30 novembre 2008
Auteurs de novembre
AUDE

Au collège, j'écrivais les rédactions de la moitié de la classe.
Au lycée, j'écrivais les lettres d'amour des autres.
Mon amoureux dit parfois: "Aude: des livres, un cahier et un crayon, du vin, la mer et une connection internet, ça suffit à son bonheur..." C'est assez juste, il faut toutefois rajouter sa présence et celle de mon fils.
BLOG : Mots dits
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CARO_CARITO

J'écris depuis... très longtemps
Je lis depuis encore plus longtemps
Sinon trois brigands, un job prenant où étrangement...
je lis et j'écris et corrige aussi
ne m'empêchent pas d'y replonger le soir.
Mais dans un terreau moins aride.
Une partie de mon éducation livresque est originaire d'Amérique latine,
mon imagination galope bride abattue et j'aime y mettre une touche irréelle.
Mais pas toujours.
BLOGS : Les heures de coton et les 1001 vaches
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EDENA
Arbre Etoile de moi
Enracinée dans deux cultures,
Je suis de France et d’Espagne
Mon cœur s’étoile vers l’Amérique hispanique
sans raison sinon une sève essentielle...
La terre est bleue comme une orange :
Le jaune ensoleillé chaleureux, la feuille verte au vent,
Le scintillement bleu et gris des vagues
Mon œil suspend l’instant d’éternité.
Toujours en mouvement, je m’écarquille,
Et parfois m’écartèle de tant être affairée.
D’action je regarde, recherche, rencontre,
Parcours, découvre, savoure, écoute,
Aime, parle… oui surtout,
parle,
Le silence est l’angoisse, les mots son remède.
BLOG : Un café / clavier?
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INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
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LLO
Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.
BLOG : famille de geeks
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MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
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PANDORA

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …
Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…
BLOG : Les poèmes de Pandora
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ROSE

Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles
BLOG : Ce que dit Rose
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SEBASTIEN

Petit, Sébastien eut un rêve issu du monde du silence : devenir océanographe. Aussi il fit des études littéraires. La vie souffle souvent vers l'inattendu mais la vie, souvent, a ses raisons : son expérience aquariophile fut un désastre sans nom. Enfin, surtout pour les poissons.
Abandonnant le rêve de l'océan pour l'océan des rêves qu'est la lecture, il fit des expériences d'immersion totale dans les livres, lisant tout ce qui le touchait, et même au-delà. Il testa également l'écriture en caisson isobare : souvent seul, à mille mètres de profondeur, bien loin des regards. Il fit quelques clapotis en surface, coanimant un atelier d'écriture dont il co-diffusait les travaux oulipiens sur les ondes joyeuses de la radio universitaire.
Puis il quitta l'océan des rêves pour la terre ferme : lire ne fait pas manger et il entreprit d'avoir un travail. Ce qu'il fit, loin des livres. Parmi les petits et les grands bonheurs de sa vie terrestre il cite volontiers la naissance de son petit Matisse.
De temps à autre, on le voit vaquer dans de drôles de labyrinthes, à la recherche sans doute de ces embruns dont il garde le souvenir du parfum enivrant.
L'observateur attentif notera qu'il fréquente depuis peu un drôle de potager. D'ailleurs son profil suggère qu'il devrait se mettre, dare-dare, au régime de carottes.
BLOG : Labyrinthes avec vue
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TILU

Elle regarde
Elle sent
Elle touche
Elle écoute
Elle goûte
Elle capture le monde dans sa boîte à images
Elle dessine
Elle chante
Elle écrit
Elle aime
Quelques fois, elle parle avec les ours…et les lutins…
Elle rêve…
C’est sa vie…
BLOG : Un jour et pas l'autre
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VANINA

Née en 1964 à Paris, dans un milieu artistique, je suis la « petite dernière » d’une famille de 6 enfants.
« On » me dit collectionneuse de collections…
J’ai un fils, né en 1987, dont le père est décédé en 1995.
J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
- « Il ne faut jamais oublier ses rêves.»
- « Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG : Art'moureusement vôtre
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VERON
// Photo non contractuelle //
BLOG : Véron'Fot
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Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
et StellaSabbat.
Et nous souhaitons la bienvenue à Sébastien parmi nous!
Courrier de novembre des lecteurs
En novembre, nous avons beaucoup joué, réinventé les règles du jeu de la vie, accueilli de nouveaux auteurs... Mais êtes-vous sûrs de n'avoir rien raté?
"La vie, mode d'emploi"
Vie TM, mode d'emploi, Aude
K7, Caro_carito
Le vide, mode d'emploi, InFolio
Des p'tits bouts d'la vie, Map
Le grand jeu de la vie, Pandora
(première et deuxième parties)
Au 14 de la rue du chat qui fume, Rose
"Avec le peuple des fées"
Règlement de comptes, InFolio
Avec les fées, InFolio
"Les petits jeux oulipiens"
Perdue, Aude
Pot éthique du colibri, Edena
Perverbes, Ekwerkwe
Bercails, Sébastien
Dieux des maux, d'émois et démons, Sébastien
Pléïables?, Sébastien
Laval, Vanina
Lip-eau-gramme, Véron
Feuilleton "Princesse et petits pois"
Recette littéraire
La Charlotte aux carottes, Tilu
SF & F
Quand les robots captent leur environnement, InFolio et Llo
Le feuilleton du dimanche
Princesse et petits pois
InFolio
Épisode 5
Résumé de l’épisode 4 : Où l’on a vu le prince, plus malin que les autres, observer ses rivaux, se faire accepter par les villageois et découvrir tout ce qu’il était possible de découvrir sur le seigneur, sa dame et surtout leur fille…
A force de gentilles attentions et paroles amicales autour d’un verre avec divers habitants du village, le jeune homme finit, mine de rien, par en savoir assez sur le château pour s’y déplacer sans se perdre. Il avait même une indication sur la probable position de la chambre de la jeune fille.
Il allait devoir se munir de sucreries pour amadouer les deux chiens qui gardaient le château ; et à la faveur de la nuit il devrait pouvoir, au prix de quelques acrobaties le long du mur se prêtant le mieux à une escalade discrète, atteindre un toit et entrer par un grenier.
Ainsi qu’il l’avait prévu, il réussit à grimper par une nuit sans lune jusqu’au toit. Relever quelques tuiles pour entrer dans le grenier lui causa néanmoins bien du tracas, car il ne voulait pas faire de bruit et les tuiles n’étaient pas très coopératives. Il finit par repérer une lucarne dont il put forcer le loquet. Elle donnait sur la cour, ce qui rendit sa tâche périlleuse, mais c’est alors que les sucreries lui furent d’un grand secours pour éviter des aboiements accusateurs.
Arrivé à ce stade, le soleil ne devant pas tarder à se lever, il jugea plus prudent de ne pas bouger de la journée. En plus des provisions de bouche qu’il avait apportées, il put déguster de belles tranches de jambon fumé, le hasard l’ayant mené dans le grenier où étaient entreposés des dizaines de jambons suspendus au plafond. Il se reposa, sous une toile de jute qui se trouvait là, dans un recoin sombre. Ainsi, même si le grenier était visité, on ne le verrait pas.
La nuit revenue, il se remémora le plan du château qu’il avait pu imaginer à partir des récits des habitants et explora le château jusqu’à trouver les chambres.
S’assurant que les parents étaient bel et bien dans la chambre où il s’attendait à les trouver, il referma doucement la porte et la coinça. Puis, avec précaution, il ouvrit la porte de la chambre de la jeune fille… qu’il trouva vide. Enfin, qu’il crut vide pendant un instant, car il y avait un signe de présence humaine : une bougie brûlait.
Il n’eut pas beaucoup de temps pour s’appesantir et réfléchir à la présence de cette bougie. Il fut vite obligé de reporter son attention ailleurs quand une chose se précipita sur lui, et l’agrippa brutalement, en essayant de le faire tomber.
Il lui fut facile de bloquer, chacun avec une main, les poignets de la furie. Il s’agissait bien d’une fille, deux bras, deux jambes, une tête, de longs cheveux blonds. Elle s’agitait cependant toujours assez pour lui donner de nombreux coups de ses pieds nus dans les tibias (des caresses pour lui – mais elle devait se faire mal aux orteils), et trop pour qu’il puisse distinguer son visage.
Les paroles douces ne la calmèrent pas ; il lui fallu en arriver à la douleur en serrant un peu plus fort ses poignets pour qu’elle s’arrête de le frapper. Il continua de lui parler pour la tranquilliser, lui répétant qu’il ne lui ferait pas de mal.
Enfin elle releva la tête et cessa ses coups. Toujours en la maintenant, d’une seule main maintenant pour bloquer les deux poignets au dessus de la tête de la fille, il écarta, de sa main libre, les cheveux ébouriffés qui masquaient son visage.
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En réponse à l'appel "Princesse et petits pois"
29 novembre 2008
Avec les fées - 2
Avec les fées
InFolio
Lur est fragile ; Mûr est maigre et l’on voit ses os ;
Tou est très gourmande ; Tide n’aime pas l’eau et ne se lave jamais ;
Celle aime le fromage ; Tar aime s’amuser et boire de l’alcool ;
Mais ma préférée est Lati, on la dit très coquine.
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En réponse à l'appel "Avec le peuple des fées"
28 novembre 2008
Les petits jeux oulipiens - 7
Jeu de mots et de plumes
Pot Ethique du colibri
Edena
L’étoile file, hante le détroit mort doré.
En amont, le col y brille, ô doux chant du rossignol.
Le cygne se pare de plumes d’eau mordorée,
Les toits le séparent d’un mont sale et amer
Où mes anges étiolent l’âme de l’aube atroce.
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En réponse à l'appel des jeux oulipiens,
Edena s'est essayée aux vers cachant des kakemphatons.
En cherchant bien, vous les trouverez, nous en avons vu 7...
26 novembre 2008
La vie, mode d'emploi - 6
Rose
Au 14 de la rue du chat qui fume
Rez-de chaussée, boutique : « Un rôti de porc… 1kg 2, et 30 grammes pour être exact…Laissez-le mijoter une bonne heure et demie avec des petits oignons, une feuille de laurier et un verre de vin blanc. »
Rez-de-chaussée, boutique (bis) : « A votre place, je prendrais le forfait 3 heures et 50 sms, avec report de temps non consommé. »
1er étage, palier gauche : « Edna, vous me raccommoderez cette déchirure. Monsieur ne peut pas sortir comme ça. » « Bien, Madame, je vous demande 10 minutes, et il n’y paraîtra plus. »
1er étage, palier droit : « Rentrez les rotules… étirez le dos… Inspirez… Expirez… »
2e étage, palier gauche : « Et ce régime pauvre en sucres, madame Delépine ? Il faut être raisonnable. » « A mon âge, il est trop tard pour le devenir. »
2e étage, palier droit : «Les marchés sont nerveux ; rappelez-moi en cas de nouvelle chute de l’indice. »
2e étage, studio : «Tu comprends, il me dit que la vie c’est simple et complexe, c’est doux et c’est amer, il me dit que ma vie ce sera ce que j’en ferai, là je lui dis mais qu’est-ce que tu veux que j’en fasse, moi, de ma vie sans toi, et là il me dit que la vie c’est pas forcément le gros lot, que parfois la vie elle se refuse, qu’il faut apprendre à en faire son deuil, de sa vie, de cette vie, alors je lui dis mais qu’est-ce que tu racontes, la vie c’est pas ça… »
3e étage, palier gauche : « Un et un font deux, deux et deux quatre, quatre et quatre huîtres. »
3e étage, palier droit : « Avec la nouvelle formule exceptionnelle de Madame Propre, vous plongerez dans une étourdissante bulle de fraîcheur. »
3e étage, studio : « Sur son lit de mort, il continuait à discuter avec ses disciples et leur enjoignait de ne pas verser de larmes, se montrant lui-même presque gai, exactement comme à son habitude. »
Toit, à côté de la cheminée : « Miaou ! »
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Une réponse à l'appel "La vie, mode d'emploi"
24 novembre 2008
Les petits jeux oulipiens - 6
Perdue
par Aude
Impossible de me souvenir où elle est. Un petit moment que je cherche, peine perdue. Je fouille tous les endroits où elle peut se dissimuler, l’espiègle. Mais où peut-elle bien être ? Je vous interroge. C’est que je veux écrire une lettre, moi. Je peux difficilement vous en dire plus, enfin, je tente de vous expliquer : une lettre où j’exprime mes sentiments très forts et très doux pour mon, non encore un mot impossible, pour mon, pour mon, voyons, mon homme ? Je ne goûte guère cette expression. Enfin, vous me comprenez ? Et bien, je ne peux lui dire l’essentiel, l’essence de mes sentiments pour lui… pour une lettre dissimulée. Remarquez que je ne peux signer cette lettre non plus puisqu’il m’est impossible d’écrire mon prénom. Que c’est compliqué. Evitons donc de nous écrire quelques temps, il existe différents moyens pour exprimer mes sentiments : bisous, frôlements, étreinte, tendresses… ou simplement lui écrire que je le chéris.
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En réponse à l'appel des jeux oulipiens
23 novembre 2008
Le feuilleton du dimanche
Princesse et petits pois
InFolio
Épisode 4
Résumé de l’épisode 3 : Où les rumeurs sur l’étrange comportement du seigneur traversent les frontières et parviennent aux oreilles de princes et de chevaliers en quête de belles jeunes filles à sauver mais bien vite découragés, jusqu’au jour où un prince plus malin que les autres…
Il débarqua sans tambours ni trompettes dans le village qui jouxtait le château. C’était bel et bien un prince, venu d’un royaume lointain. Mais pour changer, celui-ci était intelligent et pas seulement charmant. A chacun ses muscles…
Il avait pris le temps de compter ceux qui partaient, d’analyser leur caractère et leur approche. Ceux qui n’avaient que les mots « sang » et « tuer » à la bouche avaient disparu dans la seigneurie. Il se renseigna alors sur ceux qui revinrent, parcourut de longues distances pour les rencontrer et écouta ce qu’ils racontaient. De toute évidence, ils s’étaient fait mener en bateau.
C’est ainsi qu’il décida de venir à plusieurs reprises dans le village. Pour passer inaperçu, il se fit passer pour un marchand de gravures, d’icônes et de petits objets sculptés qu’il prétendait venus de pays lointains, mais qu’en fait il réalisait le soir durant ses voyages.
Chaque fois, il séjournait là quelques jours. Chaque fois, il s’arrangea pour être présent alors que devait venir un autre prétendant. Installé à la taverne ou d’autres endroits clefs du village, il a vu les brutaux disparaître et il a écouté les naïfs au bon cœur se faire embobiner.
Il avait le temps. D’après ses calculs, la belle fleur avait le même âge que lui ; et ce serait toujours le cas dans quelques années. Et s’il échouait, si la belle ne l’était pas, alors tant pis, des filles qui voulaient épouser un prince, il y en avait tellement… Alors pourquoi se presser ?
Pendant plusieurs mois, plus d’un an en tout cas, il répéta ses visites au village, jusqu’à se faire appeler par son prénom et passer pour un habitué à la taverne. Dans ses habits de paysan, avec ses bibelots pathétiques, personne ne se méfia.
Lorsqu’il annonça qu’il s’installait au village pour profiter du droit local, il fut chaleureusement accueilli. Il se logea dans une chambrette d’une demeure du village... stratégiquement choisie puisqu’il vécut ainsi sous le même toit qu’un couple qui avait été des domestiques au château.
Il se rendait utile pour ces vieilles personnes, et leur ramenait tous les ragots de la taverne et aussi des régions environnantes lorsqu’il revenait de ses voyages pour les amadouer. Un jour où il buvait avec eux quelqu’alcool qu’il leur avait offert, leurs langues se délièrent enfin : « Oh, oui, c’était bien un grand mystère. Leur si bon seigneur et sa famille qui s’étaient enfermés petit à petit. Et ils avaient libéré leurs vassaux et avaient aboli les impôts. La nièce a été la nourrice du bébé. Non, aucune déformation, vous pensez donc. Une enfant si belle, si joyeuse. Un rire cristallin qui émouvait tous ceux qui avaient pu l’entendre de l’autre côté des murs du château quand elle jouait dehors avec ses parents. Mais quel malheur, elle doit être une si belle jeune fille maintenant. Et nous ne l’avons jamais revue. Oh, oui, elle est toujours bien vivante. Parfois quand le vent va dans la bonne direction, nous l’entendons chanter, pas bien fort, pas assez pour comprendre. Et sa mère aussi. On les distingue bien, sa mère a une voix plus grave. Le père, on ne l’entend plus beaucoup. Parfois il grondait doucement sa fille, mais elle est grande maintenant, il n’a plus à la gronder. Quel malheur, en effet… Mais parlons d’autre chose, vous savez, il ne faut pas, et surtout personne ne sait… »
Cet alcool eut les effets escomptés ! Mais il allait falloir recommencer pour en savoir plus, non pas sur la jeune fille, mais sur le château en lui-même, et ce serait moins simple, plus long et nécessiterait plus d’une bouteille d’alcool.
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En réponse à l'appel "Princesse et petits pois"
22 novembre 2008
Les petits jeux oulipiens - 5
BERCAILS
Sébastien
Le sablier sasse, ressasse, las, le sable.
Caresse le calcaire la silice criblée.
La craie crisse - cri crécelle.
Là, l'escarbille blesse le li![]()
![]()
![]()
re ;
Ici la braise, à bribes acérées,
Scelle l'arc lisible à l'irréelle caresse.
Réécrire le barbare libellé,
Ce lacis relié, ce liseré barbelé,
Ce sale air à l'éclisse cassée.
Icare se blesse car l'aile se rebelle
S'abrase. Si crasse le ciel,
Si libre, si âcre la cire.
Le siècle rit : le sacre a brisé Babel.
Le babil illisible a cerclé sa bible,
Cette librairie arable. A sarclé le cri.
L'arbre carié, lacéré, brasillé
- Ici ce râle acacia, là ce lilas ras -
Relie le brasier à l'irascible scie
Abri, isba, bras, ces bercails, ce relais
Berce ces cils, ces ressacs,
Cille ces lacs, ce sel, cette clé irisée :
Le sablier sasse, ressasse, las...
« Le sable bêle ».
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Ce texte répond à l'appel des jeux oulipiens.
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LECTURE CROISÉE - EXPLICATION DE TEXTE :
Nous avons eu la vision de Sébastien sur son texte...
Et nous aimerions que vous nous donniez
par mail votre manière d'interpréter ce texte.
Nous souhaitons donc que vous n'influenciez pas les participants dans vos commentaires.
Comment ressentez vous ces phrases ? Quel sens leur donnez vous ?
Quel est le thème majeur de ce poème ?
Publication de vos réponses dans quelques jours.
20 novembre 2008
La vie, mode d'emploi - 5
Le grand jeu de la vie
deuxième partie
Pandora
« Mesdames et Messieurs, j’en ai presque fini de mon exposé… Vous vous demandez certainement à quel moment je vais vous demander d’ouvrir votre porte-monnaie… »
Il s’arrête à nouveau et lance un regard circulaire sur l’auditoire pendu à ses lèvres, un grand sourire à la bouche. Je jurerais qu’il m’a fait un clin d’œil quand son regard est passé sur moi.
« Et bien c’est à ce stade de mon histoire, parce que je veux vous parler du bonheur… »
- J’en étais sûr, il va essayer de nous fourguer la carte du bonheur !
Nous nous tournons tous vers cet impudent qui a osé interrompre notre si brillant orateur. A la fois dérangés mais aussi quelque peu soulagés que quelqu’un ose dire tout haut ce que beaucoup d’entre nous pensent… Il a une trentaine d’années et des cheveux blonds et bouclés, une paire de petites lunettes rondes et une mallette sous le bras lui donnent un air très sérieux.
Sans se démonter, le bonimenteur se tourne vers l’homme qui l’a interrompu en lui demandant « Que dites-vous Monsieur ? »
- Je dis que nous voyons enfin à quoi mènent vos beaux discours. Vous allez bien sûr nous vendre en exclusivité et pour un prix dérisoire la carte du bonheur ?
Quelques rires sarcastiques fusent de l’assistance mais la majeure partie du public attend la suite de cette joute verbale inattendue.
« Non Monsieur absolument pas. Ce que je vais vous dire a plus de valeur que toutes les cartes du monde, et j’espère que vous me l’accorderez. Car Mesdames et Messieurs, et n’en déplaise à ceux qui croient tout comprendre quand ils n’ont rien compris… » (Coup d’œil appuyé à l’importun blond.) « … je ne vous vendrai aucune carte du bonheur car je serais un escroc si je le faisais. » (Nouveau regard incendiaire à l’homme blond.)
« Oui Mesdames et Messieurs, et ce pour la bonne et simple raison que la carte du bonheur n’existe pas. C’est à chacun d’entre vous d’essayer de vous le construire à partir de vos propres cartes et il n’y a pas de jeu type pour cela. On a vu des enfants qui partaient avec des cartes dont pas un joueur, même suicidaire, n’aurait voulu. Et qui pourtant vivaient heureux. Avec parfois l’aide de la carte « Résilience », je vous l’accorde. »
Mais on a vu aussi des joueurs qui avaient toutes les bonnes cartes et ne se sont jamais sentis heureux. Ils mettaient quelquefois cela sur le compte des cartes « Alcool », « Divorce » ou « Chômage ». Mais nous savons bien que d’autres y arrivent malgré ces mauvaises cartes.
Et parfois même Mesdames et Messieurs, rien n’expliquait pourquoi ils n’avaient pas su utiliser leur bonne main du départ. »
Il s’arrête une nouvelle fois et nous fixe d’un regard grave, puis il ramasse d’un geste théâtral les jolies cartes qu’il avait posées sur la nappe jaune pour les mettre dans la poche de sa robe. Il prend sous la table une boule de voyante qu’il nous montre en la levant bien haut. Puis il saute au bas de l’estrade pour se mêler à nous, tenant sa boule devant lui à la façon d’une tirelire.
« C’est pourquoi je pense, Mesdames et messieurs, qu’il faut se méfier des cartomanciens et des diseurs de bonne aventure. » Il s’arrête de parler pour nous regarder d’un air amusé. « Au risque de me fâcher avec mon amie Madame Irma. Parce que si l’argent ne fait pas le bonheur, les cartes non plus. Chacun organise à sa façon les cartes qui lui sont distribuées. Chacun en échange certaines contre d’autres en se faisant des amis mais aussi des ennemis. Chacun en pioche de nouvelles ou en dépose d’autres sur le côté. Certaines parties du jeu de la vie sont bien sûr beaucoup plus difficiles que d’autres mais il est possible de modifier la donne de départ. Rien n’est jamais complètement figé. Les dés ne sont pas pipés. »
Il s’interrompt une nouvelle fois et nous regarde, de beaucoup plus près désormais. Ses yeux aux longs cils très noirs sont vraiment magnifiques, mais un peu exorbités, ce qui rend son regard hypnotique.
« Oui Mesdames et Messieurs, chacun à sa partie du grand jeu de la vie à jouer. A sa façon. »
Un grand silence se fait à la fin de cette tirade. Il nous regarde les uns après les autres de ses yeux de braise, s’avançant parmi nous. Personne ne bouge plus et c’est à peine si j’ose respirer. Et tout à coup l’homme blond se met à taper des mains doucement, suivi d’abord timidement par quelques spectateurs puis franchement par les autres. Notre ami le bonimenteur a droit à une véritable standing ovation (il faut dire que nous n’avons pas la possibilité de nous asseoir) et son triomphe a l’air de lui faire très plaisir. Puis l’homme blond sort ostensiblement un portefeuille de la poche arrière de son pantalon, en tire un billet, de 20 euros je crois mais je n’ai pas pu bien voir, et s’approche du bonimenteur pour mettre le billet dans la boule en disant « Merci beaucoup Monsieur et pardon, je m’étais trompé sur votre compte », avant de s’éloigner.
Le bonimenteur s’incline modestement en le remerciant et d’autres spectateurs sortent qui leur portefeuille, qui un carnet de chèques. Moi-même je dois avouer que j’ai mis un petit billet dans l’urne, et je suis rentrée doucement à la maison, en réfléchissant et en me demandant comment moi j’avais envie de jouer ma partie du grand jeu de la vie. En arrivant au bas de mon immeuble, j’avais décidé d’échanger ma carte « Thomas » contre celle de « Bon débarras » !
* * *
C’est le soir et les bruits de la fête foraine se sont éteints. Le bonimenteur a fini sa journée de travail et quitté sa tenue de spectacle. Assis à la petite table de sa caravane de forain, il compte la recette du jour en rassemblant les billets par tas de 100 euros. Il lève les yeux quand il entend toquer à la porte et salue d’un hochement de tête l’entrée de son acolyte, l’homme blond aux petites lunettes.
- Bravo Max, je t’ai trouvé particulièrement bon aujourd’hui. On s’est fait combien ?
- Attends, j’ai pas fini de compter…
- Tu devrais parler plus souvent de résilience, j’ai vu que ça les faisait bien réagir.
- 540 euros et quelques pièces. Tu crois vraiment pour la résilience ? Je me suis demandé si c’était pas trop...
- Non, vraiment, je pense que c’est bien. Et puis même le dernier péquin de province en a entendu parler depuis que Boris Cyrulnik passe à la télé. Bon, ça te dit une partie de tarot ? La femme à barbe et Gino des autos-tamponneuses nous invitent.
- Vendu, si tu ne triches pas comme d’habitude !
FIN
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Une réponse à l'appel La vie, mode d'emploi
















