31 janvier 2009
Courrier de janvier des lecteurs
En janvier, nous avons eu affaire à des faux, des vraies, de celles qui tranchent...
Faux-semblant, InFolio
Derrière mon loup, InFolio
Sombra de Hombre, Map
La faux et l'ivraie, Sébastien
Le grand faucheur en détails, Shi May Mouty
"Ceux d'en Bas" ont poursuivi leur exploration de la surface...
épisode 3, Map
épisode 4, Tilu
épisode 5, Papistache
épisode 6, Pandora
InFolio et Llo nous ont expliqué comment, quand la science et la fiction se rejoignent, les robots devenaient capables d'apprendre...
Map nous a transportés dans une ville féerique...
Janvier, mois des vœux: celui qui souhaitait des "dessins engins spatiaux science fiction" a été exaucé par Map, Vanina et JF
Et grâce à InFolio, une sorcière s'est envolée sur une carotte!
Un dernier coup d'œil aux auteurs de janvier, et nous passons à la suite.
30 janvier 2009
Les auteurs de janvier
INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors
de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère
bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don
de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non
scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait
raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent
l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour
leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses
heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée
l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches
minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
* * *
J-F
Né le 9 avril 56.
J’ai deux grands enfants, 19 et 21 ans.
Carré dehors (papa militaire oblige) mais original « dedans » !
Chirurgien-dentiste de formation.
Je pratique aussi la photo (sujet de ma thèse de doctorat).
Amateur d’histoire, j’approfondis pour l’instant la période 14-18 et collectionne les objets qui s’y rapportent.
Sinon, curieux de tout !
BLOG: Art'moureusement vôtre
* * *
LLO
Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.
BLOG : famille de geeks
* * *
MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
* * *
PAPISTACHE

Papistache ne vit que depuis 322 matins.
Son existence étant courte, sa biographie sera brève.
Conçu
une nuit de Saint-Sylvestre porté une demi-douzaine d’heures, il est né
un matin de janvier 2007 à 6 h 01, déjà vieux, chauve et sage !
Il se ressource au contact de l’humus et s’oxygène en plantant un genou en terre.
Physiquement,
c’est la silhouette de Don Quichotte, sa curiosité s’apparente à celle
de Pinocchio, son âme s’inspire de l’épopée de Lancelot du Lac et le
Philémon de Fred est son camarade de jeux.
Le dos de l’Espagnol, les
articulations de l’Italien, la candeur du Breton, et l’épaisseur de
papier du dernier, vous vous doutez que derrière s’agite un montreur de
marionnettes.
Mais devant le spectacle de Guignol et Gnafron, qui se
soucie d’apercevoir la tête de celui qui, par nécessité
professionnelle, se tient derrière le castelet ?
BLOG : Papistacheries
* * *
PANDORA

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …
Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…
BLOG : Les poèmes de Pandora
* * *
SEBASTIEN

Petit, Sébastien eut un rêve issu du monde du silence
: devenir océanographe. Aussi il fit des études littéraires. La vie
souffle souvent vers l'inattendu mais la vie, souvent, a ses raisons :
son expérience aquariophile fut un désastre sans nom. Enfin, surtout
pour les poissons.
Abandonnant le rêve de l'océan pour l'océan
des rêves qu'est la lecture, il fit des expériences d'immersion totale
dans les livres, lisant tout ce qui le touchait, et même au-delà. Il
testa également l'écriture en caisson isobare : souvent seul, à mille
mètres de profondeur, bien loin des regards. Il fit quelques clapotis
en surface, coanimant un atelier d'écriture dont il co-diffusait les
travaux oulipiens sur les ondes joyeuses de la radio universitaire.
Puis
il quitta l'océan des rêves pour la terre ferme : lire ne fait pas
manger et il entreprit d'avoir un travail. Ce qu'il fit, loin des
livres. Parmi les petits et les grands bonheurs de sa vie terrestre il
cite volontiers la naissance de son petit Matisse.
De temps à
autre, on le voit vaquer dans de drôles de labyrinthes, à la recherche
sans doute de ces embruns dont il garde le souvenir du parfum enivrant.
L'observateur
attentif notera qu'il fréquente depuis peu un drôle de potager.
D'ailleurs son profil suggère qu'il devrait se mettre, dare-dare, au
régime de carottes.
BLOG : Labyrinthes avec vue
* * *
SHI MAY MOUTY
Après avoir enseigné à des grands enfants, elle a entrepris de déterrer des ancêtres et de lire tous les livres achetés par ses deux enfants et une bibliothèque municipale en entier.
Il n’empêche que sa vie est pleine de trous.
* * *
TILU

Elle regarde
Elle sent
Elle touche
Elle écoute
Elle goûte
Elle capture le monde dans sa boîte à images
Elle dessine
Elle chante
Elle écrit
Elle aime
Quelques fois, elle parle avec les ours…et les lutins…
Elle rêve…
C’est sa vie…
BLOG : Un jour et pas l'autre
* * *
VANINA

Née en 1964 à Paris, dans un milieu artistique,
je suis la « petite dernière » d’une famille de 6 enfants.
« On » me dit collectionneuse de collections…
J’ai un fils, né en 1987, dont le père est décédé en 1995.
J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
- « Il ne faut jamais oublier ses rêves.»
- « Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG: Art'moureusement vôtre
* * *
Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
Sébastien
29 janvier 2009
Faux - 5
La faux et l’ivraie
par Sébastien
La faux étête les lettres sur l’irréel livre.
Affûtés, les vers fêlés, la futaie au verre ivre.
Fiel et ver larvé, l’avare ivraie serrure
Aux vertueux versets, lave l’ivresse erreur.
Usée, l’avarie vraie salive, résiste au vieux
Xérès, ressert le verre aux fastes sulfureux.
Et si faux est si vrai ! Sur les lits, les ratures,
Tressaute le vivier, le tartuffe faiseur.
Et si vrai et si faux ! Sur la littérature,
Tressaille le trivial, le létal tuf, l’auteur,
Et si faux et si vrai, la lettre le triture.
Le vil titre résilie la littérale trêve,
Les rivales rixes. Rétif, le viral rêve
S’exile vers les travées, les artères, la relève.
28 janvier 2009
APPEL - Enchères photographiques
Chers fans de Fanes de carottes,
Votre blogzine préféré renoue avec ses traditions, et organise des
enchères photographiques
qui auront lieu le
dimanche 15 février 2009
de 8h à 20h.
La participation se fait uniquement sur inscription par mail (fanesdecarottes*chez*yahoo*point*fr), jusqu'au vendredi 13 février, 20h. Il y a vingt places disponibles.
Comme pour les enchères poétiques qui ont eu lieu l'hiver dernier, vingt thèmes seront communiqués aux participants, par un billet publié sur le blog, le 15 février à 8h. Les participants devront traiter douze de ces thèmes sur le mode imaginaire au sens large (SFFF bien sûr, mais aussi mythologie, conte, folklore, etc.) ou noir.
Ils pourront puiser dans leurs archives, faire des montages, retravailler les photos, etc.
Le premier prix
Les Fanes voteront entre elles pour élire un gagnant parmi les participants ayant traité douze thèmes, en prenant en compte 1) la qualité des photos 2) l’adéquation aux thèmes traités 3) l’adéquation à la consigne SFFF/noir.
Le gagnant recevra l'original du fan-art d'InFolio.

27 janvier 2009
Port-folio SFFF
Ville féerique
Map
* * *
Vous aussi, vous décelez des traces d'ailleurs dans le réel?
du futur dans le présent?
Alors, montrez-nous ce que voient vos yeux!
25 janvier 2009
Le feuilleton du dimanche
Ceux d'en bas
sixième épisode
Pandora
Intergure se rapprocha de ce qui restait du corps de Verox et le repoussa du bout de sa semelle pour dégager l’entrée de la planque désormais recouverte d’une flaque rouge vif. Le casque, devenu inutile, se détacha et roula de côté, dévoilant un visage sur lequel était figée pour toujours une expression d’intense stupéfaction.
― Messidor, tu es décidément la pire des mantes religieuses que je connaisse !
― Mais je n’ai fait que t’obéir…
― Ne me dis pas que tu n’y as pas pris de plaisir. Je te connais trop bien, un cœur de glace dans un corps de rêve.
Elle haussa les épaules mais sourit sous le heaume de son casque. Intergure sortit de son sac à dos une carte et une boussole qu’il tint devant lui pour localiser leur position et un antique poste de radio qu’il lui tendit :
― Appelle-les pendant que je cherche la position… Voilà… Dis-leur : 18° Nord 50° Ouest…
― Finalement ça n’a pas été si difficile que ça !
― Nous n’avons pas encore la Collection et je me méfie de Pope et de ses tours de passe-passe. Ne sous-estime jamais Ceux d’en Bas si tu veux rester en vie aussi longtemps que moi.
Messidor n’aimait pas le ton professoral employé, elle n’était plus une petite fille et n’avait pas besoin qu’on lui donne des leçons, mais elle ne dit rien. Il n’était pas encore temps. Elle demanda donc du renfort…
* * *
La tension était devenue palpable dans le petit réduit souterrain. Tous sentaient que la solution pourrait bien venir de la petite fille de Pope comme il les avait lui-même guidés de son vivant. Tous attendaient et même le turbulent Jim se tenait immobile et silencieux.
Gênée par le poids de tous ces regards, Daisy réfléchissait du plus vite qu’elle le pouvait à mesure que les forets qui vrillaient ses tempes se faisaient plus discrets. Elle ne comprenait pas ce qui se passait mais cette image de Verox était terriblement réelle. Elle savait qu’elle ne se trompait pas, elle savait qu’il était mort. Elle porta machinalement la main à sa gorge en écartant doucement la clé devenue tiède pour toucher la zone douloureuse. Elle sursauta. Une cicatrice flamboyante en forme de clé s’imprimait désormais sur son sternum. Elle regarda autour d’elle, tous avaient les yeux rivés sur la marque rouge. La vieille Lennan se signa avant de reprendre frénétiquement ses prières.
Et tout lui revint brutalement. Le rêve étrange qui l’avait saisie cette nuit et qu’elle avait vécu dans une sorte de demi-sommeil. Elle se rappelait de tout : La Collection, la sortie secrète vers les autres galeries et le chemin pour y accéder, L’attaque violente qui allait survenir par le sas. La mort de… Non, elle ne devait pas y penser, pas encore. Elle avait été choisie et portait la marque, la même que Pope, cette cicatrice qui l’avait tellement intriguée quand elle lui avait fait sa toilette mortuaire. Il n’était plus temps de penser aux morts. Elle ferma les yeux et entendit La Voix qui parlait doucement tandis que sa cicatrice pulsait. « Il faut partir maintenant, emmène tout le monde et sauve la Collection, Ceux d’en Haut ne doivent pas s’en emparer. Il est trop tard pour Vérox ». La même voix féminine que dans son rêve. Il fallait agir.
― Ceux d’en Haut arrivent, il faut partir. Je connais le chemin. Voyez la marque, je suis la Porteuse de Clé. Prenez de quoi vous défendre, préparez-vous rapidement et prévenez tout le monde. Tous ceux qui resteront dans l’abri mourront.
Quelques voix s’élevèrent pour dire qu’elle n’était qu’une enfant et demander de quel droit elle leur donnait des ordres, mais la majorité des réfugiés présents se précipitèrent dans leur abri pour prendre les quelques objets de valeur auxquels ils tenaient. On entendait le message se propager de cave en cave : « Il faut partir. Ceux qui resteront mourront. » Bientôt tous seraient prêts.
Restée seule avec Jim qu’elle prit dans ses bras pour le rassurer, elle se prépara elle aussi à quitter cette cave où elle avait grandi. Elle prit un sac dans lequel elle enfourna rapidement une photo pâlie représentant deux petits enfants et un couple dont la femme tenait dans ses bras un bébé, ses parents, le livre « La cuisinière provençale », le maximum de rations et la peluche de Jim. Puis elle s’approcha du cagibi aux balais pour y prendre la Collection. Elle tremblait quand elle prit la clé à son cou pour l’enfoncer dans la serrure. Elle était à la fois effrayée et impatiente de La tenir dans ses mains mais le bahut était vide.
Ce n’était pas possible, le rêve n’avait rien mentionné à ce sujet et la Voix se taisait obstinément. Où était passée la Collection ? Devait-elle essayer de La retrouver coûte que coûte ou sauver avant tout les réfugiés de l’abri avant qu’il ne soit trop tard? Elle était bien trop jeune pour devoir faire des choix aussi importants. « Pope ! Verox ! Pourquoi m’avez-vous abandonnée ? »
à suivre...
20 janvier 2009
Faux - 4
Le grand Faucheur en détails
Shi May Mouty
Hiiiiii ! Crrriiiii. Ça couinait, ça grinçait, encore et encore.
Il en avait mal aux oreilles. Déficit d’amortisseurs, diagnostiqua-t-il. Probablement que marteaux, enclumes et étriers s’entrechoquaient.
Ça ne pouvait plus continuer ainsi.
Il soupira. Ce n’était pas une vie d’endurer ces ennuis interminables. C’étaient certainement toutes les secousses endurées par son corps et transmises à ses osselets qui lui causaient cette douleur insupportable.
Pour une fois, il décida de prendre un peu de temps pour lui. Le temps de faire un examen général avant de se mettre en route pour son labeur.
Il se tâta le menton, fit claquer ses mâchoires. Chaque dent occupait bien sa place habituelle, il n’en manquait pas une, leur alignement était parfait. Il en était assez fier.
Il se palpa les côtes. En haut, ça pouvait aller. L’accrochage au sternum et aux vertèbres était très costaud. Par contre la souplesse et la mobilité n’étaient pas exemplaires, mais ça ne le gênait pas vraiment. En bas, les fameuses côtes flottantes le tracassaient davantage. Les pans de sa grande houppelande noire s’y accrochaient. De plus, elles ne lui servaient à rien, à moins d’y fixer diverses fanfreluches, rubans, dentelles, pompons, mais ce n’était pas son genre, ça ne cadrait pas avec ses obligations quotidiennes. Il aurait pu y mettre des médailles ou toute une brochette de décorations aussi lourdes que brillantes à la façon des officiers de certaines armées. Mais il préférait la discrétion, la sobriété, voire l’austérité.
Puis il caressa son crâne. Il avait un faible pour cette belle surface polie, couleur ivoire, si douce sous la main. S’il avait pu, il aurait souri de satisfaction.
La contrariété revint cependant quand il pensa à ses genoux. Les rotules semblaient constamment sur le point de se détacher. C’est comme pour les doigts et les orteils, se dit-il, qu’y a-t-il de plus fragile que des phalanges ? Avez-vous déjà regardé un petit orteil ? Trois petits os ridicules mis bout à bout. Comment faire pour ne pas perdre des morceaux ?
Il se pencha pour les regarder brièvement et vérifier la présence de tous ces éléments instables. Puis il fit quelques flexions sans noter de difficulté particulière. Mais le mouvement déclencha quelques grincements. Encore un problème d’huile.
Il allait devoir tout huiler de nouveau. Et cette fois, il lui faudrait choisir une huile de qualité supérieure, plus fluide, plus onctueuse, qui se glisserait parfaitement dans les espaces les plus ténus des articulations. Et surtout, une huile plus stable, faite pour durer, durer, durer…
Celle qu’il avait utilisée jusqu’alors s’était dégradée trop vite, se mêlant aux poussières, voire aux toiles d’araignée, formant une boue grenue, une vraie toile émeri.
Il s’appuya sur sa faux, le prolongement de son corps, l’outil indispensable pour accomplir son éternelle tâche dans un mouvement ample, souple et élégant, infiniment et inévitablement recommencé. La lame courbe immense brillait sous la lumière blanche de la lune. Il passa son index sur le fil ; très bon tranchant, songea-t-il, jamais elle ne m’a fait défaut, elle, au moins. C’était parfait. Il pouvait maintenant partir à son travail. Hiiiiiii ! Crrrrriiiiiiii !
***
en réponse à cet appel tranchant
18 janvier 2009
Le feuilleton du dimanche
Ceux d'en bas
cinquième épisode
Papistache
(juste avant...)
La voix d’Intergure résonna dans l’abri. Vérox attendit sans bouger, mais les paroles de son protecteur de la veille l’encouragèrent à montrer le bout de son nez. Le propriétaire de la combinaison lie de vin n’avait pas encore ôté son masque. C’était un objet terrifiant au galbe élégant qui reflétait les images déformées du réduit dans lequel se tenait la rencontre.
Comment Vérox aurait-il pu identifier un casque anti-feu ayant appartenu à un pompier d’élite d’avant la grande scission ? Son image renvoyée par la visière du masque lui était étrangère, il se courba en se protégeant le visage du coude. Un rire cristallin emplit la pièce. Un rire comme jamais il n’avait entendu, pas comme ces éclats enfantins que les vieux faisaient taire d’une voix menaçante, un rire comme une lame de feu qui se glissa jusqu’au tréfonds de sa moelle.
Le nouvel arrivant repoussa la visière, laquelle sembla être avalée par le casque lui-même. La sangle qui maintenait fermement le casque au crâne de l’inconnu fut libérée. D’un mouvement qui parut tout de grâce et de majesté à Vérox, le compagnon d’Intergure fit voler d’un rapide mouvement de tête une chevelure comme le jeune homme n’en avait vue que sur les illustrations des contes que les vieilles lui avaient lus et fait lire dans les boyaux où son enfance s’était déroulée. Pour limiter les invasions des parasites, tous les jeunes des deux sexes avaient le crâne rasé à chaque pleine lune artificielle, Daisy comme lui, comme Jim, comme tous. Les vieux, que la calvitie n’avait pas touchés du doigt, se soumettaient aux mêmes traitements et les vieilles portaient en permanence un filet huilé qui leur enserrait la tête depuis les sourcils jusqu’à la nuque.
Une brutale érection lui vint. Bien que sa combinaison trop grande de deux tailles au moins dissimulât la chose, il porta les mains à son bas-ventre. De la gorge de l’inconnu, une seconde fois, le rire cascada et se répercuta dans les boyaux. Une série d’explosions éparses, dehors, ramena le silence. Les trois comparses s’entre-regardèrent.
Intergure présenta le nouvel arrivant. Vérox — il devait donner l’image même de l’idiot des légendes, du simplet qui renifle et étale sa morve sur la manche de son gilet — ne quittait pas des yeux l’étrange créature. Elle s’appelait — ou se faisait ainsi nommer, nulle précaution n’étant à négliger — Messidor. Si Vérox l’avait interrogée — mais les mots dans sa gorge avortaient avant même d’être pensés — il aurait appris que c’était une femme de trente-cinq ans, elle-même sortie des souterrains séjours depuis bientôt quinze ans et qui n’avait jamais enfanté en dépit de ses multiples tentatives pour y parvenir.
Les yeux de Messidor semblaient deux flammes, aussi bleues que les veilleuses des antiques chaudières à gaz qui maintenaient une température supportable dans les entrailles souterraines d’où le jeune homme était sorti pour les raisons que l’on connait. La peau de la femme était aussi blanche que celle de Daisy mais comme éclairée de l’intérieur par un feu que Vérox n’avait jamais perçu chez aucun des habitants des lieux clandestins où se terraient, remplis d’angoisse — du moins le croyait-il — sur son sort, Jim, Daisy et les autres.
Intergure perçut le trouble du jeune homme. Il annonça qu’il allait sortir et revenir avec de quoi se sustenter pendant quelques jours. Ils allaient en avoir besoin. Vérox ne songea pas à demander les aboutissants de cette allusion. L’homme à la combinaison rouge disparut par l’ouverture qu’il referma soigneusement sur lui.
Messidor et Vérox profitèrent de la sortie pour se dire ce que d’autres amants, avant eux, avaient eu loisir de se répéter à l’envi. Messidor fut très éloquente. Vérox apprenait vite.
Quand Intergure revint avec un carton souillé rempli de rations militaires dont la date limite de consommation avait été grattée de la pointe d’un couteau, Messidor avait de nouveau enfilé sa combinaison aux multiples poches et Vérox dormait profondément. La flamme dans les yeux de la femme avait viré au jaune.
Le jeune homme sursauta. Une main ferme l’avait agrippé par l’épaule et une voix connue — qu’il mit un temps à identifier comme étant celle d’Intergure — lui intima l’ordre de s’habiller. Ce qu’il fit sans quitter sa couche étroite.
— Si tu continues à me fixer ainsi, je remets mon casque, se moqua Messidor.
Autour d’un bloc de « singe », sec comme les pierres, une boite de sauce tomate aigre et un paquet de biscuits de soldat ouvert au milieu de la table improvisée, les trois personnages mirent au point leur emploi du temps. En fait Vérox, qui s’efforçait de regarder les miettes des biscuits sur la nappe — un morceau de toile cirée fanée et cassante —, ne pipait pas un mot. Il écoutait. Messidor trempait un biscuit dans la sauce tomate et le léchait avec appétit. Elle se tacha la commissure des lèvres.
Intergure lui apprit que Pope n’était pas qu’un obscur scribe de la Collection. Sa disparition avait jeté le trouble dans la communauté souterraine. Pour tenir contre la violente répression de Ceux d’en Haut, chacune des multiples caches souterraines avait développé une autonomie réelle ; mais, dans le plus grand secret, des hommes comme Pope avaient consigné, dans de précieux cahiers, à la fois les entrées et les issues des caches, les contacts, mots de passe et autres. Leurs notes constituaient un outil remarquable qu’il conviendrait de mettre en synergie le jour où Ceux d’en Bas décideraient de jeter à terre les bunkers des nantis. Et Pope, parmi les pivots de cette organisation clandestine, était l’un des premiers, sinon le premier. Son livre devait être préservé. Messidor avait été pressentie pour en devenir la gardienne.
Vérox comprit qu’il allait revoir les siens. Il lui tardait de les rassurer. C’était la première fois, hors pendant son sommeil, qu’il les quittait si longtemps. Intergure rappela les consignes au jeune homme : ne pas penser, faire le vide dans son esprit, marcher dans les pas de celui qui précède. Le trio se mit en route. Vérox avait glissé dans sa combinaison deux boîtes de rations non entamées. Daisy apprécierait.
Pendant la longue marche, des projectiles fusaient et explosaient. Il sembla à Vérox que le chemin était plus long dans ce sens que dans l’autre, mais il ne fallait pas penser, alors il balaya l’idée. Les miettes ! Se concentrer sur l’image des miettes. Si le jeune homme n’avait pas été aussi concentré sur l’image mentale des biscuits, il n’aurait pas manqué de s’interroger sur la maladresse des tirs émanant de Ceux d’en Haut. Il était concentré. Les trois silhouettes masquées progressaient dans l’air surchargé de vapeurs irritantes. A mi-parcours, Vérox prit la tête du commando ; désormais, lui seul connaissait le chemin.
***
Daisy ne tenait pas en place. Jim était infernal. Elle avait dû acheter un moment de répit en puisant dans la réserve des jours d’exception et donner au garçon, interdit de constater que son manège avait pour une fois porté ses fruits, une des dernières barres sucrées, scellée dans du papier glacé où se lisait encore, malgré l’action des poissons d’argent que rien ne pouvait empêcher de courir sur toutes les provisions qu’elles fussent cachées ou non, les lettres M.A.R.S., un acronyme dont Vérox et elles, quand ils étaient plus jeunes, avaient en vain tenté de saisir la signification.
Vérox approchait. Elle en était sûre. Sa maigre culture ne lui permettait pas d’attribuer à un sixième sens les fourmillements qu’elle éprouvait dans la colonne vertébrale. Une évidence, Vérox revenait. Elle éprouva un bouleversement auquel elle s’ignorait prédisposée. C’était à la fois agréable et inquiétant. La paume de ses mains se couvrit de microscopiques gouttelettes de sueur. Elle mouilla ses lèvres de sa langue et, pour se donner une contenance, s’approchant de l’ampoule nue qui distribuait une chiche lumière, elle relut pour la centième fois son livre préféré, un ouvrage à l’imagination débordante, de J.-B. Reboul, qui la transportait immanquablement : “La cuisinière Provençale”.
— C’est là ! chuchota Vérox. Heureusement, la clarté de la lune modérait l’obscurité. Il avait reconnu la pièce nue, la photographie, la chaise. Le sas est près du grabat, là ! annonça-t-il.
— On n’a plus besoin de lui, lança Intergure, tue-le !
Vérox devina plus qu’il ne vit l’ample mouvement du bras de Messidor. Une gerbe vermillon jaillit sur la photographie de la fillette dont la planche volait dans les airs. On aurait pu croire qu’elle pleurait des larmes de sang.
Daisy hurla. La clé que Vérox lui avait remise avant son départ et qu’elle portait autour du cou lui brûla la poitrine. Ses tempes lui comprimèrent le cerveau. Elle crut qu’elle allait s’évanouir. La jeune fille sentit s’immiscer en elle la certitude que Ceux d’en Haut avaient trouvé l’entrée de leur repaire. L’image de Vérox, touché par un projectile comme ceux que Pope décrivait parfois après ses retours, se forma sur sa rétine.
A ses cris, les Lennan s’étaient approchés. Des curieux, les mêmes que pour la mort de Pope, se massaient près de l’entrée de la cave. Il fallait agir. Daisy expliqua son pressentiment. Les Lennan s’abîmèrent dans les prières. Un frisson parcourut les caves voutées. Tous les regards convergèrent vers Daisy.
Et si elle avait rêvé ? Si dehors, tout était calme ? Ou Vérox n’était-il que blessé ? Faudrait-il, alors, le laisser agoniser sans lui porter secours ? Mais si le pressentiment de Daisy était juste, ne faudrait-il pas plutôt sauver la Collection de Pope et organiser la fuite des habitants des caves ?
à suivre...
16 janvier 2009
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots deviennent capables d’apprendre
InFolio - Llo
La capacité d’apprendre et de s’améliorer par l’expérience est également une caractéristique du vivant que les roboticiens veulent faire acquérir aux machines.
Il y a quelques années, se sont vendus de nombreux gadgets comme les tamagoshi. Ces petites entités virtuelles étaient programmées pour réclamer à manger, tomber malade et dépérir si l’on ne s’occupait pas d’elles. Elles pouvaient passer pour des programmes intelligents et évolutifs. De même les « créatures » norns [1] d’un jeu vidéo passaient d’un stade enfantin à un stade adulte durant lequel on les voyait grandir, se nourrir, apprendre de leurs erreurs s’ils se blessaient, s’éveiller à la parole et à la musique… pour peu que l’humain les stimule, leur montre des choses, les gronde et les récompense. Ce sont là des êtres virtuels mais à qui un programme donne des comportements de vivants. La nouvelle génération de jouets du type Tamagoshi a désormais quitté l’écran à cristaux liquides pour se trouver sous la forme d’un petit dinosaure, pléo [2], dont il faut également s’occuper.
En robotique, l'apprentissage correspond à l'acquisition de nouvelles informations qui permettent au robot d'améliorer ses performances futures : efficacité, nouvelles fonctionnalités. Il en existe deux formes principales:
1/ apprentissage supervisé qui fait intervenir un humain pour donner un poids plus ou moins important aux données que le robot capte et en lui indiquant ainsi quelles sont les bonnes informations à exploiter pour s’améliorer ;
2/ apprentissage non supervisé qui laisse le robot gérer seul les données reçues par ses capteurs à l’aide de procédures qui lui ont été initialement fournies et qui lui permettent de structurer ces données, les généraliser et définir à partir de là comment se comporter.
On distingue également une troisième forme, l’apprentissage par renforcement qui est une forme d'apprentissage non supervisé mais avec en plus un critère de performance. L'action de l'algorithme, et donc du robot sur l'environnement, produit une valeur de retour de ce critère. Ce critère permet au robot de juger la qualité de l’action qu’il a entreprise et il est programmé pour adapter son comportement pour optimiser ce critère. Ceci est expliqué concrètement dans cet exemple de Q-Learning [3] mettant en œuvre un robot qui se guide en se référant à des signaux lumineux. « Chaque fois que le robot reçoit plus de lumière au total qu'au temps précédent, il reçoit une récompense. Cette récompense est augmentée si le mouvement choisi est en ligne droite (marche avant ou marche arrière, mais pas tourner). Le programme mémorise et estime la récompense qu'il recevra selon son choix de mouvement. Il choisit (souvent) l'action qui maximise cette espérance de gain. »
Cette forme d’apprentissage ayant pour but de développer ce qui s’appelle des « systèmes experts » et à terme une intelligence artificielle,
se retrouve dans la nature. Elle est mise en place chez les robots en
s’inspirant de la manière dont un animal peut apprendre par
essais-erreurs à s'adapter à son environnement.
Cette idée de faire évoluer les robots est fréquente dans les romans de Science-Fiction. « L’Homme Bicentenaire » d’Asimov (1976) met en scène le robot domestique NDR-114 appelé Andrew qui acquiert par accident un esprit d'analyse modifié et se donne des buts, des objectifs à atteindre… et une part d’humanité.
Les robots du film « Screamers » (Machines Hurlantes) de Christian Duguay (1995 - adapté d’une nouvelle de P. K. Dick « Second Variety ») sont des machines évolutives programmées pour tuer toutes les formes de vie ennemies des hommes. Mais elles se perfectionnent d’elles-mêmes au fil des générations hors du contrôle des hommes. Cette évolution aboutit à une forme humanoïde similaire à l’homme, et qui s’est fixé pour but de détruire toute forme de vie, y compris les humains. On retrouve la même idée dans la série TV « Battlestar Galactica » avec les cylons, des machines initialement créés par les hommes qui se mettent à évoluer et se retournent contre eux.
Lorsque l’on observe la vie et les exemples donnés par la Science-Fiction, étrangement, il semblerait que cette évolution soit favorisée dans un cadre sociétal, c’est à dire en groupe.
[1] http://fr.creatures.wikia.com/wiki/Norn
[3] http://www2.lifl.fr/~decomite/caroll/carollFRE.html
14 janvier 2009
Faux - 3
Derrière mon loup
par InFolio
No man's land entre deux tranchées dans une guerre sans nom. Il y a des cadavres, des trous, des excroissances. Il y a de la fumée qui s'élève par endroits, de la chair à vif, des mutilations, des douleurs, et au milieu, des cris, des pleurs et des râles d'agonie.
Les trilles roses du temps des rires se sont recroquevillées sous un voile noir. Deuil d'une époque qui s'achève dans une boucherie mentale. Désormais, des larmes de sang roulent sur la joue et éclaboussent le papier.
Où sont les nerfs survivants? Des pensées, des envies s'élancent à l'assaut. Des peurs, des doutes, les repoussent dans un sanglot étouffé. Ma tête est un no man's land...
Dans l'ovale de mon cerveau souffle le blizzard et mes pensées sont gelées. Mon esprit y est comme un loup noir errant dans les steppes, décharné, abandonné par sa meute, et s'en allant mourir seul.
Mon visage est masqué d'un loup doublé sur le verso de taffetas noir cachant la nuit qui règne en moi ; blanc à l’extérieur pour paraitre inchangé face au monde.
***
en réponse à l'appel "Faux"






















