un son métallique, soudain, la ramène au monde réel, la faisant frissonner. Elle prend enfin conscience de cette trace lumineuse intermittente : le reflet d’un néon défaillant sur une flaque couleur de rubis. S’en détache une traînée rouge dont la linéarité parfaite s’interrompt sur une masse sombre.

Ses bras se resserrent sur son ventre. Sa main droite agrippe la lanière du sac à main passée sur son épaule gauche. Elle se crispe.

Et pourtant, au lieu de crier ou de fuir, poussée par une force incontrôlable, elle avance pour mieux distinguer cet amas. Cette forme incongrue. Ce corps, la tête étrangement rejetée en arrière. La carotide tranchée.

Un mouvement. Ou une ombre. L’a-t-elle imaginé ?

Et ce souffle qu’elle sent sur sa nuque, cette respiration.

*****

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26 mars 2009

Terreurs et horreurs - 5

Chambre 13

Pandora

deuxième partie

[juste avant...]

Pas de tonalité.

Elle regarde l’écran de son téléphone. Pas de réseau. PAS DE RESEAU ! Il ne manquait plus que ça. Mais il marchait, tout à l’heure, ce putain de téléphone !

On  cogne à sa porte. Elle crie :

- Que voulez-vous ? Je suis en train d’appeler la police, vous feriez mieux de partir.

Derrière le panneau de bois, un rire strident monte dans les aigus à la façon d’un hurlement. Celui d’une hyène, d’un prédateur qui se tiendrait de l’autre côté. D’où vient ce courant d’air froid qui la traverse ? Elle sent sa peau se couvrir de chair de poule, ses rythmes cardiaque et respiratoire s’accélérer, son ventre se contracter violemment. Son dos est trempé de sueur, sa chemise colle à sa peau, colle à la porte. Elle comprend mieux ce que veut dire mourir de peur, mais elle est bien trop jeune pour mourir. Elle cherche dans la chambre ce qui pourrait faire office d’arme. En attendant, il faut qu’elle se barricade. Elle pousse la table pour la bloquer sous la poignée de porte, même si elle a conscience de la fragilité de son montage. Mais il faut qu’elle fasse quelque chose.

Elle entend de nouveaux bruits derrière la porte, des grognements. Combien sont-ils ? Il faut qu’elle se ressaisisse sinon elle va devenir folle. Elle est seule au troisième étage d’un bâtiment désaffecté et quelqu’un (peut-être quelque chose) attend derrière la porte. La fenêtre, oui, c’est ça. Elle essaie de l’ouvrir mais elle a beau tirer, rien ne vient. Elle sent une présence dans son dos et se retourne fréquemment pour surveiller l’entrée.

Bien sûr, cette aile était autrefois le pavillon psychiatrique. La fenêtre, déjà munie de barreaux, a de plus été bloquée pour éviter les tentatives de défénestration… Mais elle sait qu’il reste d’autres possibilités de mettre fin à ses jours pour qui le veut et il circule pas mal d’histoires lors des soirées  entre infirmières. Des histoires macabres pour lesquelles ce n’est vraiment ni le lieu ni le moment…

On frappe à nouveau contre la porte, des coups violents et rapprochés. Elle prend la chaise et frappe contre la vitre, une fois, deux fois, enfin elle s’opacifie et cède. Le verre se pulvérise. Elle utilise le dossier pour agrandir l’ouverture sans se couper. Elle se rapproche mais recule brutalement en regardant sous ses pieds. Les crissements du verre lui donnent l’impression d’écraser des carapaces de cafards. Elle déteste les insectes. Respirer un grand coup, ce n’est pas le moment de penser à ça. Elle surveille la porte, mais rien ne bouge. Elle n’entend plus rien. Le calme avant la tempête. Elle se rapproche à nouveau de l’ouverture en essayant de ne pas penser au bruit du verre. Puisque ce n’est que du verre.

- AU SECOURS, AU SECOURS, AIDEZ-MOI !

Ses cris s’envolent dans la nuit venteuse. Il n’y a pas d’aide à attendre de ses collègues qui sont bien trop loin pour l’entendre, mais quelqu’un dehors, peut-être. Mon dieu, faites que quelqu’un passe.

L’agitation reprend de l’autre côté, des bruits de pas, des frottements contre la porte. Elle doit se trouver une arme. Elle regarde les éclats de verre au sol. Trop petits. Maudit verre sécurit ! Un miroir est posé au-dessus du lavabo. Elle sursaute en apercevant son reflet qu’elle reconnaît à peine. Que lui arrive-t-il ? Ne pas penser, agir. Le miroir tient par quatre attaches. Elle essaie de les faire bouger. Ses ongles cassent et elle s’écorche la peau. Elle a les doigts en sang mais une des accroches vient enfin. La surface est maintenant ponctuée d’empreintes rouges. Elle tire plus fort et une deuxième attache cède. Le miroir tombe et éclate au sol. Alors que tout semblait s’être calmé, elle entend maintenant un cliquetis de chaînes. Un des éclats est assez grand et pointu pour faire office d’arme. Tout plutôt que de rester sans défense même si elle n’est pas sûre de savoir s’en servir.

Elle regarde le carnage dans la pièce, la vitre brisée et les éclats du miroir au sol, et éclate d’un rire qu’elle ne peut plus arrêter. Ce qui se trouve derrière la porte lui répond avec un rire de dément. Les coups se font alors plus violents et la table bouge à chaque impact. La porte ne tiendra pas longtemps. Son téléphone qu’elle tâche de sang avec ses mains poisseuses reste désespérément inutilisable.

- AU SECOURS, JE VOUS EN SUPPLIE. IL Y A QUELQU’UN ?

Elle est en larmes maintenant et crie de toutes ses forces. Elle n’a aucune chance. Les barreaux de la fenêtre sont trop solides pour elle. Prise au piège. Renforcer la barricade avec le lit. Vite. Elle se précipite vers le lit mais son pied glisse sur les débris de verre devant la fenêtre et elle chute vers l’avant. L’arme de fortune qu’elle tient à la main vient se ficher dans son abdomen quand elle touche le sol. L’éclat triangulaire la traverse de part en part, ne lui laissant aucune chance. Elle réalise, le temps d’un cri de surprise, le paradoxe de la situation.

D’abord la blessure ne saigne pas. Elle regarde, interloquée, le morceau de miroir qui dépasse de son abdomen. Puis le sang arrive, des giclées qui pulsent par saccades au travers de la grande plaie. Elle se sent partir à mesure qu’elle se vide. A-t-elle mis des sous-vêtements assortis ? Il lui semble un moment entendre la sonnerie de son téléphone. Le réseau est revenu. Elle a froid et se sent légère, elle n’a plus peur.

Les coups cessent et tout redevient silencieux. Dehors, quelques flocons commencent à tomber et quand les pompiers forceront la porte, alertés par Max qui s’inquiétait de ne pas réussir à la joindre au téléphone, le sol de la chambre sera recouvert d’une mince pellicule neigeuse, insuffisante toutefois pour masquer le rouge caillé de la flaque de sang. Les gendarmes s’interrogeront sur ce qui s’est passé, les marques sur la porte, la présence de la table comme une ébauche de barricade, le miroir et la fenêtre brisés. Sans trouver d’explication.

 

fin

* * *

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25 mars 2009

Terreurs et horreurs - 5

Chambre 13

Pandora

première partie

Elle a accepté cette mission en intérim pour la Toussaint. Deux jours rémunérés grassement qui aideront à payer cette télé qui leur fait de l’œil depuis quelque temps déjà. Son ami n’a certes pas été ravi à l’idée de passer le week-end seul, mais c’est le prix à payer quand on fantasme sur les infirmières. D’autant que lui aussi a envie d’un grand écran pour regarder ses matchs.

Le centre de cure est situé en montagne, à près d’une heure de route, et on lui a proposé de dormir sur place pour lui éviter un trajet inutile sur des chemins peu praticables. A son arrivée, un collègue la conduit dans la chambre où elle passera la nuit,  pour qu’elle y dépose ses affaires. Située au dernier étage dans une aile désaffectée du bâtiment, c’est une ancienne chambre de malade, toute simple, avec un petit lit au cadre métallique, une table, une chaise et un lavabo, les douches étant à l’étage. Il n’y a ni télévision ni téléphone, mais elle n’en aura pas besoin. Elle s’attarde un moment à la fenêtre qui donne sur les montagnes et les forêts alentour ; la neige toute fraîche a recouvert les arbres d’un fin manteau brillant. Une vue magnifique.

Elle a choisi l’intérim parce qu’elle déteste la routine et que chaque nouvelle mission constitue une petite aventure. Mais c’est toujours avec un peu d’appréhension qu’elle prend son poste, découvre l’équipe et se familiarise avec ses méthodes de travail, essaye de s’intégrer pour que la journée passe du mieux possible. Aujourd’hui, l’ambiance est bonne et l’équipe plutôt sympathique. Les veilleuses de nuit prennent le relais à vingt et une heure et après de rapides transmissions, chacun rentre chez soi, les autres habitants à proximité.

Elle regagne, seule cette fois, sa petite chambre en passant rapidement par l’extérieur pour gagner le bâtiment voisin. La nuit est froide et la lune, pleine en ce samedi soir, donne à la neige un reflet grisé. Son téléphone sonne alors qu’elle est encore dehors, et elle prend l’appel en marchant.

- Ça va, tu t’en sors ?

- Oui, l’équipe est sympa, je rentre, maintenant. J’ai une petite chambre rien que pour moi dans un grand bâtiment vide.

-  Tu n’as pas peur que le grand méchant loup vienne te manger ? Wououououou !!

- Arrête Max, tu n’es pas drôle.

Elle entre, mais la lumière ne fonctionne pas.

- Mince !

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- La lumière ne marche pas. J’ai besoin du téléphone pour m’éclairer, je te rappelle quand je serai dans la chambre, d’accord ?

- D’accord, à tout de suite.

Elle raccroche et se guide dans les couloirs désormais sombres et déserts à la lueur de son téléphone portable qu’elle tient devant elle comme une lampe de poche. Avec la nuit, le bâtiment a changé d’aspect. Les recoins de porte se transforment en abris possibles pour meurtrier en mal de victime, les bruits auxquels elle n’aurait pas prêté attention en journée prennent un sens totalement différent, et la cruche superstitieuse qui sommeille en elle remplace l’infirmière rationnelle qu’elle est habituellement. Elle n’aurait pas dû raccrocher, le trajet aurait était moins effrayant avec Max au bout du fil. Elle arrive enfin au grand escalier qui la conduira à sa chambre et entame la montée. Un claquement de porte plus bas déclenche une peur panique qui la fait courir sur les deux derniers étages et arriver, le cœur battant et complètement essoufflée, à la porte de sa chambre. Là encore les ombres semblent héberger d’obscurs personnages. Elle est redevenue la petite fille qui avait peur du noir. Elle cherche la clé dans sa poche d’une main tremblante et l’engage laborieusement dans la serrure. Il lui semble entendre un bruit de respiration derrière elle, mais la porte s’ouvre enfin et elle s’engouffre à l’intérieur en refermant à double tour le plus rapidement qu’elle le peut. La pièce sent la lavande. Elle déteste cette odeur. Ça ne sentait pourtant pas la lavande tout à l’heure. Elle sursaute en entendant un bruit sourd de l’autre coté. Elle aimerait croire que c’est son imagination. Il faut que ce soit son imagination.

Un nouveau bruit sourd… Elle se plaque le dos contre la porte en espérant ainsi empêcher toute intrusion, mais ses cinquante kilos ne feront pas le poids.

- Il y a quelqu’un ?

Pas de réponse, bien sûr. Elle se sent ridicule mais elle est quasiment sûre d’avoir entendu quelque chose.

- Hé, il y a quelqu’un ? Répondez, ce n’est pas drôle !

Toujours rien.

Elle prend son téléphone portable pour appeler Max. Oui, tant pis si elle a l’air ridicule. Tant pis s’il n’y a personne. Tant mieux même, pourvu que ce ne soit rien. Elle ne pourra pas dormir dans ces conditions, à guetter le moindre bruit, il faut qu’il la rassure.

Un grattement contre la porte la fait sursauter et la conforte dans ses certitudes : il y a quelqu’un derrière la porte. Ses mains tremblent tellement qu’elle doit s’y reprendre à plusieurs fois pour composer le numéro de son ami. Rester calme et respirer. Max, Max, réponds, dépêche.

à suivre...

*****

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19 mars 2009

Terreurs et horreurs - 4

Terreur nocturne

Pandora

Elle ne sait pas ce qui l’a réveillée. Il lui a semblé entendre un bruit, rien qu’un petit bruit comme un grattement. Petit, mais menaçant…

Elle se recroqueville davantage sous la couverture en essayant de ne pas laisser dépasser le moindre centimètre de peau. Son cœur bat trop vite et l’empêche de bien percevoir son environnement. Ses boyaux font des nœuds dans son ventre. Comme à l’école quand elle doit réciter un poème devant toute la classe. Elle n’ose pas ouvrir les yeux, elle ne veut surtout pas qu’on la voie. Elle tend l’oreille à l’affut du moindre bruit suspect. Une proie sur le qui-vive. Elle n’entend plus rien. Elle se méfie…

Un nouveau craquement se fait entendre. Elle réfléchit à toute vitesse. L’armoire était-elle bien fermée à clé en allant se coucher ? Elle ne sait plus… Il est peut-être encore temps. Il faudrait sortir du lit, courir jusqu’à l’armoire et tourner très vite la clé avant que la Bête ne sorte.

Elle savait bien que le livre n’était pas de son âge, mais il a fallu qu’elle le dévore. Et maintenant elle a peur qu’On la dévore, peur d’une armoire… Ou plutôt de ce qui pourrait s’y trouver… Ne sent-elle pas une odeur bizarre tout d’un coup ?

Elle attend. Sa respiration devient plus profonde et son rythme cardiaque ralentit. Elle ouvre doucement les yeux pour percer l’obscurité de sa chambre. Malheur, la porte de l’armoire est bien entrouverte…

La Bête est sortie.

Son cœur tape dans sa poitrine. Elle a la bouche si sèche qu’elle ne pourrait pas parler. Et crier, le pourrait-elle ?

Elle a maintenant les yeux bien ouverts et essaie de percer l’obscurité de sa chambre. Où pourrait-Elle s’être cachée ? Derrière le porte–manteau surchargé d’habits, transformé en une indistincte mais menaçante silhouette ? Sous le lit, attendant qu’elle pose un pied à terre pour s’en saisir et l’attirer vers Elle?

Une envie pressante lui comprime la vessie tandis que son ventre n’est plus qu’un nid qui grouille de serpents. Elle ne pourra plus attendre encore très longtemps… Elle n’arrive pourtant pas à s’imaginer quitter l’abri de son lit : donner ses jambes en pâture, passer à côté du porte-manteau et de l’armoire entrouverte, courir dans le long couloir sombre. Trente-cinq pas, elle les a comptés. Impossible. Pas de lumière. Et les toilettes dans leur recoin où les créatures peuvent se cacher. Avec la petite fenêtre carrée par laquelle peut entrer la sorcière…

Et le mot talisman jaillit presque involontairement de sa gorge :

- Maman?...

Murmure qui devient appel : « MAMAN ?... »

Et si la Bête l’avait déjà mangée ? Malheur. Heureusement une voix ensommeillée répond :

- Qu’est ce qu’il y a ?

- J’ai soif !

- Tu n’as qu’à aller te chercher à boire.

*****

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14 mars 2009

Terreurs et horreurs - 3

Maison à vendre

MAP

01Lampadairesc

02Grilled

03Maison_Fb

04Porte_hant_eb

05Incendie_sans_issuec

06FIRE

07Dragonh

08FIREbis

09L_ogre_murb

10Puits_Hant_d

11Banditb

12Sortie_de_secours1d

13Sortie_de_secoursd

14PORTE_2b

15Tigref

***
Cette visite terrifiante répond à l'appel 'terreurs et horreurs'.

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10 mars 2009

Terreurs et horreurs - 2

Un bon samaritain

Martine27


La jeune femme regarde sa roue à plat. Elle est arrêtée en rase campagne, à des kilomètres de tout, seul un petit bois à quelques centaines de mètres rompt la monotonie du paysage. La dernière bourgade qu'elle a traversée est loin derrière elle et la prochaine est tout aussi éloignée. Et le soleil commence à se coucher.
Elle a monté la voiture sur le cric, sorti la roue de secours. Reste à desserrer les boulons.
Elle commence à désespérer, quand tout à coup elle perçoit le son d'un moteur qui arrive.
L'homme dans sa voiture voit la jeune femme en difficulté immobilisée au bord de la route.
Il ralentit, plutôt jolie, ça peut peut-être valoir la peine de s'arrêter.
Il freine, sort de son automobile et s'approche.
Il affiche un large sourire, regarde bien en face, il sait à quel point la première impression est importante pour mettre les "proies" en confiance.
D'une belle voix profonde, il interroge : "Puis-je vous aider ?"
La jeune femme le regarde s'avancer, lui lance un regard méfiant d’abord, puis approbateur : bel homme, bien habillé, une voix ferme, un regard franc.
Elle sourit à son tour : "Oui, volontiers, je n’arrive pas à venir à bout de ces sacrés boulons. »
"Laissez-moi faire, c'est l'affaire de quelques secondes. Vous avez de la chance que je sois passé, on ne sait jamais sur qui on risque de tomber en pleine nuit."
Il relève la tête, un sourire un peu narquois sur les lèvres, quelque chose de félin dans l’attitude.
Elle secoue la tête, un peu tendue, son cœur se met à battre plus vite. Elle regarde au loin pour vérifier si d'autres véhicules ne sont pas sur le point de passer.
L'homme continue de parler, de tout de rien, son ton en devient presque hypnotique.
Après quelques minutes de travail, la roue est changée.
Pendant qu'il range cric, manivelle et roue crevée, elle se glisse dans l'habitacle de sa voiture et attrape un rouleau d'essuie-tout pour qu'il puisse se nettoyer les mains.
Nonchalamment, il s'appuie sur la portière, l'empêchant de la fermer. Il attrape les chiffons et commence à se frotter les mains tout en la fixant du regard.
La voix un peu tremblante, elle lui propose une lingette pour finir de se dégraisser les mains, à son tour elle se met à parler de tout de rien pour essayer d’alléger l'atmosphère.
Il continue à la regarder d'un air de plus en plus ironique, un chat contemplant une souris.
Se sentant en état d'infériorité ainsi assise dans la voiture, elle attrape son sac et sort pour se tenir devant lui.
Et tout à coup c'est l'attaque. Brutale, violente, un rire sec, un "On va bien s'amuser ensemble".
Eclair argenté, choc, sang qui gicle, corps qui s’affaisse.
Le rire à nouveau : "Oui, on va bien s'amuser".

Le lendemain matin, les gendarmes entourent la voiture immobilisée sur le bas-côté. Ils ont été prévenus par un automobiliste affolé et à demi incohérent. Une voiture, la route, un corps, et du sang, du sang partout !
Maintenant, après les premières constatations, ils attendent le responsable chargé de l'enquête sur le tueur aux montres, parce que penchés sur le corps martyrisé ils ont vu la signature que laisse ce tueur impitoyable, la montre de sa victime écrasée à l'heure de sa mort. Comme les papiers de la victime ont également disparus, ils ont transmis le numéro d'immatriculation et attendent le résultat.
Bientôt, l'inspecteur chargé de l'affaire arrive. Il essaye de garder bonne contenance devant le corps, mais il a beau faire, à chaque fois le malaise le submerge, C’est pourtant déjà la dixième victime, il devrait s'y faire mais il ne peut s’habituer à la froide sauvagerie du tueur.
Alors qu'à son tour il fait le tour de la scène de crime, il entend qu'on ouvre le coffre, et se retourne, furieux, près à incendier le coupable, lorsqu'il voit le regard fixe du jeune gendarme qui contemple ahuri l'intérieur du coffre.
A son tour il s'approche et reste figé. Est-ce possible ? Dans le coffre, une bonne dizaine de sacs de femme s'entassent, couverts de sang.
Tous les hommes présents s'entre-regardent, mal à l'aise.
L'inspecteur s'éclaircit la gorge : "Eh bien au moins le collègue chargé de l'affaire du tueur aux sacs n'aura plus à s'arracher les cheveux, il semblerait que mon assassin ait réglé son problème."
Il se tourne vers le corps affalé par terre, le costume chic réduit en lambeaux et imprégné du sang qui a coulé de ses multiples blessures. L'homme a sur le visage un air étonné.

Chez elle, une jeune femme sort de son lit et s'étire avec tout l'abandon et le plaisir d'un tigre. Elle se souvient de la délicieuse rencontre d'hier soir. Les hommes sont tellement prévisibles : ils ne donnent jamais un coup de main sans espérer une contrepartie en nature. Celui-là était un peu trop sûr de lui et comme d'autres avant lui, il l'a payé de sa vie. Elle jette un coup d'œil sur le portefeuille de sa victime, le range avec les autres dans son tiroir à secrets et tout en sirotant un jus de carotte, commence déjà à se demander sur quelle petite route départementale elle va tendre son prochain piège.


* * *

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04 mars 2009

Terreurs et horreurs -1

Dans les murs
Martine27

Tout a commencé par un léger frôlement tout juste audible, impossible à localiser. Un froissement pas bien gênant, juste un peu énervant quand d’aventure l’attention se fixait dessus.

Puis à force de se focaliser sur ce bruissement, elle finit par le situer dans le grenier. Peut-être simplement une branche qui frotte mais c’est un bien étrange grattement.

Puis le grattement s'est fait trottinement. Plus de doute, une chose squatte le grenier, par où est-elle entrée et de quoi se nourrit-elle ? Là-haut, il n'y a que de la laine de verre pour l'isolation, rien de vraiment digeste.

Bon, pour le moment, bien qu'elle déteste l’idée qu’un animal se promène au dessus de sa tête, elle en prend son parti, nul doute que la bestiole va rapidement s'intoxiquer et les laisser en paix. Ce n’est visiblement qu’une souris.

Hélas non, jour après jour le piétinement se fait plus présent comme si la souris, ou le loir peut-être, grossissait encore et encore. Impossible !!! Ça devrait être à l'agonie maintenant.
Dans la journée, un calme tout relatif règne dehors : le bruissement du vent dans les arbres, le chant des oiseaux, le passage épisodique d'une voiture, le cri d'un enfant, le ronronnement d'une tondeuse à gazon... A l'intérieur, pas un bruit. Ce silence qui règne, alors qu'elle tend l'oreille pour surprendre l'animal, l'angoisse.
Cependant au cœur de la nuit, à l'heure où le noir domine sans partage, le bruit reprend. Frôlements, froissements, bruissements, grattements, trottinements, frottements, piétinements qui se transforment, elle en est bien certaine, en galopades de plus en plus présentes. 

Ce n'est plus supportable, il faut faire quelque chose pour retrouver le repos qui la fuit, pour chasser cette fatigue qui s'amoncèle sur ses épaules, il faut se débarrasser de ce bruit qui devient menace.

Son compagnon, lui, n'a pas l'air incommodé. Il dort toujours du sommeil du juste, il faudrait au moins une tornade pour le réveiller. Il a donc bien du mal à comprendre son angoisse. Franchement tout ça pour une simple souris, pourquoi pas des crises de panique pendant qu'elle y est ! Ah, les femmes...
Mais bon, il l'aime alors il va acheter des graines empoisonnées. Se glissant par la trappe qui conduit au grenier, il répand généreusement le grain mortel. Voilà, la manœuvre est accomplie, il n'y a plus qu'à attendre.

La même nuit, elle se réveille à nouveau en sursaut, la bête est toujours vivante, mais elle n'est plus dans le grenier. C'est sûr elle est descendue, elle galope maintenant dans la cloison. Elle le secoue. Tu l'entends, dis, tu l'entends ? Non, il n'entend rien, ce n'est pas faute de tendre l'oreille, mais non, il n'entend rien. Bon d'accord, demain il posera des pièges. Elle doit rêver, pense-t-il en toussant, ce n'est pas possible pour une souris de vivre dans un environnement aussi urticant.

Ca y est, ça a dû fonctionner, elle a merveilleusement bien dormi. Vas voir, la souris doit être morte ! Il monte dans le grenier. Mais non rien. Le piège est vide.
Non, ce n'est pas possible. Son cœur se met à battre comme un fou. Cette saleté s'est moquée d'elle la nuit dernière, elle a fait semblant, voilà elle a fait semblant.
Mais tu es folle de penser des choses comme ça voyons, elle a eu peur et elle est partie voilà tout, allons calme-toi, je t'en prie.

La nuit est tombée, en tremblant d'appréhension, elle se couche. Elle se niche dans ses bras. S'il n'entend rien, peut-être que, bien blottie contre lui, elle n'entendra rien non plus.
Peine perdue, si l'infernal animal s'est tenu tranquille la nuit précédente, maintenant il se déchaîne. Les ténèbres ne sont plus que gémissements, fredonnements, grincements, gémissements, chuchotements, plaintes, lamentations. Et lui, lui, n'entend rien, c'est impossible, et pas moyen de le réveiller pour quémander un peu de réconfort.

S'il n'entend rien, c'est qu'il n'y a rien à entendre. Alors pendant plusieurs jours elle fait comme si. Comme si son sommeil était parfait. Mais ce n'est pas vrai, nuit après nuit la sarabande démoniaque reprend. Maintenant elle est sûre que le monstre est caché dans le placard de la chambre, il la guette, il attend qu'elle fasse l'erreur de se lever la nuit pour l'attaquer.  Forcément c'est ça, il veut l'attaquer.

Alors un matin, elle craque, elle crie, elle hurle sa peur. Devant ce déferlement d'émotion, devant son air défait, il la supplie d'aller voir le médecin. Mais non, pas de médecin, il doit trouver la chose, il doit la tuer, par pitié. Démuni devant cette souffrance, il sort, il va passer à la pharmacie demander un médicament pour l'aider.

Elle est seule dans la maison. Seule ? Non, bien sûr que non ! ELLE est là aussi qui la guette, prête à lui sauter dessus. D'ailleurs, elle l'entend là dans la cloison.
Puisque personne ne peut l'aider, eh bien elle va se débrouiller toute seule. Elle va dans le garage, elle prend la pioche qui sert à creuser les trous pour les plantations. De retour dans la maison, elle commence à défoncer les murs, elle suit la cavalcade et chaque fois qu'elle s'arrête, elle donne un grand coup. Bientôt, la chambre ressemble à une pièce dévastée par une bombe, l’une après l’autre les cloisons sont explosées, comme une mécanique fixée sur son but, LA détruire, elle frappe encore et encore.

Alors la porte d'entrée s'ouvre et il apparaît ahuri par ce déchaînement de rage et de fureur. Après une lutte désespérée, il arrive à lui arracher la pioche des mains sans la blesser et alors qu’elle s’effondre entre ses bras, il parvient enfin à appeler les secours. 
Bientôt ils sont là. Le médecin, hagard devant l’étendue des dégâts, lui fait une piqûre qui l'assomme. On l'attache sur le brancard et on l'emmène vers l'hôpital le plus proche. Elle est devenue folle, mais pourquoi ? Une souris qui grignote dans le grenier, vous vous moquez de nous mon pauvre ami, une pareille crise pour une petite souris, c'est impossible ?!

Et tandis que l'on entend la sirène de l'ambulance s'éloigner, dans la chambre ravagée, une ombre ricanante sort du mur.
Elle respire avec délectation les odeurs de peur et de folie qui saturent la pièce. Puis, ce qui ressemble à une souris déformée sort de la maison. En quelques instants la présence passe par plusieurs formes, araignée, serpent, chien... elle hésite, il ne faut pas se tromper, c'est la peur qui la fait vivre, qui la nourrit. Ah ça y est ! Là-bas, une odeur la ravit, alors dans un dernier rire grinçant, la chose s’éloigne.

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Martine nous a fait frémir en réponse à l'appel 'terreurs et horreurs'

02 mars 2009

Edito de mars

Mars, dans la mythologie romaine, est le dieu de la guerre. Chez les fanes, au lieu de la violence physique de la guerre, nous vous proposons en ce mois des tortures mentales.
En effet, bien que le mois de mars apporte aux jardiniers (qui cultivent parfois des carottes) des espoirs de douceur et de printemps, il apportera aux lecteurs de la terreur et de l'horreur.
Les nuits ne vous feront pas voir de clins d'œil d'une planète rouge, mais feront monter des frissons le long de votre échine. Préparez vos doudous pour chassez les cauchemars.
Il ne fera pas bon non plus de trainer au bord de la route, ni dans les parkings ou dans certains hôtels. Le plus sage serait de rester chez vous, à moins que votre maison ne soit hantée ?
Si pour échapper à tout ceci, vous décidiez d'aller voir un film, nous vous avons également préparé un programme de la peur à base de grandes éclaboussures de sauce carotte.

Heureusement, il vous reste deux épisodes du feuilleton collectif à suspens "Ceux d'en bas", mais le répit sera de courte durée car il laissera la place à une histoire diabolique...

_dito

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