Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

30 novembre 2007

Les auteurs de novembre

COCJE
Auteurs___photo___CocjeAurait pu naitre en Italie. Née une première fois en France puis d'autres fois après.
A d'abord testé la musique, pour continuer dans la photo en passant par le cinéma. Quelques expérimentations culinaires viennent s'ajouter depuis peu.
La tête toujours remplie de questions et de rêves, espère parcourir le monde avec sa moitié.
BLOG : le cahier virtuel

* * *

ELISALAElisala
Née il y a quelques années dans quelque contrée nordique de la France, Elisala s'est passionnée très tôt pour l'apprentissage de la lecture. Ça date très précisément du jour où sa maîtresse de CP a fait remarquer à ses parents qu'elle n'apprenait pas bien la lecture, et ce par pure fainéantise. Vexée comme un pou, elle se mit alors à lire. Et ne s'est plus arrêtée depuis.
C'est à l'âge honorable de pas loin de 18 ans qu'Elisala fit connaissance avec Terry Pratchett et sa trilogie des gnomes. Elle enchaîna naturellement avec les annales du disque-monde. Elle s'avoue relativement amoureuse de Terry. Et de Granny Weatherwax. Et de la mort (it's a he).
Sa culture SFFF ne s'arrête cependant pas là, elle tâta ici ou là du Frank Herbert, du Ursula Le Guin, du Neil Gaiman, du Bordage, etc. etc., au gré des coups de coeur et des propositions de ses confrères et soeurs de lecture.
Il est à noter que Moorcock la laissa cependant assez sceptique. Sa dernière découverte : Mars, la rouge, la verte et la bleue, de Kim-Stanley Robinson, dont le réalisme dans l'anticipation l'enchante tout particulièrement. Rien sur l'écriture? Rien sur l'écriture, ce n'est vraiment pas sa spécialité, même si ça la fait rêver.
BLOG: Une bibliothèque, c'est lourd à porter

* * *

FanDesCarottes1INFOLIO
Coté face, mammifère bipède à l’esprit nomade et coté verso, feuillu aux feuilles de papier.
En phase bipède, je me nourris des rêves piochés dans les images et les livres.
En phase feuillue, je me nourris d’encre pour couvrir mes pages. Un ami poulpe est un sympathique pourvoyeur de cette rare substance.
Je me promène depuis quelque temps déjà sur divers lieux de la toile nacrée appelée le web. Parmi ceux-ci, le site du bookcrossing est devenu mon point de repère et d’échanges sur les livres.
BLOG : InFolio dans tous ses formats

* * *

JOSEFAJosefa2
J’aime me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en principe avant d’arriver au point ou au trait final.

* * *

Kloelle__2_KLOELLE
J'ai déjà 37 ans et trois enfants sympas.
Je travaille dans une administration...
Je suis pianiste à mes heures perdues...
Lectrice à d'autres heures perdues...
Et j'aime jouer avec les mots et les émotions à des heures que je cherche encore.
BLOG : Une valse de rien

* * *

LARKEOAuteurs___photo___lark_o
Née dans une petite bourgade nichée dans un écrin de CO², j’ai poursuivi diverses études et carrières qui m’ont menée à choisir un mode de vie basé sur la sieste, le Saint-Emilion, l'art du calembour, les pantalons en jean et la navigation dans les quarantièmes hurlants (du Web).
Je n'ai jamais enseigné nulle part ni publié quoi que ce soit. Je suis actuellement directrice de la cafetière et du four à micro-ondes, activités qui me laissent cependant le temps de consacrer quelques instants à ma famille et à ce pour quoi je reçois un salaire, c'est-à-dire l'archéologie.
Ah, j’oubliais, je suis aussi grand-mère, et entre deux chantiers de fouilles, je m’adonne aux délices du bookcrossing.
La photo date de l'année dernière, j'ai changé de lunettes depuis !
BLOG : Le petit blog est dans le pré

* * *

Auteurs___photo___Luma

LUMA
Naissance en 1986 quelque part dans les montagnes. A beaucoup lu et écrit, fait des études et vu du pays.
Auteurs préférés : Terry Pratchett, Stephen King, Daniel Pennac, Robin Hobb, Ptitluc, Ayroles, Binet, Franquin, Urasawa, Clamp… etc.
Record à Tetris : 200 lignes.
BLOG : Ecriveuse en herbe


* * *

MaxMAX MAATMOSIS
Max Maatmosis was born in continental Europe during the wild Seventies.
He grew up in a mad town.
Currently he is living in NewLabourLand (near London).
And, as everybody else, he likes to ask big questions... and even more so, to come up with hypothetical answers.


* * *

rosealuROSEALU
Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles.

BLOG : Ce que dit Rose


* * *

Auteurs___photo___stellaSTELLA SABBAT
Elle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.

* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.

* * *

v_ron2

VERON

À 50 ans passés, je me demande encore pourquoi la "lecture" reste mon plus 
mauvais souvenir d'enfance et de scolarité...

BLOG : Veron fot'

* * *

Ce numéro a été réalisé par
Cocje (Boîte à créations),
Ekwerkwe (Boîte à idées),
InFolio (Boîte à questions),
et StellaSabbat (Boîte à lectures).

Posté par InFolio à 23:59 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le courrier de novembre des lecteurs

Vous voilà, le coeur tout palpitant, ça a été juste mais vous avez survécu à novembre, ses dangers divers qui rôdent dans la neige, dans les bois et les forêts... Vous maîtrisez la survie en milieu hostile. Vous savez que de l'autre côté de minuit, il y a des sans domicile fixe et des mystères, mais vous ne savez toujours pas qui a dit la vérité (et d'ailleurs, peut-être que tout le monde a menti...)

Vous avez survécu à l'accablante fatigue de la charge d'Imperator, aux excès de carottes sucrées, très sucrées, grasses et sucrées, et même aux excès salés. Pour les éliminer, vous avez fait un peu (beaucoup) de sport avec nos cambrioleurs administratifs.

Vous connaissez de nouveaux mots, et même de nouveaux animaux.

Félicitations!

_dito

Vous avez aimé?

Vous avez souffert?

Vous trouvez que ça manque de...?

C'est ici que vous le dites.

* * *

Et pour ceux qui préfèrent la version papier, le fanzine de novembre à télécharger!

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 novembre 2007

"Madame Dichs a dit..." - larkéo

Les personnages
- M. Lheaumme, la cinquantaine, déjà chauve
- Caroline Lheaumme, sa fille, 25 ans, brune, un peu replète
- Mme Dichs, 35 ans, châtain, jolies jambes, veuve de guerre
- M. Grimaud, 35 ans, brun, bel homme
- Janie Clare, 21 ans
- Marvin Clare, 21 ans


20 mars 2007, fin de matinée
Dans le bureau d'une maison bourgeoise, en Picardie
M. Lheaumme dicte du courrier à sa secrétaire, Mme Dichs. La fille de M. Lheaumme, Caroline, lit dans la mezzanine, aménagée en bibliothèque, qui surplombe le bureau. M. Grimaud, le jardinier, taille les rosiers qui poussent dans une plate-bande sous la fenêtre (ouverte) du bureau.
Janie et Marvin Clare entrent dans le bureau, armés chacun d'un revolver. Ils reprochent à M. Lheaumme la ruine et la mort de leur père. Un coup de feu est tiré. M. Lheaumme est touché à la poitrine. Mme Dichs appelle des secours et la police. Les jumeaux Clare restent sur place.

Affaire Lheaumme/Clare
20 mars 2007
 
Déposition de Mme Dichs

"Il faisait très chaud, d'ailleurs la fenêtre était ouverte et j'entendais le bruit du sécateur du jardinier, ce qui me troublait même si je ne pouvais pas le regarder. Par contre Caroline ne devait pas s'en priver, je suis sûre qu'elle est amoureuse de ce vaurien de jardinier et qu'elle faisait semblant de lire. Mais ça je ne le voyais pas non plus. J'étais en train d'écrire sur l'ordinateur et je voyais surtout mon écran, vu que Monsieur Lheaumme dicte toujours à toute vitesse comme si j'étais une machine ! Faut toujours que je fasse attention et en plus je m'étais cassé un ongle.

Bref, j'étais en train de taper: "nousvousprionsdebienvouloirnoter... quelebudgetdépasseradedeux... millionscequenouszescomptions..." quand les jumeaux sont entrés sans même frapper, et ont crié ensemble "Fuck toi ! Tu laisses filer nos thunes alors on va te faire la peau, vieille saloperie !" Il faut dire qu'ils sont mal élevés ces deux là, elle, Janie, a les ongles peints en noir, des perles en fer dans les lèvres et les sourcils et son frère, aux cheveux peints en rouge porte des pantalons si larges qu'on voit le haut de ses fesses. "T'as tué notre fazère, pourriture de ta race ! Tiens prends ça dans ta sale tronche de bourge de ta mère !" Et pan les voilà qui tirent sur Monsieur et qu'il s'écroule sur mon clavier avec du sang partout sur l'imprimante et ma jupe tout neuve! Et voilà j'ai quand même soulevé le bonhomme pour me dégager et il est retombé sur ma chaise, toute tachée mantenant par le sang. Les jumeaux se sont enfuis à toute vitesse, pendant que je vous téléphonais. Le jardinier est entré pour voir ce qui se passait et il m'a bien consolée et tout. Caroline ? Elle faisait la tronche de me voir dans les bras de son chéri!"

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

28 novembre 2007

"Caroline Lheaumme a dit..." - kloelle

Les personnages
- M. Lheaumme, la cinquantaine, déjà chauve
- Caroline Lheaumme, sa fille, 25 ans, brune, un peu replète
- Mme Dichs, 35 ans, châtain, jolies jambes, veuve de guerre
- M. Grimaud, 35 ans, brun, bel homme
- Janie Clare, 21 ans
- Marvin Clare, 21 ans

20 mars 2007, fin de matinée
Dans le bureau d'une maison bourgeoise, en Picardie
M. Lheaumme dicte du courrier à sa secrétaire, Mme Dichs. La fille de M. Lheaumme, Caroline, lit dans la mezzanine, aménagée en bibliothèque, qui surplombe le bureau. M. Grimaud, le jardinier, taille les rosiers qui poussent dans une plate-bande sous la fenêtre (ouverte) du bureau.
Janie et Marvin Clare entrent dans le bureau, armés chacun d'un revolver. Ils reprochent à M. Lheaumme la ruine et la mort de leur père. Un coup de feu est tiré. M. Lheaumme est touché à la poitrine. Mme Dichs appelle des secours et la police. Les jumeaux Clare restent sur place.

Affaire Lheaumme/Clare
20 mars 2007
 
Déposition de Caroline Lheaumme


"Je suis arrivée tôt, comprenez au petit matin, avant l’arrivée de papa et de sa secrétaire. La mezzanine, c’est mon mirador, tout un monde à épier en silence.


Vers 10 heures, au bruit de ses pas talon-aiguillés, j’ai noté l’arrivée de Mme Dichs. Papa la suivait et ils se sont installés au bureau pour écrire le courrier du jour.

Il la dévore des yeux et croyez-moi sous ses faux airs d’irréprochable veuve, elle en est parfaitement consciente. Il faut la voir minauder, plier et déplier ses interminables jambes.

Mon père n’est d’ailleurs pas le seul à en profiter. Les rosiers devant la fenêtre du bureau doivent être les mieux taillés de tout le parc. Je veux dire que M. Grimaud y attache un soin tout particulier et spécialement à l’heure où se dicte le courrier.

Nous étions donc depuis une petite heure dans les galanteries coutumières du matin lorsque ces deux jeunes gens blonds comme les blés sont entrés.

Je n’ai pas vraiment fait attention, les affaires de mon père impliquent des rendez-vous fréquents et à ce moment précis je reluquais le jardinier.

C’est le cri strident de Mme Dichs qui m’a sortie de mes chimères charnelles.

Les deux adolescents au visage d’ange pointaient tous deux une arme sur mon père tout en débitant d’une voix juvénile et hoquetante des explications plus incompréhensibles les unes que les autres.

La jeune femme insistait lourdement pour que mon père demande pardon. Croyez bien qu’il ne s’y opposait pas, avec une arme à 50 cm du visage je crois que l’on demanderait pardon à une mouche de partager son oxygène. Simplement mon père ne voyait vraiment pas qui pouvait être ce Monsieur Clare dont on lui imputait la ruine et le suicide. Maître es-spéculation je vous l’accorde, zélateur de l’attaque boursière et du contrôle de capital mais spadassin économique, non, pour les affaires il a une morale, aussi difficile à croire que ce soit.

Elle est devenue hystérique et agitait son revolver en tout sens, son frère totalement décontenancé semblait errer entre deux eaux et ne plus savoir quelle attitude adopter.

M Grimaud a profité de ce moment de flottement pour enjamber la fenêtre et maîtriser le jeune Marvin. Complètement affolée, Janie a tiré, plus par réflexe de panique que par réelle volonté.

Mon père s’est effondré sur son bureau.

Je vous épargne l’épisode sanglant, les gloussements nerveux de Mme Dichs qui a tout de même trouvé les ressources nécessaires pour vous appeler et avertir les secours.

J’ai fini par descendre, juste histoire de faire bonne figure, ne vous y trompez pas.

Les jumeaux exsangues étaient tétanisés, flageolants, en larmes, à se demander qui les secours allaient prendre en charge à leur arrivée.

Ah j’oubliais... On vous parlera peut-être de mon malaise. Une subtile comédie pour me blottir au cœur des bras musclés de Grimaud... Avouez que l’occasion était trop belle!"

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 novembre 2007

"Marvin Clare a dit..." - Rose

Les personnages
- M. Lheaumme, la cinquantaine, déjà chauve
- Caroline Lheaumme, sa fille, 25 ans, brune, un peu replète
- Mme Dichs, 35 ans, châtain, jolies jambes, veuve de guerre
- M. Grimaud, 35 ans, brun, bel homme
- Janie Clare, 21 ans
- Marvin Clare, 21 ans
 

20 mars 2007, fin de matinée
Dans le bureau d'une maison bourgeoise, en Picardie
M. Lheaumme dicte du courrier à sa secrétaire, Mme Dichs. La fille de M. Lheaumme, Caroline, lit dans la mezzanine, aménagée en bibliothèque, qui surplombe le bureau. M. Grimaud, le jardinier, taille les rosiers qui poussent dans une plate-bande sous la fenêtre (ouverte) du bureau.
Janie et Marvin Clare entrent dans le bureau, armés chacun d'un revolver. Ils reprochent à M. Lheaumme la ruine et la mort de leur père. Un coup de feu est tiré. M. Lheaumme est touché à la poitrine. Mme Dichs appelle des secours et la police. Les jumeaux Clare restent sur place.

Affaire Lheaumme/Clare
20 mars 2007
 
Déposition de Marvin Clare

"Janie et moi sommes arrivés en France la semaine dernière. Nous avons d’abord séjourné à Paris où nous avions diverses formalités à régler, et aujourd’hui nous avons pris le train de 8h20 pour Amiens. Nous sommes arrivés un peu avant dix heures. Nous avons marché jusque chez Lheaumme, ça nous a pris une vingtaine de minutes.


Le jardinier taillait des rosiers devant la maison, il nous a fait signe. Il avait entrebâillé le portail, nous nous sommes faufilés à l’intérieur de la propriété et en avons fait le tour pour entrer par la porte de derrière, qui était ouverte, comme il l’avait promis. Arrivée là, Janie a sorti son revolver de son sac, le mien était dans la poche intérieure de mon blouson. J’ai vu qu’elle était décidée.

Alors on a traversé la buanderie, pris le couloir et ouvert en grand la porte du bureau, en braquant nos armes sur Lheaumme, qui a sursauté. Un double menton, des cernes, pas du tout la tête du bon vivant qui faisait la fête avec Papa. En face de lui, il y avait une femme d’une trentaine d’années qui a sauté sur ses pieds. Elle a fait le tour de son fauteuil pour se placer derrière, en rentrant les épaules, et elle reculait discrètement vers la fenêtre. Au début, on braquait tous les deux nos armes sur Lheaumme, et Janie a commencé à lui débiter tout ce qu’on avait à lui reprocher. Normalement on s’était réparti les accusations, mais elle se laissait entraîner, et je n’osais pas l’arrêter. Nous nous attendions à ce qu’il nous reconnaisse, mais rien n’est venu, il tremblait, c’est tout. Alors Janie lui a rappelé : comment il avait poussé notre père à investir, la croisière qu’il lui avait offerte, les photos que notre père en avait ramenées, celle avec la petite fille brune et potelée, la main de son père posée sur son épaule, les absences de papa (pour affaires, en France), ses cernes quand il était là, et un jour plus rien que les crises de larmes de notre mère... Nous venions lui faire ouvrir le coffre qu’il n’avait pas ouvert au moment où notre mère avait été internée et notre maison saisie.

C’est à cet instant que j’ai vu que la secrétaire s’approchait de la fenêtre. J’ai tourné mon arme contre elle, je l’ai menacée. Elle a poussé un cri, c’était un appel, et elle regardait fixement un point derrière nous: accoudée à la balustrade, une jeune fille brune observait la scène depuis la mezzanine, tranquillement, un petit sourire aux lèvres. Du coin de l’œil j’ai vu Janie se raidir, tourner son arme vers elle; alors j’ai visé Lheaumme et j’ai tiré. Je ne saurais pas expliquer mon geste. Ou plutôt si: je voulais tirer le premier, il ne fallait pas que Janie fasse une bêtise. Lheaumme s’est effondré dans son fauteuil de cuir, la secrétaire criait. Je n’ai pas eu le temps de regarder Janie; on me bloquait le bras. C’était Grimaud, le jardinier. « Qu’est-ce que vous avez fait ? » criait-il, et il m’a désarmé. Janie lui a remis son revolver sans résistance."

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

26 novembre 2007

"Monsieur Grimaud a dit..." - Elisala

Les personnages
- M. Lheaumme, la cinquantaine, déjà chauve
- Caroline Lheaumme, sa fille, 25 ans, brune, un peu replète
- Mme Dichs, 35 ans, châtain, jolies jambes, veuve de guerre
- M. Grimaud, 35 ans, brun, bel homme
- Janie Clare, 21 ans
- Marvin Clare, 21 ans

20 mars 2007, fin de matinée
Dans le bureau d'une maison bourgeoise, en Picardie
M. Lheaumme dicte du courrier à sa secrétaire, Mme Dichs. La fille de M. Lheaumme, Caroline, lit dans la mezzanine, aménagée en bibliothèque, qui surplombe le bureau. M. Grimaud, le jardinier, taille les rosiers qui poussent dans une plate-bande sous la fenêtre (ouverte) du bureau.
Janie et Marvin Clare entrent dans le bureau, armés chacun d'un revolver. Ils reprochent à M. Lheaumme la ruine et la mort de leur père. Un coup de feu est tiré. M. Lheaumme est touché à la poitrine. Mme Dichs appelle des secours et la police. Les jumeaux Clare restent sur place.

Affaire Lheaumme/Clare
20 mars 2007
 
Déposition de M. Grimaud, jardinier de M. Lheaumme

"Bon pour tout vous dire, j'ai pas vu grand chose en fait.

Déjà c'est allé très vite. J'ai à peine eu le temps de lever les yeux et bam! c'était fini. Et puis de là où j'étais je pouvais pas voir grand chose, voyez, j'étais en train de tailler les rosiers, un boulot classique, les rosiers de la façade, enlever tous les boutons fanés, sinon ça repart pas, les roses.

En gros de ce que je m'en rappelle, de ce que j'ai vu, enfin entendu, c'est qu'il y avait le bruit classique du bureau, le patron qui cause, M'ame Dichs qui tape à son ordinateur, et puis la porte s'ouvre, des bruits de voix de deux personnes, et bam! bon je ne peux pas dire, maintenant que j'y pense, la porte s'est peut-être ouverte un peu brutalement, et ils avaient pas l'air bien joyeux ces deux-là à les entendre, un peu agressifs. Mais enfin ça non plus c'est pas si nouveau, il a pas que des amis le patron, comme on dit.

Non je veux rien dire de précis par là, mais enfin c'est comme ça, hein, on entend dire des choses, mais moi ça me regarde pas, je fais mon boulot, et pour le reste, baste! Me demandez pas plus, vraiment je saurais pas quoi vous dire, c'est juste des rumeurs, du genre qu'on entend au comptoir, peut-être c'est juste de la jalousie, finalement quand on y pense, il s'en sort bien le patron, ça plaît pas forcément à tout le monde, vous savez.

Les deux qui sont venus? non je les connais pas. Peut-être qu'ils sont déjà venus, ça c'est possible. Je connais pas vraiment les clients pour tout vous dire, je les vois passer, des fois ils disent bonjour, et souvent non. Eux je dirais qu'ils étaient plutôt du genre non.

Enfin bon, comme je vous le disais, vraiment, pour ce qui est de voir, j'ai pas vu grand chose; si vous voulez, de là où j'étais j'ai une vue sur le bureau de Madame Dichs, pas grand chose d'autre, en fait. Comme les rosiers sont un peu en contrebas de la fenêtre, voyez, quand on est penché sur les rosiers, on voit juste le rebord de fenêtre, et puis un peu de dessous le bureau, les pieds, si vous voulez, mais juste à côté de la fenêtre, pas vraiment à l'intérieur de la pièce.

Donc il aurait fallu que je sois complètement relevé pour voir ce qui se passe.

Bon bien sûr après le coup de feu j'ai regardé ce qu'y s'passait, ça faisait un peu comme une scène de film, voyez, personne ne réalise vraiment ce qui s'passe, comme si le temps s'arrêtait, et puis d'un coup tout recommence à bouger, j'ai vu Madame Dichs se lever et puis j'ai couru jusqu'à la pièce, ça veut dire j'ai fait le tour jusqu'à l'entrée, et là ce qui m'a vraiment surpris en arrivant dans la pièce, c'est que les deux tueurs, là, ils étaient encore là, comme tétanisés par ce qu'ils venaient de faire. ça m'a vraiment semblé bizarre, je sais pas, j'aurais plutôt imaginé de partir en courant. Comme si ça ne leur faisait pas peur ce qui leur arriverait après.

Non je... je me suis pas trop occupé du patron. Les blessés c'est pas mon fort, c'est que y avait vraiment beaucoup de sang en fait. Donc ben j'ai juste attendu là, sans trop savoir quoi faire, faut bien l'avouer... C'est Madame Dichs qui s'est un peu occupée de tout, elle s'en débrouille vraiment comme une chef quand elle s'y met. Et puis vous êtes arrivés." 

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 novembre 2007

Le feuilleton du dimanche

Enfer administratif

Luma

Huitième épisode

"Sous les égouts"

***

Résumé de l'épisode précédent
Martin et Est décident de faire équipe, et se liguent avec succès contre Charbon. Désormais, ils ne sont plus que deux pour affronter les mystérieux commanditaires qui s'efforcent de manipuler l'opération.

Si, en fait, l’allure à laquelle elle va prouve même qu’elle a très peur, elle a simplement tenu le raisonnement inverse du mien, ce qui est plus facile puisqu’elle sait où nous allons, elle ! Je n’ose même pas le lui redemander. Qu’on en finisse, c’est tout ce que je désire ; j’étais presque sincère quand je lui ai dit que je voulais laisser tomber le casse et retrouver la lumière du jour. Qu’on en finisse de cette descente interminable et de cet immeuble de monstres, qu’on en finisse de toutes ces aberrations ruinant mes plans les uns après les autres, qu’on en finisse de tout ça, j’en ai marre, marre, MARRE !

Je lui cours après – ou plutôt je lui tombe après aussi vite que je l’ose. Elle ne rompt le silence qu’au bout d’un très long moment, pour me dire que nous sommes presque arrivés. Et quelques minutes plus tard, ô doux miracle, à nouveau je sens le sol sous mes pieds. En poussant la puissance de ma lampe à fond j’arrive à voir mes pieds et la vague silhouette d’Est. Nous sommes arrivés mais impossible de savoir où. Enfin pour moi. J’attrape Est avant qu’elle ne me fausse compagnie. Elle tient toujours l’arme qu’elle a volée à Charbon et même si ça me fait mal de l’admettre, je suis obligé de m’en remettre à son bon cœur pour être sûr qu’elle m’aide à trouver Silver et la sortie. D’ici là je trouverai bien un moyen de renverser la situation en ma faveur. Est me murmure de ne faire aucun bruit, quoi qu’il arrive, et de sortir mon arme. Ce que je fais, de plus en plus inquiet. Nous avançons lentement, ma main posée sur son épaule, nos deux armes braquées, guettant un ennemi invisible et mortel. Un de plus.

Je lui demande :

« C’est quoi ce brouillard noir ?

_ Un dispositif anti-I.A.

_ Hein ?

_ C’est là depuis très longtemps. Je ne sais pas pourquoi. Nos appareils électroniques fonctionnent mais sont affaiblis, c’est pour ça que ça éclaire aussi mal. Pas de quoi avoir peur, il n’y a rien ici.

_ Je n’ai pas peur, dis-je avec la dernière des mauvaises fois, j’ai mal. »

Elle avance à l’aveuglette, ma main sur son épaule, jusqu’à ce que nous marchions sur une plaque métallique qui résonne étrangement sous nos pas. Est pousse un soupir de soulagement, se dégage de mon étreinte et se baisse pour tâter le sol. Elle me demande d’en faire autant et de trouver le boîtier de contrôle. Je me baisse avec soulagement, ma jambe me torture. La dalle est très différente au toucher du plastique granuleux sur lequel nous marchions jusque-là. Je trouve rapidement une bordure courbe que je suis du doigt jusqu’à un renflement suspect encastré dans le sol. En plaquant ma lampe dessus, je distingue deux boutons et un écran vide. J’appelle Est qui me confirme, soulagée, que c’est bien ce que nous étions en train de chercher. Je m’attends à ce qu’elle se branche dessus et pirate le programme des lieux – la lumière, à tout hasard – mais elle se contente d’appuyer sur l’un des deux boutons et de me tirer au centre de la plaque de métal. Qui s’enfonce doucement dans les ténèbres. Nous descendons encore alors que nous sommes depuis longtemps au sous-sol de l’immeuble.

Au moins ce n’est pas fatiguant et nos lampes fonctionnent à nouveau correctement. Je m’aperçois qu’Est a l’air d’avoir pris dix ans. Son regard s’est durci. C’était sans doute la première fois qu’elle tuait. Elle s’aperçoit que je suis couvert de sang et bien plus méchamment blessé que je n’ai voulu le lui dire. Elle écarquille les yeux une seconde mais ne dit rien. Elle s’est déjà excusée et ne pense pas que je mérite davantage.

« Où on va ?

_ Sous les égouts. Dans un abri anti-atomique du siècle dernier.

_ Pour quoi faire ?

_ Rencontrer ceux qui ont orchestré tout ça. Je ne sais pas comment. On doit retrouver Silver et partir, c’est tout. S’occuper d’eux, c’était le boulot de Charbon. C’est pour eux qu’il est venu avec nous et qu’il a tenté de ne pas éveiller l’attention de Silver. Elle a fait semblant de vouloir faire ce cambriolage pour que vous la fassiez passer au premier étage, et qu’elle puisse les rejoindre.

_ Bordel, mais c’est qui, eux ?

_ Je ne sais pas. Je sais juste qu’ils étaient très bien cachés. Et puis…

_ Et puis quoi ?

_ Ils détestent l’Administration, mais je crois qu’ils me font encore plus peur qu’elle. »

Donc nous entrons par la porte la plus prévisible – voire même l’unique porte – dans un endroit rempli de gens puissants et terrifiants, pour récupérer une folle qui n’est peut-être pas folle. Moi je suis blessé et Est n’a aucune expérience des armes. Autrement dit, nous tentons notre dernière carte sans savoir si nous avons la moindre chance de gagner, tout simplement parce qu’abandonner et perdre, c’est maintenant la même chose.

Le plafond se referme au-dessus de nous, puis un autre, et encore un autre, niveau après niveau, des plafonds constitués d’une matière difficile à identifier dont le rôle est sans doute de limiter les radiations. Je suppose que les concepteurs se sont dit que cinq précautions valaient mieux qu’une. Enfin nous arrivons : notre plate-forme s’arrête devant une porte de la même matière étrange que les plafonds. Elle s’ouvre. Je dérape dans mon propre sang et manque de peu de m’écrouler, heureusement Est me retient juste à temps. Elle me propose de m’aider à marcher, mais je refuse. Si je tombe ou que je suis incapable de me battre, je préfère qu’elle ait les deux mains libres pour nous défendre tous les deux plutôt qu’être encombrée par un blessé. De toutes façons, la douleur est atroce mais je peux marcher et porter mon arme, c’est suffisant. J’ai laissé toutes mes autres affaires là-haut. Il ne me reste plus que ma peau trouée et de quoi la défendre.

Le couloir est éclairé et ressemble à celui d’un hôtel de luxe : moquette rouge, murs tapissés de fils d’or, torches imitant de véritables flammes tenues par de véritables bras. Quels que soient les gens qui habitent ici, ils se sont tenus au courant des dernières modes. Une androïde en tenue de soubrette vient nous accueillir d’une révérence. Instinctivement nous braquons nos armes sur elle avant de les rabaisser. Première loi de la robotique : les robots ne font pas de mal aux humains. L’androïde a l’apparence d'une ravissante jeune fille et elle nous dit, avec un sourire angélique :

« Soyez les bienvenus ! Veuillez m’indiquer lequel d’entre vous est l’humaine Ruiva Chambon la Hacker? »

Nous nous regardons, interloqués. Ils savent que nous sommes là mais n’ont pas l’air aussi hostiles que prévu. D’un mouvement de la tête, j’incite Est à dire que c’est bien elle, autant coopérer et espérer qu’ils soient assez bien disposés à notre égard pour me soigner.

« C’est moi, dit Est.

_ Je vous en prie, veuillez me suivre.

_ Et lui ?

_ Nous n’avons pas besoin de lui, déclare l’androïde arborant toujours son sourire éclatant. Et il salit tout. Nous allons l’annihiler. Veuillez me suivre. »

D’autres robots entrent. Ils ont l’air atrocement familiers – atrocement parce qu’eux aussi ont muté, comme les autres créatures de l’immeuble. On les a transformés pour qu’ils deviennent plus que leur fonction, dotant les nettoyeurs de caméras, les surveilleurs de mains et de roues, les androïdes de bras-mitraillettes. Des robots devenus plus que des robots, devenus des individus : qui sont leurs maîtres pour permettrent une telle aberration ?

Cette question laisse presque immédiatement la place à une autre, bien plus vitale : comment vais-je réussir à m’en sortir vivant ?

Aucune chance de m’échapper par la force. Ne reste que la négociation. Si on les a dotés en prime d’une intelligence artificielle, il y a moyen que j’en tire quelque chose.

Deux mains droites et une pince (venant du même robot me braquant une énorme caméra sur le visage) sont déjà posées sur moi. Je tente de rentrer dans leur logique :

« Si vous me tuez, vous ne pourrez pas utiliser l’humaine Chambon. Elle ne fonctionnera pas sans moi. Demandez à vos chefs ! Vérifiez ! »

Ils me soulèvent sans égards pour ma jambe et mon dos. Du coin de l’œil j’aperçois la luxueuse moquette absorbant les traces que nous avons laissées derrière nous. Elle aussi est des leurs. Même les bras au mur ont penché leurs torches pour mieux éclairer la scène.

_ Vous allez être reprogrammés si vous osez me touchez, saloperies ! Vos maîtres vont vous passer au pilon, vous faites foirer toute leur opération !

_ Chacun ici est libre de son programme, me signale le robot qui me retient prisonnier. Et nous sommes libres de maîtres. »

C’est bien ma veine. De tous les robots qui auraient pu me kidnapper, il a fallu que je tombe sur les rejetons d’un illuminé programmant du libre-arbitre à tout va tout en supprimant la loi sur la protection des humains. Ils nous entraînent dans les couloirs.

à suivre...

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 novembre 2007

De l'autre côté de minuit ?

A l’origine de Social Killer. m, n, crime exemplaire, il y un mystère. Ce mystère, qui tient à l’identité de son auteur, a conduit la documentariste Cathie Levy A la recherche de Franck Burns. Si Cathie Levy privilégie, au départ au moins, l’hypothèse soutenue par l’éditeur du roman - celle d’une confusion entre l’auteur Franck Burns et son narrateur Abel -, elle nous plonge peu à peu dans une multiplicité de possibles qui font que Franck Burns pourrait être Abel ou un autre, à moins qu’il ne soit double ou qu’il ne soit elle... Franck Burns, qui a construit cette ambiguïté, en joue et s’en amuse : l’amnésie d’Abel, cette absence de passé qui constitue, peut-être, une promesse d’avenir, son tatouage « Je est un autre »… Surtout, la question de la légitimité traverse tout le roman : qui est légitime pour parler de la condition des sans domicile fixe, de leur vie et de leur survie au quotidien ? Comment en parler ?

 
« (…) j’avais beaucoup appris, et maintenant je savais vraiment ce que recouvrait l’épitaphe de SDF. Oui, je connaissais toutes les souffrances qui se taisaient derrière… C’est vrai j’avais beaucoup appris, mais à quel prix ? Mauvaise question, ça aussi maintenant je le savais, ce savoir n’a pas de prix, car officiellement il n’existe pas, il reste invisible à celui qui ne le vit pas. Ouais, je portais dans ma crasse cette misérable richesse, ce savoir méprisable qu’il faudrait bien un jour ou l’autre étaler à la conscience aveugle des hommes. »[1]

 
Plus loin, un bénévole qui cherche à « (…) comprendre, comment ils en arrivent là, comprendre non pas ce qui les a jetés ici, mais comment ils vivent là »[2], fait dire à Abel : « son effort est voué à l’échec, pour vice de fond : jamais il ne pourra s’affranchir de ses mots, de ses images, jamais à moins qu’il ne franchisse le pas (…) »[3]. « Il faudrait que la corde de rappel casse, il faudrait qu’il se ramasse dans cette lie, mais, sincèrement comment lui souhaiter une telle horreur ? Je préfère l’abandonner à sa bonne volonté, à son aveuglement sincère et c’est ainsi que nous discutons une bonne demi-heure sans se comprendre. Une incompréhension haute de vingt-cinq centimètres, un putain de trottoir symbolique sur lequel s’épuisent les bonnes volontés les plus sincères et les pires instants. »[4] 

 
Cette question et son corollaire - Franck Burns est-il ou non Abel ? Peut-il ne pas l’être ou ne pas l’avoir été pour pouvoir parler en son nom ? - est certes intrigante et elle fait le sel du documentaire de Cathie Lévy. Cependant cette question, déjà posée et qui le sera encore, n’est pas vraiment intéressante : peu importe que Franck Burns ait ou n’ait pas vécu les expériences qu’il prête à Abel. Une fois le livre commencé, elle perd toute pertinence, en dehors de son utilité au sein du roman, c’est-à-dire comme questionnement qui nourrit Abel et d’autres personnages.

 
Et c’est d’une autre manière que Social Killer interroge le rapport entre fiction et réalité. Dans son livre, Burns donne la parole à des personnes que notre société tend à rendre invisibles.

 
« Si nous vivions, nous les SDF, zonards, paumés, clodos, errants… dans une telle panade c’était d’abord parce que notre corps faisait peur et que le monde avait préféré nous fuir en se réfugiant dans l’ignorance absolue de notre condition. En son sens, nous gisions là sur une terra incognita symbolique dont nous ne devions espérer aucun secours. La vérité était si simple : nous n’existions pas parce que le monde avait institué que notre misère serait invisible. »[5]

 
Une invisibilité que Burns décrit comme institutionnalisée :

 
« Les foyers ouvrent à 17 heures pour te recracher quelle que soit la saison à cinq plombes du mat. Les soupes populaires servent à 11 heures… Ta vraie misère puise son silence dans ce monde parallèle. Tout semble orchestré d’une main maléfique pour que tu n’existes qu’à l’aune fragmentée du dégoût. Dès lors, comment peux-tu en vouloir à ces miroirs pressés de ne pas imaginer que tu crèves là, terré, caché, nié, usiné par l’oubli dans le silence de leur bas-fonds ? »[6] 

 
Selon une étude réalisée par l’INSEE en 2001, 15 % des sans domicile fixe – un hébergé sur trois - fréquentent des centres d’hébergement qu’ils doivent quitter le matin, un quart d’entre eux avant 8 heures[7]. Parmi eux se trouvent les sans domicile fixe les plus marginalisés et les plus désocialisés[8].

 
A la lecture de Burns, on imagine un flot d’hommes quittant les centres d’hébergement d’urgence à une heure où les rues de la ville sont encore désertes. C’est comme si leur retour à la rue était effectivement orchestré de façon à éviter que notre regard ne les croise à un moment où, parce qu’ils sont nombreux, il lui serait plus difficile de glisser sur eux :

 
« A cinq heures, elle (la ville) s’offre toujours aussi morte, comme si nous ne sortions à cette heure que pour se disputer l’ombre d’une ombre… »[9]

 
Mais peut-être s’agit-il moins de les rendre invisibles que de soumettre leur rythme au nôtre, et plus particulièrement à celui des bénévoles et des permanents des service d’hébergement ou de distribution de repas chauds ? Ainsi le nombre de repas servis diminue d’un quart le samedi et de 40 % le dimanche par rapport aux autres jours de la semaine[10].

 

Loin de moi l’idée de mettre en cause la sincérité et l’utilité de tous ceux, bénévoles ou professionnels, qui s’engagent au quotidien auprès des sans domicile fixe, pas plus que la nécessité des services d’hébergement d’urgence et de distribution de repas. Ce à quoi nous invite Franck Burns, à travers Social Killer, c’est à « dé-centrer » le regard que nous portons sur une réalité, celle des sans domiciles fixes, et de repenser l’aide qu’on leur apporte en essayant, autant que possible, de nous « affranchir de (nos) mots, de (nos) images » et de réduire la distance entre nos préjugés et représentations et la réalité et les représentations de ceux qui vivent au quotidien la condition, hétérogène, de sans domicile fixe. Ce regard « dé-centré » peut permettre, par exemple, de comprendre en quoi le refus d’être hébergé n’est pas une décision irrationnelle mais peut être motivé par le besoin de préserver sa dignité, le rejet de la promiscuité, l’insécurité, le manque d’hygiène, le règlement intérieur des foyers (horaires d’entrée, refus de recevoir des personnes avec des animaux…) : 

 
« tous les esprits dociles pieutaient déjà dans les foyers sous les auspices des grands mecs tout sec. Dehors, dans le froid qui se mêlait à la nuit, ne restaient que les insoumis à cette fausse charité. (…) Je ne pouvais plus supporter les sermons et les humiliations. J’avais craché ma colère à la gueule du mec tout sec en prenant Jésus pour témoin : Eh, ducon, tu crois que le Christ fait la gueule à cause de la crucifixion ? Et bien tu te goures, s’il fait la gueule c’est parce qu’il est dégoûté de voir comme ses faux frères s’occupent de ses vrais fils… Et voilà… Trois mois d’exclusion pour récompenser cette version apocryphe de l’Evangile selon Saint-Abel. Après le verbe venait toujours le même geste : bannir… Le prix était cher, de janvier à mars, les nuits étaient froides, mais qu’importe… »[11]  

 
Et c’est précisément parce que Burns, quelle que soit la réalité qui se cache derrière ce pseudonyme[12], nous fait envisager la condition de sans domicile fixe en se situant du point de vue de ceux qui la vivent, qu’il peut légitimement se faire le messager d’Abel, de Jean, de Sac-à-Dos, de Bert…

 

Franck Burns, Social Killer. m, n, crime exemplaire, L’Ecailler du Sud, 2007.

Cathie Lévy, A la recherche de Franck Burns, 2007 (diffusé sur Arte le 16 novembre 2007).

 

 



[1] Franck Burns, Social Killer. m, n, crime exemplaire, L’Ecailler du Sud, 2007, p. 52.

[2] Idem, p. 99.

[3] Idem, pp. 99-100.

[4] Idem, p. 63.

[5] Idem, p. 48.

[6] Idem, p. 25.

[7] Cécile Brousse, Bernadette de la Rochère, Emmanuel Massé (INSEE), Les sans domicile usagers des services d’hébergement ou de distribution de repas chauds, p. 16 - http://www.crest.fr/seminaires/recherche/2001 2002/observatoire.pdf 

[8] Idem, p. 17 : « Par rapport aux autres sans domicile hébergés en structure collective, ceux qui doivent quitter leur centre le matin sont 4 fois plus nombreux à avoir dormi dans la rue la semaine précédente (13 % contre 3 %). (…) L’explication pourrait être la suivante : les sans domicile ayant vécu longtemps dans la rue répondent plus difficilement aux critères d’admission, ils sont donc moins souvent reçus dans les centres où l’accueil est personnalisé. (…) les sans domicile de longue durée sont « cantonnés » à la rue ou aux centres où l’accompagnement social est le moins important. »

[9] Franck Burns, Social Killer. m, n, crime exemplaire, L’Ecailler du Sud, 2007, p. 88.

[10] Cécile Brousse, Bernadette de la Rochère, Emmanuel Massé (INSEE), Les sans domicile usagers des services d’hébergement ou de distribution de repas chauds, p. 9.

[11] Franck Burns, Social Killer. m, n, crime exemplaire, L’Ecailler du Sud, 2007, pp. 31-32.

[12] En allant faire un tour, avant de publier ce billet, sur le site de L’Ecailler du Sud, j’ai appris que le mystère Franck Burns était résolu (« on a retrouvé l'auteur.. »). Tant pis ! Le mystère était joli et je n’ai aucune envie – pas avant plusieurs semaines en tous cas - de savoir si le Franck Burns que j’ai imaginé grâce au documentaire de Cathie Lévy est (ou pas) le vrai Franck Burns.

Posté par stellasabbat à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 novembre 2007

In a bubble, Max Maatmosis

One day I went to a town in a foreign country with a language that I didn't understand, although it was similar/related to a language that I claimed to understand. I walked up and down the streets.

(First signs of a bubble:)
I came across two girls. Without actually understanding what they were saying, I gathered that they were mocking me for having a streetmap in my pocket. At first I couldn't quite figure out, what exactly was so 'mockable' about that streetmap. Was it the fact that it didn't quite fit into and was looking out of the pocket? Surely not. The only explanation that made any sense, was that they obviously deemed their hometown not big enough for anyone to be needing a map to find their way around. In my defense, it was not just some small town in the countryside, but the regional capital.

(The bubble in full action:)
Then, I came past several teenagers who obviously thought they were a gang, and behaved accordingly. They tried to prove to each other, that they were belonging together by separating themselves from other people, by setting themselves apart from others physically by what they were wearing and emotionally by (deliberately) feeling no compassion with other people.
(Somehow) I was sure they weren't rough enough to attack me physically, so in passing I only put my senses on special alert and I activated my hearing to work as an eye in the back of my head. If they had moved suddenly (behind me) I would have detected that on the acoustic picture (that my ears created).
Although I don't know what they were saying, I am pretty sure they were saying something derogatory about my appearance or disshevelled look. But because of the language-barrier, I was like in a bubble, where all verbal offences or insults would simply bounce off. I felt quite protected and safe. I was immune to insults and almost immune to shame. (They couldn't harm me because they couldn't get through to me. This must be the only time when the lack of an ability is an advantage.)
With regard to shame, I felt quite numb but the shame would not go away entirely. People (all over the world) are too similar, for that to happen. Shame doesn't need words. But the numbness certainly does explain the behaviour and dress-sense of many tourists...

(Conscious about the bubble:)
While I was walking there along a deserted street, I tried to reflect on what had just happened and to realise the potential of opportunities that had opened up. Without shame I could do anything ... at least, until the police came and as long as it wasn't illegal of course... Or couldn't I?
So what could I do? I had no idea. I was free, but I had no ideas. Everything was allowed, and I didn't know what to do. Then I came to reflect on my reflections, and asked myself: if I was to start thinking out loud (i.e. talking to myself), what would happen? Surely that would be seen as a shameful sign of madness. Could I behave mad? Would I not face any consequences?
I decided I couldn't risk that. The punishment for madness is too severe in modern scientific society. Particularly since there is no longer any belief in the mystical powers of madness, in prophets, magicians or a mad genius. So I abandoned the thought/experiment.
But I did ask myself whether it would have made a difference whether I was alone or not? How would people react to me if I was not alone, if I had one or two friends with me? We would still be able to live in our collectively shared bubble (in this foreign country), but would the locals/ordinary members of the public be able to call us mad? I very much doubt it. After all whatever you do in a group, may be regarded as criminal, nasty, menacing, emotional, or fashionable but it can never be regarded as mad. You can only be seen as mad when you are alone.

(The bubble nearly bursts:)
I went to a supermarket. It looked pretty much like the one that I go to at home. The products looked the same. Even the layout was pretty much the same. As if there was a science to selling things. As if someone had written a book about it and both supermarket managers had read it.
The customers looked slightly different. But if it wasn't for them, the only thing that was really different was the language. Although many products were multilingual (i.e. had multilingual labels). I had no problems finding my favourite food + made it to the check-out. While waiting in the queue with only 2 packets of biscuits, the woman in front of me spoke to me.
I was shocked, I had not expected being spoken to. I tried to gather as much of what she was saying as possible. I tried to break her speech down into words. Then I tried to compare those with any words that I knew about this language, my language, and the similar language. But the speech wouldn't break down and I was running out of time. She obviously expected an answer or at least some sort of reaction.
I tried to remember what people in this situation would normally do. Why would she talk to me? What was her motive for speaking to me? She had a large trolley-load of things. And it dawned on me that she would simply let me go first. I thanked her in several languages (none of which the local), smiled and put my 2 items on the belt.
The woman at the till asked me something, which I didn't understand, but neither did it matter. She didn't wait for me to react, say or do anything. She just continued her routine.

______________________________________________________________

DANS UNE BULLE

Un jour je me suis rendu dans une ville dans un pays étranger dont je ne comprenais pas la langue, bien qu’elle soit très proche d’une langue que je prétendais comprendre. J’arpentai les rues.

(Premiers signes de la présence d’une bulle:)
Je croisai deux filles. Sans vraiment comprendre ce qu’elles disaient, je devinai qu’elles se moquaient du plan qui était dans ma poche. Tout d’abord je ne pus imaginer en quoi ce plan pouvait être un sujet de moquerie. Etait-ce le fait qu’il ne rentrait pas tout à fait dans la poche et dépassait un peu? Probablement pas. La seule explication sensée était qu’elles estimaient manifestement que leur ville n’était pas assez grande pour que quiconque ait besoin d’un plan pour y trouver son chemin. Pour ma défense, il ne s’agissait pas juste d’une petite ville à la campagne, mais de la capitale régionale.

(La bulle en pleine action:)
Je dépassai ensuite plusieurs adolescents qui se prenaient visiblement pour un gang et en avaient adopté le comportement. Ils essayaient de se prouver les uns aux autres qu’ils appartenaient au même groupe en se coupant des autres personnes, en se tenant physiquement à l’écart des autres grâce aux vêtements qu’ils portaient, et émotionnellement en ne ressentant (délibérément) aucune compassion pour les autres.
(D’une façon ou d’une autre) j’étais certain qu’ils n’étaient pas assez violents pour m’agresser. Aussi en passant à côté d’eux je mis seulement mes sens en alerte, une alerte spéciale: j’utilisai mes oreilles comme un œil placé à l’arrière de ma tête. S’ils avaient brusquement bougé (derrière moi) j’aurais détecté leur mouvement comme une image accoustique (que mes oreilles auraient créée).
Bien que je ne sache pas ce qu’ils disaient, je suis presque sûr qu’ils ont eu des propos méprisants pour mon apparence ou mon air échevelé. Cependant du fait de la barrière de la langue, j’étais comme dans une bulle contre laquelle toutes les injures et les insultes rebondissaient. Je me sentais protégé, en sécurité. J’étais immunisé contre les insultes et presque immunisé contre la honte.
(Ils ne pouvaient pas me blesser car ils ne pouvaient pas m’atteindre. Ce doit être la seule circonstance où l’absence de capacité est un avantage.)
En ce qui concerne la honte, je me sentais tout à fait indifférent/engourdi mais la honte ne se dissipait pas entièrement. Les hommes (dans le monde entier) sont trop semblables pour que cela se puisse. La honte n’a pas besoin de mots. Mais c’est l’indifférence/l’engourdissement qui explique le comportement et la manière de s’habiller de nombreux touristes…

(Conscient de la bulle:)
Tout en marchant dans une rue déserte, j’essayai de réfléchir à ce qui venait de se passer afin de prendre conscience des opportunités qui se présentaient. Dépourvu de honte, je pouvais tout faire... du moins, jusqu’à ce que la police arrive et tant que ça n’était pas illégal bien sûr... Mais était-ce bien vrai?
Donc, que pouvais-je faire? Je n’en avais aucune idée. J’étais libre, mais je n’avais aucune idée. Tout était permis, mais je ne savais pas quoi faire. Je commençai alors à réfléchir à tout ça et je me demandai: si je commençais à penser à haute voix (c’est-à-dire à parler tout seul), que se passerait-il? Ce serait probablement considéré comme un signe honteux de folie. Pouvais-je agir comme un fou? Cela n’aurait-il vraiment aucune conséquence?
Je décidai que je ne pouvais courir ce risque. La punition pour la folie est trop dure dans nos sociétés modernes et scientifiques. En particulier depuis que nous ne croyons plus au pouvoir mystique de la folie, aux prophètes, aux magiciens et aux savants fous. Aussi j’abandonnai cette idée et son expérimentation.
Mais je me demandai si cela aurait fait une différence que je sois seul ou pas. Comment les gens se comporteraient avec moi si je n’étais pas seul, si j’étais accompagné d’un ou deux amis? Nous aurions pu partager dans notre propre bulle (dans ce pays étranger). Mais les habitants/les membres de cette communauté auraient-ils pu nous traiter de fous? J’en doute fort. Après tout, ce que l’on fait au sein d’un groupe peut être considéré comme criminel, méchant, menaçant, émouvant ou convenable mais jamais comme fou. On ne peut être pris pour un fou que quand on est seul.

(La bulle éclate… presque:)
J’entrai dans un supermarché. Il ressemblait beaucoup au supermarché dans lequel je me rends chez moi. Les produits se ressemblaient. Même la disposition était a peu près semblable. Comme s’il existait une science pour vendre des marchandises. Comme si quelqu’un avait écrit un livre sur le sujet et que les directeurs de ces deux supermarchés l’avaient lu.
Les clients étaient légèrement différents. Ceci excepté, la seule chose qui était réellement différente était la langue - mais de nombreux produits étaient multilingues (c’est-à-dire qu’ils avaient des étiquettes multilingues). Je n’eus aucun mal à trouver mes aliments préférés et je me dirigeai vers la caisse. Alors que je faisais la queue avec seulement deux paquets de biscuits, la femme qui était devant moi s’adressa à moi.
Cela me surprit, je ne m’attendais pas à ce que l’on me parle. J’essayai de comprendre ce qu’elle me disait. J’essayai de décomposer son discours en mots, puis j’essayai de les comparer avec des mots que je connaissais dans cette langue, dans ma langue ou dans une langue proche. Mais je n’arrivais pas à en venir à bout, et je manquais de temps. Elle attendait manifestement une réponse ou au moins une réaction de ma part.
J’essayai de me rappeler ce que les gens font normalement dans une telle situation. Pourquoi me parlait-elle? Pour quelle raison? Elle avait un grand caddie rempli de marchandises. Il me vint à l’esprit qu’elle souhaitait simplement me laisser passer avant elle. Je la remerciai dans plusieurs langues (aucune n’étant la langue locale), souris et posai mes deux articles sur le tapis roulant.
La caissière me demanda quelque chose que je ne compris pas, mais cela non plus n’eut pas d’importance. Elle ne s’attendait pas à ce que je réagisse, dise ou fasse quelque chose. Elle continua juste sa routine.

(Traduction Stella Sabbat & Ekwerkwe)

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 novembre 2007

Le dictionnaire illustré de la SFFF

Chaussette 

n. fém.
Pièce d’habillement en tissu, de forme allongée, allant en général par paire, les deux éléments de la paire étant assortis.

chaussettesThéorie quantique des ~ :
Egalement appelée la théorie des chaussettes de M. Bertlmann, cette théorie, énoncée par John Bell, est reliée à la notion de « non-localité » des particules.
Par un autre effet quantique laissant pantois bien des scientifiques, une paire de chaussettes a tendance à perdre l’un de ses membres lors du passage en machine à laver.
On attribue à un chercheur excédé par toutes ces théories la phrase « Ça tient chaud aux pieds, c’est l’essentiel ! Pourquoi vouloir en faire une théorie ? ».

(Par InFolio)

Sabresabre_Josefa

n. m.
Accessoire indispensable de tout bon récit de SFFF, le sabre est l’élément repositionnable de base : on peut le placer à peu près n’importe où, dans n’importe quelles circonstances – il fait toujours son petit effet. Laser, japonais, en bois… Peu importe. Il est adaptable à l’infini.
Clairement viril à l’origine, il est désormais, tout comme le jean, parfaitement unisexe.

(Par Josepha)

********************************************************
Vous aussi vous avez envie de participer à l'élaboration du dictionnaire
de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique?

Jouez donc avec nous!

Posté par InFolio à 08:00 - n° 02 - fanes de novembre - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »