31 mars 2008
Les auteurs de mars

ANNICK BOTT
Retraitée de l'enseignement de SVT. J'ai deux grands enfants.
Je partage mon temps entre la lecture, des promenades dans la nature avec mon homme, des activités associatives, et ma passion des fleurs.
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J'écris depuis... très longtemps
Je lis depuis encore plus longtemps
Sinon trois brigands, un job prenant où étrangement...
je lis et j'écris et corrige aussi
ne m'empêchent pas d'y replonger le soir.
Mais dans un terreau moins aride.
Une partie de mon éducation livresque est originaire d'Amérique latine,
mon imagination galope bride abattue et j'aime y mettre une touche irréelle.
Mais pas toujours.
BLOGS : Les heures de coton et les 1001 vaches
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COCJE
Aurait pu naitre en Italie. Née une première fois en France puis d'autres fois après.
A d'abord testé la musique, pour continuer dans la photo en passant par le cinéma. Quelques expérimentations culinaires viennent s'ajouter depuis peu.
La tête toujours remplie de questions et de rêves, espère parcourir le monde avec sa moitié.
BLOG : le cahier virtuel
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ELISALA
Née il y a quelques années dans quelque contrée nordique de la France, Elisala s'est passionnée
très tôt pour l'apprentissage de la lecture. Ça date très précisément du jour où sa maîtresse de CP a fait remarquer à ses parents qu'elle n'apprenait pas bien la lecture, et ce par pure fainéantise. Vexée comme un pou, elle se mit alors à lire. Et ne s'est plus arrêtée depuis.
C'est à l'âge honorable de pas loin de 18 ans qu'Elisala fit connaissance avec Terry Pratchett et sa trilogie des gnomes. Elle enchaîna naturellement avec les annales du disque-monde. Elle s'avoue relativement amoureuse de Terry. Et de Granny Weatherwax. Et de la mort (it's a he).
Sa culture SFFF ne s'arrête cependant pas là, elle tâta ici ou là du Frank Herbert, du Ursula Le Guin, du Neil Gaiman, du Bordage, etc. etc., au gré des coups de cœur et des propositions de ses confrères et soeurs de lecture.
Il est à noter que Moorcock la laissa cependant assez sceptique. Sa dernière découverte : Mars, la rouge, la verte et la bleue, de Kim-Stanley Robinson, dont le réalisme dans l'anticipation l'enchante tout particulièrement. Rien sur l'écriture? Rien sur l'écriture, ce n'est vraiment pas sa spécialité, même si ça la fait rêver.
BLOG : Une bibliothèque, c'est lourd à porter
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INFOLIO
L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio :
Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
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J’aime me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en principe avant d’arriver au point ou au trait final.
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KLOELLE
J'ai déjà 37 ans et trois enfants sympas.
Je travaille dans une administration...
Je suis pianiste à mes heures perdues...
Lectrice à d'autres heures perdues...
Et j'aime jouer avec les mots et les émotions à des heures que je cherche encore.
BLOG : Une valse des petits riens
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Naissance en 1986 quelque part dans les montagnes.
A beaucoup lu et écrit, fait des études et vu du pays.
Auteurs préférés : Terry Pratchett, Stephen King, Daniel Pennac, Robin Hodd, Ptitluc, Ayroles, Binet, Franquin, Urasawa, Clamp… etc.
Record à Tetris : 200 lignes.
BLOG : Ecriveuse en herbe
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MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
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MAX MAATMOSIS
Max Maatmosis was born in continental Europe during the wild Seventies.
He grew up in a mad town.
Currently he is living in NewLabourLand (near London).
And, as everybody else, he likes to ask big questions... and even more so, to come up with hypothetical answers.
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ROSE
Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles
BLOG : Ce que dit Rose
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STELLA SABBAT
Elle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.
* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.
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TILU
Elle regarde
Elle sent
Elle touche
Elle écoute
Elle goûte
Elle capture le monde dans sa boîte à images
Elle dessine
Elle chante
Elle écrit
Elle aime
Quelques fois, elle parle avec les ours… et les lutins…
Elle rêve…
C’est sa vie…
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VANINA
Je suis née le 23 juin 1964 à Paris, dans un milieu artistique. C’est pourquoi je pratique encore deci delà la sculpture sur ballons.
« Petite dernière » d’une famille de 6 enfants. J’ai été prénommée Vanina grâce à une superbe danseuse mi-corse mi-berbère que mon père allait « croquer » (dessiner) dans l’atelier du chorégraphe Malkovsky.
A 15 ans, je me suis retrouvée paraplégique suite à un accident de sport. La cavalière que j’étais a renoncé à l’équitation, pour, 20 ans plus tard, devenir meneuse (atteler des chevaux).
J’ai un D. E. A. d’arts plastiques et travaille comme directrice artistique en P. A. O.
« On » me dit collectionneuse de collections...
J’ai un fils né en 1987 dont le père est décédé en 1995. J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
« Il ne faut jamais oublier ses rêves… »
« Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG : Art'moureusement vôtre
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Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
et StellaSabbat !
Courrier des lecteurs de mars
En ce mois de Pâques, c’est un étrange animal que Fanes de carottes vous a servi bien mijoté : un mouton vert, élevé aux fanes, ou mutant, à vous de choisir. Et en guise d’œufs, ce sont des paroles qui sont tombées du ciel, et elles nous ont révélé des aspirations, des pensées secrètes, des mots difficiles à oublier. Plein de petits mondes, tandis qu’une nouvelle planète s’arrimait au système solaire des Fanes de carottes, dont l’exploration palpitante nous promet encore quelques beaux dimanches. Mondes inconnus, mondes intérieurs… nous espérons que le voyage a été agréable.
Sommaire des fanes de mars
Comptons-les : Un mouton... vers quel mouton va-t-on ? (Tilu)
deux moutons... un mouton cou-vert (MAP)
trois moutons... voyage initiatique (Vanina)
et pour en savoir encore plus : une définition (MAP)
La fin du feuilleton de Saute-Dragon a enfin été révélée (11e épisode, Elisala)
... Nouveau feuilleton ! Le feuilleton dont vous êtes le héros...
premier épisode (InFolio)
deuxième épisode (Luma)
troisième épisode (MAP)
quatrième épisode (Tilu)
Des paroles ont été dégelées...
celle d'un futur grand fontainier (MAP) : Oui, j'irai à l'entrevue des rois
celle d'un garçon peu sensible à la poésie (Annick Bott) : Tout ça va finir par te rendre fou, David
celle d'amoureux évanouis (MAP) : Parle aussi bas que tu pourras
celle d'un savant (fou ?) (rose) : Jeudi, monsieur, cela laisse peu de temps.
celles d'une amante torturée (caro_carito) : De qui d'autre serait-elle amoureuse?
Slim Oldgone a exhumé la recette d'une soupe d'hiver d'avant le Ravage (rose)
Stellasabbat s'interroge sur le rôle (et les dérives) du journalisme, de l'autre côté de minuit
Suite et fin de "L'évasion de La Rochelle" de Max Maatmosis : où l'on rencontre d'étranges témoins et où l'on apprend le sort de ceux qui n'ont pas quitté La Rochelle
Fanes de carottes vous bercera : Josefa vous installe confortablement sous les fanes, pour un sommeil peuplé de rêves
30 mars 2008
Le feuilleton dont vous êtes le héros
Nouveau Monde
quatrième épisode
Tilu
Wally et Zong montèrent sur la première barque au moment même où le vaisseau s’enfonça d’un coup d’un bon mètre dans la vase gluante. Krill, qui attendait son tour derrière était englué jusqu’à mi-mollet.
Un rayon rouge surgit brusquement de la barque suivante et l’enveloppa complètement. Il se sentit arraché à la glue du marais et transporté en lévitation sur l’embarcation. Les frêles bateaux se mirent immédiatement en mouvement, silencieusement et à une allure impressionnante. Krill, déjà peu rassuré d’être séparé de ses compagnons, sentit que quelque chose ne tournait pas rond. Le rayon rouge qui l’avait transporté à bord, formait maintenant un anneau lumineux qui montait et descendait rapidement autour de ses jambes boueuses. Le lumisien installé en face de lui ressemblait à une boule de voyante en suspension, sauf qu’il dégageait un halo rouge écarlate puissant et palpitant. Il expliquait sans doute à Krill ce qui lui arrivait mais Wally avait gardé le senseur sur lui et Krill ne comprenait rien au discours pourtant lumineux de son compagnon.
Les embarcations filaient maintenant à vive allure vers une gigantesque plate-forme qu’on distinguait à l’horizon. C’était énorme ! Elle aurait pu contenir tout Cosmopolis et sa banlieue. Elle était recouverte d’une bulle transparente et elle flottait en suspension dans l’air à quelques mètres au dessus du marais en dégageant une douce fluorescence.
Krill sentit tout à coup une grosse douleur sous la plante de ses pieds qui lui remontait jusqu’au bas du mollet. Une sorte de brûlure intense qui irradiait de bas en haut. Le lumisien qui l’accompagnait s’était mis à clignoter et sa couleur avait viré au pourpre. Les embarcations se glissèrent sous la plate-forme et se rejoignirent sous une grande colonne de lumière bleu lavande qui émanait de ce vaisseau-mère.
Wally et Zong purent enfin se pencher sur la barque de leur jeune ami dont les grimaces traduisaient maintenant les souffrances. Les lumisiens avaient expliqué aux deux compagnons ce qui se passait et ils n’étaient pas très sereins.
« Krill, mon vieux, accroche-toi, tu es avec un médecin et il essaie de te sortir de là. Tiens bon, et ne bouge pas surtout. Ta douleur vient de la vase du marais que tu as sur les jambes. »
Krill eut juste le temps d’entendre ces dernières paroles avant de sombrer dans un état second dans lequel il pouvait entendre et voir ce qui se passait autour de lui mais ne pouvait plus agir sur rien. Un peu comme si il était retourné dans sa BAK.
La colonne lumineuse bleue les aspira et les transporta sur la plate-forme géante.
Cela ressemblait à un immense laboratoire. Un long couloir blanc circulaire en faisait le tour sur des kilomètres. Tous les dix mètres environ, une pièce s’ouvrait sur le bord extérieur du couloir et on pouvait y apercevoir de nombreux lumisiens de toutes les couleurs qui s’affairaient devant des machines complexes, des écrans ou des tubes à essais.
Sur le bord interne du couloir dont la paroi était en verre on pouvait voir, qui occupait tout le centre de la base de recherche un jardin de plusieurs millominacres carrés empli d’arbres immenses aux fruits inconnus et étranges, et des plantes extravagantes aux fleurs démesurées et aux couleurs éclatantes qui formaient un spectacle étourdissant qui contrastait avec la froideur des laboratoires. Une vraie jungle sous serre en quelques sortes !
Krill fut transporté en chambre d’isolement, Wally et Zong ne pouvaient plus que l’observer à travers une cloison translucide mais trop épaisse pour qu’ils puissent lui parler.
Le médecin lumisien, le docteur Krack, vint leur expliquer que la base où ils se trouvaient était en mission sur Anglora pour étudier la composition et les effets de cette vase unique dans le cosmos et qui recouvrait cette planète.
Les premières études montraient qu’elle était constituée en grande partie de micro-organismes chromophages, « les frups », qui absorbaient littéralement les couleurs de tout ce qu’ils touchaient. Et ils n’avaient qu’à observer leur ami pour s’apercevoir des ravages que les frups pouvaient causer.
Krill était allongé sur le dos sur une table d’examen, on lui avait oté ses vêtements souillés. Il avait été soigneusement lavé et désinfecté et était maintenant exposé sous un prisme, à un bain de lumière blanche à forte dose sensé ralentir la progression du mal. Mais on pouvait constater que ses pieds, depuis les orteils jusqu’au haut des chevilles avaient perdu leur couleur. Ils apparaissaient comme sur ces clichés photographiques archaïques en noir et blanc.
Le docteur Crack expliqua que cette absorption des couleurs ou chromophagie, par annihilation progressive de leur longueur d’onde, entraimait une paralysie qui, si elle durait plus de 72 heures, serait fatale pour les centres vitaux de Krill. Le mal allait remonter le long de son corps jusqu’à son cœur.
Wally et Zong étaient atterrés par ces dernières informations lorsqu’un petit cerveau d’où émanait une lueur rose fushia s’approcha d’eux. Crack leur présenta le docteur Coraya, spécialiste en chirurgie chromosympathique de l’équipe scientifique de la mission. Elle semblait timide et réservée mais très respectée par ses pairs.
Elle expliqua à Zong et Wally qu’il y avait peut être une solution au cauchemar de Krill.
Le dernier protocole expérimental développé dans son laboratoire montrait que les frups pouvaient êtres détruits. Dans ce cas, la totalité des couleurs et des facultés enlevées au malade lui était restituées.
La substance efficace contre les chromophages mise en évidence lors de cette expérience était très rare et les derniers échantillons avaient été utilisés lors des tests. Il s’agissait de la molécule d’Alixafricine présente en grande quantité dans le jus du fruit de l’Icramore, arbre dont le spécimen unique poussait quelque part dans le grand jardin. Il avait été planté il y a plusieurs dizaines de bricailles d’années et plus personne ne connaissait son emplacement exact.
Le docteur Krack prit alors la parole et de ses mots lumineux exposa aux deux compagnons le choix qui s’offrait à eux. Il y avait deux solutions pour sauver Krill:
La première était de l’amputer le plus tôt possible des parties infectées (elles s’étendaient maintenant jusqu’aux genoux) et alors ils pourraient alors se rendre sur la planète Zimbla par téléportation afin que les plus grands spécialistes qui opéraient là-bas puissent lui confectionner les prothèses les plus perfectionnées afin de remplacer ses jambes.
La deuxième était de partir en compagnie du docteur Coraya et de deux jardiniers lumisiens en expédition dans le grand jardin à la recherche de l’Icramore, en sachant qu’il fallait être revenu au maximum dans les trois jours suivants avec les fruits de l’arbre si on voulait sauver Krill. Celui-ci pourrait alors retrouver toutes ses facultés vitales et colorées...
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"Nouveau Monde", un feuilleton collectif
en un, deux, trois, quatre, cinq, six et sept épisodes
29 mars 2008
De l'autre côté de minuit ?
« C’est la dernière saloperie de barrière qui nous empêche de sombrer dans la barbarie. Sans journalisme, sans circulation d’information, nous lèverions tous la main aux ordres de Big Brother. Le journalisme, c’est la voix des muets et l’oreille supplémentaire que Dieu donne aux sourds. C’est l’unique saloperie de métier qui vaille encore la peine dans la seconde moitié du XXe siècle. C’est l’équivalent moderne de la piraterie éthique, le souffle de rébellion des esclaves. C’est l’unique saleté de boulot amusant qui puisse encore se pratiquer. C’est ce qui empêche le retour au primitivisme des cavernes. Contradictoirement, c’est un domaine où, récemment, sont apparues des choses éternelles : la vérité, le mal, l’éthique, l’ennemi. C’est la meilleure des littératures, parce que c’est la plus immédiate. C’est la clé de la démocratie réelle, parce que les gens doivent savoir ce qui se passe pour pouvoir décider comment jouer leur vie. C’est la rencontre entre les meilleures traditions morales du christianisme primitif et celles de la gauche révolutionnaire de la fin du XIXe siècle. C’est l’âme d’un pays. Sans journalisme, nous serions tous morts et, pour la plupart, aveugles. Sans circulation d’informations véridiques, nous serions tous idiots. C’est aussi le refuge des rats, la zone la plus contaminée, après les forces policières, de toute notre société. Un espace qui se dignifie parce qu’on le partage avec les types les plus abjects, les plus serviles, les plus lâches, les plus corrompus. Et, par comparaison, il offre des possibilités d’héroïsme. C’est comme si le ciel et l’enfer se retrouvaient dans un mixeur et qu’il fallait travailler en mouvement. C’est la maçonnerie du bon sens… Ca va comme ça ou je continue ? »[1]
Pour son ancienne élève, Olga Lavanderos, jeune journaliste dans le Mexico de la fin des années 1980, la profession de foi journalistique du professeur Santos - et à travers lui de l’immense auteur Paco Ignacio Taibo II - est bien suffisante pour la confirmer dans son élan, un élan qui la pousse vers sa première histoire. Et, comme le dit Olga, « quand on tient une histoire, il faut d’abord se la mettre dans le sang et la suivre jusqu’à ce qu’on puisse la raconter ; et la raconter de telle façon que personne ne l’oublie. »[2]. Et surtout la raconter sans jamais oublier cette exigence ultime du journalisme que lui a enseignée Santos : « la religion de la vérité qui tue les trous du cul » et qui fait du journalisme « la dernière tranchée des hommes libres contre la merde du système »[3].
Une exigence de vérité à laquelle de nombreux journalistes semblent avoir renoncé, à moins qu’ils ne l’aient oubliée. C’est le cas de Werner Tötges, journaliste au JOURNAL qui, dans le roman d’Heinrich Böll, L’honneur perdu de Katharina Blum, s’acharne à livrer en pâture la vie de Katharina, sa vie réelle et surtout interprétée pour rendre compte de la réalité que Tötges a décidé de construire autour de « l’affaire Katharina Blum » :
« En deuxième page Blorna put voir à quel degré LE JOURNAL avait travesti ses propos : la jeune femme « intelligente et réservée » était devenue « froide et calculatrice », tandis que de sa déclaration générale sur la criminalité, LE JOURNAL avait déduit que Katharina « était tout à fait capable de commettre un crime ». »[4]
« L’article concernant la jeune femme, plus étoffé que ceux des précédents numéros, s’étalait sur les pages 7, 8 et 9 accompagné de nombreuses photographies : Katharina en première communiante, son père sous l’uniforme au retour de la guerre, l’église de Gemmelsbroich et une fois encore la villa des Blorna. Puis la mère de Katharina, la quarantaine, l’air d’une femme rongée par le chagrin et presque déchue, prise devant la minuscule maison de Gemmelsbroich où la famille avait vécu. Enfin une photo de l’hôpital où Maria Blum était décédée dans la nuit du vendredi au samedi. Voici donc l’essentiel de l’article :
La première victime tangible de l’impénétrable Katharina Blum, toujours en liberté, se trouve être sa propre mère qui n’a pas survécu au choc des révélations sur les activités de sa fille. S’il paraît déjà assez étrange que pendant que sa mère mourrait, celle-ci n’ait rien trouvé de mieux à faire que de danser tendrement avec un criminel, que dire du fait qu’à l’annonce de son décès elle n’ait pas versé une larme sinon que cela frise la plus extrême perversité ? »[5]
Certes LE JOURNAL, dont Böll décrit les méthodes, le goût pour le sensationnalisme, l’acharnement…, est inspiré par le Bild Zeitung, dont la seule ligne éditoriale semble être la subjectivité, ce dont il ne se cache pas d’ailleurs. Jochen Blume, le premier reporter-photo en chef du Bild Zeitung a ainsi résumé cette ligne éditoriale : « Le « Bild Zeitung » voulait de la subjectivité. Du coup, j’avais pour leitmotiv : « Voilà ce que j’ai vu, voilà comment je l’ai photographié, voilà comment il faut considérer les choses ! » Cela correspondait exactement à l’esprit du « Bild Zeitung ».[6] De tels arrangements avec la vérité ne se trouvent pas que dans les journaux dont le fonds de commerce est le voyeurisme, le déballage, l’impudeur… Ils sont aussi le fait de journalistes qui se revendiquent comme professionnels - une revendication très actuelle en ces temps où le journalisme citoyen se pose sinon en alternative, au moins en complémentarité avec le journalisme « classique » -, informés et au service de l’information. Ce, particulièrement quand ces journalistes s’attaquent à des sujets « sensibles » - dont on peut se demander s’ils ne le deviennent pas précisément en raison de leur traitement médiatique -, tels l’islam[7] ou les banlieues[8]. Alors, méconnaissance du sujet traité, absence de rigueur dans le contrôle et la vérification de l’information, voire manipulation de l’information pour la rendre plus « vendable » ? Certes, les conditions de travail de nombreux journalistes ne facilitent pas le respect de cette exigence de vérité. Dans une tribune publiée sur le site de Rue 89, Gérard Gastaud[9], un photographe, lève un voile sur un sujet peu, voire pas du tout, traité par les media, et pour cause : la précarité qui s’accroît aujourd’hui dans la presse française. Une précarité qui se traduit par la multiplication des contrats à durée déterminée pour tous les métiers de la presse, c’est-à-dire non seulement les pigistes[10], mais aussi les correcteurs, maquettistes, preneurs de son, cameramen...., la baisse du prix des piges, les délais plus courts imposés aux journalistes… Ce que montre Gérard Gastaud c’est que « la précarité est LA méthode de gestion et de profit de la presse française »[11] et que la « gestion des non-CDI est aussi un bon moyen pour obtenir un article rédigé dans le sens de la direction. Si un CDI refuse de l'écrire, ça sera une aubaine pour un pigiste de le faire. Dans l'autre sens, un CDI pas assez docile sera mis au placard et son travail sera confié à des pigistes. »
Cependant, ceci n’explique pas tout. Et les arrangements avec la vérité que se permettent certains journalistes entament la crédibilité de toute la profession. Outre les critiques qui tiennent à la fiabilité des informations transmises, les principaux reproches des lecteurs tournent autour de l’indépendance des journalistes et des atteintes à la vie privée.
Un journaliste que nous avions déjà croisé dans cette rubrique, Doc Stoeger, propriétaire et rédacteur en chef du Carmel City Clarion, né de l’imagination délirante et ô combien réjouissante de Fredric Brown, fait de l’indépendance à l’égard des pouvoirs politique et économique le fondement même du journalisme :
« Un peu plus loin, je passai devant la banque et cela me rappela son président, Clyde Andrews, qui tenait à m’acheter le journal. (…) Ce qui me déplaisait le plus dans cette affaire, c’était qu’Andrews faisait de la politique et que, s’il contrôlait le journal, le Clarion deviendrait l’organe de son parti. Sous ma propre direction, nous couvrions de boue à égalité chacune des factions quand elles le méritaient, c’est-à-dire souvent, ou de fleurs selon les cas, bien plus rares. Je suis peut-être fou – d’autres que Smiley et Al le prétendent -, mais c’est l’idée que je me fais du journalisme ; un journal doit être impartial, à plus forte raison quand il est le seul de la ville.
Ce n’est pas soit dit en passant, le meilleur moyen de faire fortune. Cette politique-là m’a procuré beaucoup d’amis et d’abonnés, mais un journal ne gagne pas d’argent avec ses abonnés. Il vit de ses annonceurs, et la plupart des hommes de la ville assez importants pour faire de la publicité se mêlaient de la politique, et quel que soit le parti que je cloue au pilori, j’étais sûr de perdre un nouvel annonceur. »[12]
Le constat que fait Doc Stoeger, et à travers lui Fredric Brown, du prix à payer pour conserver une indépendance éditoriale est, sans doute plus que jamais, d’actualité dans un pays comme la France, où les annonceurs sont aussi patrons de presse. Et ce ne sont pas les propos de Vincent Bolloré, propriétaire de la chaîne Direct 8 et des journaux Direct Matin et Direct Soir, qui nous rassureront : « Je ne suis pas un investisseur financier, je suis un investisseur industriel. Je dois donc avoir le contrôle de l’éditorial ». Il ajoute : le client, « ce n’est plus seulement le lecteur, mais l’annonceur »[13], une conception du journalisme qui laisse la part belle à la censure[14] et à l’auto-censure. Une conception du journalisme qui participe aussi de la confusion entre la communication publicitaire et le journalisme proprement dit que l’on observe dans de nombreux media. Comme l’affirme Albert Du Roy - ancien directeur général adjoint de France 2 en charge de l’information, ancien rédacteur en chef du Nouvel Observateur, ex-journaliste à L’Express, Europe 1 et France Inter – dans une interview à France Inter, « les connexions entre industriels et journalistes, entre fabricants de produits touristiques et les journalistes, entre restaurants et les journalistes gastronomiques (…) sont très nombreuses »[15]. Dans la même émission, Pierre Haski, co-fondateur du site Rue89.com, donne un exemple de ce « système de connivence » : « Pour essayer une voiture, on ne vous emmène pas, comme vous le racontez, dans le terrain d’essai du constructeur, on vous emmène aux Caraïbes ou au Mexique ou en Thaïlande, tous frais payés. Bon, l’objectivité du papier à l’arrivée est évidemment délicate. Et, tout ça, c’est un système qui touche l’ensemble de la chaîne de l’information. »[16] De connivence, il en est aussi question entre journalistes et politiques. Albert Du Roy va même jusqu’à parler d’ « endogamie entre les journalistes qui couvrent la politique et les élus qu’ils devraient traiter d’une manière distanciée »[17]. Dans une interview à Mediapart, le philosophe Jacques Bouveresse décrit une autre forme de dépendance : les journalistes « pensent, comme le font, du reste, la plupart des gens, qu’il suffit d’avoir la sensation d’agir librement pour être réellement en train de le faire. Or c’est une banalité de remarquer que l’on peut parfaitement faire preuve, dans son comportement, d’un conformisme, d’une docilité et même d’une servilité extrêmes, et en même temps avoir le sentiment de se déterminer tout à fait librement. (…) et ceux qui pensent et agissent à peu près uniquement en fonction de l’air du temps et de la mode, dans le domaine intellectuel aussi bien que dans n’importe quel autre, sont toujours convaincus de faire des choix absolument libres et même originaux et courageux. Si je vous dis cela, c’est parce que les journalistes, qui sont condamnés par essence à penser essentiellement en fonction de l’actualité, de la vérité du jour et des évidences du moment, sont particulièrement exposés à la tentation de se comporter comme des suiveurs tout en ayant l’impression d’être, au contraire, des pionniers. »[18]
Dans la même interview, Jacques Bouveresse insiste sur un autre travers des media qui contribuent à creuser un fossé entre les journalistes et leurs lecteurs : « les lecteurs reprochent, en particulier, aux journaux (…) de se permettre trop facilement des intrusions inacceptables dans la vie privée des individus, de disposer d’un pouvoir excessif en ce sens qu’il ne semble pas être limité par des contre-pouvoirs suffisants, d’éprouver une difficulté extrême à accepter la critique et à pratiquer une autocritique réelle, et également à reconnaître clairement les abus et les fautes qu’ils commettent, y compris quand ils ont des conséquences destructrices pour la personne et la vie des individus qui en sont les victimes. »[19] Ces « intrusions inacceptables dans la vie privée des individus » et la désinvolture des journalistes quant aux conséquences de ces intrusions pour les individus visés est le pendant de la tendance qu’ont les media à privilégier le fait divers et le spectaculaire au détriment de l’analyse, l’émotion au détriment de la raison et de l’information.
Le livre d’Heinrich Böll est une charge contre ce type de journalisme[20] ; il renvoie également chacun d’entre nous à notre responsabilité de lecteur :
« tirant de son sac les deux éditions du JOURNAL, Katharina demanda si l’Etat - ce fut le terme qu’elle employa - ne pouvait rien faire pour la protéger de toute cette boue et lui rendre son honneur perdu. Elle tenait certes son interrogatoire pour parfaitement légitime tout en ne voyant pas très bien la nécessité d’y passer sa vie privée au crible jusque dans ses moindres détails ; en revanche, elle ne comprenait pas comment LE JOURNAL avait pu prendre connaissance de certains éléments de l’interrogatoire – par exemple l’affaire du « visiteur » - ni se permettre de dénaturer aussi honteusement ses déclarations. Le procureur Hach intervint alors pour lui expliquer qu’en raison de l’immense intérêt porté par le public à l’affaire Götten il avait bien fallu tenir la presse au courant des faits, qu’en raison aussi de l’émotion et de la peur provoquées par la fuite de Götten - fuite qu’elle-même avait facilitée - il serait bien difficile d’éviter une conférence de presse. De plus, ses relations avec Ludwig Götten avaient en quelque sorte fait d’elle un personnage de l’actualité qui suscitait en conséquence l’intérêt justifié du public. »[21]
« une jeune auxiliaire non armée de la police, Renate Zündach (…) rapporta plus tard que pendant tout ce temps – deux heures et demie environ – Katharina Blum ne fit rien d’autre que lire et relire sans cesse les deux éditions du JOURNAL. (…) dans l’espoir de détourner Katharina de cette lecture du JOURNAL, elle avait demandé à son collègue Hüften de la remplacer quelques minutes, le temps d’aller chercher d’autres journaux dont les articles rendaient compte d’une manière tout à fait objective de l’implication de Katharina Blum dans l’affaire Götten et de son interrogatoire. C’étaient en troisième ou en quatrième page de brefs comptes rendus où le nom de la jeune femme n’était même pas imprimé en toutes lettres ; on y parlait d’elle que comme d’une certaine Katharina B., gouvernante. (…) En dépit de leur nombre - l’auxiliaire en avait rapporté une bonne dizaine - ces feuilles n’avaient pas réussi à réconforter Katharina qui s’était simplement exclamée : « Mais qui donc lit ce genre de journaux ? Tous les gens que je connais lisent LE JOURNAL ! » »[22]
Les patrons de presse, qui influent - ou tentent de le faire - sur les contenus éditoriaux, les journalistes qui tolèrent ces intrusions ou cèdent « à la vérité du jour et (aux) évidences du moment » ne sont pas les seuls responsables de ce « processus de descente progressive et d’uniformisation finale au plus bas niveau » que l’on observe aujourd’hui dans la presse. Nous sommes nous aussi, lecteurs, partie prenante de ce processus de nivellement par le bas de l’information, comme le souligne Jacques Bouveresse : « La seule presse qui se vende encore suffisamment et qui n’ait pas de problèmes économiques sérieux est désormais (…) la presse people, autrement dit celle qui vit principalement de la satisfaction de la curiosité malsaine du public pour des choses qui ne le regardent la plupart du temps en rien et dont il n’a aucun besoin de savoir quoi que ce soit. Le problème est que, comme le confirment certains événements récents, la presse dite «sérieuse» sera vraisemblablement de plus en plus tentée d’imiter en partie son exemple. » [23]
Une autre issue est-elle possible ? Sans doute. Mais elle suppose une alliance entre journalistes et lecteurs, ces « gens, (…) ces êtres étranges que (les) journalistes (…) appel1(ent) lecteurs. Ceux qui sont de l’autre côté du miroir, du côté de la réalité. Pas ceux qui l’écrivent, ceux qui la vivent. » [24] Parce que, comme se le répète Olga Lavanderos, « on ne se bat pas bien à partir du Moi, quoi qu’en disent Stirner, Batman, Mickey Mouse et Nietzsche. Les bonnes bagarres se lancent à partir du Nous. (…) Les lecteurs ! Les lecteurs mythiques ! C’est avec eux, Olga, avec les inexistants lecteurs de la Capitale (bien meilleurs que tu ne l’imagines), c’est avec eux, les lecteurs,qu’on fait le Nous. »[25] Et parce que, comme le disait le professeur Santos, au début de ce billet, le journalisme « c’est la clé de la démocratie réelle, parce que les gens doivent savoir ce qui se passe pour pouvoir décider comment jouer leur vie.»[26]
Paco Ignacio Taibo II, Sentant que le champ de bataille…, 1988, Babel, 1993.
Heinrich Böll, L’honneur perdu de Katharina Blum ou Comment peut naître la violence et où elle peut conduire, 1974, Seuil, 1981
Fredric Brown, La nuit du Jabberwock, 1950, Rivages/Noir, 2007 - http://www.cafardcosmique.com/La-nuit-du-Jabberwock-de-Fredrik
[1] Paco Ignacio Taibo II, Sentant que le champ de bataille…, 1988, Babel, 1993, p. 71.
[2] Idem, p. 22.
[3] Idem, pp. 123-124.
[4] Heinrich Böll, L’honneur perdu de Katharina Blum ou Comment peut naître la violence et où elle peut conduire, 1974, Seuil, 1981, p. 32.
[5] Idem, p. 103.
[6] Propos extraits du documentaire "Bild a 50 ans", cités sur le site d’Arte - http://archives.arte-tv.com/fr/archive_30928.html
[7] S’agissant de l’islam, vous pouvez lire la réponse que le chercheur Jean-Michel Cros a adressée à une journaliste de France Soir, qui après l’avoir interviewé dans le cadre d’un article sur une confrérie musulmane, la Naqchbandiyya, sur laquelle travaille depuis 1999 Jean-Michel Cros, a publié un article dans l’édition du 26 février 2007 où s’exprimaient clairement la subjectivité et les préjugés de la journaliste. Dans sa réponse, Jean-Michel Cros propose « de comparer la réalité de cette confrérie avec les propos que nous trouvons dans le journal ». Les résultats de cette comparaison – « les distorsions entre la réalité de terrain et l’habillage journalistique » - sont édifiants. Jean-Michel Cros, « Comment travaillent les journalistes », 11 avril 2007 - http://oumma.com/Comment-travaillent-les
[8] Sur ce point, voir notamment « Dérapages médiatiques sur Villiers-le-Bel », Rue 89, 20 février 2008 - http://www.rue89.com/villiers-le-bel : l’auteur de cet article montre l’emballement de France 2 et France Inter sur l’angle souvent choisi par les media pour traiter des banlieues, à savoir les violences urbaines.
[9] Gérard Gastaud, « L'Omerta de la précarité dans la presse française », Rue 89, 9 décembre 2007 - http://www.rue89.com/2007/12/09/lomerta-de-la-precarite-dans-la-presse-francaise
[10] Gérard Gastaud cite l’exemple du Groupe Marie-Claire, qui possède une dizaine de magazines et emploie 29 journalistes en CDI pour environ 700 pigistes.
[11] Il en donne deux exemples : celui d’un pigiste, cameraman d’une chaîne de télévision qui a été envoyé dans un pays en guerre, sans être couvert par l’assurance que la chaîne aurait dû payer si elle avait envoyé un journaliste en CDI et celui d’une réalisatrice de documentaires qui doit demander le RMI entre deux projets, le producteur de l’émission dans laquelle sont diffusés ses documentaires refusant de la payer pour la préparation d'un sujet et ne la payant que si le documentaire est diffusé.
[12] Fredric Brown, La nuit du Jabberwock, 1950, Rivages/Noirs, 2007, p. 29.
[13] Emmanuelle Anizon, « Le raz de marée Bolloré », Télérama, n°3016, 31 octobre 2007, cité in Johann Colin et Yves Rebours, « Lu, vu, entendu n° 5 : Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant », 12 décembre 2007, Acrimed - http://www.acrimed.org/article2785.html
[14] Pour une illustration de la censure, presque aussi délirante que le roman de Brown mais bien moins réjouissante, pratiquée par le groupe Lagardère sur les magasins Relay, propriété du groupe, et sur le magazine Courrier International, voir David Servenay, « Courrier International et Sarkozy : Lagardère censure aussi », Rue 89, 21 février 2008 - http://www.rue89.com/2008/02/21/courrier-international-et-sarkozy-lagardere-censure-aussi
[15] Interview d’Albert Du Roy diffusée le 22 octobre 2007 dans l’émission "J’ai mes sources" sur France Inter, cité in Johann Colin et Yves Rebours, « Lu, vu, entendu n° 5 : Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant », 12 décembre 2007, Acrimed - http://www.acrimed.org/article2785.html
[16] Interview de Pierre Haski diffusée le 22 octobre 2007 dans l’émission "J’ai mes sources" sur France Inter, cité in Johann Colin et Yves Rebours, « Lu, vu, entendu n° 5 : Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant », 12 décembre 2007, Acrimed - http://www.acrimed.org/article2785.html
[17] Interview d’Albert Du Roy diffusée le 22 octobre 2007 dans l’émission "J’ai mes sources" sur France Inter, cité in Johann Colin et Yves Rebours, « Lu, vu, entendu n° 5 : Avis de recherche d’un contre-pouvoir indépendant », 12 décembre 2007, Acrimed - http://www.acrimed.org/article2785.html
[18] Sylvain Bourmeau, « Jacques Bouveresse : « La presse doit résister à la soumission » », 16 mars 2008 - http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/160308/jacques-bouveresse-la-presse-doit-resister-a-la-soumission
[19] Idem.
[20] L'Honneur perdu de Katharina Blum est la réponse qu’a choisi de faire Heinrich Böll à la presse allemande, et en particulier au Bild Zeitung, qui l’avait violemment attaqué suite à la publication d’une série d’articles dans lesquels Böll dénonçait l’acharnement de cette presse à l’égard des membres de la Fraction Armée rouge.
[21] Heinrich Böll, L’honneur perdu de Katharina Blum ou Comment peut naître la violence et où elle peut conduire, 1974, Seuil, 1981, pp. 54-55.
[22] Idem, pp. 55-56.
[23] Sylvain Bourmeau, « Jacques Bouveresse : « La presse doit résister à la soumission » », 16 mars 2008 - http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/160308/jacques-bouveresse-la-presse-doit-resister-a-la-soumission
[24] Paco Ignacio Taibo II, Sentant que le champ de bataille…, 1988, Babel, 1993, p. 89.
[25] Idem, pp. 91-92.
[26] Idem, p. 71.
28 mars 2008
Fanes de carottes vous bercera!
A quoi rêve-t'on quand on s'endort sous les fanes? Si vous n'avez pas de carottes au jardin, nous vous envoyons un fan-art à la maison. Pour cela, comme d'habitude, vous laissez un commentaire sur ce billet, et quand votre nom apparaît (ô! magie!) dans la liste ci-dessous, vous n'oubliez pas de nous envoyer votre adresse postale à fanesdecarottes(chez)yahoo(point)fr!

Série VI
- 1/VI MAP
- 2/VI Tilu
- 3/VI Kloelle
- 4/VI Véron
- 5/VI Rose
- 6/VI Naf-Naf (tu penses à nous envoyer tes coordonnées stp?)
- 7/VI Vanina
- 8/VI
- 9/VI
- 10/VI
- 11/VI
- 12/VI
27 mars 2008
Le petit jeu des paroles en l'air - 5
Bus 145 bis
Caro_carito
"De qui d'autre serait-elle amoureuse ?" Je sursaute ! Espèce de triple idiote. Ce n’est pas de moi dont ils parlent, je ne les ai jamais vus. Bien fait ! Ça m’apprendra à tourner en rond dans notre appart au lieu de partir à l’heure. Maintenant, je me tape le bus bondé des heures de pointe banlieusardes. Et ces deux-là, je peux parier que ce sont des collègues de bureau qui décortiquent leurs problèmes relationnels. Et dans la foulée, ceux des autres… Ils ne peuvent pas se taire ? J’ai déjà les mollets bloqués par leurs attachés-cases. Non ! J’ai failli hurler. On ne veut plus personne dans ce bus. Sinon je vais tellement être accolée au duo infernal que ma posture va passer pour de l’agression sexuelle sauvage. Allez ! Détendez-vous, souriez les gars ! Offrez-vous un MP3 et branchez-vous sur votre moi intérieur plutôt que de gloser. Au fait, où est le mien ? C’est vrai, mon fils me l’a cassé la semaine dernière.
Je ne peux pas le croire, on dirait vraiment qu’ils sont au courant de ma vie, ma parole ! "Tout ça va finir par te rendre fou, David." Comment connaissent-ils le nom de mon mari ? T’es vraiment une grande nerveuse, ma pauvre fille. C’est une coïncidence. A ce propos, c’est justement ce matin, en voyant sa drôle de tête... Et s’il avait tout découvert ? Mais non… le grand dadais avait mal à l’âme. Taisez-vous là, tous les deux ! Je ne vais pas le quitter. Non. C’est catégorique. J’ai juste eu une petite dispute avec lui, rien de grave… Tiens, les lunettes de droite s’échauffent "C'est vrai, j'existe, tout de même. On ne parle jamais de moi." Il a exactement dit cela, mon sale égoïste de mari. Mot pour mot. Quand je pense qu’il faut lui répéter dix fois par jour qu’il est beau. Le plaindre parce qu’il travaille jusqu’à pas d’heure. Et il me faut lui passer son indolence parce que soi-disant il n’a plus la tête à s’occuper des contingences matérielles. Typique mauvaise foi masculine. Et qui fait tout, qui trime, qui se fait suer ? C’est moi, c’est Julie. Qui bosse aussi. Autant que toi. En silence. Tu n’avais pas remarqué ?
« Si elle a un amant ? » Bien sûr qu’elle a rajouté un peu de crème à son ordinaire, la petite Juju. Je vais me gêner ! Pas question de vous laisser ce privilège ancestral. Qu’est-ce qu’ils croient ces imbéciles ! Que l’on va la jouer Saintes et Immaculées comme nos aïeules ? C’est fini, F I N I. il y a eu 68, la pilule… Tiens, tu remets ça, sur le tapis. Eh bien oui, j’ai un amant et je suis amoureuse. Il est mignon, il est jeune. Quinze ans de différence, ça vous en bouche un coin, les machos. Oh le regard que vous échangez ! Comment peut-il ? Lui, des abdos de magazine, des hanches de dieu grec et une pincée de rides, égarées au coin de ses paupières. Juste ce qu’il faut. C’est un fait, elle, elle n’est plus toute jeune. Son corps accuse le coup. Eh bien, il n’est pas bête, c’est tout. Il ne bave pas sur les croupes callipyges des top-modèles. Avec ses boucles d’ange et ses yeux à faire fondre la banquise encore plus efficacement que le trou de la couche d’ozone, il en a avalé des déconvenues. Exactement. « Toutes des s… » Même moi. Malgré mes mains usées, mes enfants et ma vie rangée, il m’a regardée. Il voulait un peu de tendresse, des mots complices. Un peu de douceur. Pas un « Ça te dit un cinq à sept dans le local des fournitures ? » Parce que maintenant, il faut être performant : rapidité, chiffres d’affaires sexuées, en réel ou via le net « Combien ? Tu dis, 8,5 en six mois, une nymphomane, c’est sûr… son mec, le pauvre… » Des résultats quantitatifs et calibrés et surtout pas de conséquences.
Entre nous deux, l’affaire s’est corsée timidement. A force de s’attendre devant la machine à café. De déjeuner ensemble. Et puis il y a eu un ciné. Une expo. Timidement à pas de loups, nous avons deviné une lèvre qui tremble imperceptiblement, un baiser qui dure une seconde de trop. De fil en aiguille, nos doigts se sont entrecroisés le long d’une tasse de café, nous avons discuté de nous, tout en explorant des territoires de peaux veloutées insoupçonnées. « Que du bonheur ! » Ah non, pas cette expression au rabais !
Lui, c’était mieux que l’ordinaire, c’était solide et mutin. Un entre-deux d’émotions légères. Cela fleurait bon les bisous pour rire et pour jouer. Cela semblait si facile… Nous suivions le chemin balisé des amours dérobées.
Pas trop tôt, les deux commères sont sorties. N’empêche, merci les schnoques, j’ai comme une boule dans la gorge, maintenant.
Il faut que je lui parle alors que je me sais lâche. Je m’étais donnée tout le trajet pour rassembler ce courage qui me fait défaut. Je pleure maintenant. C’est malin. Il va tout de suite le remarquer quand j’entrerai dans le bureau lui dire bonjour. Et si je n’y vais pas…
Il est si jeune. Comment lui avouer... Comment lui dire que je me sens lourde. Il a vingt-cinq ans. Je navigue à un des bords de la quarantaine. Il est amoureux fou. Je devrais quitter David. Je ne sais pas, je ne sais plus...
25 mars 2008
The escape from La Rochelle, Max Maatmosis
Part four
La Rochelle
After establishing that... that they were constantly re-juvenating or rather ageing far slower through the help of what seems secret ancient wisdom, I tried to stay rational and asked:
"So what happened to you two? What happened after Baruch left you behind in the marshes outside of LaRochelle?"
"I gathered some weed, sowed the seeds in an inconspicuous place, and returned, telling the guard that Baruch would come a bit later. The guard wasn't aware how many people exactly were out in the marshes that night anyway. There were others as well, as nearly every night. I gave the guard a percentage of my harvest as what he called tax."
"So you only survived on ...what? ...grass?"
"There is something that I am not proud of, but under the same circumstances would do again. Throughout the ages I learned many trades and profession, but one that proofed to be more useful than any other, particularly at that time, was my knowledge of the human body. I practised as physician then... ...Terrible times make you do terrible things. The piece of meat that we had on the morning before Baruch left us, was not meat from an animal."
"What do you mean?"
"It was still meat from the butcher, but meat that I had supplied to him... When I visited my patients that day, I found 3 of them dead and 1 dying in my arms. 2 of them had no family and 1 of the 2 did not die of a disease but purely of lack of nutrients... I knew that if Baruch wants to make it, he will need more than mental strength, he will need food, real food. That's why I did it."
"I knew nothing about that until almost a year later."
"I didn't tell anyone where it came from --apart from the butcher-- because people would have rated their irrational feelings higher than their own life. I have not survived for so long to be beaten by a situation such as this... Week after week the same happened, but it quickly had got easier, easier with every time, and week after week we were one of the few households who had more than just grass. Outside and all around us, many died of contagious or other diseases because their immune-system was virtually incapacitated, because the rations were too small, but some died purely out of malnutrition and exhaustion. In fact out of about 25000 inhabitants around 15000 died during the last six months of the siege when the food ran out. At first only a few who were ill or poor, but quite soon those numbers grew, and despite attempts by the town council to distribute the supplies fairly, those who had wealth and power were less likely to die - as always in these cases. The butcher although not entirely selfless did a great job, and probably saved many lifes."
"It was patronising of you..."
"But it got us through."
"Yes. It took me a long time to accept what he had done to us, what he had turned us into."
"I am sorry for that. I only tried to..."
"It's alright, dear."
I tried to ease the tension by diverting their attention:
"I thought you were alchemists, what were you doing at that time in La Rochelle in the first place?"
"Calvinism was still a new thing at the time. It was progressive (if you like), and had opened up the way to a new and different life-style and to individualism, although as it later turned out only to fill the freedom with other conformist ideas and more sublime and psychological methods of control than the ones that catholicism had at its disposal... I never got on with the hardliners on either side, but there were many very open-minded and cosmopolitan people among the Huguenots. More than among the Catholics. After all they were sailing the seven seas and trading with the world. La Rochelle was the busiest port in France and culturally well ahead of most other cities. At that time you were not allowed to practice anything else but catholicism or calvinism. So I associated myself with what I thought to be the more flexible, cosmopolitan movement."
"Why did you not leave -- e.g. with Baruch?"
"Baruch was still young and we were even biologically already 55 and 56."
"You could have left like many others did when the siege started."
"I may be old and have witnessed more things than anyone alive, but I'm still not all-knowing. Throughout the first few months there was a genuine anticipation that the English wouldn't let us down, that they would break through and lift the siege. As it turned out they had other things on their mind. And before we realised it, it was too late, and Richelieu's soldiers wouldn't even let our women through."
"And not to forget, we were also trying to make a point. Although it was certainly one of the hardest times of our lives, we still think it was a very tight gamble and everything could easily have swung in favour of La Rochelle... History is not pre-destined, at least not to our knowledge. Therefore to come with the benefit of hindsight and to claim for what by then were mere possibilities to be necessary facts/outcomes, is unfair and false. Do not confuse the single historical outcome of a situation with the myriad of possible future outcomes. Imagine what would be if we had won; if Richelieu had run out of money; if the King had lost interest and abandoned the siege; or if the English had attacked and got supplies through... If Richelieu had failed then he would soon have been replaced, and his nationalist policies and the movement that it inspired --not only in France-- would have been put on hold and behind the religious theme. There were things worth fighting for and we lost only very narrowly."
The end
* * *
Acte quatre
La Rochelle
Après avoir admis cela… qu'ils se régénéraient constamment, ou plutôt qu’ils vieillissaient beaucoup plus lentement, à l'aide de quelque antique sagesse secrète, j'ai essayé de rester rationnel et ai demandé :
"Et donc, que vous est-il arrivé, à vous deux ? Qu’est-ce qui est arrivé après que Baruch vous ait laissé dans les marais à l'extérieur de La Rochelle ?"
"J’ai ramassé quelques algues, semé les graines dans un lieu quelconque, et je suis revenu. J’ai dit au garde que Baruch reviendrait un peu plus tard. De toutes façons, le garde ne savait pas combien de personnes exactement se trouvaient dehors dans les marais cette nuit-là. Il y en avait d'autres, comme presque chaque nuit. J'ai donné au garde un pourcentage de ma moisson, ce qu'il appelait l'impôt."
"Donc vous avez survécu seulement grâce à ... quoi ?... de l’herbe ?"
"Il y a quelque chose dont je ne suis pas fier, mais que, dans les mêmes circonstances, je ferais à nouveau. A travers les siècles j'ai exercé beaucoup de professions, mais celle qui m’a été le plus utile, particulièrement à ce moment-là, a été ma connaissance du corps humain. J’étais médecin, alors... Des temps épouvantables vous font faire des choses épouvantables. Le morceau de viande que nous avions mangé, le matin avant que Baruch nous quitte, n'était pas de la viande animale."
"Que voulez-vous dire ?"
"C'était bien de la viande venant de chez le boucher, mais une viande que je lui avais moi-même fournie... Quand j'ai fait la tournée de mes patients ce jour-là, trois d'entre eux étaient morts et un est mort dans mes bras. Deux d'entre eux n'avaient aucune famille et l’un des deux n’était pas mort d'une maladie mais simplement de dénutrition...Je savais que si Baruch voulait réussir, il avait besoin de quelque chose de plus que sa force mentale, il avait besoin d’une vraie nourriture. C'est pourquoi j’ai fait ça."
"Je n'en ai rien su, jusqu'à presque un an plus tard."
"Je n'ai dit à personne – à part le boucher - d’où venait la viande, parce que les gens auraient placé leurs sentiments irrationnels plus haut que leur propre vie. Je n'ai pas survécu si longtemps pour accepter la défaite dans une telle situation... Semaine après semaine, la même chose se répétait, mais c’était rapidement devenu plus facile, plus facile à chaque fois - et semaine après semaine, nous étions l’un des rares ménages qui mangeait autre chose que de l’herbe. À l'extérieur des murs et tout autour de nous, nombreux sont ceux qui sont morts de maladies contagieuses ou autres, leur système immunitaire frappé d'incapacité, parce que les rations étaient trop maigres, mais d’autres sont morts simplement de sous-alimentation et d'épuisement. En fait, sur environ 25000 habitants, près de 15000 sont morts pendant les six derniers mois du siège, quand il n’y a plus rien eu à manger. Au départ, quelques-uns seulement étaient faibles ou malades, mais rapidement laur nombre a augmenté, et malgré les tentatives du conseil municipal de distribuer équitablement les réserves de provisions, les riches et les puissants avaient moins de chances de mourir - comme toujours dans ces cas-là. Le boucher, même s’il n’était pas entièrement désintéressé, a fait du bon travail et il a probablement sauvé beaucoup de vies."
"C’était une conduite bien paternaliste de votre part ..."
"Mais ça nous a sortis d’affaire."
"Oui. Il m'a fallu longtemps pour accepter ce qu'il nous avait fait, ce en quoi il nous avait transformés."
"J’en suis désolé. J'ai seulement essayé de ..."
"Tout va bien, mon cher."
J'essayai d’alléger la tension en détournant leur attention :
"Je croyais que vous étiez des alchimistes, que faisiez-vous à ce moment-là à La Rochelle, pour commencer ?"
"Le calvinisme était encore une nouveauté à cette époque. C'était un mouvement progressif (d’une certaine façon) et il avait ouvert la voie à un style de vie nouveau et différent et à l'individualisme - bien qu’il se soit avéré, plus tard, que c’était seulement pour remplacer cette liberté par d’autres idées conformistes et par des méthodes de contrôle plus subtiles et plus psychologiques que celles que le catholicisme avait à sa disposition ... Je ne me suis jamais entendu avec les intransigeants de chaque parti, mais il y avait beaucoup de personnes très ouvertes d'esprit et cosmopolites parmi les Huguenots. Davantage que parmi les Catholiques. Après tout ils sillonaient les sept mers et négociaient avec le monde entier. La Rochelle était le port de France qui brassait le plus d’affaires, et culturellement, il était bien en avance sur la plupart des autres villes. À cette époque, on n’avait d’autre choix que d’être catholique ou calviniste. J’ai donc rejoint le mouvement qui me semblait le plus flexible, le plus cosmopolite. "
"Pourquoi n'êtes-vous pas partis - par exemple avec Baruch ?"
"Baruch était encore jeune, alors que avions déjà, biologiquement, 55 et 56 ans."
"Vous auriez pu partir, comme beaucoup d'autres l’ont fait, quand le siège a commencé."
"Je suis peut-être vieux et j’ai été témoin de plus de choses que qui que ce soit de vivant, mais je ne suis toujours pas omniscient. Pendant les premiers mois, nous étions persuadés que les Anglais ne nous laisseraient pas tomber, qu'ils forceraient le blocus et mettraient fin au siège. Il s’est avéré qu'ils avaient autre chose en tête. Et avant que nous l'ayons compris, il était trop tard et les soldats de Richelieu ne laissaient même plus passer nos femmes. "
"Et il ne faut pas l'oublier: nous essayions aussi de prouver quelque chose. Bien que ç’ait probablement été un des moments les plus difficiles de nos vies, nous pensons toujours que c'était un pari très serré et tout aurait très facilement pu tourner en faveur de La Rochelle... L'histoire n'est pas prédestinée, du moins pas à notre connaissance. Et donc, profiter de l'avantage d’une sagesse rétrospective et tenir pour des faits inévitables ce qui, à ce moment-là, étaient de simples possibilités, est un procédé injuste et faux. Ne confondez pas le seul résultat historique d'une situation donnée avec la myriade de futurs résultats possibles. Imaginez ce qui serait si nous avions gagné; si Richelieu avait été à court d'argent; si le Roi s’était désintéressé du siège et l’avait levé ; ou si les Anglais avaient attaqué et nous avaient ravitaillés... Si Richelieu avait échoué, il aurait rapidement été remplacé, et sa politique nationaliste et le mouvement qu'il a inspiré – et pas seulement en France – seraient passés au second plan, après le thème de la religion. C’étaient des choses qui valaient la peine que nous nous battions pour elles, et nous n’avons pas perdu de beaucoup. "
Fin
(traduction ekwerkwe)
The escape from La Rochelle: part one, part two, part three, part four.
24 mars 2008
The escape from La Rochelle, Max Maatmosis
Part three
From
The next time we met, he had invited a lady around, of about the same age as himself (about 60 by the looks of it) who he introduced as Selene to join us.
"The story that you told me last month, when did this happen?"
"In 1628."
"And this really happened?"
"Yes."
"Then, how do you know all these things? This isn't just book-knowledge."
"Because I was there. Or rather we were there." He nodded in Selene's direction.
"We knew you would ultimately ask. We found this is the right time to tell you about it." She added.
"We are what some people would describe as Alchimists. Now where do I start?"
"Tell him about our knowledge."
"Would you believe me if I told you that we have found a way to slow the ageing process?"
He didn't wait for my answer. "Well, we have. Or to be precise, Hermes did, and passed the knowledge down to us. Despite everything he of course ultimately died. And so will we. But our knowledge and technique enable us to age biologically only one year in every 70 times that the Earth rotates around the Sun."
"What do you mean?"
"Biologically, as you can see, I am 62."
"And I 61."
"But we have been in this world for far far more calender years."
I couldn't believe my ears. "What do you mean?" I kept asking.
"For a moment be racist and tell me: Do I look English?"
"Well, you don't look like a Viking if that's what you mean. You look rather Mediterranean."
"And that is because I'm not English. I am Egyptian. Old-Egyptian. Hence the name --Maatmosis-- which is my real name. Across the ages though we have used and lived under many names. In LaRochelle it was Jean and Josephine Delot."
"And we have travelled to many places and moved house many times; usually every 20 years, so that no one notices our secret."
"Well it's not really a secret, it's more like hiding in plain sight. There were always people who sensed something, who sensed that there was something a bit different with us, but who couldn't really put the finger on what that would be."
"The old priest who initiated us had experienced the same and knew where discovery would lead; therefore he had come up with certain rules."
"Where does it lead?"
"He was concerned that if the knowledge got out, and everybody would live extremely long, the world would soon be over-populated. Therefore the first rule must be not to have children of your own. Adoption of course is not a problem. But rightfully he mistrusted people, after an incident where a couple who had been initiated went on to have children, and he became all secretive. So the second rule is to keep moving, so that the people around you don't even notice the absence of change. The third one is to select carefully, who to pass the knowledge onto. But we flaunted this rule a couple of times already, because we discovered that even with the raw knowledge..."
"--and that is all we ever give out--"
"...most people were not actually able to extend their life by any significant degree. We then developed a way of periodically hiding in plain sight. The trick is, to keep the myth going, but to keep it going as a pure myth. Close to the truth and yet only half of it."
* * *
Acte 3
Origine
La fois suivante, quand nous nous rencontrâmes, il avait invité une dame de son âge (à peu près soixante ans, visiblement), qu’il introduisit sous le nom de Séléné et invita à nous rejoindre.
« L’histoire que vous m’avez racontée le mois dernier, quand s’est-elle produite ? »
« En 1628. »
« Et elle s’est réellement produite ? »
« Oui. »
« Dans ce cas, comment savez-vous tout cela ? Vous ne l’avez pas lu dans un livre. »
« Parce que j’étais là. Ou plutôt, nous étions là. » Il désigna Séléné d’un mouvement de la tête.
« Nous savions que tu finirais par nous le demander. Nous avons estimé qu’il était temps de t’en parler. » ajouta-t’elle.
« Nous sommes ce que l’on pourrait appeler des Alchimistes. Bon, par quoi est-ce que je commence ? »
« Parle-lui de nos connaissances. »
« Me croirais-tu si je te disais que nous avons découvert un moyen de ralentir le processus de vieillissement ? »
Il n’attendit pas ma réponse. « C’est vrai. Ou, pour être précis, Hermès l’a découvert, et nous a transmis ces connaissances. Bien sûr, malgré cela, lui-même a fini par mourir. Et nous ferons de même. Mais notre savoir et notre technique nous permettent de ne vieillir, biologiquement, que d’une année pour soixante-dix tours que la Terre fait autour du Soleil. »
« Que voulez-vous dire ? »
« Biologiquement, comme tu peux le voir, j’ai soixante-deux ans.
« Et moi soixante-un. »
« Mais nous avons vécu dans ce monde pendant bien plus d’années. »
Je ne pouvais en croire mes oreilles. « Que voulez-vous dire ? » demandai-je à nouveau.
« Pour un instant, sois raciste et dis-moi : ai-je l’air Anglais ? »
« Eh bien, vous ne ressemblez pas à un Viking, si c’est ce que vous voulez dire. Vous avez un type plutôt méditerranéen. »
« Et c’est parce que je ne suis pas Anglais. Je suis Egyptien. Un antique Egyptien. D’où le nom – Maatmosis – qui est mon mon véritable nom. Pendant tout ce temps, nous avons vécu sous de nombreux noms différents. A La Rochelle, c’était Jean et Josephine Delot. »
« Et nous avons voyagé dans de nombreux endroits, et déménagé de nombreuses fois ; tous les vingt ans, en général, pour que personne ne remarque notre secret. »
« Enfin, il ne s’agit pas réellement d’un secret. Il s’agit plutôt de se cacher en restant à la vue de tous. Il y a toujours eu des gens pour sentir quelque chose, pour sentir une petite différence en nous, mais ils ne pouvaient pas vraiment mettre le doigt sur ce que ça pouvait être. »
« Le vieux prêtre qui nous a initiés avait vécu la même chose, et savait ce qu’il se passerait si nous étions découverts ; il avait donc mis au point certaines règles. »
« Et que se passerait-il ? »
« Il craignait, si notre savoir venait à être connu et que chacun vive extrêmement vieux, que le monde ne soit bientôt surpeuplé. La première règle est donc que nous n’ayons pas d’enfants. L’adoption n’est pas un problème, bien sûr. Mais il n’avait pas confiance, suite à un incident où un couple qui avait été initié décida d’avoir des enfants, et il devint très secret. La deuxième règle est de bouger sans cesse, pour que personne ne remarque l’absence de changement. La troisième est de choisir avec soin les personnes auxquelles nous transmettons notre savoir. Mais nous avons déjà enfreint cette règle plusieurs fois, car nous avons découvert que, même avec le simple savoir… »
« - nous ne donnons jamais davantage - »
« … la plupart des gens ne parviennent pas à prolonger leur vie de façon significative. Nous avons alors développé une façon de nous cacher, périodiquement, en restant à la vue de tous. L’idée est de laisser le mythe perdurer, tout en le maintenant au statut de mythe. Tout près de la vérité, et pourtant inexact. »
(Traduction Ekwerkwe)
The escape from La Rochelle: part one, part two, part three, part four.
23 mars 2008
Le feuilleton dont vous êtes le héros
Nouveau Monde
troisième épisode
MAP
Wally, Zong et Krill se tenaient à présent debout sur la dernière partie visible du vaisseau qui, profondément embourbé maintenant, semblait stabilisé.
Les barques se rapprochaient de plus en plus vite, il y en avait bien une demi-douzaine. Pas de rames visibles ni de présences à bord. Elles se déplaçaient silencieusement sans toucher l’eau. Sous leur coque on percevait seulement un léger souffle qui ridait la surface épaisse et verdâtre du marais.
- « Qu’est-ce que c’est que ça ! » murmura Zong.
- « Regardez » remarqua Krill, « il y a une lumière à l’intérieur ! »
- « Des Lumisiens ! » s’exclama Wally. « J’en avais entendu parler mais je n’en n’avais jamais vus ! Ce sont des êtres réduits à l’état de cerveaux lumineux ! Mais que peuvent-ils bien faire sur cette planète marécageuse ? »
- « Nous allons bientôt le savoir » reprit Zong… « ils nous entourent... »
- « Mais comment allons-nous communiquer avec eux ? » s’inquiéta Krill.
- « Rassure-toi, ce sont des cerveaux, ils vont trouver un moyen ! » répliqua Wally.
De la barque la plus proche jaillit alors un faisceau lumineux de couleur orange qui se mit à clignoter à vive allure avant de devenir bleu, violet, vert… toutes les couleurs de l’arc en ciel y passèrent.
- « Ils cherchent à communiquer avec nos auras morphiques! » comprit Wally. « Il faut brancher le senseur de secours pour amplifier la vision. Zong tu l’as toujours sur toi ? »
- « Il est sur ma ceinture magnétique. »
- « Passe-le moi. Je vais activer le décodeur aurique. »
- « Regardez ! Les autres Lumisiens nous envoient eux aussi des signaux de plus en plus rapides » remarqua Krill.
- « Ils trouvent le temps long, ils veulent communiquer à tout prix ! Zong et Krill, pendant que je règle le senseur, envoyez-leur le code universel BAGDA avec vos casques. Dirigez l’antenne à 10-20 fréquence 15, en message d’attente X23, cela devrait les calmer ! »
- « O.K. » répondirent les deux compagnons.
L’effet fut quasiment instantané : les signaux des Lumisiens redevinrent fixes.
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