Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

31 décembre 2008

Courrier de décembre des lecteurs

En décembre, nous avons jardiné de saison:

... en comparant les plus délicieux de nos délices

"Un cœur affiné", Ekwerkwe
"Quel délice ce fut...", Map
"Fumet d'enfance", Pandora
"Au palais audacieux", Sébastien

... en chuchotant des contes de Noël

"L'heure du conte", InFolio
"La belle nuit de Noël", Pandora (partie 1, 2, 3)
"Le Noël d'Angelo", Tilu
"Vœu doux vaudou", Vanina

... en explorant des musées improbables

"Le musée du O", InFolio
"Le musée du voyage au pays de Gulliver", Map et Sébastien
"Des mots sur les toiles", Sébastien
ép. un, deux, trois, quatre et cinq
"Le musée des croûtes", Ségolène et les Fanes
"Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'improbable", Véron

Nous avons aussi frémi devant l'impitoyable Envahisseuse de Map, nous avons enfin su ce qu'il en était de la Princesse aux Petits Pois d'InFolio, et nous nous sommes lancés, avec Ceux d'en bas dans un nouveau feuilleton collectif plein de péripéties. Llo et InFolio nous ont expliqué comment les robots pouvaient devenir réactifs, et Pandora comment rattraper le temps qui fuit de nos horloges.

Et maintenant, il est temps de tourner la page...

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Les auteurs de décembre

ARIANE

auteurs___photo___Ariane

Pour me connaître mieux, la solution est là : http://www.unesemaine-unchapitre.com/

On peut aussi me trouver dans les centre-équestres et les cinémas. Incognito.

BLOG : Une semaine, un chapître

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EKWERKWE

Auteurs___photo___ekwerkwe

Toute petite, je voyais rarement les lampadaires à temps pour les éviter. Adulte, je continue à rêver debout, et n'évite pas toujours les obstacles qui se sont faits plus subtils.
Écrire? Non, surtout pas. Mais jouer, oui, toujours, dans le bac à sable de Fanes de Carottes où je me sens si bien - tant pis pour Georges, pour Ursula, pour Paco, pour Alain... S'amuser, ce n'est pas vraiment trahir.

BLOG : Ekwerkwe's nest

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INFOLIO

Auteurs___photo___InFolio

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.

BLOG : InFolio dans tous ses formats

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LLO

hubert_graphismeM_canique

Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.

BLOG : famille de geeks

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MAP

Auteurs___photo___MAP

Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !

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PANDORA

Auteurs___photo___Pandora

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …

Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…

BLOG : Les poèmes de Pandora

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ROSE

Auteurs___photo___Rose

Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles

BLOG : Ce que dit Rose

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SEBASTIEN

S_bastien

Petit, Sébastien eut un rêve issu du monde du silence : devenir océanographe. Aussi il fit des études littéraires. La vie souffle souvent vers l'inattendu mais la vie, souvent, a ses raisons : son expérience aquariophile fut un désastre sans nom. Enfin, surtout pour les poissons.

Abandonnant le rêve de l'océan pour l'océan des rêves qu'est la lecture, il fit des expériences d'immersion totale dans les livres, lisant tout ce qui le touchait, et même au-delà. Il testa également l'écriture en caisson isobare : souvent seul, à mille mètres de profondeur, bien loin des regards. Il fit quelques clapotis en surface, coanimant un atelier d'écriture dont il co-diffusait les travaux oulipiens sur les ondes joyeuses de la radio universitaire.

Puis il quitta l'océan des rêves pour la terre ferme : lire ne fait pas manger et il entreprit d'avoir un travail. Ce qu'il fit, loin des livres. Parmi les petits et les grands bonheurs de sa vie terrestre il cite volontiers la naissance de son petit Matisse.

De temps à autre, on le voit vaquer dans de drôles de labyrinthes, à la recherche sans doute de ces embruns dont il garde le souvenir du parfum enivrant.

L'observateur attentif notera qu'il fréquente depuis peu un drôle de potager. D'ailleurs son profil suggère qu'il devrait se mettre, dare-dare, au régime de carottes.

BLOG : Labyrinthes avec vue 

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SEGOLENE

S_gol_ne

Historienne de formation, je pense qu’il est impossible de dissocier le boire du manger et les deux de leurs contextes historiques, culturels et économiques.

Après quelques années d'enseignement et de travail de recherche sur le vin, j'ai laissé libre court à mon intérêt pour la nourriture qu'elle soit solide ou liquide car je pense qu'il est impossible de dissocier le boire du manger et les deux de leurs contextes historiques, culturels et économiques. La nourriture a été le ciment des civilisations et a fait évoluer les techniques culinaires et les progrès scientifiques, le commerce et la sociabilité, les beaux arts et l'art de vivre, le mobilier et l'art de la table. La nourriture a une fonction importante de don et de partage.

C’est tout cela que je raconte lors de conférences, d’émissions de télévision, dans des articles et dans deux livres en préparation, dans le blog "Boire et manger, quelle histoire!" et dans "Fureur des vivres", nouveau magazine en ligne sur l'alimentation.

Ce sont ces expériences que je fais partager lors d’évènements culinaires dédiés à la découverte et à l’éducation du goût et aux plaisirs sensoriels et lors de rencontres-débats sur la nourriture de la terre à notre assiette ou notre verre.

BLOG : Boire ou manger, quelle histoire!

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TILU

Tilu

Elle regarde
Elle sent
Elle touche
Elle écoute
Elle goûte
Elle capture le monde dans sa boîte à images
Elle dessine
Elle chante
Elle écrit
Elle aime
Quelques fois, elle parle avec les ours…et les lutins…
Elle rêve…
C’est sa vie…

BLOG : Un jour et pas l'autre

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VANINA

Vanina

Née en 1964 à Paris, dans un milieu artistique,
je suis la « petite dernière » d’une famille de 6 enfants.
« On » me dit collectionneuse de collections…
J’ai un fils, né en 1987, dont le père est décédé en 1995.
J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !

Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :

- « Il ne faut jamais oublier ses rêves.»
- « Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »

Sourire

BLOG: Art'moureusement vôtre 

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VERON

Auteurs___photo___V_ron

// Photo non contractuelle //

BLOG : Véron'Fot

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Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
Sébastien
et, pour la dernière fois parmi les Fanes, StellaSabbat !

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A vos souhaits !

Les horloges avec la fuite du temps

Pandora

Vous avez l’impression de ne rien avoir le temps de faire ?

Vous arrivez toujours en retard à vos rendez-vous ?

J’ai moi aussi été comme vous, victime du temps qui passe, de ce temps qui file cruellement sans se soucier des conséquences. Me culpabilisant de ne pas réussir à m’organiser comme je le devrais pour mener toutes mes tâches à bien. Je l’ai été mais je ne le suis plus car j’ai résolu un des mystères les plus obscurs de ce millénaire.

Oui Madame, oui Monsieur, moi Hyéronimus Métronomus, j’ai percé le secret du temps qui passe. J’ai fait une découverte qui a révolutionné ma vie et qui révolutionnera la vôtre, si vous prenez le temps (ha, ha !) de m’écouter. Croyez-moi, vous ne le regretterez pas.

Ne vous fiez pas à mon monocle et à l’aspect de ma coupe de cheveux liée à une nature capillaire indomptable, je ne suis pas le professeur Tournesol ou tout autre scientifique excentrique aux idées folles. J’ai consacré plus de 20 années de ma vie à chercher pourquoi le temps filait si vite, et j’ai trouvé.

Ce n’est pas par manque d’organisation, non Madame.

Ce n’est pas non plus en raison de la fameuse Loi de Murphy, non Monsieur, même si je dois reconnaître que c’est un facteur aggravant.

On dit toujours qu’il n’y a pas de mauvais outil mais un mauvais ouvrier et moi j’affirme le contraire en matière d’échelle temporelle.

Oui Madame, oui Monsieur, peut-être avez-vous juste un outil déficient qui vous donne mal l’heure. Moi, Hyéronimus Métronomus, professeur en chronologie métaphysique, j’ai prouvé que certaines horloges dysfonctionnent en laissant filer le temps.

Oui Madame, oui Monsieur, elles fuient tout simplement. Et ce manque d’étanchéité entraine une fuite du temps, source de retards préjudiciables.

Oui Madame, oui Monsieur et aujourd’hui dans votre ville, pour la modique somme de non pas 50, non pas 40, mais 30 petites minutes, je vous propose de tester votre horloge pour la remettre en état.

Ne laissez pas une fuite d’horloge gâcher votre vie.

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Ce texte répond à l'appel permanent "A vos souhaits !"

28 décembre 2008

Conte de Noël - 4

La belle nuit de Noël

troisième partie

Pandora

         

          Les bonshommes de neige s’enfuient de Dreamcity vers la montagne toute proche en emportant leurs victimes et les paquets qu’ils se distribueront. Ils ont été sages toute l’année et les méritent au moins autant que ceux à qui ils étaient destinés. Whity hésite un moment, ne sachant quel camp choisir, mais il ne tient pas vraiment à être là quand les enfants se réveilleront. Qui sait de quoi est capable un gamin privé de ses joujoux ? Il ne veut pas payer pour les autres. Après un dernier regard vers la fenêtre de la chambre de Fleur, il trace maladroitement un PARDON dans la neige et abandonne son bonnet, son cache-nez et ses gants, dont les couleurs vives se détachent nettement sur le tapis blanc. Puis il se presse de rejoindre les autres bonhommes qui sont déjà loin devant. 

          Ils sont encore à plusieurs heures des grottes où ils vont festoyer pour célébrer leur victoire quand les premiers enfants se lèvent, très excités, pour se précipiter vers le sapin et y découvrir leurs cadeaux. Mais il est pareil à la veille. Les biscuits préparés pour le Père Noël sont toujours dans leur petite assiette. Et les bonshommes de neige ont disparu des jardins.

          Le pays des Rêves s’est transformé en un abominable cauchemar. Pour les enfants en tout cas.

          Car du côté des bonshommes de neige, les jours qui suivent sont très festifs au contraire. Les paquets ont été distribués et ouverts, les rennes dépecés et dévorés. Et après avoir servi de cible pendant de longues heures pour un concours de lancer de boules de neige le Père Noël attend, tétanisé (et pas seulement par le froid), la suite des événements. Car ses kidnappeurs ne sont pas d’accord entre eux. Certains veulent le tuer pour qu’il ne leur fasse plus d’ombre à l’avenir, mais bien que menés par l’éloquent Smily, ces extrémistes sont minoritaires. La plupart veulent simplement un peu plus de reconnaissance et d’attention de la part des enfants. Etre chaudement habillés pour l’hiver[i], avoir des yeux, une bouche, des oreilles pour que tous puissent voir, parler et entendre, mais surtout une belle carotte comme nez[ii]. Et puis une petite place à côté du sapin et de la cheminée pour participer au Réveillon[iii]. On finit par se mettre d’accord sur les revendications, puis Smily rase la barbe du Père Noël pour prouver aux humains qu’ils ne plaisantent pas. D’un geste maladroit (bien que certains pensent qu’il n’en est rien), il marque la joue du rougeaud d’une fine estafilade qui goutte en ponctuant la glace et la barbe blanches de sang. Monster se porte messager volontaire pour cette dangereuse mission et Smily lui adjoint Whity : bien que plein de bonne volonté, Monster ne serait jamais capable de retrouver seul le chemin de Dreamcity.

          Mais au pays des Rêves, les années sont courtes et les beaux jours reviennent déjà, avec Carnaval, ses crêpes et ses déguisements, rapidement suivi de Pâques et sa chasse aux œufs. Monster, gêné par la longue barbe que Smily lui a malicieusement collée, avance doucement, et les deux messagers rétrécissent inexorablement à mesure que la température augmente pour disparaître bien avant d’avoir pu atteindre Dreamcity. La neige est progressivement remplacée par les fleurs des champs et les bonshommes de neige fondent dans les grottes des montagnes. Il ne reste bientôt plus de Smily l’Horrible qu’un chapelet de pierres noires sur le sol de la grotte. Le Père Noël, aminci par son jeûne forcé et rajeuni de vingt ans sans sa barbe, est libre. Mais sans les rennes pour tirer son traîneau volant, il lui est impossible de rejoindre les lutins et la Mère Noël à temps pour le prochain Réveillon. Le temps passe vite au pays des Rêves, où tous les jours que les enfants n’aiment pas (particulièrement les jours d’école) ont été supprimés du calendrier. C’est peut-être l’occasion pour lui de changer de vie, cette existence laborieuse commençait à lui peser. Il ne tient pas tant que cela à retrouver son épouse qui ne ressemble plus à la jolie femme qu’il a épousée il y a fort longtemps maintenant. Quant aux enfants, ils deviennent si exigeants et capricieux. Non, vraiment, il n’a aucune envie de reprendre son activité. Il se verrait plutôt apiculteur ou trappeur. Ou berger…

          Au pays des Rêves, les journées se suivent et se répètent selon le même rituel immuable : Noël puis Carnaval, Pâques puis les vacances d’été et le cycle recommence. Mais depuis ce réveillon, plus aucun enfant n’a jamais fait de bonhomme de neige. Et ce sont désormais leurs parents, déguisés d’un habit rouge et d’une longue barbe blanche, qui apportent les cadeaux. Le Père Noël ne passe plus mais quelle importance puisque tous les jouets commandés sont bien sous le sapin ?

FIN


[i] On ne sait pas assez combien le bonhomme de neige est frileux.

[ii] On ne sait pas non plus assez combien le bonhomme de neige est coquet.

[iii] On sait très bien par contre combien le bonhomme de neige est stupide.

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27 décembre 2008

Conte de Noël - 4

La belle nuit de Noël

deuxième partie

Pandora

          Les bonshommes n’aiment pas les lumières et le sapin qui leur volent la vedette en ce soir de Noël. Mais surtout ils détestent ce gros rougeaud qui conduit un attelage volant tiré par des rennes. L’affreux Père Noël. Ils en ont assez de n’être qu’un des éléments du décor et non les héros de la fête. Cette nuit, ils veulent enfin prendre le pouvoir pour devenir les vedettes de la veillée de Noël.

          Pourquoi seuls les vœux et les rêves des enfants devraient-ils être exaucés ?

          Un être froid et sans cœur aurait-il moins de valeur qu’un petit enfant ?

          Les bonshommes de neige sont menés dans leur révolte par Smily, dit l’Horrible, dont le sourire de pierres n’a d’égal que la noirceur de son âme de glace. Il faut dire que les Parker ne sont pas des enfants de chœur. Il leur sert de cible pour des batailles où la boule de neige cache trop souvent un caillou. Il n’a pas de nez, de bonnet ou de gants, seulement deux trous à la place des yeux, et cette grande bouche faite d’une interminable rangée de petits cailloux noirs. Pas de bras non plus mais il n’en a pas besoin, c’est le meneur de la révolte, la tête pensante. Sa meilleure arme est sa gouaille haineuse. Il en a plus qu’assez de ce réveillon mille fois répété, des éternelles boules de neige que les sales gosses lui balancent, du Père Noël obèse et des cadeaux apportés à des enfants qui ne les méritent vraiment pas. Ras-le-bol de cette bonne humeur des périodes de fête où la vie semble plus belle quand rien n’a pourtant changé. Et cette fois, il a réussi à convaincre les autres de troubler cette sempiternelle soirée  du pays des Rêves pour frapper un grand coup.

          Ce soir, les bonshommes de neige vont kidnapper le Père Noël, et ils ont choisi la maison des Pearson pour commettre leur forfait car c’est celle par laquelle il commence sa tournée.

          Tous les bonshommes de neige ne sont pourtant pas de cet avis. Depuis que la magie de Noël se répète, les enfants Pearson ont toujours bien traité Whity. Non, il n’a absolument rien contre les enfants, ni contre le Père Noël d’ailleurs. Mais le pauvre n’a pas de bouche et ne peut donc pas essayer de convaincre les autres de ne pas suivre le redoutable Smily. C’est avec beaucoup d’inquiétude qu’il voit la révolte gronder et enfler, Noël après Noël, à mesure que la cruauté des enfants Parker renforce la méchanceté de Smily. Et aujourd’hui il doit se rendre à l’évidence, ce soir sera un soir de Noël pas ordinaire pour Fleur, Chester et Phil, un Noël bien triste, un Noël bien sombre. Ce réveillon sera celui de la révolte des bonshommes de neige…

          Tandis que les maisons se remplissent et que les familles se reforment le temps d’un soir, les conflits et les jalousies mis brièvement en pause, les bonshommes de neige se rassemblent dans le jardin des Pearson. Rien ne ressemble plus à un tas de neige qu’un bonhomme de neige (et c’est particulièrement le cas de Monster monté en cinq minutes par les enfants Johnson) mais de toutes façons personne ne prête vraiment attention à ce qui se passe dehors. Dans la nuit froide, les invités se pressent vers les porches des maisons, jetant un regard distrait aux décorations extérieures. La fête se passe dans la douce chaleur des maisons, près du sapin et de la cheminée, et les arrivants tapent du pied sur le perron pour se réchauffer, attendant qu’on leur ouvre avec impatience. On voit briller les lumières à travers les fenêtres où se pressent les enfants. Ils soufflent de la buée sur les vitres en guettant le Père Noël dans le ciel.

          La douce magie de Noël n’attendrit en rien la résolution des bonshommes de neige qui sont maintenant de plus en plus nombreux à côté de la maison des Pearson. Ceux qui disposent de bras ont pris au passage des armes de circonstance, une branche brisée, une stalactite effilée qui pendait du toit ou un râteau qui traînait dans le jardin. La troupe commence à ressembler à une véritable petite armée dont le Général Smily est tellement fier qu’il sourirait jusqu’aux oreilles si les enfants Parker avaient eu la délicatesse de lui en façonner. Qu’importe, ses humiliations seront bientôt vengées. Quel bonheur d’imaginer le dépit de ces affreux gamins quand ils se lèveront pleins de joie et d’impatience pour découvrir un sapin sans aucun cadeau. Ils seront terriblement déçus et se demanderont pourquoi le Père Noël les a oubliés. Des cris et des pleurs pour remplacer les chants de Noël. Et ce sera le même spectacle dans toutes les maisons. Ah vraiment, les bonshommes de neige vont avoir leur revanche de bien douce manière….

          Whity n’a pas bougé de sa place sous le cerisier, parce que les enfants Pearson pourraient s’en apercevoir et donner l’alerte. Il essaie bien d’attirer leur attention quand ils viennent guetter le Père Noël à la fenêtre, mais ils ne lui prêtent aucune attention. Il n’y en a que pour ce satané bonhomme pas de neige,  peut-être que Smily a raison après tout…

          Un peu plus loin au fond du jardin, les autres bonshommes discutent à voix basse (enfin ceux qui ont une bouche) pour passer le temps en attendant minuit. Les lumières des maisons s’éteignent petit à petit à mesure que les invités repartent, ne restent bientôt plus que les points lumineux des guirlandes qu’on a laissées allumées sur les sapins pour guider le Père Noël. Et justement Smily fait signe à tous d’arrêter de parler, il a entendu des grelots au loin qui annoncent l’arrivée du traîneau. Vite, un groupe se rapproche de la porte arrière déverrouillée pour la circonstance[i] et se coule dans le blanc décor hivernal pour l’attendre. Un deuxième groupe attend plus en retrait pour s’occuper des rennes et couper toute velléité de retraite. Le guet-apens est en place. Le Père Noël est foutu.

          L’attelage apparaît enfin dans le ciel d’hiver où ne brillent que quelques étoiles ; il se rapproche et atterrit dans le jardin. Le Père Noël sort un calepin, y regarde la commande des enfants Pearson et se retourne vers le coffre pour y chercher les cadeaux demandés. Il peine à se pencher, encombré par son imposante bedaine[ii] et il charge les cadeaux dans sa hotte. Au moment où il met pied à terre, les bonshommes de neige se précipitent et congèlent les rennes et le Père Noël, les enfermant dans une gangue de glace.[iii]

à suivre...


[i]  Ceux qui s’imaginent encore que le Père Noël passe par la cheminée dans l’âtre de laquelle brûle un grand feu sont vraiment naïfs… ou complètement idiots.

[ii]  L'un des bonshommes de neige affirmera même plus tard avoir entendu le Père Noël jurer.

[iii] A ce stade de l’histoire, vous imaginez probablement un retournement de situation de dernière minute avec sauvetage en catastrophe du Père Noël par les enfants Pearson avec l’aide du fidèle Whity… Pauvres lecteurs qui croyez encore au Père Noël!

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26 décembre 2008

Conte de Noël - 4

La belle nuit de Noël

première partie

Pandora

          Comme le veut la tradition, la neige est tombée à gros flocons au pays des Rêves. Un épais manteau blanc recouvre les toits et les jardins, tapis d’ouate qui amortit les sons et transforme le paysage. Un Noël sans neige est inenvisageable : ce serait une vraie catastrophe ! Heureusement cette année encore les faiseurs de temps ont réussi à accorder la météo au calendrier, malgré le réchauffement planétaire qui complique leur travail. Même au pays des Rêves il faut compter avec la pollution et les réalités écologiques.

          Dans la maison des Pearson, un majestueux sapin trône au centre du séjour. Il est généreusement décoré de bougies blanches, de boules de verre colorées et de figurines en pâte à sel que les enfants ont façonnées de leurs petites mains parfois malhabiles. Si son sommet porte la grande étoile dorée fièrement mise en place par la cadette, le pied est bien dégagé pour recevoir paquets et cadeaux. La mangeoire de l’indispensable crèche recevra dans quelques heures la figurine du petit Jésus.

          Les enfants de la famille Pearson se sont levés tôt, très excités : les vacances d’été ont été bien longues mais Noël est enfin là. Pendant qu’ils avalent leur petit-déjeuner en vitesse, Mrs Pearson enfourne les gâteaux qu’on déposera près de la cheminée pour le Père Noël. La cuisine sent bon la cannelle et le chocolat mais Phil et Chester, les jumeaux, et Fleur, leur petite sœur, n’y prêtent aucune attention. Ils n’ont que quelques heures pour donner vie à Whity, leur habituel bonhomme de neige, et ils ne doivent donc pas traîner.

          Bien protégés par les lainages tricotés par leur grand-mère[i], ils se précipitent dans le jardin pour rouler les boules de neige qui formeront le bonhomme. Le soleil se réverbère sur la neige et le temps semble suspendu. Les pas crissent et les enfants rient. Ils assemblent Whity sous le cerisier aux branches parées de leur habillage de Noël, juste en face de la fenêtre du salon pour qu’il puisse aussi participer à la fête. S’ils peinent à soulever la grosse bedaine, pestant et se disputant quand le montage reste trop instable, le bonhomme de neige reprend forme cette année encore. Personne n’a jamais prétendu que c’était facile! Les joues rougies par le froid mordant et les mains glacées dans les gants de laine détrempés, les enfants Pearson se reposent un instant et se réchauffent les doigts en soufflant dans leurs mitaines.

          Puis Fleur va gratter sous la neige au niveau de l’allée pour y dénicher quelques cailloux qu’elle dispose les uns au dessus des autres sur le ventre du gros bonhomme. Chester arrache deux boutons sur sa veste d’hiver - qui n’en manque pas, leur mère ne devrait rien remarquer - pour donner de beaux yeux bleus à leur bonhomme afin qu’il puisse admirer les jolies lumières de Noël et le sapin décoré de guirlandes. Phil sort de sa poche la carotte encore coiffée de quelques fanes qu’il a dérobée dans la cave en bravant les monstres tapis dans l’obscurité. Après l’avoir dépiautée[ii], il la place au centre du visage bien rond de Whity et ramasse deux longues branches pour lui donner des bras. Et comme il fait vraiment très froid, Fleur noue son cache-nez rouge autour du cou du bonhomme, Chester le coiffe de son bonnet vert, Phil quitte ses gants jaunes trempés de neige et de ses doigts gourds en habille le bout des branches afin que Whity n’ait pas froid aux mains. Satisfaits, les trois enfants Pearson, transis de froid mais heureux, se réfugient en courant dans la cuisine. Là où il fait chaud et surtout où les attend un bon chocolat.

          Dans les autres jardins de Dreamcity, les enfants Wilson, Parker ou Birdies ont également fait leurs bonshommes de neige, tenant ou non un balai, avec ou sans nez, avec ou sans bouche, qui portent eux aussi un petit nom répété chaque année. Dans la lumière qui décline doucement, annonçant la longue nuit de Noël, les bonshommes de neige si familiers prennent des allures fantomatiques à la lueur de la lune. Chez les Pearson, les yeux globuleux de Whity fixent l’intérieur de la maison dans laquelle résonnent déjà les cris joyeux des enfants et la sirupeuse mélodie de Noël.

à suivre...


[i] Car on sait que les mailles pleines d’amour tiennent beaucoup plus chaud que les mailles ordinaires.

[ii]  Attention, toutes les fanes de carottes ne sont pas dépiautables !

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25 décembre 2008

Conte de Noël SFFF - 3

Le Noël d'Angelo

Tilu

*    *    *

Ce texte est une tendre réponse à notre appel aux contes de Noël.

Joyeux Noël à tous !

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24 décembre 2008

Conte de Noël SFFF - 2

L'heure du conte

InFolio


Il était une fois un conte de Noël. Il avait été prononcé pour la première fois par un vieil homme, un émigrant d’origine slave, il y a bien longtemps.
Un soir au coin du feu, il avait entrepris de raconter des souvenirs de son pays à ses petits enfants. Le conte était alors apparu dans sa bouche, teinté de la magie de son pays, avec ses paysages enneigés et ses nuits limpides. Le sentant couler naturellement entre ses lèvres, il avait continué, avec minutie, de l’ouvrager. Comme pour une broderie, il avait tissé des liens si forts, si prégnants que, de bouche à oreilles, le conte s’était lentement répandu. D’abord dans la famille. Puis, au fil des répétitions, des générations, des migrations, le conte avait franchi les frontières et les années.
Mais les coutumes se perdent. Le conte a besoin que l’on prenne le temps. Celui de se rencontrer autour d’une flambée. Celui de le raconter. Celui de l’écouter. Or, les mots de la tradition sont sans force face aux paroles animées de la modernité. La consommation hâtive des images du petit écran a remplacé lors des soirées familiales la contemplation paisible du pétillement des flammes. C’est ainsi que s’évanouissent à petit feu les descriptions vivantes des ancêtres et des instants à la valeur inestimable.
Le conte subsistait cependant encore dans la mémoire de quelques anciens, un peu déformé par le temps. Mais, les années passant, il se sentait faiblir au fur et à mesure que ses dépositaires disparaissaient. Le lieu exact de son action s’était perdu avec un nonagénaire angevin. Le nom du personnage principal s’était éteint suite à une bronchite... L’une de ses dernières traces était dans les souvenirs fragiles d’une personne atteinte d’Alzheimer. Il lui restait un maigre, très maigre espoir, de plus en plus maigre...
Le conte avait besoin de la mémoire vivante de ces gens pour subsister, de la chaleur de leurs souvenirs, des yeux qui brillent à l’évocation de l’un ou l’autre détail le composant, de bouches palpitantes d’émotion pour les raconter et d’oreilles attentives pour gober les mots et les enfouir dans les mémoires… Le reste n’était que du vent.

Dans un vieux grenier, un cahier recouvert de poussière était là, lui, depuis des années.
Méconnu.
Un vieux cahier d’écolier recouvert de l’écriture malhabile d’un enfant de dix ans à l’époque… Cet artefact du passé était encore bien conservé et le resterait, du moins tant que le toit ne fuirait pas, tant que les souris ou les mites ne le dévoreraient pas, tant que l’encre résisterait aux lavages des ans...
Mais l’écrit, s’il n’est pas lu, s’il ne s’infiltre pas dans les mémoires et l’imaginaire de celui qui l’entend ou le lit… l’écrit n’est rien pour le conte. Juste une mémoire virtuelle, une boîte, un bel écrin sans âme. Et, sincèrement, qui viendrait fouiller dans tout ce fourbi ? Qui remarquerait ce petit cahier, semblable à tous les autres cahiers ? Qui se salirait les mains à feuilleter ce tas de poussières ?

Un jour... un jour pourtant... l’un des petits enfants de la maisonnée fit le grand ménage dans le grenier. A peine regardées, à peine touchées, les nombreuses caisses de livres et de papiers changèrent de main. Nouveau stockage. Nouvelle couche de poussière.

Puis ces caisses furent à nouveau déplacées. Le cahier se trouva entreposé avec d'autres documents dans un salon. Le conte, s’il avait été conscient de tous ces mouvements, se serait senti revivre à la perspective d’être lu en famille dans ce lieux douillet, qui, ô comble du bonheur, possédait un feu à l’âtre. En ce 24 décembre, le sapin en plastique était en place, légèrement saupoudré de fausse neige, décoré de boules et de guirlandes multicolores. Dans la cuisine, on entendait des bruits de casseroles, des voix, des éclats de rire. Échappant à l’attention de leurs parents, deux enfants courraient de pièce en pièce, frôlant parfois la caisse...
Le début du repas approchant, une bûche fut placée dans l’âtre pour réchauffer le salon et les cœurs. Et quelques papiers, les pages d’un petit cahier d’écolier, furent soigneusement placés pour en démarrer la combustion.

Une allumette craqua et s’approcha fébrilement du papier qui céda rapidement sous la flammèche. Par la magie de l’instant, les mots placés sur les feuilles furent rongées, millimètre par millimètre, par les flammes respectueuses de cet artefact du passé. Les mots se dispersèrent en volutes multicolores et inspirèrent des craquements d’aise à la bûche de bois. La fumée indisciplinée se répandit légèrement dans la maison et s’en alla contaminer les maisons voisines, le quartier, puis la ville entière... Ce fut une merveilleuse flambée, aux effets euphorisants et oniriques. Tout le monde se mit à vivre dans le même rêve, happé par l’univers fantasmagorique du conte. Un pur instant d’allégresse partagée, hors de la réalité. Et lentement tout s’estompa alors que les dernières pages se dispersaient en cendres légères. Hallucination collective diraient certains, improbable transmission suggèreraient d’autres...

Mais le conte, lui, sait... Renaissant de ses cendres, il avait gagné une seconde vie.

*    *    *

Ce texte est une mystérieuse réponse à notre appel aux contes de Noël

Joyeux Noël à tous !

Posté par Sebastien_ à 08:00 - n°15 - Nouvelles fanes de décembre - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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21 décembre 2008

Le feuilleton du dimanche

Ceux d'en bas

deuxième épisode

Ariane

(juste avant...)

 

     Il fallait se rassurer. Respirer. Souffler. Lever lentement une jambe, et l’autre. Respirer, encore. Respirer toujours. Agir. Courir : braver ces fantômes de l’esprit et leurs projectiles bien réels.
     Verox se mit à marcher, courbé, presque sans même s’en apercevoir. Il se jeta pêle-mêle dans l’un des trous béant du mur de gauche, les yeux fermés. A l’extérieur, un silence glacial se fit. L’atmosphère était brûlante, électrique. Verox sentait des gouttelettes de sueur perler le long de son front. Il faisait chaud. Il faisait peur. Le jeune homme rouvrit les yeux, se leva complètement. Devant lui semblait s’étaler à l’infini une étendue déserte, parsemée de pierres crayeuses et de fruits. Verox, dont le courage réaffluait, osa un œil vers l’espace où les tirs l’avaient si brutalement figé, désarçonné dans son courage adolescent. Rien. Personne. De ce côté aussi, l’espace était vide. Parsemé par ces mêmes pierres, ces mêmes fruits. Le nord et l’est étaient semblables. Déserts. Verox, qui se souvenait des contes de ses parents, avait à l’esprit quelques magnifiques images de la Terre : des lacs, des montagnes, une jeune chèvre assoupie dans les bras d’un beau chevrier, un soleil calme et parcimonieux comme un rayon de miel. Il y avait bien, dans le ciel, cet immense astre jaune et lumineux, mais Verox n’arrivait pas à le regarder, et les perles de sueur qui continuaient à envahir son visage, lui rappelaient sans cesse que s’il restait encore sur terre un thermomètre, celui-ci devait indiquer dans les environs de cinquante degrés.
     Sur le sol, comme autant de soleils morts, des fruits. Des fruits inégaux. Certains, vraisemblablement pourris, crépitaient encore, parcourus de brèves étincelles avant de s’éteindre, immobiles. D’autres avaient conservé leur forme originelle et laissé sur la terre une autre trace de leur venue : comme autant de petits obus, ils avaient vallonné cet espace si rectiligne. Verox, trop curieux sans doute, se baissa pour saisir ce qu’il pensait pouvoir être les projectiles qui avaient failli le toucher. Une intense brûlure parcourut à l’instant même son doigt. Le jeune homme lâcha la pomme qui roula au sol en créant sur son passage un trou d’une dizaine de centimètres de diamètre. La douleur, qui le lançait à un rythme extrêmement régulier, déclencha une démarche mécanique. Verox avançait, sans plus vraiment savoir qui il était. Le temps lui semblait un théorème défunt et ses pieds des soleils vengeurs.

     Il parcourut ainsi plus de trois kilomètres, avant de s’endormir au pied d’un arbre mort. A son réveil, un homme entre deux âges le veillait. Lui aussi portait un scaphandre, mais d’une belle couleur rouge vermeil. Verox, effrayé, jeta son regard dans les yeux de l’homme rouge.
     -    Ne pense pas, murmura celui-ci.
Verox, tétanisé, tenta en vain d’obéir, mais les images de Jim et de Daisy, qui défilaient dans sa tête, rendaient impossible le vide demandé par cet homme. Celui-ci l’empoigna alors fermement, l’entraînant avec lui dans un saut de côté prodigieux. Une pluie de fruits s’abattit sur l’arbre mort. Dans l’air déjà caniculaire, des flammes de trois mètres environ s’emparèrent du tronc décharné.
     -    Ne pense pas, s’écria l’homme. Sinon tu meurs.
     Mais Verox ne savait pas apprivoiser l’absence. Une nouvelle pluie de projectiles s’abattit sur les deux hommes, obligeant l’inconnu à un nouveau saut de côté.
     -    Ça suffit, chuchota alors l’homme.
     Ce fut la dernière chose que Verox entendit. L’homme rouge avait levé la main sur le crâne encore enfantin. Un long silence suivit. Un signe de croix rapide traversa l’espace. L’homme rouge caressa le visage endormi et, sans bruit, attendit.
Quand Verox revint à lui, un léger mal de tête fut sa première sensation. Devant lui, ce démon qui l’avait cruellement assommé le regardait, compatissant.
     -    Avant de me juger, écoute ceci. Ils te voient si tu penses. Ils t’attaquent si tu penses. Un esprit vide est invisible pour eux. Pour survivre au-dessus, tu dois n’être pour eux rien qu’un corps, une coquille vide.
     -    Mais, qui ? demanda Verox, à la fois intrigué et hésitant.
     L’homme rouge ne répondit pas. A la place, il fixa le jeune garçon longuement, d’un regard aimant et compréhensif.
     -    Tu peux retrouver tes parents.
     -    Où ? questionna Verox.
     -    Je peux t’accompagner. Mais tu dois comprendre que les revoir, c’est peut-être ne plus jamais retourner en bas. Les jeunes hommes comme toi sont tous les mêmes ici : ils ont de la famille dans nos souterrains, mais ils connaissent aussi des parents qui ont voulu comprendre et voir par eux-mêmes ce qu’il en était ici. Tu as le choix. Mais réfléchis vite. Ils peuvent revenir à tout moment.
     Sur ces mots, l’inconnu s’écarta. Il s’allongea à quelques mètres de là et ferma les yeux. Verox regarda quelques instants le sol, pensif, puis cet horizon qui n’en finissait pas.

à suivre...

20 décembre 2008

Les musées improbables - 4

Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'improbable

Véron


Mus_eV_ron

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En réponse à l'appel "musée improbable"

Posté par InFolio à 08:00 - n°15 - Nouvelles fanes de décembre - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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