Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

30 avril 2008

Auteurs d'avril

AnnickANNICK BOTT

Retraitée de l'enseignement de SVT. J'ai deux grands enfants.
Je partage mon temps entre la lecture, des promenades dans la nature avec mon homme, des activités associatives, et ma passion des fleurs.

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CARO_CARITOcaro_carito

J'écris depuis... très longtemps
Je lis depuis encore plus longtemps

Sinon trois brigands, un job prenant où étrangement...
je lis et j'écris et corrige aussi
ne m'empêchent pas d'y replonger le soir.
Mais dans un terreau moins aride.

Une partie de mon éducation livresque est originaire d'Amérique latine,
mon imagination galope bride abattue et j'aime y mettre une touche irréelle.
Mais pas toujours.

BLOGS : Les heures de coton et les 1001 vaches

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Auteurs___photo___InFolio

INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio :
Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.

BLOG : InFolio dans tous ses formats

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JOSEFAJosefa3

J’aime me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en principe avant d’arriver au point ou au trait final.

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Copie_de_DSCF0203MAP

Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !

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PAPISTACHE

Papistache ne vit que depuis 322 matins.
Papistache_pardonleonardo Son existence étant courte, sa biographie sera brève.
Conçu une nuit de Saint-Sylvestre porté une demi-douzaine d’heures, il est né un matin de janvier 2007 à 6 h 01, déjà vieux, chauve et sage !
Il se ressource au contact de l’humus et s’oxygène en plantant un genou en terre.
Physiquement, c’est la silhouette de Don Quichotte, sa curiosité s’apparente à celle de Pinocchio, son âme s’inspire de l’épopée de Lancelot du Lac et le Philémon de Fred est son camarade de jeux.
Le dos de l’Espagnol, les articulations de l’Italien, la candeur du Breton, et l’épaisseur de papier du dernier, vous vous doutez que derrière s’agite un montreur de marionnettes.
Mais devant le spectacle de Guignol et Gnafron, qui se soucie d’apercevoir la tête de celui qui, par nécessité professionnelle, se tient derrière le castelet ?
BLOG : Papistacheries

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rosealu

ROSE

Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles

BLOG : Ce que dit Rose

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Auteurs___photo___stellaSTELLA SABBAT

Elle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.

* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.

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Auteurs___photo___TiluTILU

Elle regarde
Elle sent
Elle touche
Elle écoute
Elle goûte
Elle capture le monde dans sa boîte à images
Elle dessine
Elle chante
Elle écrit
Elle aime
Quelques fois, elle parle avec les ours… et les lutins…
Elle rêve…

C’est sa vie…

BLOG : Un jour et pas l'autre

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VANINAAuteurs___photo___Vanina2

Je suis née le 23 juin 1964 à Paris, dans un milieu artistique. C’est pourquoi je pratique encore deci delà la sculpture sur ballons.
« Petite dernière » d’une famille de 6 enfants. J’ai été prénommée Vanina grâce à une superbe danseuse mi-corse mi-berbère que mon père allait « croquer » (dessiner) dans l’atelier du chorégraphe Malkovsky.
A 15 ans, je me suis retrouvée paraplégique suite à un accident de sport. La cavalière que j’étais a renoncé à l’équitation, pour, 20 ans plus tard, devenir meneuse (atteler des chevaux).
J’ai un D. E. A. d’arts plastiques et travaille comme directrice artistique en P. A. O.
« On » me dit collectionneuse de collections...
J’ai un fils né en 1987 dont le père est décédé en 1995. J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
« Il ne faut jamais oublier ses rêves… »
« Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »

Sourire

BLOG : Art'moureusement vôtre

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Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
et StellaSabbat !

Posté par InFolio à 23:00 - n° 07 - fanes d'avril - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Courrier d'avril des lecteurs

En avril, nous avons tiré sur des fils.

Edito

Nous vous avions demandé de nous parler
des doubles et des jumeaux qui troublent vos rêves et vos miroirs...

Gaston, 1492
(Annick Bot)

L'une e(s)t l'autre
(Vanina)

Le juroir à mi-mots
(Vanina)

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Nous vous avions donné un portrait-robot:
un peu lâche, très malchanceux, sous vos plumes le chevalier JohnJohn n'a pas chômé:

il est descendu aux Enfers (Rose)
en
une et deux parties,

s'est battu contre un dragon d'or (MAP),

contre le vent (MAP),

et est allé à la chasse (Tilu)

avant de pouvoir rentrer chez lui (InFolio).

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Crashés sur un Nouveau Monde,
Wally, Krill et Zong

sont partis explorer un jardin plein de surprises (Papistache),

ont participé à des orgies retransmises sur grand écran (Rose),

et ont testé les racines de mangrovillier (Caro_carito).

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Puis il a été temps de découvrir,
dans un feuilleton qui se poursuivra le mois prochain,
les inquiétants matins anachroniques de Papistache:
"Joyeux anniversaire, Georges!".

Et comme le Papistache est taquin,
il a lancé à ses Fanes préférées un défi peu banal que nous relèverons tous les lundis,
à la suite de chacun des épisodes de son feuilleton.
En réponse au premier épisode, le point de vue de la craie, par InFolio.

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Notre dictionnaire collectif et illustré
de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique
s'est encore enrichi:

"contrefanerie" (Vanina)

"duplicata" (MAP)

"Macdo" (Tilu)

"plop" (InFolio).

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De l'autre côté de minuit,
Stella a interrogé la loi, le droit et la Justice.

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Dans son chaudron, Josefa a touillé un fan-art.

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Et de tout ça, nous avons fait une belle pelote...

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 07 - fanes d'avril - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 avril 2008

De l'autre côté de minuit ?

« Le droit a été inventé pour régler nos rapports mutuels. La loi fait de nous ce que nous sommes, qu’on l’observe ou qu’on la viole. L’homme est libre. Sa liberté n’est limitée que par le droit à la liberté des autres. Le châtiment…n’est qu’une vengeance. Surtout quand il porte préjudice au lieu d’empêcher le crime. Au nom de qui se venge le droit ? Vraiment au nom des innocents ? Sont-ce les innocents qui font les lois ? »[1]

Alors que Piotr est en train d’exposer sa conception de la justice devant ses pairs - qui doivent juger… de quoi ? Ce n’est pas expressément dit, probablement de sa capacité à passer du statut d’avocat stagiaire à celui d’avocat confirmé -, Yatzek et sa future victime cheminent l’un vers l’autre. Et à cet instant les rôles semblent inverser : Yatzek, malgré ses presque 21 ans, semble à peine sorti de l’enfance et il erre dans les rues de Varsovie, solitaire, un peu perdu et probablement en quête de sens. Ce qui, rappelle Piotr, est le propre de tout homme :

« Tout homme se demande si ce qu’il fait a un sens. De plus en plus, il est difficile d’en trouver un, ainsi que la foi en ce que l’on fait ou ce que l’on veut faire. On manque de critères, ou pis encore, de valeurs. »[2]

Quant à sa future victime, un chauffeur de taxi, dont Krzysztof Kieślowski et son scénariste, Krzysztof Piesiewicz, font un portrait en pointillé dans le Décalogue V, c’est un voyeur, que l’on imagine facilement pervers, un individu mesquin, qui abandonne des clients dans le froid car ils n’ont pas l’heur de lui plaire, qui maltraite les chiens par pur sadisme, et l’on suppose qu’il agit de même avec les humains… Bien sûr, ça ne change rien, même s’il aurait du mal à entrer dans la catégorie, très prisée par certains media, d’ « innocentes victimes ». En effet, et même si la personnalité de la victime et en particulier ses relations avec l’accusé peuvent constituer des circonstances atténuantes, toute victime n’est-elle pas par définition innocente du crime qu’elle subit ? Et parler de « victimes innocentes », n’est-ce pas implicitement affirmer que certaines victimes le seraient moins ?

Le Décalogue V oppose deux conceptions de la justice : une justice qui élimine –physiquement dans la Pologne des années 1980 que décrivent Kieślowski et Piesiewicz[3], ou socialement dans nos démocraties abolitionnistes - et une justice qui réinsère, celle en laquelle croit Piotr. La logique d’élimination, qui est à l’œuvre dans notre système pénal, est renforcée par l’idée de plus en plus répandue selon laquelle l’enjeu principal de la justice serait désormais la réparation et la reconstruction des victimes.

Jusqu’à la fin des années 80, les victimes n’existaient pas dans le procès pénal. A l’époque, le système judiciaire dissuadait les victimes de se porter partie civile, estimant qu’elles gênaient le bon déroulement d’une justice dont l’objectif était avant tout de juger le criminel et de protéger la société. Depuis, les victimes se sont vues reconnaître des droits et un statut et la justice prend désormais plus en compte la réparation du préjudice subi.

Cette reconnaissance – nécessaire – des victimes dans le système judiciaire est le reflet de notre époque, qui est (ou se veut) compassionnelle et qui essaye de nous persuader que pour exister, pour être reconnu, quelle que soit la reconnaissance vers laquelle on tend, il faut s’exposer, se livrer : « La victime, en prenant la parole publiquement pour dire sa souffrance, susciterait la compassion d’autrui, ce qui lui permettrait d’être reconnue. Les frontières morales auraient donc bougé en moins d’un siècle : si avant, on était respecté parce qu’on taisait sa souffrance, aujourd’hui on est reconnu parce qu’on la dit. »[4] Une évolution de la société dont les media ont pleinement conscience et à laquelle ils contribuent activement en offrant une large vitrine aux faits divers et en privilégiant « l’image voyeuriste de la victime souffrante »[5].

On peut douter que cette surmédiatisation des victimes contribue en quoi que se soit à apaiser leurs souffrances. Bien au contraire, comme l’affirme l’avocat Michel Konitz : « Il est temps de dire la vérité aux victimes : votre douleur ne cessera pas par le procès pénal, ce deuil qu’on vous promet est un mirage et il ne peut être l’enjeu principal de ce qui doit se dérouler dans une salle d’audience. Que dire d’ailleurs à tous ceux dont l’agresseur ne sera jamais identifié ? Que leur deuil est impossible ? L’exposition médiatique, elle, les cantonne dans ce statut. A-t-on le droit de marquer (une victime) au fer rouge de son agression, de (la) jeter en pâture à des millions de téléspectateurs ? Cette affaire ne révèle en réalité qu’une seule chose : les intérêts de la victime ont été piétinés, en même temps que nos principes judiciaires, qui voudraient que la faute d’un seul homme n’entraîne pas la stigmatisation de toute une population pénale. Les propagandistes de la cause victimaire se moquent bien des victimes en général et de l’institution judiciaire en particulier. »[6]

Les propagandistes de la cause victimaire ne sont pas uniquement les media. Les politiques eux aussi surfent sur cette vague compassionnelle et instrumentalisent la peur que suscitent certains faits divers, qui sont « montés en épingle, scénarisés, dramatisés, souvent sans aucune précaution »[7]. C’est particulièrement le cas pour les crimes pédophiles. Ca l’est aussi pour la délinquance, comme le rappelle le procureur Dominique Barella : « Ce n’est pas un droit des victimes que l’on fait naître aujourd’hui, mais un droit de la peur. Je ne nie pas la montée de l’insécurité dans certaines banlieues. Le chômage, la précarité, les erreurs d’urbanisme, la ghettoïsation sont autant de facteurs de violence et de délinquance qui nourrissent les angoisses les uns des autres. Celles des habitants de ces quartiers, qui se sentent abandonnés et exclus. Et celles des Français en général, qu’une telle situation inquiète. Le problème, c’est qu’on n’a jamais pris ces questions à bras-le-corps, jamais fait de la réinsertion une véritable priorité. (Le pouvoir exécutif) instrumentalise cette violence, stigmatise des populations, joue à fond de la peur de l’autre. (…) (Il) met systématiquement en avant la délinquance de rue parce que c’est elle qui fait peur, c’est elle qui paye sur le plan électoral ; quand vous faites peur, vous créez des réactions de conservatisme extrêmement fortes : le fameux recours au parti de l’ordre. »[8] Résultat : les responsables politiques réagissent « au quart de tour sur chacun des faits divers qui font la une de l’actualité, annonçant dans la précipitation telle ou telle mesure réglementaire ou législative, hors de toute réflexion d’ensemble »[9], sans tenir compte, autrement que sur le plan de la rhétorique, de l’intérêt des victimes et en niant, bien souvent, les droits des accusés.

C’est en ce sens qu’il faut analyser la contestation actuelle de l’irresponsabilité pénale. Pour certaines victimes – et pour une large part de l’opinion publique, en tous cas telle qu’elle est médiatisée – l’absence de procès équivaut à une non-reconnaissance de leur statut de victimes. Que des victimes puissent être heurtées par le terme de non lieu[10] est compréhensible[11]. Ce qui ne l’est pas, en revanche, c’est que des responsables politiques se saisissent des revendications de ces victimes en les laissant croire que le fait de juger une personne qui était irresponsable au moment des faits leur apportera un quelconque réconfort. Dominique Barella dénonce ce choix politique de la pénalisation à outrance : « Qu’on cesse de vouloir tout pénaliser ! Qu’on ne fasse pas jouer à l’institution judiciaire de ce pays un rôle qui n’est pas le sien ! Bien sûr qu’il faut aider les victimes, en les prenant réellement en charge. Mais dans le cas présent, il ne s’agit que de les instrumentaliser. Est-ce respecter les victimes que de vouloir institutionnaliser un simulacre de procès, une sorte d’audience cathartique au cours de laquelle on va déclarer « coupable » quelqu’un qui n’est pas en état de se défendre, de s’expliquer, de demander pardon, quelqu’un qui ne comprend pas vraiment ce qu’il a fait, qui ne s’en souvient parfois même pas ? »[12]

L’on pourrait donc être coupable mais pas responsable… Une société qui se prétend civilisée peut-elle tolérer cela ? Non. C’est précisément au nom de la dignité que les jurisconsultes du droit romain ont établi le principe de l’irresponsabilité pénale, ce que rappelle Serge Portelli, le Vice-Président du Tribunal de grande instance de Paris dans le documentaire de Jacques Cotta et Pascal Martin, La révolte des victimes : « Pourquoi est-ce qu’on ne juge pas les fous ? (…) Vous remontez au droit romain. Les jurisconsultes (les juristes de l’époque) avaient une explication qui est extraordinairement moderne. Ils disaient que les malades mentaux sont des personnes qui sont en grande souffrance et que du coup ce n’est pas la peine d’en rajouter. Ce sont des gens qui sont suffisamment punis dans leur corps, dans leur esprit et dans leur âme et (…) ce que la justice peut rajouter derrière, c’est ridicule. Non seulement, c’est ridicule mais c’est indigne. Et c’est parce que c’est indigne que ça ne doit pas passer par le droit ni par la justice. »[13]

Si les pouvoirs publics portent un réel intérêt aux victimes, peut-être devraient-ils améliorer leur prise en charge ? Dans La révolte des victimes, les parents d’une victime évoquent la reconstitution du meurtre de leur fille, moment où ils ont eu besoin d’une aide psychologique, l’ont demandée et se sont entendus répondre qu’ils devaient attendre 5 semaines, aucune prise en charge n’étant possible avant cette date.

Il y aurait donc moyen d’améliorer les droits des victimes sans porter atteinte aux droits des accusés et en faisant le choix d’une justice qui réinsère. Un choix politique qui semble sensé, puisque, comme le dit Robert Badinter dans le documentaire de Jacques Cotta et Pascal Martin : «  ce qu’hélas le public, d’une certaine manière, rejette inconsciemment, ils sortiront (de prison). Et il ne faut pas qu’ils sortent plus dangereux qu’ils n’y sont entrés. C’est cela la première exigence pour eux et pour nous. »[14] Pourtant, ce n’est pas le choix qui est fait. Ce qui domine aujourd’hui dans la politique pénale, c’est une logique d’élimination dans laquelle l’accusé est bien souvent réduit à son crime :

Yatzek : « Vous m’avez appelé à la sortie du tribunal. Vous avez appelé « Yatzek »…

Piotr : « C’est vrai. Je voulais…

- J’ai presque 21 ans, mais quand vous m’avez appelé, j’ai failli pleurer.

- Je disais au tribunal…

- Je ne sais pas. Je n’ai pas écouté. Juste quand vous m’avez appelé… Ils étaient tous… Ici aussi… ils sont tous contre moi.

- Contre ce que vous avez fait.

- C’est la même chose. »[15]

C’est en matière de récidive que la prise en compte de l’accusé et sa non réductibilité à l’acte commis semblent aujourd’hui le plus en danger. Parmi les mesures adoptées pour lutter contre la récidive, trois sont particulièrement inquiétantes : les peines planchers, la suppression de l'excuse de minorité pour les mineurs de 16 ans ou plus en cas de récidive et la rétention de sûreté.

Instaurées par la loi sur la récidive de juillet 2007, les peines planchers sont des peines minima qui doivent être appliquées aux délinquants multirécidivistes, soit dès un troisième passage devant le juge, lorsque la peine encourue est d’au moins 3 ans. Pour faire accepter cette mesure à l’opinion publique, les responsables politiques qui la défendaient ont sous-entendu – très fortement – que cette mesure était destinée à compenser le laxisme des juges. Or, entre 2002 et 2005, le nombre de peines de prison ferme prononcées chaque année est passé de 97 000 à 113 000, soit une augmentation de 16,5 %[16]. Difficile alors de taxer les juges de laxisme. Outre le fait que les peines planchers contribuent à rendre plus difficile une réelle individualisation des peines, elles contribuent à renforcer l’idée que la seule peine possible est l’emprisonnement. Ainsi, selon le procureur Dominique Barella,  « sous la pression des politiques et de l‘opinion publique, (les juges) ont été conduits à faire de la prison non plus la peine sommitale, mais la peine centrale. On a réussi à faire entrer dans la tête des gens que la seule peine valide était la peine de prison. Jusqu’où ira-t-on ? 650 000 condamnations sont prononcées chaque année. Faudra-t-il arriver à prononcer 650 000 peines de prison par an ? (…) (La) « tolérance zéro », « c’est l’intolérance totale ! La peine de prison devient automatique, sans considération des circonstances de l’infraction, ni de la personnalité de l’accusé. L’idée même de réhabilitation est mise en doute. Une telle pensée se situe dans une logique de défiance tous azimuts, vis-à-vis du juge, vis-à-vis du délinquant, vis-à-vis de l’homme en général. »[17]

Autre mesure résultant de la loi sur la récidive de juillet 2007 : la suppression de l'excuse de minorité pour les récidivistes de plus de 16 ans. Même s’il existe un certain nombre d’exceptions qui en réduisent la portée, cette mesure fait accepter l’idée qu’un mineur de plus de 16 ans, que la société ne considère pas assez « formé » - ou pas assez conformé ? – pour, par exemple, pouvoir voter, pourrait être poursuivi comme un majeur. Cela accrédite aussi l’idée que la solution au problème de la délinquance est nécessairement répressive. Une idée que les gardiens de prison eux-mêmes - en l’occurrence la CGT pénitentiaire - contestent estimant qu’elle va « engendrer très rapidement une augmentation remarquable du taux d'incarcération et de récidive »[18]. Une récidive qui, comme l’affirme Smith, et à travers lui l’esprit brillant et libre qu’est Alan Sillitoe, dans La solitude du coureur de fond, ne s’explique pas uniquement par le contact avec d’autres délinquants - d’autres « hors-la-loi » - mais aussi par le traitement que réservent les « pour-la-loi » aux « hors-la-loi » :

« La maison de correction ne m’a pas fait souffrir et, comme je n’ai pas eu à me plaindre, j’ai pas à raconter ce qu’ils me donnaient à manger, à quoi ressemblaient les dortoirs ou comment ils nous traitaient. Mais la maison de correction a pourtant de l’effet sur moi. Non elle ne me redresse pas l’échine, parce que, depuis le jour de ma naissance, je ne l’ai jamais courbée. L’effet que la maison de correction produit sur moi, c’est de me montrer ce qu’ils ont essayé d’utiliser pour nous faire peur. Ils ont d’autres moyens aussi à leur disposition, comme la prison et finalement la corde. C’est comme quand je me précipite pour tabasser un type pour lui arracher son manteau et que tout à coup je donne un grand coup de frein parce qu’il brandit un couteau et qu’il le lève pour me saigner comme un porc si je m’approche trop près. Ce couteau, c’est la maison de correction, la taule, la corde. Mais à partir du moment où vous avez vu le couteau, vous apprenez un peu à vous battre sans armes. C’est indispensable parce que vous n’aurez jamais ce genre de couteau en mains et ce combat sans armes, c’est pas très compliqué. Et pourtant, c’est comme ça et vous continuez à vous jeter sur ce type, couteau ou pas en essayant de lui prendre le poignet d’une main et le coude de l’autre en les maintenant avec force jusqu’à ce qu’il laisse tomber le couteau.

Vous voyez, en m’envoyant en maison de correction, ils m’ont montré le couteau et à présent je sais ce que je savais pas avant, c’est que, entre moi et eux, c’est la guerre. (…) maintenant qu’ils m’ont fait voir le couteau, que je pique quelque chose d’autre ou pas, je sais qui sont mes ennemis et ce que c’est que la guerre. »[19]

C’est aussi au nom de la lutte contre la récidive que la loi instaurant une "rétention de sûreté" est entrée en vigueur le 26 février 2008. Cette loi permet, après l’exécution de la peine de prison, de prolonger, sans limitation de durée, l’enfermement au sein de "centres socio-médico-judiciaires" de personnes, qui avaient été condamnées à au moins 15 ans de réclusion criminelle pour un certain nombre de crimes (meurtre, assassinat, pédophilie…) et qui sont considérées comme d’une « particulière dangerosité », un concept que la loi ne définit pas.

La rétention de sûreté pose problème d’un point de vue éthique : désormais des personnes, qui ont purgé leur peine, pourront rester enfermées indéfiniment pour des crimes potentiels ! Le taux de récidive pour les crimes visés par la loi est de 1 %. Comment pourrait-il être possible de distinguer parmi tous les détenus emprisonnés pour les crimes en question les 1 % qui présentent une « particulière dangerosité » et pour lesquels, autre condition posée par la loi, la rétention est l'unique moyen de prévenir la récidive, dont la probabilité doit être "très élevée" ? Du fait de la quasi impossibilité de définir la « particulière dangerosité » d’un individu et la probabilité « très élevée », qu’une fois sorti de prison, il récidive, ne sera-t-on pas tenté de maintenir en rétention de sûreté les 99 % qui n’auraient pas récidivé ? Le ferait-on, cela n’empêcherait pas la survenance de tels crimes.

Cette loi repose sur une conception déterministe de l’homme selon laquelle certains être humains seraient « par nature » dangereux et prédisposés à commettre des actes criminels. Ainsi, comme le souligne Emmanuelle Perreux, la présidente du Syndicat de la magistrature, « pour la première fois en France, on propose d'enfermer les gens non pas en fonction de ce qu'ils font mais pour ce qu'ils sont et ce qu'ils pourraient faire »[20]. Une conception à mille lieux de celle de Kieślowski et Piesiewicz, qui, dans le Décalogue V, montrent avec finesse et intelligence qu’il n’y a pas de prédestination au crime : Yatzek aurait pu ne pas monter dans ce taxi, il aurait pu ne pas y monter seul ou, une fois dans le taxi, il aurait pu renoncer. Les 10 chefs-d’œuvre qui constituent le Décalogue sont fondés sur une conception de l’homme en tant qu’être libre, donc responsable, et qui se doit de faire des choix et d’assumer ses actes ou ses inactions. Cependant si l’homme est libre, il vit en société et dans une société qui contraint ses choix et ses possibilités. Ainsi, si Marysia, la sœur adorée de Yatzek n’était pas morte et si Yatzek ne se sentait pas – à tort – responsable de sa mort, si sa culpabilité et son chagrin ne l’avaient pas conduit à fuguer, si cette petite fille croisée dans les rues de Varsovie, qui lui rappelait Marysia, ne lui avait pas seulement souri mais lui avait parlé…, le destin de Yatzek et celui du chauffeur de taxi auraient été différents :

Yatzek : « Je me disais… si elle avait vécu peut-être… que je ne serais pas parti. Je serais resté. C’était ma sœur. J’avais trois frères mais une seule sœur. Elle me… (…) c’était ma préférée. Tout aurait pu tourner autrement. Peut-être… Peut-être ? »

Piotr : « Ca n’aurait pas eu lieu.

Yatzek : « Oui. Je ne serais pas ici. »[21]

Derrière la loi qui a instauré la rétention de sûreté, se cache également l’absence de volonté des responsables politiques de mener une véritable politique pénitentiaire incluant l’idée que le détenu est voué à sortir de prison une fois sa peine accomplie et prévoyant, pour que sa sortie de prison se fasse dans les meilleures conditions possibles, un suivi et un accompagnement des détenus en matière de réinsertion ainsi qu’une prise en charge psychologique, voir psychiatrique, si nécessaire. Ce que dénonce Serge Portelli, le Vice-Président du Tribunal de grande instance de Paris : « Aujourd’hui c’est presque une escroquerie. On ne veut pas mener une véritable politique pénitentiaire donc on crée des peines supplémentaires mais qui peuvent durer une éternité, une éternité parce que de toute façon comme on ne voudra jamais rien faire pendant la prison, on sera en permanence obliger de créer de nouvelles peines qu’on appellera, comme on voudra, médico-socio-judiciaires… pour essayer de compenser l’inaction première de l’Etat. La problématique c’est celle-là et il n’y en a aucune autre. Parce qu’actuellement, et c’est le plus grave, à force de créer toutes ces peines là, on rentre, en tous cas dans l’esprit de l’opinion publique, dans une logique de l’élimination. »[22]

Pour découvrir les 10 chefs d’œuvre d’intelligence, de lucidité et d’humanité qui constitue le Décalogue de Krzysztof Kieślowski, Arte propose une animation (un peu) interactive avec « informations complémentaires, extraits vidéos et analyses de spécialistes » : http://www.arte.tv/fr/cinema-fiction/Krzysztof-Kie_C5_9Blowski/Le-Decalogue/1956190.html

Et si vous n’avez pas encore eu le bonheur de lire cette autre merveille qu’est La solitude du coureur de fond d’Alan Sillitoe, je vous envie ce bonheur.


[1] Krzysztof Kieślowski, Le Décalogue V. Tu ne tueras point (extrait).

[2] Idem.

[3] Si le crime de Yatzek nous est montré dans toute sa cruauté - jamais l’idée que tuer, c’était retirer la vie à quelqu’un, et à quelqu’un qui résiste, ne m’avait autant frappée -, son assassinat « au nom de la République populaire de Pologne » ne l’est pas moins. C’est bien d’un double meurtre dont il s’agit et les deux, du fait de la longueur des scènes et de la multitude des détails, sont également insoutenables.

[4] Régis Meyran, « Les effets pervers de la victimisation », Sciences humaines, n° 178, janvier 2007 - http://www.scienceshumaines.com/index.php?lg=fr&id_article=15163 

[5] Idem.

[6] Michel KONITZ, avocat, « Les mirages de l’hystérie victimaire. Le deuil ne peut être l’enjeu principal d’un procès pénal », Libération,  3 septembre 2007 - http://www.liberation.fr/rebonds/275832.FR.php 

[7] « On a fait naître un droit de la peur », Télérama, n° 3022, 12 décembre 20077, p. 46.

[8] Idem, pp. 44 et 46.

[9] Idem, p. 46.

[10] Un non-lieu signifie que l’accusé n’étant pas responsable au moment des faits, il n’y a pas lieu de continuer à instruire et à juger et non pas que les faits n’ont pas eu lieu.

[11] Cette demande des victimes a été intégrée dans la loi sur la récidive du 26 février 2008 qui a remplacé le terme « non lieu » par l’expression « ordonnance d'irresponsabilité pénale pour cause de trouble mental ».

[12] « On a fait naître un droit de la peur », Télérama, n° 3022, 12 décembre 20077, p. 48.

[13] Jacques Cotta et Pascal Martin, La révolte des victimes, 2008 (diffusé sur France 2 le 10 avril 2008).

[14] Idem.

[15] Krzysztof Kieślowski, Le Décalogue V. Tu ne tueras point (extrait).

[16] « On a fait naître un droit de la peur », Télérama, n° 3022, 12 décembre 20077, p. 46

[17] Idem, p. 46.

[18] Jacky Durand, « Peines plancher pour récidivistes », Libération, 24 mai 2007.

[19] Alan Sillitoe, La solitude du coureur de fond, Points, 1999 (1960), pp. 18-20.

[20] « Au Sénat, Rachida Dati défend la rétention de sûreté des criminels dangereux », Le Monde, 30 janvier 2008.

[21] Idem.

[22] Jacques Cotta et Pascal Martin, La révolte des victimes, 2008 (diffusé sur France 2 le 10 avril 2008).

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28 avril 2008

Le défi aux Fanes - 1

Lorsque Papistache a proposé aux Fanes son feuilleton, il leur a aussi lancé un défi : réécrire chaque épisode en adoptant un autre point de vue... 

Les Fanes ne se sont pas dérobées et cette semaine InFolio minéralisée nous raconte le premier épisode du nouveau feuilleton "Joyeux anniversaire, Georges !" du point de vue de la craie.

Aahhh, ça faisait trop longtemps que nous étions enfermées ici, serrées les unes contre les autres. Je me morfondais. Enfin, le toit de notre prison a été ôté, et deux beaux doigts roses m’ont attrapée, en enfonçant délicatement deux ongles dans mon extrémité accessible.
Un vol plané, délicatement serrée, et me voilà qui remplis enfin mon rôle. Dans de belles et délicieuses arabesques, je me mets à dessiner des courbes et des formes sur une surface verte. C’est un réel plaisir de se sentir enfin utile après une si longue période d’enfermement. J’aime travailler ainsi, car c’est véritablement un grand travail d’artiste.
Voilà, mission accomplie. J’ai perdu un peu de moi dans cette histoire, mais tant pis.

Oh, aïe ! Et pourquoi suis-je soudain serrée si fort ?
Ah, enfin, les doigts me déposent, allongée sur une surface où d’autres craies à des stades plus ou moins avancés de dé-craie-pitude se trouvent elles aussi.
De là, je vois s’éloigner les doigts, ils sont reliés à un grand corps. Plein d’autres grands corps, mais un peu plus petits quand même, s’agitent face à moi.

Le grand grand corps revient vers nous.
Quel idiot ! il vient de toutes nous faire tomber brutalement. Me voilà en deux morceaux. Pourvu que je ne finisse pas écrasée.
Je n’aime pas devenir double comme ça, après, je ne sais plus à quoi je pense.

Moi non plus, je ne sais plus à quoi je pense.
Ca y est, ça commence.
Le grand corps se baisse, ramasse quelques craies. En repousse d’autres dans un coin. Ah, ma moitié vient de s’envoler. Et moi, je reste là, à l’ombre, sous ce meuble. Bon poste d’observation.
Tant mieux, restes-y ! Ici, sur la réglette du tableau, je suis bien mieux. Je vais resservir, moâ !

Pff, jalouse !

Une boulette de papier vient d’atterrir près de moi. Un objet à la main (de mon point de vue, en contre-plongée, j’aurais tendance à dire qu’il s’agit d’un livre), le grand grand corps arpente la classe et énonce :
« Prenez votre livre page 66. Exercice n°2… non n°9 ».
Les petits grands corps s'agitent. Hey, ma moitié est réquisitionnée !
Bien fait. A moi les belles courbes, les arabesques...

Que le temps est long là dessous. En plus, l'activité de la classe est si intense que je n’arrive même plus à entendre les quolibets de ma moitié ; mais en même temps, dois-je m’en plaindre ?
 
Au bout d’un temps interminable…

Ah, les petits grands corps sont tous partis de mon champ de vision. Le grand corps part à son tour.

Bon, ben… euh… Hééé ! je suis lààà !
Hin hin hin !

Bon, arrête ce rire sarcastique, s’il te plait, ce n’est absolument pas drôle.

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27 avril 2008

Le feuilleton du dimanche : "Matins anachroniques"

Joyeux anniversaire, Georges

par Papistache

Episode N°1

Lundi 17 mars 2008

— Écrivez la date !
Georges, un bâton de craie à la main, écrit, en haut et à droite du tableau, le sésame de la journée. Lundi 17 mars 1974.
1974 ! Il vient de révéler la date de son anniversaire. Lapsus calami ! Un de plus ! Décidément, il ne se sent pas dans son assiette. Trop tard pour corriger, il va devoir s’expliquer. Léa, effrontée comme aucune, ne va pas manquer de laisser fuser une pique dont elle entretient l‘art.
— Hé, m’sieur, on n’est plus sous De Gaulle !
De Gaulle ! Penser à noter la date de son décès sur la frise historique qui jaunit au-dessus du radiateur.

Georges attend les quolibets. Sa réponse, héritée de Jules Ferry, est peaufinée : “Ah ! Quand même ! Une qui s’intéresse. Je pourrais vous faire gober n’importe quoi ! Quelqu’un pourrait me dire qui présidait la France en 1974 ?”

Rien ne vient. Dormiraient-ils tous ? L’instituteur pivote lentement sur les talons et fait face à sa classe. Vingt-neuf garçons et filles bien décidés à laisser leur empreinte dans la mémoire de l’école avant de la quitter définitivement pour le collège Prosper Pindépice.

Pas un mot ! Pas un rire ! Pas l’ombre d’une onde de sarcasme ! On lui a volé sa classe !

Il chancelle, recule d’un pas et s’appuie sur le rebord du tableau qui, toujours pas réparé, bascule et projette en l’air les morceaux de craie qui n’attendaient que cela. Simple loi physique.

Léa, elle-même, est méconnaissable ! Un camaïeu de gris remplace les couleurs vives des tenues  onéreuses qu’arborent ordinairement ces quelques trente gosses de riches.
— Tu verras ! une école de centre-ville. C’est un remplacement aux petits oignons,  avait souri le conseiller pédagogique !
Il aurait préféré un poste à la campagne, mais voilà, quand on change de département, la première année, on ne fait pas la fine bouche. On prend ce qu’on nous donne.

Grise, terne et mortelle, voilà comment lui apparaît sa classe. Il promène les yeux sur les tables de bois ciré et s’étonne de ne croiser aucun regard. Nuques docilement courbées vers les cahiers aux réglures seyès, les écoliers — ce mot lui est venu spontanément, d’ordinaire il pense les “gosses” ou les “minots” — s’appliquent à calligraphier la date inscrite au tableau.
Dans un mouvement quasi synchronisé les porte-plumes viennent se ranger dans la rainure creusée au cœur du plateau de chêne. Bras croisés, les enfants attendent les instructions du maître.

Décontenancé, Georges  ouvre néanmoins son livre de mathématiques, se dirige vers le tableau et copie l’énoncé du problème qu’il a choisi hier soir, tard, à la lueur de sa lampe de chevet. Un problème simple, à une opération. Ses formateurs le lui avaient martelé : “Georges, pas de zèle ! Feu vert pour tout le monde. Tu ne dois pas décourager tes élèves en leur soumettant des énoncés au-dessus de leurs capacités.” La Constante Macabre d’André Antibi sonne à ses oreilles. Pourtant, mû par une impulsion, Georges tourne les pages de son manuel et s’arrête sur celle des  horaires. Le problème N° 9 ! Celui qui est signalé par une astérisque bleue. Particulièrement difficile. Dans un silence glacial  — c’est d’ailleurs vrai qu’il fait froid, ce matin  — il copie l’énoncé abscons. Une impulsion…

Comme un seul homme, les enfants s’emparent de leurs cahiers. Georges s’appuie au radiateur glacé et contemple médusé les colonnes vertébrales arquées, tendues vers la recherche de la solution au problème. On entend l’air siffler dans les bronches de Vanessa l’asthmatique, la fille du pharmacien.

L’heure passe comme une minute de recueillement devant le monument aux Morts. Un à un, les cahiers se ferment et les bras se croisent sur les pupitres. Georges ne pense plus, il s’est persuadé qu’il est décédé d’un arrêt cardiaque. Alors, c’est donc ça le purgatoire ?

La cloche annonçant la récréation retentit. Les élèves se lèvent en bloc et se rangent face au couloir.

Une cloche ? La directrice a fait poser une cloche ?
— Avancez, s’entend-il dire à la colonne des petits hussards gris.

Dans la salle des professeurs, ses collègues devisent comme si de rien n’était. Melle Daix s’est déjà connectée sur son forum de discussion. A la récréation de dix heures, l’ordinateur lui appartient. Sur la table basse, la presse syndicale se macule de cercles caféinés tangents ou sécants. Trois téléphones portables sonnent en même temps. L’ambiance ordinaire et si caractéristique…

— Comme tu es pâle, Georges ! s’inquiète Julie, sa jeune collègue en charge des CP 3. Prends mon café. Je m’en ferai un autre. Oh ! Tes mains sont brûlantes. Tu me fais peur ! Ecoute, le mieux, ce serait que tu rentres chez toi te mettre au lit. J’avise Solange, elle va organiser l’accueil de tes élèves dans les autres classes. Pendant ses temps libres, Julie anime les sessions de la Croix-Rouge, elle a l’œil sûr.

Privé de toute réaction, Georges se laisse entraîner vers sa voiture. Julie le regarde s’éloigner puis se ravise et veut le retenir. “J’aurais dû lui conseiller de prendre le bus  ! S’il lui arrive quelque chose,  je m’en sentirai responsable…”

à suivre...

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25 avril 2008

Le dictionnaire illustré de la SFFF

Macdo

Divinité de l’ancienne civilisation humaine mondialisante de l’étage Holocène du sous-système quaternaire du système Néogène de l’ère Cénozoïque de la planète Terre.

D’après les fouilles archéologiques réalisées jusqu’à présent sur Terre dans des conditions difficiles, on pense que ce dieu était mondialement vénéré. D’aspect monstrueux, on remarque en particulier, la taille démesurée de ses pieds et la couleur criarde de ses peintures rituelles ainsi que de ses appendices capillaires.

RMcD___M___TiluSon empreinte est présente dans toutes les civilisations puisqu’on a retrouvé de nombreux vestiges de lieux de culte marqués de son sceau caractéristique et cela sur les cinq continents archaïques d’avant le grand Schkrung.

Il semble que les attributions de ce dieu aient été la protection des mangeurs de « frites » (Racines de Solanum tuberosum coupées en bâtonnets et plongées dans l’huile bouillante). Ces pratiques culinaires laissent penser que les mangeurs de frites auraient formé une secte, mais en l’état actuel des recherches, il est difficile de l’affirmer.

Une autre théorie, défendue par le docteur Bigcheese et son équipe, lui attribue la protection des petits d’hommes. En effet, de nombreuses statuettes ont été retrouvées dans des vestiges de chambres d’enfants, toutes représentées au volant d’un véhicule. On ne connaît pas encore la signification d’une telle représentation.
Il semblerait qu’avec le dieu « Cocacola », ils exerçaient une grande fascination sur tous les peuples de la Terre.

RMcD___fouilles___Tilu

Statuette de Macdo (4021 av. GS) en cours de dégagement.
Site archéologique du désert brûlant de Provence, France, continent Europe, Terre.
Campagne de fouille n° 3695.

RMcD___voiture___Tilu 

Deux statuettes de Macdo en plastique pur.
Vitrine terrienne du Musée d’histoire Spatio-universelle de MIRABOURG.

(par Tilu)

duplicata
nom masculun et l’autre

Origine du mot :
   
du = deux
   pli = lettre
   cata = abréviation de catalpa (arbre à grandes feuilles).

1 – A l’origine, les indigènes des Cotilédones (au sud des Antilopides) utilisaient les feuilles de catalpa séchées pour envoyer des messages à leur divinité : le dieu Kilihhal Anver.
Ils utilisaient de fines branches d’arbre et du sang de yaguemone (poulet frisé) pour tracer des signes, en suivant les nervures des feuilles.  Ils recouvraient ensuite cette première feuille d’une autre de la même grandeur. Le sang d’encre s’imprimait alors à l’envers sur cette dernière, ce qui leur permettait de garder un double de leur envoi. Ils brûlaient la deuxième feuille (illisible pour eux, mais pas pour leur dieu) et gardaient précieusement la première dans une jarre prévue à cet effet : la Jarre Gon.

MAP___duplicata2 - Reproduction exacte d’un objet ou d’un être vivant à partir d’un cristal d’origine extra-terrestre, telle que l’a décrite Théodore Sturgeon dans son livre Cristal qui songeThe dreaming jewels »). Ci-contre, l’image éidétique d’un vitrail, projetée en double exemplaire par des cristaux jumeaux.

3 – Surnom donné à des jumeaux, les frères Combe, agents doubles pendant la guerre d’Outremar (1832 – 1833 ½). Les  autorités responsables de leur action avaient alors séparé le mot en deux parties : Dupli et Cata. Ce jeu de mots leur servit également de mot de passe.
Les frères COMBE continuèrent à porter leur surnom après-guerre et grâce à leur don de double vue se produisirent une vingtaine d’années sur scène avec grand succès dans le monde entier.

(par MAP)

* * *

Vous aussi vous avez envie de participer à l'élaboration du dictionnaire
de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique?
Jouez donc avec nous!

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23 avril 2008

Jumeaux et doubles - 3

Le juroir à mi-mots
Vanina


Je préfère ne pas jurer et vous dire à mi-mots, vous transmettre comme un secret la légende du double qui me fût ainsi léguée.

Je n’ai pas la mémoire des mots, je n’ai pas la maîtrise du bouche à oreille. Mais, je me souviens de ce vieil homme assis en tailleur, et de nous, assis autour de lui, qui l’écoutions. De sa voix posée et mystérieuse, il nous avait demandé, un peu à la façon dont on partage un secret : « Entre Mirer et Voir, n’entends-tu pas… Miroir ? »

Il savait parler à tous, tout en s’adressant à chacun en particulier, c’est pourquoi le tutoiement allait d’évidence. Son regard pétillant et pénétrant avait fait le tour de l’auditoire. Il observait en nous le cheminement de cette parole. Puis, il reprit son récit hors du temps, ses mains accompagnaient le mouvement de ses mots.

Après un récit à la fois long et pourtant trop court, l’histoire se terminait ainsi : « Souviens-toi comme Narcisse aimait à se mirer dans l’eau des sources pour se consoler de la perte prématurée de sa sœur jumelle Echo1. »

A cet instant, il avait observé un temps de silence, et nous avait regardé les uns après les autres. Il avait lu en chacun de nous l’effet de son récit. Son regard encore pétillant était désormais voilé, intérieur, l’homme semblait avoir rejoint son propre mythe.

Vint alors l’instant de la parabole, la phrase ultime qui nous révèlerait le sens profond du récit. Pour conclure, il murmura ces mots : « C’est ainsi que le juroir2 à mi-mots vous révèle le miroir à jumeau. »

Lorsque je revins à la réalité, notre vieux sage était parti.

1. Pausanias, Description de la Grèce, Livre IX – Boétie, chapitre XXXI
2. Récit pour lequel on a juré de la véracité, histoire vraie mais non vérifiée.

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22 avril 2008

Le jeu du Robot - 5

JohnJohn contre le vent

MAP

MAP___JohnJhon_contre_le_vent

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20 avril 2008

Le feuilleton dont vous êtes le héros

Nouveau Monde

septième épisode

Caro_carito

Krill se retourna lentement. L’assemblée ne semblait pas avoir remarqué quoi que ce soit d’anormal. Il écarquilla les yeux et eut envie de se pincer le bras comme… Comme quoi ? Il paraît que les humains faisaient cela avant pour demeurer en phase d’éveil. Enfin, seules les Chroniques Martusiennes l’évoquaient. A vrai dire, il avait été très peu studieux à l’école spationavale, ne s’intéressant qu’à tout ce qui touchait de près ou de loin à un YgH75_B, son modèle d’aéronavette favorite ; allez, ayons l’esprit large, il s’intéressait aussi à tout ce qui est susceptible de transporter un gramme de matière entre deux systèmes planétaires. Etait-ce le mystérieux antidote du Dr Krach ? Aucun de ses neurones ne montrait une activité en surrégime comme le requérait la situation. Il était sur une planète hostile, du nom d’Anglora, où se baladaient des cerveaux lumineux retors. Sa navette devait pourrir au fond d’un marais pestilentiel digne de l’enfer de Jarshalbégor où se donnait rendez-vous la flibuste illégale dans les bouges de la frange cosmique. Ses deux compagnons – bon… il ne s’agissait pas forcément des camarades rêvés qui lui auraient permis de parfaire ses premiers essais long courrier transplanétaires - avaient au moins eu le mérite d’être présents. Et maintenant, patatras, son senseur préhistorique semblait battre de l’aile. Et dire qu’il s’agissait d’une mission secrète, quel pompeux imbécile il avait été quand il l’avait appris ! Fier comme un paon, tout gonflé de cette mission extraconfidentielle, directement sortie des tuyaux du bureau de L’Armada internation. En gros, il pouvait dire qu’il était vraiment dans la panade car l’équipe n’avait planté que les jalons translumineux nécessaires pour le retour. Et sans le vaisseau… peine perdue, il ne pourrait pas les retrouver. Bref, il n’avait pas besoin de Guirlondoïn, son ordinateur d’études, pour savoir que ses chances de survie équivalaient à la probabilité qu’il avait de passer Commandator des forces calarctiques. De surcroît, il avait faim, il aurait bien vendu son aura cosmique et celles de ses descendants contre une assiette de scrum. Il leva les yeux et…

Il aurait été bien incapable de dire ce qui s’était passé. Une image fugitive où il s’était retrouvé un instant dans un univers connu, limité, accueillant. Face à lui, la Femme. Une pirate de l’espace, ça ne faisait pas un pli. Mais dans l’éclair de conscience qui avait traversé ses connexions interneuronales et ses capsules sensorielles, il aurait mis sa main à couper dans un repaire de mercenaires dalamynx qu’il connaissait cette aura. Belle à damner un contingent de mercenaires diagols, intelligente et si il se laissait aller, brûlante comme une aurore boréale aux confins de Dart Geath. Il aurait pu dire : « Elle est nichée dans mes chromosomes. » Là, il secoua la tête, non mais il allait arrêter avec ses tics obsolètes « secouer la tête » et pourquoi pas « cligner des yeux ». Si ça continuait on allait le reprogrammer, car le stress commençait sérieusement à attaquer ses boulons. Il n’avait jamais rencontré de pirates de sa vie. D’ailleurs dans le cas contraire, il serait déjà réduit à n’être plus qu’une poignée de poussière éparpillée dans cet hyperespace qu’il affectionnait.

Devant lui, il ne voyait plus qu’un cerveau aux couleurs irisées. Un cerveau qui s’adressait intimement à son aura morphique. Il ressentait les éclats de sa voix qui descendaient telles des cascades d’eau à travers son corps : « Pas de panique, regardez le spectacle », suivi d’un éclat de rire. Soudain, il se retrouva immergé dans un festival de couleurs qui pétaradaient de partout. « Pas de temps à perdre, suivez-moi. » Krill hésita une nano seconde et s’engouffra dans le tourbillon arc-en-ciel. Plus rien ne l’étonnait, un pirate de l’espace qui pouvait se transformer en Lumisienne. Pourquoi pas ? Rien ne tournait rond depuis longtemps. Il se sentit aspiré par un couloir d’air tiède et se retrouva en une minute devant le Dr Coraya.  Ses deux acolytes complètement atomisés semblaient nimber de paillettes orangées ses hémisphères cérébraux et son cortex, qui avaient pris une délicate teinte fuchsia.

Les deux cerveaux se faisaient face. Etrangement, il avait l’impression d’assister à une bataille sur ordinateur géant comme quand il était gosse. Un de ses combats avec points de vie intégrés, force intelligence à des niveaux variés… Il ne comprenait pas vraiment le Dr Coraya mais il se sentait intimement lié avec Elle. Mince, il lui semblait pourtant avoir entendu son nom quelque part. Instinctivement, il se réfugia au sein d’un mangrovilier, il savait que ses grosses racines caoutchouteuses lui donneraient une assise confortable. Il pourrait ainsi au moins envisager les dernières minutes de sa courte vie les fesses bien calées. De toutes façons, quelle que soit l’issue du combat, les perspectives n’étaient pas réjouissantes. D’un côté, un démon succube qui semblait encore suffisamment rosacé pour faire de lui une denrée sexuelle et reproductrice de choix. De l’autre, une pirate dont il savait par avance qu’elle maîtrisait du bout du fouet et de l’éprouvette tout l’éventail des techniques de tortures, des modes d’emploi chinois utilisés dans les cours de justice de jadis aux méthodes scientifiques développées dans les deux derniers millénaires. En plus, le combat était complètement naze, les deux masses gélatineuses semblant blobloter de concert. Krill étouffa un bâillement, puis deux, et s’endormit dans les bras duveteux du mangrovillier.

Combien de temps dura le combat ? Longtemps, sans doute, car quand il s’éveilla un début de barbe drue avait envahit ses joues. Aucun cerveau ne se manifestait à l’horizon. Quelques miettes de couleurs jonchaient l’herbe rase du grand jardin. Il se leva péniblement, la fatigue et la faim commençant à se faire sentir. Son corps vigoureux commençait à émettre des signes de révolte. Il se retrouva rapidement au dehors du jardin. La gigantesque cité semblait vide. Pas un bruit, rien. Pas même un souffle de vent. Il apercevait juste les deux soleils à travers la paroi qui recouvrait la cité comme une bulle. Il sentit une présence familière derrière lui. « Alors comment va ? J’espère que ton petit somme t’a reposé… » Il sentit un doux frisson parcourir son corps, c’était elle. A nouveau ce rire. « C’est vrai j’oubliais, il faut que je te rende la mémoire… »

Il sentit une main qui se nichait dans la sienne et il la vit. Comme pendant cette minute d’éternité. Ainsi il n’allait pas mourir de ses mains délicates. Il sentit son regard gris acier se poser sur lui. Son sourire s’était envolé pendant qu’elle posait délicatement sur son front un cube métallique : un phylaction, une gigantesque base de données qui contenait ses souvenirs et aussi ceux de sa lignée. Il eut mal un instant, fut parcouru d’une décharge chimique qui s’amplifia, résonna et se tut brusquement. Et il se souvint : la prophétie s’inscrivait lentement mot après mot dans sa pensée. Lui dernier descendant de la race, Krill, doté de souvenirs personnels qui couvraient toute l’étendue de leurs civilisations. Capable de ressentir l’excitation primaire du chasseur de Mammouth aux trouvailles biologiques des chercheurs transgénétiques. Et elle, une femme Peuxhls, une civilisation que les hommes avaient rencontrée peu après le début de leur première expansion intersidérale.

Ils étaient les derniers survivants, Amalina et lui, Krill. Les élus. Ils avaient été choisis par Orhaminionte, l’ordinateur central, le Grand Commandantor de l’univers pour sauver et refonder la race que les Lumisiens et leurs acolytes des quatre antipodes avaient mis à mal à coups de virus et d’ondes de basse gradiation qui réduisaient la race humaine et les espèces similaires à des confettis microscopiques. Trois couples clones avaient été envoyés auprès des trois autres fédérations dissidentes. Au signe de tête de sa douce, il savait que cela avait été la fin de la rébellion. Il leur fallait rentrer. Il jeta un coup d’œil au vaisseau censé les ramener chez eux. Soudain, il vit le regard d’Amalina se durcir. En une seconde, en plongeant ses yeux dans les siens, il comprit. Il avait toujours été sidéré par cette complicité qui les unissait. Le vaisseau s’envola et il vit deux silhouettes à l’intérieur. Wally et Zong, enfin, leurs restes qu’Amalina, Docteur émérite en Sciences occultes, avait régénérés selon leur profil ADN. Orhaminionte n’y verrait que du feu et pourrait torpiller leur croiseur. « J’ai aussi prévu une solution de rechange au cas où il se douterait de quelque chose. Ce  petit vaisseau… ». Et elle montra du doigt un petit monocoque bleu, suffisamment autonome pour les ramener à la plus proche station orbitale. Ils regardèrent tous deux s’élever le vaisseau qui transportait les deux aberrations génétiques, Wally et Zong, qui avaient été créées pour les accompagner. Krill passa une main autour de la taille fine de la jeune femme. Ce n’était pas la première fois que leurs gènes sauvaient l’humanité mais ces derniers en avaient eu assez de servir de chair à pâté soumise au délire et à la soif de pouvoir du Commandantor et à son obsession de détruire toute vie autre qu'humanoïdienne. Afin de sauver un des couples ancestraux, éternels sauveurs de l’humanité envoyés au casse-pipe à chaque invasion et ensuite aussi rapidement envoyés ad patres, les gènes, prisonniers dans leur prison frigorifique, avaient muté et avait généré de nouveaux avatars de Krill et Amalina, qui peut-être échapperaient à leur mort programmée. Oui, Krill se souvenait bien de cela. Ce n’est pas tous les jours rose d’être un héros prophétique, un sauveur récurrent. S'ils pouvaient se mettre en vacances de vies messianiques…

« Elle n’était pas mal, non, ma couverture de pirate ? Nous avons un mois pour récupérer ton vaisseau et modifier sa configuration navigable. En attendant, Krill, je te propose de tester les joutes sexuelles du Dr Coraya; je les ai récupérées dans ses circuits neuronaux au moment où elle exhalait son dernier soupir. Je pense qu’elles nous feront passer le temps. » Krill sourit et allait ouvrir la bouche quand Amalina lui tendit un bocal de scrum. « C’est pour ton atterrissage, impressionnant. » Il l’attrapa par la taille et se mit à rire; il lui susurra à l’oreille : « On teste le mangrovilier ? » Elle acquiesça.

Quelques poussières roses se posèrent sur la joue d’Amalina. Krill souffla délicatement dessus et ils se dirigèrent bras dessus, bras dessous vers l’intérieur du grand Jardin. Au-dessus de leurs têtes, le grand vaisseau traversait sans bruit l’atmosphère épaisse d’Anglora. Ils le regardèrent un instant, espérant que leur stratagème réussirait… Krill serra fortement la hanche qui se collait à lui. En attendant, ils étaient ensemble.

FIN

* * *

"Nouveau Monde", un feuilleton collectif
en
un, deux, trois, quatre, cinq, six et sept épisodes

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18 avril 2008

Le jeu du Robot - 4

Le chevalier JohnJohn à la chasse

  Tilu


Tilu___Le_chevalier_JohnJohn___la_chasse2

"La chasse est l’une des distractions favorites des Chevaliers.
Elle est dangereuse.
Les chevaliers affrontent à l’épée ou à la lance les bêtes sauvages.
Les blessures souvent graves voire mortelles ne sont pas rares."
(Georges DUBY in « La Chevalerie », Ed. Perrin)

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