Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

31 décembre 2007

Auteurs de décembre

Auteurs___photo___CocjeCOCJE
Aurait pu naitre en Italie. Née une première fois en France puis d'autres fois après.
A d'abord testé la musique, pour continuer dans la photo en passant par le cinéma. Quelques expérimentations culinaires viennent s'ajouter depuis peu.
La tête toujours remplie de questions et de rêves, espère parcourir le monde avec sa moitié.
BLOG : le cahier virtuel

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ELISALAElisala
Née il y a quelques années dans quelque contrée nordique de la France, Elisala s'est passionnée très tôt pour l'apprentissage de la lecture. Ça date très précisément du jour où sa maîtresse de CP a fait remarquer à ses parents qu'elle n'apprenait pas bien la lecture, et ce par pure fainéantise. Vexée comme un pou, elle se mit alors à lire. Et ne s'est plus arrêtée depuis.
C'est à l'âge honorable de pas loin de 18 ans qu'Elisala fit connaissance avec Terry Pratchett et sa trilogie des gnomes. Elle enchaîna naturellement avec les annales du disque-monde. Elle s'avoue relativement amoureuse de Terry. Et de Granny Weatherwax. Et de la mort (it's a he).
Sa culture SFFF ne s'arrête cependant pas là, elle tâta ici ou là du Frank Herbert, du Ursula Le Guin, du Neil Gaiman, du Bordage, etc. etc., au gré des coups de coeur et des propositions de ses confrères et soeurs de lecture.
Il est à noter que Moorcock la laissa cependant assez sceptique. Sa dernière découverte : Mars, la rouge, la verte et la bleue, de Kim-Stanley Robinson, dont le réalisme dans l'anticipation l'enchante tout particulièrement. Rien sur l'écriture? Rien sur l'écriture, ce n'est vraiment pas sa spécialité, même si ça la fait rêver.
BLOG : Une bibliothèque, c'est lourd à porter

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FanDesCarottes2INFOLIO
J’erre de lieux en lieux, de livre en livre, de site web en site web…
J’ai parcouru une bonne part de l’Est de la France du Nord, au Sud, puis retour au Nord, et mon parcours ne veut pas s’arrêter… bien malgré moi parfois.
Mes yeux quant à eux se promènent un peu sur tout ce qui se lit, science fiction, fantasy, policier, romans d’un peu partout dans le monde, parfois en anglais, ou en allemand. Sur la toile, je fréquente quelques blogs, quelques forums et espaces de discussion assimilés.
BLOG : InFolio dans tous ses formats

* * *Kloelle__2_

KLOELLE

J'ai déjà 37 ans et trois enfants sympas.
Je travaille dans une administration...
Je suis pianiste à mes heures perdues...
Lectrice à d'autres heures perdues...
Et j'aime jouer avec les mots et les émotions à des heures que je cherche encore.
BLOG : Une valse des petits riens

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LumaLUMA
Naissance en 1986 quelque part dans les montagnes. A beaucoup lu et écrit, fait des études et vu du pays.
Auteurs préférés : Terry Pratchett, Stephen King, Daniel Pennac, Robin Hobb, Ptitluc, Ayroles, Binet, Franquin, Urasawa, Clamp… etc.
Record à Tetris : 200 lignes.
BLOG : Ecriveuse en herbe

* * *MAP

MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !




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MaxMAX MAATMOSIS
Max Maatmosis was born in continental Europe during the wild Seventies.
He grew up in a mad town.
Currently he is living in NewLabourLand (near London).
And, as everybody else, he likes to ask big questions... and even more so, to come up with hypothetical answers.

 

* * *rosealu

 ROSE
Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles
BLOG : Ce que dit Rose

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VaninaVANINA
Je suis née le 23 juin 1964 à Paris, dans un milieu artistique. C’est pourquoi je pratique encore deci delà la sculpture sur ballons.
« Petite dernière » d’une famille de 6 enfants. J’ai été prénommée Vanina grâce à une superbe danseuse mi-corse mi-berbère que mon père allait « croquer » (dessiner) dans l’atelier du chorégraphe Malkovsky.
A 15 ans, je me suis retrouvée paraplégique suite à un accident de sport. La cavalière que j’étais a renoncé à l’équitation, pour, 20 ans plus tard, devenir meneuse (atteler des chevaux).
J’ai un D. E. A. d’arts plastiques et travaille comme directrice artistique en P. A. O.
« On » me dit collectionneuse de collections...
J’ai un fils né en 1987 dont le père est décédé en 1995. 
J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
« Il ne faut jamais oublier ses rêves… »
« Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG : Art'moureusement vôtre
v_ron2

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VERON
A 50 ans passés, je me demande encore pourquoi la "lecture" reste mon plus mauvais souvenir d'enfance et de scolarité...
BLOG : Veron fot'



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Ce numéro a été réalisé par
Cocje (Vidéo' chef),
Ekwerkwe (Rédac' chef),
InFolio (Scribo' chef),
et StellaSabbat (Lecturo' chef).

Bienvenue à Rose dans l'équipe.

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25 décembre 2007

Joyeux Noël

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24 décembre 2007

Quand les carottes dorment...

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Le courrier de décembre des lecteurs

Comment ? Déjà ? Oui, déjà !

Nous quittons notre domaine sous les fanes et partons en vacances, en cure de chocolat et en désintoxication internettienne, tout ça à la fois. Le numéro 4 de Fanes de carottes, votre blogzine de (science) fiction préféré, sera publié à partir du 1er janvier 2008. En attendant, les commentaires sur le blogzine seront modérés et nous ne répondrons pas aux mails.

C'est ici que vous pouvez sussurer votre indignation, ou nous souhaiter une joyeuse crise de foie, comme vous préférez... Vous avez toutes les vacances (les nôtres) pour cela.

Passez quand même faire un tour au pied du sapin, en pays de (science) fiction, il n'est pas interdit de croire encore au Père Noël...

courrier_des_lecteurs

Fanes de décembre

Sommaire

** Couverture vidéo et édito ;

** Neuvième et dixième (dernier aussi) épisodes du feuilleton de Luma : "Enfer administratif" ;

** Les premier et deuxième épisodes de Saute-dragon, un nouveau feuilleton écrit par les auteurs du jeu de saute-mouton ;

** Un "Miracle de Noël" conté par Max Maatmosis ;

** Une seule réponse à l'appel thématique de décembre, "Parfums d'enfance et robots tueurs", celle d'InFolio, avec ses "Vestiges du Ravage", mais pas moins de sept fins possibles, imaginées avec l'aide de Rose (1ère série et 2ème série) ;

** Le jeu de la liste des courses, avec les contributions de Véron ("Rosalinde"), MAP ("Un ange passe..."), InFolio ("Célestin, mâle reproducteur"), Cocje et InFolio en équipe ("Balade urbaine en stéréo"), et Kloelle ("Jour de foudre").

Et comme toujours...

- des recettes littéraires : "Que dîne-t-on ce soir?" par Vanina et "Spetzles d'Alsace sur tapis orange" par InFolio ;

- de nouvelles définitions dans le dictionnaire illustré de la SFFF : "dauphin" (InFolio), "flânerie" (Véron, d'après une illustration d'Elisala), "Lain" (Cocje), et "pot de fleurs" (InFolio) ;

- un troisième fan-art de Josefa à gagner: "Fanes de carottes vous vampera".

Pas de blabla, mais un grand merci à nos lecteurs, et aussi aux auteurs qui travaillent avec nous avec beaucoup d'inspiration et de rigueur.

* * *

Et pour ceux qui préfèrent la version papier, le fanzine de novembre à télécharger!

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23 décembre 2007

Le feuilleton du dimanche

Saute-Dragon

Deuxième épisode

Véron

Résumé de l'épisode précédent
Ajdar a enlevé la belle Lolita pour relancer son culte qui, hélas, n'est plus aussi sanglant qu'il l'était, en des jours plus glorieux. Barnabé l'amoureux, désespéré, décide de partir à la recherche de sa douce princesse, et fait un petit détour par les jardins de Bâm pour y profiter des conseils du sage Zougouri, qui l'envoie à Kanouplé...

L'imprimante cracha une dernière feuille. L'auteur des lignes qui noircissaient ces pages soupira de lassitude.

― Wrôaaaaaa !
― Quoi encore ?
― C'est mauvais, son idée est tordue. Mauvais début! Que veut-il que j'en fasse ? Je ferais mieux d'accepter d'écrire  "l'autobiographie" de l'autre fumier...
― Laisse moi lire, un peu ...
― Alors ?
― En cas d'adaptation au ciné, tu peux me négocier le rôle de Lolita ?
― Merci pour ton avis!
― Pfff, je ne sais pas moi!
― ...
― Je dois partir, Nath doit déjà m'attendre. N'oublie de sortir le chien avant la nuit, si tu ne veux pas qu'il se transforme en dragon sanguinaire...
― Très drôle !

― C'est juste ton boulot ! C'est toi le nègre !
M. Le Black, comme le surnommait sa compagne, savait que sa nuit serait blanche. L'histoire de Barnabé et Lolita devait être bouclée pour le lendemain. Il se lamenta  une nouvelle fois sur le choix des personnages. Ajdar le dragon était le plus problématique, il avait un air plus démodé que sanguinaire. Il décida de bousculer la trame imposée… Barnabé n'allait pas retrouver l'oncle Hô. Les rites de retrouvailles incontournables pour les habitants de Bâm en seraient évités, mais l'angoisse grandissait car un infime indice laissait penser qu'Ajdar était passé par là avant lui. Barnabé sillonnait  Kanouplé, avec l'obsédant désir de retrouver sa Lolita. A ses dépends, il allait apprendre que cette jolie princesse jouait, depuis le début, un double jeu dangereux…

M. Le Black savait que sa nuit serait blanche.

A suivre...

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22 décembre 2007

La liste des courses de Kloelle

Jour de foudre

Kloelle

Le ciel, qui offrait depuis ce matin un bleu intense digne des meilleures photos de vacances, s’était soudain mis à explorer la palette des gris. A l’abri derrière les vitres de mon appartement, j’aurais pu trouver une certaine douceur mélancolique à ces variations nuageuses, mais seule sur ce chemin de randonnée, au pied de ces arbres au vert fatigué de fin d’été, je m’étais vraiment sentie poussière balayée par un vent hostile.
J’avais hésité entre reprendre le chemin en sens inverse ou tenter de rejoindre le refuge « Chez Jules et Augustine » qui devait être maintenant à moins de deux kilomètres, et l’idée du refuge m’avait semblée plus raisonnable.
Un ciel comme une mer déchaînée et la foudre qui tombait ça et là me glaçant à chaque salve.

Jour de foudre
Au-dessus de la forêt.
En moi, le froid.

C’était bien le moment d’avoir l’âme poétique. Atteindre le chalet, voilà tout ce à quoi je devais employer mon énergie.
Mon guide s’était sûrement trompé ou c’est moi qui avais emprunté le mauvais sentier. Quoi qu’il en soit, je mis presque deux heures à voir enfin cette petite maison aux tuiles moussues perdue entre le silence gris du lac et les imposants sapins secoués par le vent.

La porte était de ces lourds panneaux en bois épais, aux ferronneries larges et sans ornements. Ce n’est pas sans difficultés que je parvins à l’ouvrir.
On m’accueillit d’un bonjour blanc sans plus de fioritures que la décoration du lieu, et je m’accrochai à la première table libre, quoique toutes l’étaient, dans un coin près d’une fenêtre. L’intérieur moderne contrastait avec le rustique extérieur du lieu, on aurait pu s’attendre à un univers de corps de ferme avec tables en bois et pierres apparentes, et c’était tout le contraire. Un lino brillant vert olive faisait office de sol, les tables de verre et les chaises en formica blanc cassé donnaient presque un aspect de clinique propre et aseptisée à la pièce.
Je ne me sentais pas à l’aise mais dehors les éléments se déchaînaient toujours. Le patron, un homme vraiment très beau au regard clair et opalescent, venait de m’apporter une délicieuse infusion chaude alors pourquoi tenter le diable en repartant ?
Après avoir longuement contemplé le lac gris en mouvement, je me retournai. Les seuls éléments au mur étaient une reproduction d’un tableau de Chagall, Le violoniste bleu, et une large bibliothèque de verre sur laquelle reposait un unique et très vieux livre dont je parvenais mal à lire le titre. Intriguée, je me levais pour voir ça de plus près : « Mille et une recettes aux fanes de carottes ». Le patron, se détournant de la pointilleuse inspection de ses verres, se glissa soudainement tout contre moi pour m’expliquer d’un ton monocorde que la recette du breuvage que je dégustais provenait de cette bible de la cuisine : une infusion de fanes de carottes aux miels de sapin.
Comment vous dire, la peur glisse parfois en nous sans raison précise, et elle était là. J’ai récupéré mon sac et ma veste, prête à affronter à nouveau les éléments. Par chance une éclaircie se dessinait au-dessus des montagnes et je pris le chemin du sommet dans l’espoir de rencontrer quelques promeneurs moins perdus que moi.
C’est près du deuxième lac que je découvris l’auberge de Jules et Augustine qui s’accrochait, entre deux sapins et un petit pont de bois. Je courus de toutes mes forces vers ses rideaux rouges et ses balconnières fleuries.
Le plus étrange ?
Dans l’auberge personne n’avait jamais entendu parler du chalet au tableau bleu ni des recettes particulières qu’il proposait.
« Les fanes de carottes ? Ma pauv’ demoiselle, ce sont nos lapins qui les mangent... Z’êtes sûre que la foudre n’a point fricoté avec vous ? »

* * *

Dans le sac de Kloelle, on trouve trois nuances de vert, un homme vraiment très beau, un haïku, un tableau célèbre, une porte, un chiasme, un livre vraiment très vieux et un prénom désuet.

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21 décembre 2007

La liste des courses de Cocje et Infolio

Ballade urbaine en stéréo
Cocje (& Infolio)

Tout auditeur attentif sait qu’une ville a sa vie, sa musique, ses sons et ses ambiances. Ici, au bord de la mer, de passage sur le port, les cris des goélands ininterrompus, que l’on soit à la marée haute ou à la marée basse, posent le décor.

Mais si on fait abstraction de ceux-ci et que l’on s’engage dans les ruelles, on s’approche de la substantifique moelle sonore, la carte d’identité auditive de la vie des quartiers.
Ainsi, en allant dans la zone résidentielle, les rues sont calmes, on y croise peu de gens et la circulation est réduite. Par une fenêtre ouverte, une radio diffuse un programme culturel.

Il y est question d’un tableau célèbre. Là bas, plus loin, c’est un film de 1969, qui se déverse dans la rue par une autre fenêtre. Un homme y crie à tue-tête un prénom au charme vieillot.

Et quelques maisons plus loin, une femme, dans son salon, égraine quelques notes sur son piano.

L’atmosphère s’anime vers l’école, où l’on entend les enfants jouer dans la cour.

D’autres, dans une salle de classe se préparent pour le spectacle de noël.

Mais si l’on prend la peine de s’approcher encore un peu, on trouve Agathe, toujours la plus solitaire, qui, dans son coin, joue aux billes dans le préau.

Ici, tout bascule, nous voilà auprès des commerces ! Attention à la boulangère sur son pas de porte, elle discute avec la commerçante voisine. Chez le coiffeur, les cheveux tombent comme les feuilles à l’automne.

Et là, au café, tandis que le niveau sonore est déjà bien élevé avec une musique d’ambiance, un homme veut épater la galerie, déclamant un haïku en anglais.

Plus loin, celui-là frappe à une porte, et insiste encore et encore, essayant aussi la fenêtre.

Pour toute réponse un vasistas qui s’entrouvre et une voix qui clame...

Eloignons nous bien vite de ce tumulte. Car dans les villes nous avons aussi le plaisir de nous écarter des rues pour aller nous promener dans les parcs. Retour à la nature. Loin de nous les goélands, nous voici en compagnie des moineaux, rouges-gorges, mésanges…

Une lectrice est là, profitant de ce rayon de soleil, assise sur un banc. Elle semble absorbée dans l’ouvrage posé sur ses genoux et dont elle tourne délicatement les vieilles pages.

Elle prend de temps en temps quelques notes, de la pointe de son crayon dont l’extrémité est mâchonné.

Mais qui voit-on donc là, venant troubler cette quiétude en lorgnant les oiseaux ?

Dans le magnéto de Cocje (& sous le stylo d'InFolio), on trouve la marée basse, un haïku, un tableau célèbre, un crayon machônné, un livre vraiment très vieux, quelques billes d'agathe, une coupe de cheveux, un texte sans "u" et un prénom désuet... ainsi que quelques petites choses sans importance.

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20 décembre 2007

La liste des courses d'InFolio

Célestin, mâle reproducteur

Célestin reposait, calme, lové sur son lit composé de mousses, de branchages et brindilles brisées. Un grand espace lui était réservé afin qu’il puisse se déplacer quand il en avait envie. Mais pour l’heure il dormait. La température était agréable, il était bien nourri, aucun danger ne le menaçait… il pouvait se le permettre.
Discrètement cependant on le surveillait, là haut, par l’œilleton.
Il faut dire que Célestin était le plus beau mâle du cheptel. Un morceau de choix dont la semence valait de l’or.

Son espace était clos par des murs, il avait pour ciel un plafond blanc, et ses nuits étaient sans étoiles - il y en aurait eu trop que ça aurait été du pareil au même : il n’avait jamais vu d’étoiles.

Les autres mâles, de moindre valeur, ne bénéficiaient pas du même confort. Ils vivaient à quatre ou cinq dans chaque enclos.
Pour les femelles c’était différent, elles devaient avoir chacune un enclos individuel pour pouvoir mettre bas et nourrir pendant quelques temps leur progéniture. Mais là encore, leur valeur conditionnait la taille de l’enclos.

Il avait fallu du temps et du travail pour en arriver là. Les premiers spécimens avaient été ponctionnés très discrètement sur leur planète d’origine. Ils avaient été étudiés sous toutes leurs coutures. Ils étaient maladroits, peu intelligents. Suffisamment cependant pour que, avec leur caractère soupe-au-lait, l’on craigne des velléités de rébellion. Il avait donc été décidé de ne pas les utiliser comme esclaves.

On attendait la maturité des mâles pour les abattre. On les servait, grillés ou en sauce, lors des repas royaux. Le roi était friand de leurs cuisses, qui lui étaient réservées. Les invités se partageaient le reste de la carcasse.
Les femelles qui avaient passé l’âge d’engendrer étaient elles aussi cuisinées, mais jamais on ne se serait avisé de les servir au roi. Ce privilège douteux était réservé à ses ministres.

Célestin était donc le résultat d’une longue sélection, destinée à abêtir les spécimens d’origine tout en améliorant les qualités gustatives de leur chair. Le résultat était là : Célestin était un parfait crétin, et un très très beau mâle, musclé, à la chair tendre. Sa tignasse ressemblait à un tas de paille, et il aurait bien mérité une coupe de cheveux, mais ça ne lui aurait pas donné pour autant un air plus intelligent.

Quinze ans qu’il était nourri, logé et blanchi et c’était déjà long comparé aux autres mâles de moindre valeur. Il était temps de le mettre en présence des femelles pour qu’il assure sa fonction de reproducteur.

On ouvrit discrètement la porte pendant son sommeil pour introduire la meilleure reproductrice du groupe, aux hanches bien larges, à la poitrine généreuse, et au fessier harmonieusement rebondi. Elle avait été dopée aux hormones et était capable d’enfanter des triplés.

Le taux de perte de femelles lors des tentatives pour produire plus de trois spécimens s’étant révélé catastrophique, ils avaient décidé de limiter le nombre de petits à trois. La durée de gestation avait été ramenée à 7 mois, mais il fallait compter de nombreuses années avant qu’ils ne soient mâtures et vendables. Mais même si le rendement n’était pas très élevé, ce type d’élevage restait très lucratif : leur rareté faisait toute leur valeur.

Le fort taux d’hormones de la femelle permettait une production élevée de phéromones qui stimulaient les pulsions naturelles du mâle. Tout était mis en œuvre pour multiplier les chances d’accouplement et donc de fécondation.

Célestin, dans son sommeil d’ange innocent, ne sut pas qu’on faisait entrer la femelle. Il avait l’air si touchant, en chien de fusil, suçant son pouce opposable, que la femelle resta d’abord à distance à l’observer. Ses charmes virils firent bientôt effet, et elle alla le secouer doucement puis plus fort.

Mais à son réveil, contrairement à ce que les observateurs attendaient, Célestin ne prit pas sauvagement la femelle, mais son temps pour la regarder. Il semblait figé comme un vieil arbre mort. Celle-ci, par contre, réceptive aux charmes du mâle, se pâmait. Elle alla soudain s’asseoir à cinq centimètres de Célestin, en susurrant des sons sensés le séduire. Celui-ci, saisi d’effroi, faillit se sentir mal. Ses yeux ne la quittaient pas, terrorisés et interrogateurs.
Il avait peur de cette créature et ne savait que faire…

* * *

Dans son chariot, InFolio a entassé une porte, plusieurs brindilles brisées, une coupe de cheveux, une soupe au lait, un ange, un homme vraiment très beau, trop d'étoiles, un prénom désuet, une longue allitération, un zeugma et un kakemphaton.

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19 décembre 2007

La liste des courses de MAP

Un ange passe...

- C’est un ange te dis-je !

- Comment peux-tu le savoir ?

Assis à la terrasse de café d’un petit village de Provence où je passe quelques jours de vacances, cette conversation inhabituelle me fait prêter l’oreille… Deux jeunes hommes installés à la table voisine – André et Jacques, comme les a appelés le serveur - observent un nouvel arrivant et en tirent des conclusions vraiment étranges… Le jeune homme prénommé Jacques prend le temps de boire une gorgée de café avant de répondre à son ami :

- Oh, je m’y connais un peu… son allure, son regard, ses gestes déliés et même… sa coupe de cheveux : ces légères boucles blondes autour de son visage…

- Oui, cela me fait penser à un tableau célèbre : un ange annonciateur je crois, en tout cas un jeune homme vraiment très beau ! Mais que viendrait-il faire sur terre ?

- A mon avis il s’ennuie là-haut : il y a trop d’étoiles et cela ne l’amuse plus de les compter ! Il a dû trouver la Porte du Temps et, par curiosité, il vient voir un peu où nous en sommes !

- Eh bien il ne va pas être déçu… tu crois qu’il cherche le bureau des renseignements ? plaisanta André.

- Oh, pas besoin ! répond Jacques, le plus naturellement du monde : Il suffit qu’il y ait un arbre plusieurs fois centenaire sur son chemin ! Il sera capable de le renseigner sur tous nos faits et gestes.

- Ah c’est vraiment bien de pouvoir communiquer avec les arbres… dit André, toujours sur un ton enjoué… puis il devient plus sérieux : mais au fait comment sais-tu tout cela ?

Jacques semble alors un peu gêné comme s’il se reprochait d’en avoir trop dit. Après avoir hésité un moment il se penche vers André et lui chuchote à l’oreille cette confidence :

- C’est que… je ne t’en ai jamais parlé, mais je suis un ange reconverti, « recyclé » si tu veux !

- Quoi ! Mais qu’est-ce que tu me racontes là ! Tu deviens fou ! Dis donc ! Tu n’as pas bientôt fini de me balader comme ça ? Je veux bien rire cinq minutes, mais là tu exagères !

- Ah je me doutais bien que tu réagirais comme cela, reprit Jacques, c’est pourquoi je ne t’ai jamais rien dit à mon sujet mais aujourd’hui je crois que je vais le faire : moi aussi j’ai voulu descendre sur terre car je m’ennuyais là-haut dans ce monde de perfection ! Et puis… j’ai rencontré Lili la poétesse !

En prononçant ce nom, la voix de Jacques s’enflamme, ses yeux brillent d’un amour ardent. Il continue :

Elle aussi parlait aux arbres et aux fleurs. Un jour, dans son jardin, je l’ai entendue chanter d’une voix douce et claire :

« Ô rose veloutée, donne-moi un baiser !
Parfume mes pensées, désaltère mon cœur

Offre-moi ta rosée pour apaiser mes peurs
Envoie-moi un bel ange… un tendre bien-aimé ! »

Je n’ai pu résister à ce chant si tendre et si beau… et tu vois… la voix de Jacques se fait alors très douce : je ne peux plus quitter Lili, c’est comme si toute notre histoire avait déjà été écrite dans un livre vraiment très vieux. On ne peut résister à cet état de fait et d’ailleurs nous ne cherchons pas à le faire !

André, abasourdi par ces révélations, reste un long moment silencieux, affalé sur sa chaise, le temps d’assimiler les incroyables confidences de son ami. Il se redresse ensuite et dit en souriant, comme s’il avait décidé qu’il pouvait faire confiance à Jacques :

- Eh bien dis donc tu m’avais caché ça !!! Je suis l’ami d’un ange !! On en apprend tous les jours !

- Sur terre, en bon élève de la vie, tu apprends l’étonnant et la géographie !

Sur ce, les deux amis, riant de ce bon mot, se saluent et retournent à leurs occupations respectives.

Un homme s’en va… un ange passe… 

* * *

Le panier en osier de MAP contient un ange, une coupe de cheveux, un tableau célèbre, un homme vraiment très beau, trop d'étoiles, une porte, un arbre plusieurs fois centenaire, un zeugma, un livre très vieux et des alexandrins.

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18 décembre 2007

La liste des courses de Véron

Rosalinde

Rosalinde a treize ans et seize mois. Ce matin ses formateurs l’ont réveillé avant le lever du deuxième soleil et l’ont préparé méthodiquement. Après lui avoir coupé ses nattes d’enfant, ils l’ont aidé à revêtir son premier somptueux manteau pan-galactique rouge. En quittant le berceau de son enfance, il a furtivement admiré les reflets de son image sur les parois métalliques de l’Internat N°1.

Il est maintenant devant la Grande Porte d’Or de l’Administration des Cérémonies... Il attend en compagnie des soixante-douze autres mâles conçus l’année de la marée basse. Ils sont silencieux et apparemment résignés. L’arrivée en grande pompe du chef des cérémonies, le grand et magnifique Maatmosis, annonce le début de la cérémonie.

Maatmosis présente et ouvre religieusement le séculaire Registre des Éprouvettes. Cet ouvrage détermine l’ordre de passage. L’appel égraine lentement les prénoms et le groupe perd, au même rythme, sa cohésion.
Les prénoms sont prononcés ici pour la dernière fois, remplacés par les numéronoms d’adultes. Un peu engoncé dans ses nouveaux vêtements, chaque appelé avance vers la capsule archéospatiale exceptionnellement ouverte, et reçoit un présent-mémoire.

Rosalinde devient Gasi-1909. Devant lui, Davi-1908, ne sachant comment transporter l'énorme et pesant calice en porcelaine blanche, muni d'un double couvercle, qu'on vient de lui confier, perturbe le défilé. C’est avec un sourire  de soulagement que Gasi-1909 reçoit un rectangle de carton décoré et manuscrit. Immédiatement charmé, il se promet de percer le mystère de cette  antique écriture.

V_ron___illus___recto

V_ron___illus___verso

« Marcel  pour  Roch-1910... 1910! » articule  Maatmosis.
Il faut avancer, le rituel initiatique de la Mue du Dragon est loin d’être terminé.
La nouvelle vie de Gasi-1909 commence. Il franchit, méfiant, l’étape suivante et la Grande Porte d’Or.

* * *

Dans son cabas, Véron a mis un prénom désuet, un homme vraiment très beau, un livre vraiment très vieux, un haïku, un tableau célèbre, une coupe de cheveux, une marée basse, un ange, une mue de dragon, un texte sans la lettre u et un zeugma.

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