Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

29 février 2008

Les auteurs de février

ANNICK BOTT

AnnickRetraitée de l'enseignement de SVT. J'ai deux grands enfants.
Je partage mon temps entre la lecture, des promenades dans la nature avec mon homme, des activités associatives, et ma passion des fleurs.




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COCJEAuteurs___photo___Cocje

Aurait pu naitre en Italie. Née une première fois en France puis d'autres fois après.
A d'abord testé la musique, pour continuer dans la photo en passant

par le cinéma. Quelques expérimentations culinaires viennent s'ajouter depuis peu.
La tête toujours remplie de questions et de rêves, espère parcourir le monde avec sa moitié.
BLOG : le cahier virtuel

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EKWERKWE

Auteurs___photo___ekwerkweToute petite, je voyais rarement les lampadaires à temps pour les éviter. Adulte, je continue à rêver debout, et n'évite pas toujours les obstacles qui se sont faits plus subtils.
Ecrire? Non, surotut pas. Mais jouer, oui, toujours, dans le bac à sable de Fanes de Carottes où je me sens si bien - tant pis pour Georges, pour Ursula, pour Paco, pour Alain... S'amuser, ce n'est pas vraiment trahir.

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ELISALA
identit___Medium_Née il y a quelques années dans quelque contrée nordique de la France, Elisala s'est passionnée très tôt pour l'apprentissage de la lecture. Ça date très précisément du jour où sa maîtresse de CP a fait remarquer à ses parents qu'elle n'apprenait pas bien la lecture, et ce par pure fainéantise. Vexée comme un pou, elle se mit alors à lire. Et ne s'est plus arrêtée depuis.
C'est à l'âge honorable de pas loin de 18 ans qu'Elisala fit connaissance avec Terry Pratchett et sa trilogie des gnomes. Elle enchaîna naturellement avec les annales du disque-monde. Elle s'avoue relativement amoureuse de Terry. Et de Granny Weatherwax. Et de la mort (it's a he).
Sa culture SFFF ne s'arrête cependant pas là, elle tâta ici ou là du Frank Herbert, du Ursula Le Guin, du Neil Gaiman, du Bordage, etc. etc., au gré des coups de coeur et des propositions de ses confrères et soeurs de lecture.
Il est à noter que Moorcock la laissa cependant assez sceptique. Sa dernière découverte : Mars, la rouge, la verte et la bleue, de Kim-Stanley Robinson, dont le réalisme dans l'anticipation l'enchante tout particulièrement. Rien sur l'écriture? Rien sur l'écriture, ce n'est vraiment pas sa spécialité, même si ça la fait rêver.
BLOG : Une bibliothèque, c'est lourd à porter

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INFOLIOAuteurs___photo___InFolio

J’erre de lieux en lieux, de livre en livre, de site web en site web…
J’ai parcouru une bonne part de l’Est de la France du Nord, au Sud, puis retour au Nord, et mon parcours ne veut pas s’arrêter… bien malgré moi parfois.
Mes yeux quant à eux se promènent un peu sur tout ce qui se lit, science fiction, fantasy, policier, romans d’un peu partout dans le monde, parfois en anglais, ou en allemand. Sur la toile, je fréquente quelques blogs, quelques forums et espaces de discussion assimilés.
BLOG : InFolio dans tous ses formats

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JF

JF_bioFdeCNé le 9 avril 56.
J’ai deux grands enfants, 19 et 21 ans.
Carré dehors (papa militaire oblige) mais original « dedans » !
Chirurgien-dentiste de formation.
Je pratique aussi la photo (sujet de ma thèse de doctorat).
Amateur d’histoire, j’approfondis pour l’instant la période 14-18 et collectionne les objets qui s’y rapportent.
Sinon, curieux de tout !

BLOG : Art'moureusement vôtre

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JOSEFA

Auteurs___photo___Josefa3J’aime me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en principe avant d’arriver au point ou au trait final.

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KLOELLEKloelle

J'ai déjà 37 ans et trois enfants sympas.
Je travaille dans une administration...
Je suis pianiste à mes heures perdues...
Lectrice à d'autres heures perdues...
Et j'aime jouer avec les mots et les émotions à des heures que je cherche encore.
BLOG : Une valse des petits riens

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MAP

Copie_de_DSCF0203Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !



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MAX MAATMOSISfacek

Max Maatmosis was born in continental Europe during the wild Seventies.
He grew up in a mad town.
Currently he is living in NewLabourLand (near London).
And, as everybody else, he likes to ask big questions... and even more so, to come up with hypothetical answers.

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PAPISTACHE

pardonleonardoConçu une nuit de Saint-Sylvestre porté une demi-douzaine d'heures, il est né un matin de janvier 2007 à 6 h 01, déjà  vieux, chauve et sage !
Il se ressource au contact de l'humus et s'oxygène en plantant un genou en terre.
Physiquement c'est la silhouette de Don Quichotte, sa curiosité s'apparente à  celle de Pinocchio, son âme s'inspire de l'épopée de Lancelot du Lac et le Philémon de Fred est son camarade de jeux.
Le os de l'Espagnol, les articulations de l'Italien, la candeur du Breton, et l'épaisseur de papier du dernier, vous vous doutez que derrière s'agite un montreur de marionnettes.
Mais devant le spectacle de Guignol et Gnafron, qui se soucie d'apercevoir la tête de celui qui, par nécessité professionnelle, se tient derrière le castelet ?
BLOG: Papistacheries

* * *rosealu

ROSE

Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles

BLOG : Ce que dit Rose

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STELLA SABBAT

Auteurs___photo___stellaElle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.

* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.

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VANINAAuteurs___photo___Vanina

Je suis née le 23 juin 1964 à Paris, dans un milieu artistique. C’est pourquoi je pratique encore deci delà la sculpture sur ballons.
« Petite dernière » d’une famille de 6 enfants. J’ai été prénommée Vanina grâce à une superbe danseuse mi-corse mi-berbère que mon père allait « croquer » (dessiner) dans l’atelier du chorégraphe Malkovsky.
A 15 ans, je me suis retrouvée paraplégique suite à un accident de sport. La cavalière que j’étais a renoncé à l’équitation, pour, 20 ans plus tard, devenir meneuse (atteler des chevaux).
J’ai un D. E. A. d’arts plastiques et travaille comme directrice artistique en P. A. O.
« On » me dit collectionneuse de collections...
J’ai un fils né en 1987 dont le père est décédé en 1995. J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
« Il ne faut jamais oublier ses rêves… »
« Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG : Art'moureusement vôtre

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VERON

medium_IMG_0007RA 50 ans passés, je me demande encore pourquoi la "lecture" reste mon plus mauvais souvenir d'enfance et de scolarité...
BLOG : Veron fot'



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Ce numéro a été réalisé par

Cocje
Ekwerkwe
InFolio
Rose
et StellaSabbat !

Posté par rose_alu à 23:59 - n° 05 - fanes de février - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Courrier des lecteurs de février

Le temps passe bizarrement sous les Fanes : février a été bien court, arrêté net au 29, et nous courons encore après cet hypothétique 31 ; mais certains jours ont été plus longs que d'autres. Comme ce 16 février où des poèmes filants n'ont cessé de se poser dans le jardin des fanes ; ça tombait bien pour un mois placé sous le signe des comètes.

Et si comme les habitants de Sainte Perthe des Prés, vous avez envie de prendre la plume, cette page vous est ouverte : avez-vous deviné la fin du feuilleton ? le jus d'amabilité a-t-il fait des miracles ? prenez-vous souvent le train ? où auriez-vous rangé votre tapis sans volant si vous l'aviez gagné ?

Fanes de février

Sommaire

Couverture

Edito de février


De nombreuses étoiles filantes ont sillonné le ciel

au-dessus des fanes :

une étoile symbole d'espoir, pour sortir du labyrinthe 

MAP

des étoiles à l'importance toute relative

Annick Bott

Mélusine, fileuse de rêve

InFolio

des étoiles-hirondelles

MAP

Sidera patrium

Rose


Le feuilleton de Saute-Dragon a rebondi de plus belle...

Episodes sept  (Kloelle), huit (InFolio)

neuf  (Vanina)  et dix (JF)


Des lettres ont été échangées dans la petite commune de Sainte Perthe des Prés

première lettre de la voyante au poète (Papistache)

réponse du poète à la voyante (MAP)

deuxième lettre de la voyante au poète (Elisala)

réponse du poète à la voyante (Ekwerkwe)

lettre de la charcutière à l'épouse du maire-pharmacien (Véron)

réponse de la pharmacienne (Kloelle)

InFolio a concocté (pour Papistache) un jus d'amabilité


Max Maatmosis s'est enfui de La Rochelle


De l'autre côté de minuit, Stella Sabbat s'est interrogée sur nos sociétés étiquetées

 

Josefa nous a offert un fan-art vampirique


et le 16 février, des rimeurs fanes'atiques ont bataillé ferme pour s'envoler sur le superbe tapis sans volant offert par Véron !

les règles du jeu

escarmouches du matin

l'heure de la sieste

les affaires reprennent

la lutte finale

à l'heure du bilan, on constata la victoire de MAP,

suivie de Papistache, de Dona Swann et de Kloelle,

qui s'étaient bien battus.

Bravo à tous !
 


Posté par rose_alu à 08:00 - n° 05 - fanes de février - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 février 2008

The escape from La Rochelle, Max Maatmosis

Part two

Escape

'"Wake up. It's getting dark. My husband is waiting for you downstairs."
I had tried to sleep, but was too excited. The scarce diet over the last few months and then the change to a full meal this morning (in preparation for what was to come) had worked wonders. Although I don't know where he got that chunk of meat from, it enabled me to dream again... of freedom from hunger, and the freedom to eat in abundance. For a moment I felt like the people of Israel about to conquer the promised land.
Josephine clearly could see what I had dreamt about and said laconically "It's just across the water."
I looked out of the window and soon realised that it was real. Just across the water were the lights of the fleet, that would take me out of here to England.
"Have you got everything?"
I had told her two days ago that I would leave. Now was the time to say "Good bye".

That night Jean Delot and I set off. We left the town under the pretence of harvesting and sowing in the marshes and under the cover of darkness.
"What are you going to sow?" We showed the guard a fistful of seeds.
"Well, don't go too far. We will shoot deserters. And on your way back, we will need to see what you have harvested. We will shoot food-profiteers." And to sound less threatening and more understanding he added: "Be careful. Do not let the enemy see you. They will shoot you too."
We headed into the marshes along the river until the guards had lost interest in us.
"What will you do?"
"Don't worry about us. It's one mouth less to feed. Biologically you are: ... what? ...about 30 years!? Your body is still fit. It is better this way. If we split up, we double the chance that our knowledge will survive, one way or the other."
"Promise that we will meet when this is over."
"We will."

The moon shone full and bright. The water was mildly cool. I clung to a piece of wood that I had brought with me to give me extra support, and pushed off. I made quick progress. Soon I had covered about half the distance. The lights were clearly visible above the horizon. Despite the waves it was all too easy. Before I could ask myself "Am I out of the army's shooting range?" I suddenly seemed to pass the lights rather than get nearer to them.
Waves are funny things. They seemed to toy with me. The heavy swell threw me up in the air, so that I felt I was on a vantage point with panoramic view - and then they would drop me down into the deepest hole where there seemed to be no escape.
Then again I could see how the black sea merged with the horizon, and then dark untransparent waves building themselves up in front of me; again instead of crushing me just taking me gently up onto the next crown. I soon got sick of this game. I struggled to stay in control. I had a few recurring thoughts: "Don't look back. Get to the light. Get onto dry land. Escape LaRochelle. Escape the sea. Escape!"
The water became as annoying and dangerous as a crowd of people who would push you along until you slip and then they stampede you into the ground --out of pure ignorance of, and lack of interest in individualism, and out of disapproval of those who are individuals-- and you can never get up again.

After a while, the moon was standing in a totally different position to the lights of the English fleet, and the beach from where I had left, was no longer visible at all. My arms had got heavy. I had got tired. After the long idle and desperate wait, swimming at first was such a nice change. Now the weight of the water pressed onto my chest. I found it difficult to breathe. I no longer could take deep or medium-size breaths. I gasped.
I had got used to the idea that I was nothing but a swimming head. I felt mysteriously detached from the submerged part of my body, despite its efforts to keep me (i.e. the head) above the surface.
Then there was a wall of water. Forty times the size of my head high ... a gush of water ... violent and much more heavy than anticipated. My head hurt. So hard had it come down on me. I lost the wooden plank. The water was no longer just below my head but all around and on top of me. I was reunited with the rest of my body, although not quite in the way that I wanted it.
I felt everything around me dissolving. Everything rolled into one. Temperature merged with fear. I got goose-pimples. Smell merged with taste. Water had broken through my mouth and nose. I could smell-taste its salty bitterness. Balance merged with morality. Up was supposed to be the good direction and down the bad. Now both had become uncertain. Noise merged with vision. I could hear-see the strokes that my arms still made in defiance and in vain. What again was the purpose? What was I trying to do? And who was I anyway? I had become cold and bitter, more moved than moving; up was good and down was good, up was bad and down was bad. I had become just like the stuff around me. I had merged with the sea.
And these were the last thoughts of Baruch as I could clearly feel them, although they were neither ever spoken nor put into language. No one has been able to locate his body to this day.

After he had finished Mercurius Maatmosis looked at me, to see whether what he'd just told me had made any impression on me. This was last month. We were sitting in his flat in EastLondon. Obviously I asked him how he could tell me this, how he could know about all these events in that detail, as if he had experienced them first-hand, but all he would say was: "Dear Maximilien, you asked me what you should do. Are you not in a similar position right now? Are you not in a dried out, foodless place with no apparent hope and are looking for ways to escape? Or have I misunderstood something?" and then, after a brief pause: "There are more things under the sun then most people would believe, my son. It has become late now and I am tired, but when you drop by next time, I will try to explain."
I got his permission to write it all down, when to my surprise he encouraged me to publish it, while mumbling more to himself: "People won't believe you anyway."

* * *

Acte 2

L’évasion

'"Réveillez-vous. La nuit est tombée. Mon mari vous attend en bas."

J’avais essayé de dormir mais j’étais trop excité. La diète de ces derniers mois et le changement provoqué par le vrai repas pris ce matin (en prévision de ce qui allait suivre) avaient fait des merveilles. Bien que je ne sache pas où il avait trouvé ce gros morceau de viande, ce repas m’avait permis de rêver à nouveau…. d’être libéré de la faim et d’être libre de manger en abondance. Pour un moment, je m’étais senti comme le peuple d’Israël sur le point de conquérir la terre promise.

Joséphine, qui avait visiblement compris de quoi j’avais rêvé, dit laconiquement : "C’est juste de l’autre côté de la mer."

Je regardai par la fenêtre et réalisai que tout était réel. De l’autre côté de la mer on voyait les lumières de la flotte qui me conduirait loin d’ici, en Angleterre.

"Vous avez tout pris ?"

Je lui avais dit deux jours plus tôt que j’allais partir. Il était temps à présent de lui dire "Au revoir".

Cette nuit-là, Jean Delot et moi partîmes. Nous quittâmes la ville, protégés par l’obscurité, en prétextant des travaux des champs dans les marais.

"Qu’allez-vous semer ?" Nous montrâmes au garde une poignée de graines.

"Bien, mais n’allez pas trop loin. Nous tuerons les déserteurs. Et à votre retour, vous devrez nous montrer ce que vous aurez ramassé. Nous tuons les profiteurs de guerre.” Puis, pour paraître moins menaçant et plus compréhensif, il ajouta : "Soyez prudents. Ne laissez pas l’ennemi vous voir. Ils vous tueront eux aussi."

Nous prîmes la direction des marais en longeant la rivière jusqu’à ce que le garde cesse de s’intéresser à nous.

"Qu’allez-vous faire ?"

"Ne t’inquiète pas pour nous. Ça fera une bouche de moins à nourrir. Biologiquement tu as… Combien ?... Environ 30 ans !? Tu es en bonne santé. C’est mieux ainsi. Si nous nous séparons, nous doublons nos chances, d’une manière ou d’une autre. "

"Promettez-moi que nous nous reverrons, quand tout ceci sera fini."

"Promis."

La lune était pleine et brillante. L’eau était fraîche. Je m’accrochai à un morceau de bois que j’avais apporté avec moi pour m’aider à flotter et pris le large. Bientôt j’avais couvert la moitié de la distance. On voyait distinctement les lumières à l’horizon. En dépit des vagues, c’était assez facile. Avant que j’aie pu me demander "Suis-je hors de portée des tirs de l’armée ?", j’eus soudain l’impression de dépasser les lumières plutôt que de m’en approcher.

Les vagues sont de drôles de choses. Elles semblaient se jouer de moi. Les rouleaux  me transportaient dans les airs, dans une position avantageuse où j’avais une vue panoramique - puis elles me laissaient retomber dans leurs creux d’où il semblait impossible de s’échapper.

A nouveau je pouvais voir la mer noire se confondre avec l’horizon, puis de vagues sombres, opaques, se formaient juste devant moi; et à nouveau, au lieu de me broyer elles me déposaient doucement sur une nouvelle crète. Je me lassai vite de ce jeu. Je me débattais pour garder le contrôle me répétant sans cesse : "Ne regarde pas en arrière. Suis la lumière. Va vers la terre ferme. Fuis la Rochelle. Fuis la mer. Fuis !"

L’eau devint aussi contrariante et dangereuse qu’une foule qui vous pousserait jusqu’à ce que vous tombiez et vous piétinerait alors – par pure ignorance et indifférence pour l’individualisme et par refus de ceux qui le seraient – vous laissant dans l’incapacité de jamais vous relever.

Au bout d’un certain temps, la lune avait complètement changé de place par rapport aux lumières de la flotte anglaise. et la plage d’où j’étais parti n’était plus du tout visible. Mes bras étaient lourds. J’étais épuisé. Après cette longue attente, vaine et désespérée, nager avait été un agréable changement. A présent, le poids de l’eau pesait sur ma poitrine. J’avais du mal à respirer. Je ne pouvais plus inspirer largement, ni même faiblement. Je suffoquais.

Je m’étais résolu à l’idée de n’être rien qu’une tête en train de nager. Je me sentais, de manière assez mystérieuse, détaché de la partie submergée de mon corps, en dépit de ses efforts pour me garder (garder ma tête) hors de l’eau.

Puis il y eut un mur d’eau. Quarante fois plus haut que ma tête… un jaillissement d’eau… violent et bien plus lourd que je ne l’avais anticipé. Ma tête me faisait mal. Je perdis la planche en bois. L’eau n’était plus seulement au-dessous de ma tête mais tout autour et au-dessus de moi. Je retrouvai le reste de mon corps - mais pas vraiment de la manière dont je l’avais espéré.

Tout ce qui était autour de moi sembla se dissoudre. Tout se confondit. Ma température se confondit à ma peur. J’avais la chair de poule. L’odeur se confondit au goût. L’eau avait rempli ma bouche et mon nez. Je pouvais sentir et goûter son amertume salée. Mon équilibre se confondit à la morale. En haut était supposée être la bonne direction et en bas la mauvaise. A présent l’une et l’autre étaient devenues incertaines. Le bruit se confondit à la vue. Je pouvais voir et entendre les battements que mes bras continuaient à faire, par défi et en vain. A quoi cela servait-il ? Qu’essayais-je de faire ? Et qui étais-je, de toutes façons ? J’avais froid et j’étais amer, mu plutôt qu’en mouvement, en haut était le bien et en bas aussi, en haut était le mal et en bas aussi. J’étais devenu exastement semblable à ce qui m’entourait. Je m’étais confondu à la mer.

Ce furent les dernières pensées de Baruch, telles que j’ai pu les comprendre, bien qu’elles n’aient été ni prononcées ni même formulées. A ce jour, personne n’a pu découvrir son corps.

Quand il eut fini, Mercurius Maatmosis me regarda, pour voir si ses paroles avaient fait impression sur moi. C’était le mois dernier. Nous étions assis dans son appartement dans le quartier d’EastLondon. Je lui demandai ouvertement comment il pouvait me raconter ça, comment il pouvait connaître tous ces évènements en détail, comme s’il les avait vécus lui-même, mais tout ce qu’il voulut dire fut : "Cher Maximilien, tu m’as demandé ce que tu devrais faire. N’es-tu pas aujourd’hui dans une position semblable ? N’es-tu pas dans un lieu sans eau ni nourriture, apparemment sans espoir, et dont tu cherches à t’échapper ? Ou bien y a-t’il quelque chose que je n’ai pas compris ?". Puis, après une brève pause: "Il y a plus de choses sous le soleil que la plupart des gens ne croient, mon fils. Il s’est fait tard et je suis fatigué, mais la prochaine fois que tu me rendras visite, j’essaierai de t’expliquer."

J’obtins sa permission d’écrire ce qu’il m’avait dit quand, à ma surprise, il m’encouragea à le publier, tout en marmonnant pour lui-même : "De toute façon, on ne te croira pas."

(traduction Stella Sabbat et Ekwerkwe)

The escape from La Rochelle: part one, part two, part three, part four.

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27 février 2008

The escape from La Rochelle, Max Maatmosis

Part one
Gaspard's Suggestion

'"If you are led by a madman or zealot, treason is often the only way out."
This dangerous remark by Francis Felton the foreign sailor was what got our debate started that afternoon. It was May, and what would have been under different circumstances a nice, bright day. But we were under siege since the previous summer. La Rochelle had become a self-governing prison. And after the French army (on the orders of Cardinal Richelieu) blocked all supplies from coming in, a foodless self-disciplined / self-censoring / self-punishing madhouse.
At first to have your food rationed is like fasting. It was surprisingly refreshing. The heart got lighter and lighter; freed from the burden of a heavy stomach. The head gets cleared and freed from thick nutritious phlegm. Association becomes a quicker game, and links are made with less restriction and less restraint. But this mood had for some soon given way to genuine want and worse.
Francis had come with the first English fleet under the command of the Duke of Buckingham the year before. In October he had fallen sick under the unhygienic conditions in the English camp and we had taken him in since. (Buckingham had tried to assist the town, but was forced to retreat in November, leaving hundreds of sick behind.)
While Elsa (our housekeeper) was secretly admiring the Englishman's good French, her son Henri felt personally offended: "How can you say such a thing?"
"The way I see it is: You voted for Guiton to become mayor and all he brings you is misery and false promises. But now you have to find a way to get rid of him. One way or another."
We had a full house that day. Apart from the above, there were me and Josephine, Baruch my assistant and of course Gaspard Gazac. He was a good friend and neighbour, and had come around with his sister-in-law Marie, although she wouldn't say anything all afternoon. She was still mourning the recent death of her husband. Gaspard had excellent connections to the town council. And as usual he wore his immaculate black cloak, in a manner that his appearance would intimidate any feeble or superficial persons.
"This conflict is not about promises." he intervened "This conflict is about our rights and freedoms. Guiton is a tough and competent man, he won't be blackmailed by this snake of a cardinal. He is an experienced military leader, a former admiral of the fleet, and he was democratically elected."
"The women didn't have a vote."
Gaspard dismissed the interjection: "There are always large portions of the population who don't have a vote."
"One can't trust any of them councillors. They probably have stashed loads of food away for themselves."
Henri tried to mediate: "God and posterity will judge those who think they are above the law."
But he was promptly rejected by Francis:"There is little consolation in that thought when you are currently suffering under their boot."
"Guiton is in the law. The King and cardinal have violated our rights. Not the other way around." Gaspard took a deep breath. "And there is one other thing: even if we would give up our rights, what do you think would Richelieu's troops do, once we let them inside?"
"They would plunder and burn us alive" Elsa concluded his thought.
"If there is no point in negotiating with Richelieu and the King, then there is no point in opposing or getting rid of Guiton either" is how Henri summed up the debate so far.
"So what can we do?" Baruch asked. "I can't just sit here and wait for the day that I starve."
"You can always run away, if you don't like it" was Gaspard's answer.
"Deserters get shot. You know that Gaspard." said Josephine angrily.
Francis picked up on Gaspard's thought and developed it into something tangible: "What about our fleet?"
"What about it?"
"If you want to escape from this wretched rock, there is no better opportunity but to swim the short distance to our ships."
Henri too got excited: "That is true. Who knows for how long they will be there. They are not doing anything to help us, but they will take you on. And then you can start a new life in England."
The English fleet under the command of the cowardly incompetent Denbigh had idly laid offshore for two full days; capable of attack but not attacking; able to help but not helping.
"What about all those we leave behind?" Baruch wanted to know. (He was too polite and not quick enough to ask: "Why don't you come with me?")
That was when Gaspard challenged him for a second time: "You don't owe this people anything. You have to watch out for yourself. If you want something, it is only a matter of will-power. If you lack that, you might as well perish. Ask yourself, what do you want?"
"Stop bullying Baruch. Jean say something! They are trying to put stupid ideas in your assistant's head."
"He's got his own head. He can work out what is best for him."
The next morning he took me and Josephine aside: "I made a decision. They are right, I don't have much time to loose, so I will leave tomorrow night."

* * *

Acte 1
La proposition de Gaspard

« Si vous êtes sous l’emprise d’un fou ou d’un fanatique, la trahison est souvent le seul moyen d'y échapper. »
C’est par cette dangereuse remarque du marin étranger, Francis Felton, que notre discussion débuta cet après-midi là. Nous étions en mai et, en d’autres circonstances, ç’aurait été une belle et radieuse journée.  Mais depuis l’été précédent la ville était en état de siège. La Rochelle était devenue, de fait, une prison auto-gérée. Et après que l’armée française, sous les ordres de Richelieu, eut imposé un embargo, une maison de fous affamés, qui pratiquaient l’autodiscipline, l’autocensure et l’auto-sanction.
Au départ, rationner sa nourriture s’apparente à un jeûne. Etonnement, c’est assez rafraîchissant. Le cœur devient de plus en plus léger, libéré du poids d’un estomac trop lourd. Les pensées s’éclaircissent, libérées des lourdeurs de la digestion. Les associations d’idées se font plus rapides, des liens s’établissent sans restriction et sans  entrave. Mais pour certains, cet état d’esprit avait bientôt laissé place à des désirs plus basiques, voire pire encore. 
Francis était arrivé un an plus tôt avec la première flotte anglaise, sous le commandement du Duc de Buckingham. En octobre, il était tombé malade à cause de la mauvaise hygiène du camp anglais ; depuis lors, il était avec nous. (Buckingham avait essayé de secourir la ville mais ses troupes avaient dû battre en retraite en novembre, laissant derrières elles des centaines de malades.)
Alors qu’Elsa (notre gouvernante) admirait secrètement la maîtrise du français de notre hôte anglais, son fils Henri se sentit personnellement offensé : "Comment pouvez-vous dire une telle chose ?"
"De la façon dont je vois les choses, vous avez élu Guiton comme maire et il ne vous a apporté que misère et fausses promesses. Et maintenant vous devez trouver un moyen de vous débarrasser de lui, d’une façon ou d’une autre."
La maison était bien remplie ce jour là. Outre ceux mentionnés plus haut, il y avait Joséphine et moi, Baruch mon assistant et bien sûr Gaspard Gazac. C’était un bon ami et un voisin. Il était venu avec sa belle-soeur, Marie. Celle-ci ne prononça pas un mot de l’après-midi. Elle portrait toujours le deuil de son mari, mort récemment. Gaspard avait d’excellentes relations avec le conseil municipal. Et, à son habitude, il portait son impeccable manteau noir avec une telle élégance que son apparence  intimidait les esprits faibles ou superficiels.
"Ce conflit n’a rien à voir avec des promesses", intervient-il. "Ce conflit concerne nos droits et nos libertés. Guiton est un homme solide et compétent; ce serpent de cardinal ne le fera pas chanter. Guiton est un chef militaire expérimenté, un ancien amiral et il a été élu démocratiquement."
"Les femmes n’avaient pas le droit de vote."
Gaspard rejeta l’intervention : "Il y a toujours une grande partie de la population qui n’a pas le droit de vote."
"On ne peut croire aucun de ces conseillers. Ils se sont probablement mis de côté un tas de nourriture."
Henri essaya de jour les médiateurs : "Dieu et la postérité jugeront ceux qui se croient au-dessus des lois."
Un argument qui fut rapidement rejeté par Francis : "Une telle pensée ne console pas ceux qui sont en train de souffrir sous leur botte."
"Guiton respecte la loi. Le Roi et le cardinal ont violé nos droits, et non l’inverse." Gaspard prit une longue inspiration. "Et il y a encore autre chose : même si nous renonçons à nos droits, que pensez-vous que feront les troupes de Richelieu, si nous les laissons entrer dans la ville ?"
"Ils pilleront nos maisons et nous brûleront vifs." conclut Elsa.
"S’il n’est pas question de négocier avec Richelieu et le Roi, alors il ne sert à rien de s’opposer à Guiton et encore moins de s’en débarrasser." C’est ainsi qu’Henri résuma le débat qui nous avait opposés.
"Dans ce cas, que pouvons-nous faire ?", demanda Baruch. "Je ne peux pas me contenter de rester assis ici à attendre de mourir de faim."
"Tu peux toujours partir, si ça ne te plaît pas" répondit Gaspard.
"Les déserteurs se font tuer. Tu le sais bien, Gaspard." répliqua Joséphine avec colère.
Francis rebondit sur les propos de Gaspard et posa une question pratique : "Qu’en est-il de notre flotte ?"
"Que veux-tu dire ?"
"Si tu veux t’échapper de ce maudit rocher, la meilleure solution est de traverser à la nage la courte distance qui nous sépare de nos bateaux."
Henri lui aussi commençait à s’exciter : "C’est vrai. Qui sait combien de temps ils resteront là ? Ils ne feront rien pour nous aider mais ils te prendront à bord. Et tu pourras commencer une nouvelle vie en Angleterre."
La flotte anglaise sous le commandement du lâche et incompétent Denbigh est restée deux jours entiers près des côtes ; elle aurait pu attaquer, elle aurait pu nous aider, mais ne l’avait pas fait.
"Et ceux que nous laissons derrière nous ?" voulait savoir Baruch. (Il était trop poli et pas assez vif pour demander : "Pourquoi ne venez-vous pas avec moi?")
Gaspard le défia une seconde fois : "Tu ne leur dois rien. Occupe-toi de toi. Si tu veux quelque chose, c’est seulement une question de volonté. Si tu n’en as pas, il ne te reste plus qu’à mourir. Pose-toi la question : que veux-tu ?"
"Cesse de t’en prendre à Baruch. Jean, dis quelque chose ! Ils essayent de faire entrer des idées stupides dans ta tête de ton assistant."
"Il a sa propre tête. Il peut décider lui-même de ce qui est bien pour lui."
Le lendemain, il me prit à part avec Joséphine : "J’ai pris une décision. Ils ont raison. Je n’ai plus beaucoup de temps à perdre, je partirai la nuit prochaine."

Traduction Stella Sabbat et Ekwerkwe

The escape from La Rochelle: part one, part two, part three, part four.

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24 février 2008

Le feuilleton du dimanche

Saute-Dragon

Dixième épisode

JF

Résumé de l'épisode précédent
Enfin, Barnabé et Le Black se retrouvent face à Ajdar!

Ajdar avait une respiration de soufflet de forge. De ses naseaux sortaient de petites fumerolles. Soudain, il éternua ! Une longue flamme, langue de feu, balaya toute la caverne. Nous n’eûmes que le temps de nous cacher derrière un rocher, sinon nous étions carbonisés.

Diable, l’affaire risquait d’être coton. Zigouri le vieux sage l’avait bien dit à Barnabé. Positivons un peu : il avait dit coton mais pas impossible ! Donc il y a une solution. Faisons fonctionner nos petites cellules grises comme dirait Hercule Poirot.

Résumons nous : je suis un auteur qui, par je ne sais quel sortilège, s’est retrouvé projeté dans l’histoire qu’il écrivait, en habitant le corps d’un improbable marchand de calembredaines, aidant son héros à naviguer dans le monde qu’il a créé, pour finir par se rendre compte que le héros lui ressemble comme deux gouttes d’eau et que quelqu’un les manipule puisqu’il ne retrouve plus les évènements qu’il a imaginés !

Quelqu’un n’aurait pas une aspirine ?

Regardons d’un peu plus près cette caverne. Brave mais pas téméraire je demande à Barnabé de jeter un œil. Curieux effet. Etant donnée la ressemblance entre Barnabé et moi, j’ai l’impression de m’envoyer moi-même au casse-pipe. Si je m’en sors je suis bon pour une thérapie!

Barnabé se soulève doucement et regarde tout autour de lui.

- Dis donc le Black… me murmure-t-il.

- Oui ?

- J’aperçois une porte au fond de la caverne…

- Accessible ?

- Si on longe la paroi en faisant attention à ne pas faire rouler de caillou, ce doit être jouable. Il suffit d’attendre qu’Ajdar s’endorme !

Au bout de trois heures, un ronflement se fait entendre. Il était temps, nous commencions à nous ankyloser. Nous nous mettons en marche vers la fameuse porte. Nous retenons notre souffle. Le moindre faux pas et nous sommes cuits, au sens propre du terme. Une demi-heure après, nous arrivons au fond de la caverne. Nous nous engageons dans un couloir taillé à même la roche, éclairé par des cristaux phosphorescents. A son extrémité nous débouchons dans une salle aux murs tendus de toile crème, au sol recouvert de tapis. En son centre, une jeune femme, que nous supposons être Lolita, assise en tailleur, lit un grand livre. Elle l’annote et en biffe certains passages avec un feutre rouge. Elle lève la tête.

Nous nous approchons. Plus nous avançons, plus ses traits se précisent et plus j’ai l’impression de perdre la raison : Lolita a le visage de ma compagne !

A suivre...

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23 février 2008

De l'autre côté de minuit ?

7 février 2008, 15h54 et quelques minutes, TGV 6621, quelque part entre Paris et Lyon, voiture 18

Tout a commencé par cette phrase entendue dans le TGV Paris-Lyon : "Le propriétaire de l'AX bleue est-il dans ce wagon ?" J'ai levé la tête de The Eyre Affair[1] - dont la lecture n’est sans doute pas étrangère aux évènements, réels et fantasmés, qui suivirent - intriguée et avec le sentiment d’avoir basculée dans une autre dimension. Autour de moi, fusaient des "non", "non, pas moi"... Mais aucun voyageur de la voiture 18 n'avait l'air aussi surpris que moi par ce qu'il avait entendu. Et pour cause, quelques minutes plus tard, le contrôleur repassa et dit : "Le propriétaire de la grosse valise bleue, qui se trouve dans l’entrée de la voiture 17, est-il dans ce wagon ?" Je réintégrais la dimension qu'aucun des autres voyageurs n'avait quittée. Cette nouvelle intervention du contrôleur ne provoqua aucune réaction, du moins aucune réaction visible. Car, tout au fond de moi, je sentais poindre la colère. Le contrôleur avait en effet mentionné le fait que la mystérieuse valise bleue ne portait pas d'étiquette. Et trop hâtivement, j’en concluais que désormais les contrôleurs vérifiaient tous les bagages à la recherche de contrevenants à la règle sncfienne de l’étiquetage nominatif. Etiquetage auquel tout en moi se refuse. Quelques minutes passèrent, entrecoupées par deux messages enjoignant au propriétaire de la grosse valise bleue sans étiquette qui se trouvait dans l'entrée du wagon 17 de se présenter IMMEDIATEMENT au contrôleur.

Entre temps, certains voyageurs de la voiture 18 s'étaient emparés de l'histoire de la grosse valise bleue, de son mystérieux propriétaire et de la ronde des contrôleurs. Tout avait commencé lorsqu'un voyageur[2] qui devait manifestement s'ennuyer, après avoir fini la lecture du Parisien ou de sa version non parisienne, Aujourd'hui en France, avait déclaré : "L'autre jour c'étaient deux Japonaises… Ils ont fait sauter leurs valises."

Ces propos, à la grande joie de celui qui les avaient tenus, suscitèrent l'intérêt de ses deux voisins d'en face et d'une femme située de l'autre côté du wagon, et donnèrent lieu à cet échange entre l’homme au journal et celle que nous appellerons désormais « la femme » :

"- Vous y étiez ?

- Non, je l'ai lu dans le journal (Ah c'est qu'on en apprend des choses dans les journaux !). Et en plus elles ont dû payer une amende.

- Ah non ?!?

- Si." Puis revenant à l’origine de leur discussion : " C'est peut-être un étranger. Ils devraient passer un message en anglais.

- Ah oui."


La discussion reprit après un nouveau passage du contrôleur, accompagné par une de ses collègues.
La femme, sur le ton qu’aurait un usager d’une administration quelconque agacé par la lenteur et la logique bureaucratique de cette administration : "Si c'est une bombe, nous aurions eu plusieurs fois le temps de sauter."

L'homme au journal, qui semblait vouloir montrer qu'il le lit (le journal) et qui de ce fait s'octroyait le rôle d'expert du wagon 18 : "Si c'est une bombe, ils vont nous immobiliser une heure."

La femme : "Une heure ?"

L'homme au journal : "Oui. Et en cas de suicide c'est 4 heures."

La femme : "Quatre heures ?"

Un des hommes en face de l'homme au journal : "Parfois c'est 6 heures." Je vous épargnerai la raison de ces deux heures d'arrêt supplémentaires, raison qu'ils - l'homme au journal et son vis-à-vis -, tout à leur joute d’experts es incidents sncfiens, n’ont pas épargnée aux autres voyageurs de la voiture 18.


Nouveau passage des contrôleurs. Et cette fois-ci le propriétaire de la grosse valise bleue, qui était bien l’un des passagers de la voiture 18, se fait connaître. La femme se dresse sur son siège et se retourne pour voir à quoi pouvait bien ressembler l'impudent propriétaire de la valise bleue, quel pouvait bien être le visage de la dissidence. L'homme au journal le regarde aussi avec une certaine jubilation, celle que procure chez certains êtres humains la sensation que l’un de leurs semblables va passer un mauvais quart d’heure. L'homme à la valise bleue sort du wagon précédé des deux contrôleurs, déclenchant un débat animé entre l’homme au journal, ses deux vis-à-vis et la femme (que je ne saurais vous rapporter, n’y ayant pas prêté attention).

 

Entrée très boulevardière de la contrôleuse : "Gros con !!! Mesdames et Messieurs, excusez-moi pour le gros mot, mais..."

Là, ma sympathie qui était déjà acquise à l'homme à la valise bleue - peut-être le seul autre passager de ce train, à l'exception des étrangers ou de certains d'entre eux, qui ne s'était pas plié à l'exigence de l'étiquetage nominatif des bagages - se renforce. Et je me dis que je sais dans quel camp je suis, quelle que soit la réalité de cette homme - en dehors de son refus d'étiqueter ses bagages -, quelle que soit même la raison pour laquelle il ne s’est pas plié à cette exigence.

 

Nouvelle discussion dans le wagon 18 :

L'homme au journal : "Au moins ça les (les contrôleurs) aura occupé."

La femme, dont ça semble être la thématique principale, repart sur son "ah si ça avait été un colis piégé....".

A cet instant, m'apparaît une vision, tout droit sortie de La Zone du dehors du brillant Alain Damasio. Celle de Kamio, qui s’apprête à instiller le doute, le questionnement, la réflexion, la critique... dans l'esprit des clients d'un centre de rencontres :

"Encore un verre de brax. Il va falloir que je me décide à monter sur ma chaise et à leur parler. Ces centres de rencontres se ressemblent décidément tous. (…) Ca fait trois Clastres que je fais ça - six ans. A raison de vingt soirs dans le mois, je dois donc en être à cinquante interventions environ et cependant, à chaque fois, j’ai le trac (…). J’ai peur de leur regard. Le plus dur reste le moment où je monte sur la chaise - dès que je parle, l’angoisse se dissipe. Au moment où j’ouvre la bouche, c’est comme si la peur s’échappait de moi pour aller les envelopper eux : ils tressaillent, ils baissent la tête, ils ricanent, ils n’osent plus se regarder entre eux. Dans ces centres de rencontres, les clients sont à ce point habitués au calme, aux discussions feutrées, que ma voix semble, en scandant, déchirer le velours de leurs oreilles. Ronde est la salle, rondes les tables en forme de verre à pied. Les fauteuils des salons « intimes » sont mous, mais il ne s’y passe jamais rien. Ici, on se rencontre. C’est tout. On bavarde, on ne se brusque point. (…) Drôle de monde… où rien ne semble pouvoir se passer, jamais. C’est justement pourquoi il faut se battre ici, quoi qu’en dise Obffs. Ici oui, dans cette arène sans poussière, où les émotions se décolorent et blanchissent. (…) Je vais parler fort - j’essaye de ne jamais être violent ni blessant - je les provoque, je les bouscule et parfois des couples me répondent, parfois me soutiennent, cela dépend. (…) Lorsque je tiens bon et que je reste, mon discours se lâche, s’accélère et je vois des yeux qui se lèvent vers moi, des visages questionnés, des tables qui se mettent à discuter du Clastre et des gens à m’interpeller, d’autres qui applaudissent un bon mot - et je sue et je me bats contre l’apathie, contre les « ferme ta gueule ! », les moqueries qui fusent et les arguments-boucliers. Je les regarde dans les yeux et au-delà de leurs bouteilles, sous leurs fronts, je sens qu’ils se battent contre leurs certitudes qui se lézardent. Ils doutent. Ils replâtrent. Mais quoi qu’ils fassent et quoi qu’ils se disent pour colmater la brèche, le Clastre n’est plus en eux cette évidence inquestionnable qui scellait leur crâne. L’odieux verni d’indifférence a craqué en eux - et ça, ça je le sais, c’est le premier pas qui rend possible une Volution."[3]

 

Pour Kamio, les certitudes à lézarder sont celles qu’a réussi à imposer le Clastre pour assurer le maintien et la pérennité du régime politique de Cerclon - une social-démocratie poussée au bout de sa logique - via un système de notation et de classement qui institue un contrôle social par tous et sur tous :

« Tout le monde ici est acteur du Clastre, a jugé, juge et sera jugé en son nom… »[4]

 

Pour moi, il ne s'agissait que d'instiller le doute, le questionnement, la réflexion, la critique... sur l'utilité de la règle sncfienne de l'étiquetage des bagages :

"Avez-vous réfléchi à l'utilité de l'étiquetage de vos bagages ? Pensez-vous que ça vous empêchera de vous faire voler vos valises ? Bien sûr que non. Est-ce que ça une réelle utilité en termes de lutte contre le terrorisme ? Evidemment pas : si un terroriste a décidé de faire sauter un train (ou d'essayer) il lui suffira de mettre un bagage piégé étiqueté avec un nom quelconque dans un des espaces réservés aux bagages. Alors, à quoi ça sert ? A rien. Sinon à nous imposer un comportement uniforme - un de plus ! - tout en nous faisant croire que ce geste - étiqueter nos bagages - nous individualise. Et à nous crétiniser davantage : en nous imposant de nous plier à une règle inutile et qui, c'est vrai, ne nous engage pas vraiment mais qui contribue à grignoter de plus en plus non seulement notre espace de liberté mais notre espace de résistance... à la connerie, au tout sécuritaire... et qui nous rend de plus en plus perméable à d'autres atteintes, peut-être plus aussi anodines."

Bien sûr je ne l’ai pas fait, je n’ai pas mis mes pas dans ceux de Kamio. D'abord parce que nous étions à 5 ou 10 minutes du Creusot et que je n'avais aucune envie de me faire éjecter du train par les contrôleurs, voire par les voyageurs eux-mêmes. Une version moderne du goudron et des plumes : moi, mon chat et mon sac à dos anonyme sur le quai d’une gare, à proximité sncfienne d’une ville probablement pas hostile mais au moins inconnue. Mais la vraie raison n’est pas là. Trop de peur et pas assez d’audace. Et la jubilation provoquée par la vision de Kamio dans la voiture 18 et par l’enchaînement de pensées qui avaient suivi s'est un peu teintée de regret : celui d’avoir manqué ce rendez-vous.

 

Pour compléter ce billet, et vous en extraire totalement, vous pouvez lire :

   - Alain Damasio, La Zone du dehors, 1999, La Volte, 2007

(http://www.lavolte.net/lazonedudehors/index_livre.php)

 

- Jasper Fforde, L’Affaire Jane Eyre, 10/18, 2005

(http://www.jasperfforde.com/thursdayintro.html)

 


 

[1] Jasper Fforde, The Eyre Affair, Hodder, 2001.

 

[2] Tout au long de ce billet, je vais extrapoler sur les sentiments et les émotions de celui que désormais je nommerais « l’homme au journal ». Mais celui-ci étant de tous les voyageurs de la voiture 18 celui que je voyais le mieux et ses sentiments de satisfaction, d'anticipation pleine d'espoir… étant assez peu dissimulés, je pense pouvoir le faire sans trop risquer de me tromper.

 

[3] Alain Damasio, La Zone du dehors, 1999, La Volte, 2007, p.181-183.

 

[4] Idem, p. 191.

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21 février 2008

Fanes de carottes vous vampirisera!

Ce mois-ci, les morsures font mal mais elles ne sont pas forcément fatales...

Pour recevoir un de ces fan-arts en édition limitée, il vous suffit de laisser un commentaire dans les messages de ce billet, et de nous envoyer votre adresse postale à fanesdecarottes(chez)yahoo(point)fr, une fois que votre nom figure dans la liste ci-dessous - le premier étant réservé pour Veron, qui sait pourquoi!

Série V

-  1/V Veron
-  2/V MAP
-  3/V canalblog via Papistache
-  4/V Vanina
-  5/V
-  6/V
-  7/V
-  8/V
-  9/V
- 10/V
- 11/V
- 12/V

Vampire___blog

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20 février 2008

Etoile filante - 4

A l'instar des hirondelles,
les étoiles filantes se rassemblent avant l'envol

MAP

MAP___Avant_l_envol

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18 février 2008

Etoile filante - 3

Mélusine, fileuse de rêve 
par InFolio

Il était une fois un nuage de roches et de gaz en rotation, se condensant lentement au fil du temps. Mélusine est une future étoile, aux mains blanches comme la neige, aux longs cheveux d’or, et aux yeux d’un bleu intersidéral. Depuis qu’elle a quitté la pouponnière, elle vit hors du monde, loin de tout, comme dans une tour d’ivoire.
Son temps passe en lectures dans les astres, pour guetter quand sa grand-tante entrera dans la constellation de la maison en pain d’épice ; en cours de sciences au coin du feu, avec travaux pratiques de fusion d’atomes et combustion de gaz incandescents ; et en activités féminines telles que filer la laine de verre sur un rouet en titane... Temps qui passe au rythme des secondes qui s’égrènent. Temps d’un ennui mortel.
Ses oncles, tantes, frères et sœurs l’adorent, la chérissent, la protègent au point de déformer pour elle la réalité, afin de lui masquer la cruauté de l’univers, à l’extérieur de leur petit amas. Ils courbent par leur présence l’espace, de façon à ce qu’elle ne puisse voir, bien que celui-ci soit fort charmant, le jeune astre, nommé Prince, né quelques millions d’années avant elle. Il pourrait exercer sur elle une attraction gravitationnelle aux effets irréversibles…
Ils avaient vu le système binaire qu’étaient devenus deux des leurs alors qu’ils s’enlaçaient, l’un, tel un vampire, absorbant l’autre… puis avaient assisté à leur disparition dans une gigantesque explosion.
Parfois, de loin, ils lui font un clin d’œil. Ils faiblissent de façon momentanée leur intensité d’émission en faisant apparaître des tâches noires à leur surface, et lui envoient par la même occasion nombre de rayonnements, afin qu’elle ne se sente pas seule.
Elle, elle rêve de participer au concours de Miss citrouille d’automne organisé au château, la galaxie la plus proche. Les sept nimbus et d’autres, Hansel, Gretel, Jocasse, Sandre s’y sont déjà inscrits, les veinards ! Il faut dire que, lorsqu’on est comme eux de petits blocs de roche satellisés, à l’orbite complètement désaxée suite à une collision, on se déplace facilement pour aller à la billetterie mise en place sur la ceinture d’astéroïdes qui entoure l’amas.
Mais sa famille s’opposerait forcément à ce projet. Ses oncles et tantes prétexteraient qu’il existe de grands méchants trous auxquels elle devrait faire face pour aller si loin, à des années-lumière. Ils les appellent « trous noirs », ogres insatiables, affreux chasseurs ou loups dévoreurs de matière et de rayonnements, juste pour lui faire peur.
De toute façon, ils ne la laissent jamais rien faire ! Ils avaient déjà refusé qu’elle laisse s’échapper quelques roches périphériques. Pourtant elles allaient l’encombrer, devenant des satellites. Parmi ces roches, ils avaient désigné un morceau de couleur rouge pour qu’il la surveille. Comme si elle avait besoin d’un chaperon ?!!
Elle a entendu parler d’étoiles qui, par un effet de catapulte avec la complicité d’une étoile plus massive, ont réussi à partir très loin. L’une d’elle est devenue légendaire sous le nom de Runaway. Mélusine a donc commencé à guetter, durant ses longues observations de l’espace environnant, un astre qui pourrait lui donner ce petit coup de pouce. Tout est une question de temps. Quand elle sera grande, enfin devenue une étoile, elle aussi filera sans prévenir !

Posté par rose_alu à 08:00 - n° 05 - fanes de février - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 février 2008

Le feuilleton du dimanche

Saute-Dragon

Neuvième épisode

Vanina

Résumé de l'épisode précédent
Barnabé et le faux marchand de calembredaines sont enfin entrés dans l'antre d'Ajdar, mais la réalité et la fiction commencent à se mélanger de façon inquiétante...

Barnabé marchait devant moi. Petit à petit nous entrions dans un dédale de couloirs où les multiples passages se coupaient et se recoupaient. Aux murs, les chandeliers représentaient des dragons cracheurs de feu. Les flammes prenaient vie à notre approche, et vacillaient dès que nous les avions dépassées. Je ne reconnaissais plus la trame de mon histoire: jamais aucun labyrinthe n’en avait fait partie. Si je n’étais préoccupé par l’idée de reprendre pied dans la réalité, sans doute un tel environnement m’aurait fait penser au château de la Bête… Quant à Barnabé (ou devrais-je dire l’auteur, tant la ressemblance devenait flagrante?), lui semblait à son aise. Les murs ornés s’étaient progressivement vidés, seuls les chandeliers-dragons les décoraient. Le plancher, le plafond, puis toutes les parois, toutes les surfaces étaient devenues miroirs. Je suffoquais dans cette atmosphère étrange, où Barnabé était plus moi que je ne l’étais moi-même. La multiplicité de mes propres reflets ne m’évoquait rien, si ce n’est le personnage du marchand que par magie j’hantais maintenant. Par contre Barnabé m’offrait en mille éclats mon propre reflet à l’infini: Le Black, l’auteur ! Mais là encore, je n’étais plus maître de rien, la trame de l’histoire que j’avais envisagée m’échappait depuis l’entrée dans la grotte.
Préoccupé que j’étais, plongé dans mes pensées, je suivais Barnabé, l’amoureux, sans même en avoir conscience…
Lorsque soudain il s’arrêta, je le heurtai! Le choc me fit rejoindre la réalité - c'est-à-dire, celle du récit que j’étais supposé écrire, mais dont je ne maîtrisais plus l’écriture.
Le labyrinthe avait pris fin, nous étions sur le seuil d’une caverne au parois rocheuses abruptes, au sol caillouteux  instable : l’antre du dragon Ajdar.
Ajdar…
Comme tout les dragons de son espèce, il était muni de pattes écailleuses qui se terminaient en griffes acérées, sa queue ressemblait à celle d’un serpent à sonnettes, mais s'achevait à la façon de celle d’un diable : en pointe de flèche aiguisée. Quant à ses ailes, proches de celles d’une chauve souris, elle se terminaient par des crochets.
Dire qu’il n’avait pas l’air aimable eut été un euphémisme…

A suivre...

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 05 - fanes de février - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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