28 février 2009
Courrier de février des lecteurs
En février, les auteurs ont creusé et ont fait jaillir des sources.
Pestilence, InFolio
Remonter aux sources (première et deuxième parties), Map
Puits de souvenirs, Shi May Mouty
µµµ
La Tour Eiffel a disparu plusieurs fois, sans jamais réapparaître.
Esprits d'hier, Caro_Carito
La Tour, prends garde!, Map
La demoiselle disparue, Shi May Mouty
µµµ
"Ceux d'en bas" ont poursuivi leurs aventures, tous les dimanches
ép. 7 (Ekwerkwe), ép. 8 (InFolio), ép. 9 (Pandora)
Et les port-folio d'une civilisation disparue rassemblé par InFolio y a fait étrangement écho.
µµµ
Les enchères photographiques ont vu s'affronter Map et Véron pendant toute une journée
première partie
deuxième partie
troisième partie
les résultats
et il y a même eu quelques prolongations...
par InFolio
par JF & Vanina
par InFolio, Map et Veron
µµµ
Llo et InFolio ont exposé ce qu'il se passe quand les robots deviennent capables d'agir ensemble;
et InFolio a proposé un nouveau fan-art.
µµµ
Encore un grand merci aux auteurs de février, et on saute à pieds joints dans le mois de mars!
µµµ
Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe, InFolio, Rose_Alu et Sébastien!
Les auteurs de février
CARO_CARITO

J'écris depuis... très longtemps
Je lis depuis encore plus longtemps
Sinon trois brigands, un job prenant où étrangement...
je lis et j'écris et corrige aussi
ne m'empêchent pas d'y replonger le soir.
Mais dans un terreau moins aride.
Une partie de mon éducation livresque est originaire d'Amérique latine,
mon imagination galope bride abattue et j'aime y mettre une touche irréelle.
Mais pas toujours.
BLOG : Les heures de coton
* * *
EKWERKWE

Toute petite,
je voyais rarement les lampadaires à temps pour les éviter. Adulte, je
continue à rêver debout, et n'évite pas toujours les obstacles qui se
sont faits plus subtils.
Écrire? Non, surtout pas. Mais
jouer, oui, toujours, dans le bac à sable de Fanes de Carottes où je me
sens si bien - tant pis pour Georges, pour Ursula, pour Paco, pour
Alain... S'amuser, ce n'est pas vraiment trahir.
BLOG: Ekwerkwe's nest
* * *
INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors
de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère
bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don
de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non
scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait
raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent
l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour
leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses
heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée
l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches
minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
* * *
J-F
Né le 9 avril 56.
J’ai deux grands enfants, 19 et 21 ans.
Carré dehors (papa militaire oblige) mais original « dedans » !
Chirurgien-dentiste de formation.
Je pratique aussi la photo (sujet de ma thèse de doctorat).
Amateur d’histoire, j’approfondis pour l’instant la période 14-18 et collectionne les objets qui s’y rapportent.
Sinon, curieux de tout !
BLOG: Art'moureusement vôtre
* * *
LLO
Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.
BLOG : famille de geeks
* * *
MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
* * *
PANDORA

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …
Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…
BLOG : Les poèmes de Pandora
* * *
SHI MAY MOUTY
Après avoir enseigné à des grands enfants, elle a entrepris de déterrer des ancêtres et de lire tous les livres achetés par ses deux enfants et une bibliothèque municipale en entier. Il n’empêche que sa vie est pleine de trous.
* * *
VANINA

Née en 1964 à Paris, dans un milieu artistique,
je suis la « petite dernière » d’une famille de 6 enfants.
« On » me dit collectionneuse de collections…
J’ai un fils, né en 1987, dont le père est décédé en 1995.
J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
- « Il ne faut jamais oublier ses rêves.»
- « Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG: Art'moureusement vôtre
* * *
VERON
// Photo non contractuelle //
BLOG : Véron'Fot
27 février 2009
L'effacement de la Tour Eiffel - 3
La demoiselle disparue
Shi May Mouty
« Demandez France Matin ! Tout sur la disparition de la Tour Eiffel ! »
La nouvelle explosa en milliers d’éclats, semant la stupeur puis la terreur. Des cardiaques moururent. Des neurasthéniques se suicidèrent. Des femmes pleurèrent, se frappant la tête de leurs poings serrés. Des bébés hurlèrent dans leur berceau. Les accidents de circulation se multiplièrent : stops grillés, feux rouges brûlés. Paris n’était plus qu’un immense embouteillage.
Puis l’information atteignit toute la France par la voix des ondes, le papier, et pour finir la rumeur… On l’accueillit parfois d’un sourire narquois : « Les Parigots, ça leur fera les pieds ! »
Mais à Paris, l’affaire n’était pas prise à la légère. Le gouvernement faillit sauter pour incapacité notoire à gérer les biens de la nation. En pleine séance de l’Assemblée Nationale, les députés se mirent à chanter La Marseillaise. La patrie était en danger. C’était la catastrophe. D’heure en heure le scandale enflait.
L’élite de la police et des services de renseignement fut convoquée en urgence au Palais présidentiel. Des indics furent énergiquement interrogés. Les promeneurs réguliers du Champ de Mars, qui avaient eu le tort de s’y trouver au mauvais moment lors d’une rafle de police à la recherche de témoins potentiels, vécurent une nuit d’angoisse. Les salles de garde à vue débordèrent de suspects clamant leur innocence.
Mais rien. On ne trouvait rien. Ni coupable, ni Tour.
La bourse de Paris dégringolait, les épargnants, les boursicoteurs voyaient fondre leur capital. La crise s’installait, on était au bord du cataclysme.
Le commissaire Maigret, la pipe éteinte à la main, arpenta les quais de Seine, en vain.
Un petit homme chauve, rondouillard, à la moustache cirée, examina l’air songeur les énormes traces laissées par les pieds de la Demoiselle disparue. Il croisa en chemin deux compatriotes hébétés portant un chapeau melon qui cherchaient un marchand de frites belges. Le mal du pays les prit alors tous les trois et ils renoncèrent à leur enquête.
Le lendemain, arriva Rouletabille, le nez en l’air, toujours à la recherche d’un certain parfum.
Sherlock Holmes examina les trottoirs à la loupe, n’y vit que des crottes de chien et, ayant oublié son violon et diverses substances qui lui étaient nécessaires pour réfléchir, repartit à Londres.
La nouvelle traversa l’Atlantique, où elle émut beaucoup. Enfin, au moins pour sauvegarder les apparences, de manière diplomatique. La spéculation sur les produits dérivés débuta tandis que les grands détectives locaux, jugeant leur réputation en jeu, vinrent se joindre à cette enquête extraordinaire. Eliott Ness adora le champagne et les bordeaux rouges. Philipp Marlow succomba au charme des parisiennes. Par un après-midi ensoleillé, deux parachutistes se posèrent sur le parvis de Notre-Dame. James Bond et Indiana Jones étaient décidés à montrer que l’union de leurs intelligences et de leurs muscles leur permettrait de résoudre rapidement ce petit problème sur lequel ces frenchies attardés piétinaient. On les vit le soir même aux Folies-Bergères et au Moulin-Rouge. James et Indiana montrèrent leur efficacité à vider des bouteilles de whisky. Les jours suivants on les y revit, toujours accompagnés de voluptueuses pin-ups au décolleté éblouissant, à la jupe virtuelle, aux jambes de gazelles moulées de cuissardes noires. Ils en oublièrent leur enquête.
Le désespoir mêlé de fureur de la population était total : « On ne reverra jamais la Tour Eiffel ! », « Le voleur ne serait jamais arrêté ! » Le gouvernement tremblait, craignant les pires émeutes, d’autant qu’il avait fait passer en force des réformes peu populaires durant les semaines précédentes. On changea de premier ministre pour faire bonne figure.
Mais heureusement l’été arriva. L’Assemblée Nationale se vida. Les campings des Flots bleus se remplirent. Le peuple n’écouta plus les informations. On augmenta la TVA sur les denrées de base, allégea les impôts sur les grandes fortunes des ministres et des députés, on réforma l’Education Nationale, et on demanda aux salariés de travailler jour et nuit pour compenser les pertes dues à la crise financière. Pas de pavés sur la plage, personne ne réagit.
A la rentrée, peu à peu, on se résigna. On évoquait encore parfois, en chuchotant, les noms de Furax, d’Arsène Lupin ou de Fantômas, dont les célèbres méfaits avaient traumatisé à jamais la France entière. On mentionna également un spectacle de David Copperfield qui aurait mal tourné… D’autres, plus farfelus, parlèrent d’extra-terrestres (mais eux aussi disparurent, et bien vite).
Pendant quelques années encore, parfois, une bonne ménagère époussetant son buffet admirait, les yeux emplis de larmes, une petite Tour Eiffel de plastique flanquée d’un thermomètre. Puis elle détournait les yeux pour regarder, juste à coté, le Mont St Michel dans sa boule de verre, au milieu d’un nuage de neige.
***
La Tour Eiffel a disparu... Que s'est-il passé ?
26 février 2009
Sources - 1.2
MAP
Sources
Source de Jouvence
****
Retenue à la source
****
Source d'inspiration
****
Source thermale
****
Cette participation répond à l'appel "sources"
24 février 2009
L'effacement de la Tour Eiffel - 2
Esprits d’hier
Caro_carito
J’avais appris à aimer les étoiles à travers sa robe de strass pailletée. J’entendais son rire sonore et grave quand je m’accoudais à la fenêtre tous les soirs pour contempler la dame de fer. J’aimais sa silhouette sobre se détachant des toits de zinc et de la marée mouvante de la ville. Chaque soir, le combat commençait, d’une part le ciel qui s’escrimait à s’assombrir et à vouloir garder sa grisaille charbonneuse, de l’autre une ville où à chaque instant une fenêtre, puis deux, trois… éclairaient les pavés et les façades silencieuses. Et elle, juge impartiale qui drapait le ciel de jais d’étoiles factices. Lutte inégale où les seuls astres qui éclairaient mes yeux étaient ces petites lucioles électriques parsemées par la belle de métal.
Je fermais, au bout d’un temps qui semblait interminable à ses yeux, les volets rouillés et je le rejoignais dans le clic-clac inconfortable. Il riait alors, passant une main dans mes cheveux. Princesse, je n’ai pas besoin de décrocher la lune, ni de t’offrir les étoiles. La tour Eiffel, c’est tout ce qu’il te faut pour rêver. Et je m’endormais.
Je m’appelle Larsen et je dis la bonne aventure. Dans une boutique qui fleure l’encens et d’autres senteurs bleutés : les fils du vent. J’officie dans l’arrière boutique de 2m sur 3m40. Côté ambiance, j’ai vu pire. Tapissée de vrais kilims et de coussins satinés. Quelques vagues croûtes à la manière orientaliste ornementent le local et des pampilles aux facettes colorées. Genre décor des mille et une nuits, tout en toc mais joli. Sur le plafond, des copies scintillantes d’Orion, de la grande Ourse et des Gémeaux me rappellent que la vérité se trouve derrière les apparences. Je peux lire dans la paume d’une main même si la ligne de vie s’effiloche au fil des heurts et malheurs. Carte après carte, je fouille dans les méandres des pensées de la jeune fille aux ongles rongés. De la ménagère dont les yeux rougis sont lourds de mascara et d’eye-liner, ou du cadre à l’apparence FHM et aux secrets version Détective. Je peux évoquer les morts mais je ne le fais qu’à reculons. La plupart sont assez discrets. Mais ma défunte famille, qui s’étend depuis la nuit des temps, a tendance à en rajouter dans le mélo dès que je m’adresse à un de ses condisciples. Déjà que la plupart du temps l’avenir n’est pas rose… les tragédies, j’évite. Ca fait fuir le chaland. Et puis à quoi bon… Evoquer le malheur ne peut faire dévier ni le destin ni le regard sur les jours à venir, c’est à l’instant où il frappe qu’il faut rassembler ses forces. Et rebondir.
D’ailleurs, ils se sont bien gardés de m’en parler. Pas un seul n’a osé la ramener, ces fausses grandes gueules. Pas même cette ordure de Théodore, ultra droitiste, bouffeur de rouges, qui avait envoyé son frère au bagne parce qu’il était anarchiste. Même lui, ce salopard – irrésistible au demeurant -n’a osé m’avertir. Paul est mort, le crabe l’a emporté. Vers la fin, il avait si mal que je n’arrivais pas même à déplier ses doigts. Il était maigre, sa gaité s’était réfugiée dans le fond de ses yeux. Je les revois encore comme ses étoiles minuscules du fin fond du firmament qui, paraît-il, sont déjà mortes.
Quand il m’a quittée, ils étaient tous là, rassemblés en une masse moutonneuse près de la fenêtre grise de la chambre d’hôpital. Certains avaient conservé leurs habits d’époque, ce qui leur conférait un air ridicule. Comment les prendre au sérieux ? J’ai fermé les yeux pour ne plus les voir. Avais-je rêvé que Paul m’avait renouvelé sa promesse ? Je te décrocherai la tour Eiffel, petite, pour te faire encore rêver… avait-il murmuré au cours de cette dernière nuit de veille. Un rêve, un de plus. Illusion.
Les semaines qui suivirent son décès n’ont laissé aucune trace dans mes souvenirs. Perdu dans un autre monde, je fis fureur comme cartomancienne. Le soir, j’essayais de m’endormir malgré mes larmes, entourée de mes deux chats. Je sursautais sans cesse. Car s’il ne se montrait, Paul était là. Je sentais sa présence à la teneur de l’atmosphère, à un imperceptible craquement des plinthes. Il me hantait. Pas seulement lui, je devinais que la famille au grand complet, rodait non loin de là. Beaucoup se plaignent des vivants mais je vous assure que les défunts en sont une version parfois pénible et, de surcroit, éternelle.
J’oubliais même de jeter un regard à ma bien-aimée. Comment avait-il pu me promettre mieux que la lune et me laisser seule et désespérée ? Pour échapper à la pesante atmosphère familiale qui investissait jusqu’à mon lieu de travail, je pris un ou deux jours de congé et me mis à arpenter les cimetières. La compagnie y est nombreuse et, comme je l’espérais, a le mérite de m’être complètement étrangère : ces morts-là ne me harcelaient pas. Au bout de deux jours, j’avais fait le tour des lieux parisiens et m’apprêtais à refaire une petite virée au Père Lachaise. J’avais envie à me mêler à la foule de vivants et d’ombres qui hantaient la tombe d’Allan Kardec. A quelques mètres du mausolée du Maître spirite, je me sentais dans ce pays familier, à mi-chemin entre deux versants de cette réalité qui me pesait. Je dus rebrousser chemin, j’avais oublié que la nuit tombait vite en décembre.
En chemin, mon regard s’accrocha aux décorations de Noël qui clignotaient deçà delà. Les fêtes s’éloignaient déjà, souvenir passé et bruits floutés. Bientôt, seules quelques dizaines de photographies dormiraient à l’abri d’un disque dur, témoins oubliés de l’année défunte. J’étais passé à travers les fêtes comme un zombie. L’univers de l’hôpital, ses douches à l’italienne hygiéniques et mes vaines tentatives d’adoucir les murs uniformes en accrochant quelques cadres me poursuivaient où que j’aille. L’odeur de Bétadine et d’antiseptique me collait à la peau et semblait s’être réfugiée dans tous les replis de mon existence. Je rentrais dans notre appartement en étrangère, m’autorisant un ou deux allers-retours entre kitchenette, salle de bain et clic-clac même pas déplié. Triangles des Bermudes où je me protégeais des ombres qui effleuraient ma chair et mon esprit.
Il était encore trop tôt pour rentrer, je décidais de marcher, de m’autoriser une longue boucle parmi la foule affairée. Je contournai l’église de la Madeleine et laissai les Tuileries sur ma gauche pour atteindre Champs Elysées ; je marchai dans le froid piquant jusqu’au Trocadéro, vaste blessure en flanc de colline. Du haut de l’enfilade des bassins en dormance, je m’accoudai à la balustrade. Dans le crépuscule finissant, le ciel s’offrait à mon regard avec une rareté bouleversante. Envol des cieux dans un kaléidoscope urbain et schizophrène. Je m’assis sur les marches de marbre et je la vis, mon étoile, mon firmament. Une masse d’acier effrayante aux pieds desquels se frottait la Seine. Je comptai les étoiles scintillantes qui la parcouraient en un long frisson électrique, comme si, au lieu de m’endormir, les chiffres magiques que je prononçai, allaient assoupir ma peine. Je fermai les yeux. Il n’était pas loin, son parfum poivré flottait non loin de moi. Je glissai ma main dans ma poche et je sentis un objet pointu. Je vis alors entre mon pouce et mon index une minuscule tour Eiffel. Je levai les yeux, la vraie, celle en dur et en acier avait disparu. J’entendis soudain des rires fuser, c’étaient eux, ces fous... Je tournai ma tête en direction du tohu-bohu, ils étaient tous, là, même ma tante Fabienne, même Théodore. Lui, je le vis soudain apparaître, perdu dans cette multitude de bric et de broc, presque transparent. Il me fit ce petit signe de tête qui lui allait si bien avant de disparaître.
Je sentis briller sous mes doigts le minuscule bijou. Je sus que les larmes qui coulaient sur mes joues avaient l’éclat des étoiles. Il avait décroché mon rêve.
* * *
Ce texte a décroché la Tour Eiffel...
23 février 2009
Enchères photographiques
Les Fanes se sont concertées, ont rempli des grilles, ce n'était pas facile...
Qui de Map ou de Veron, après avoir réalisé douze magnifiques photos sur des thèmes aussi biscornus que "Dans le creux de ma main" ou "Montres lacustres", allait remporter la planche originale des quatre premiers fan-arts d'InFolio (crayon noir sur Canson 180g)?
Vous vous souvenez de la sorcière chevauchant une carotte? De la demoiselle joueuse descendant un toboggan?
Quant aux deux autres, ils resteront un mystère... jusqu'au mois prochain.
Et c'est Veron qui a gagné!
Un grand bravo à elle,
et un grand merci à tous ceux qui ont participé!
22 février 2009
Le feuilleton du dimanche
Ceux d'en bas
neuvième épisode
Pandora
Mais si la Collection se trouvait encore dans la planque, elle était fichue, c’était une certitude. L’explosion puis l’inondation avaient fait leur œuvre. Les corps se mélangeaient aux papiers et aux bouteilles, leurs morts se mêlaient désormais aux vestiges de la vie de ceux qui se terraient dans ces boyaux. Les corps de leurs amis que ceux d’en Bas avaient tués sans pitié. Plus question de perdre de temps. Même s’ils n’étaient que deux, ils étaient mieux armés et surtout mieux entrainés qu’eux. Les nouveaux renforts mettraient bien trop de temps à arriver pour réussir à rattraper les fuyards. Il fallait agir. Intergure se tourna vers Messidor :
- Moi je continue, je ne veux pas que ces rats s’en tirent après ça. Nous sommes bien préparés et à deux nous avancerons plus vite que leur groupe de bras cassés. Tu me suis ?
- Oui, bien sûr, mais laisse-moi tout de même appeler les autres pour leur expliquer ce qui se passe. J’ai besoin de cinq minutes
- Pas une de plus, la traque doit commencer. Je ne t’attendrai pas Messidor.
- Je reviens…
Elle remonta à la surface et se dirigea vers son sac. La nuit commençait à tomber mais les radiations paraient le sol d’un éclairage qui n’avait rien de naturel. Elle prit un couteau qu’elle cacha dans sa manche et quelques boites de cartouche pour son pistolet. Elle mit le tout dans une besace puis elle s’approcha de la radio dont elle changea la fréquence.
« C’est moi, je suis seule… Ils sont plus malins que ce qu’on croyait, ils ont tué les renforts et la fille a filé… Oui, je vais bien…Non, Intergure n’a rien compris. Non, je te dis, cet imbécile croit que la Collection existe vraiment…Je peux la ramener vivante et me débarrasser de lui en même temps…Mais…Laisse-moi essayer…Il nous faut absolument son bébé…Tu ne le regretteras pas…Préviens les autres qu’il ne voulait pas les attendre, ça rendra sa disparition plus crédible… » .
Elle remit la fréquence sur celle des renforts, prit la besace et descendit pour rejoindre Intergure qui s’était déjà mis en route sans elle.
- Imbécile siffla-t-elle entre ses lèvres, tu ne perds rien pour attendre.
Elle pressa le pas pour le rejoindre. La poursuite avait commencé.
***
Cela faisait maintenant de longues heures que Daisy et Rongi pataugeaient dans la semi obscurité des boyaux souterrains. Ils s’étaient juste arrêtés quelques minutes pour boire et manger un peu. Leur progression était rendue pénible par l’eau qui ralentissait la marche et obligeait à monter haut les genoux. Ils étaient même immergés jusqu’à la taille dans certains passages mais Daisy continuait à avancer, imperturbable. Les visions avaient été précises et elle ressentait comme une impression de déjà vécu en reconnaissant certains endroits de son rêve. Sinon la voix prenait le relais pour la guider. A chaque intersection, elle se dirigeait donc sans l’ombre d’une hésitation, ce qui rassurait Rongi. Ils ne parlaient pas pour ménager leur souffle mais aussi parce que les pensées de Daisy se précipitaient. Elle se demandait qui était le père de son bébé et s’il était encore vivant. Elle réfléchissait à ce que lui avait dit Viv sur le bébé qu’elle portait en elle, celui qui allait peut-être les sauver. Pourquoi la Voix n’avait-elle pas parlé de ça ? Elle pensait au pauvre petit Jim qui devait pleurer et l’appeler, emporté dans quelque coin sombre, coincé quelque part peut-être. Elle ne voulait pas imaginer qu’il puisse être mort, lui aussi.
Ils marchaient maintenant au sec depuis quelques centaines de mètres et commençaient à remonter, le terrain devenait légèrement pentu. Ils arrivèrent dans une zone plus claire, nimbée d’un halo lumineux. Les murs étaient recouverts de mots écrits avec des lettres de couleurs. On distinguait, telle une peinture rupestre, quelque chose qui ressemblait à « Mort aux .aches ». Qu’étaient donc ces « aches » ?
Ils arrivèrent enfin à une intersection dont l’une des branches menait à une épaisse porte métallique.
- C’est là, comme dans mon rêve. Nous y sommes Rongi.
- C’est la sortie ? Qu’est-ce qu’il y a derrière la porte ?
- Je ne sais pas, c’est ici que ma vision s’est arrêtée, mais nous y sommes. Je reconnais les drôles de peintures sur les murs.
Rongi se précipita sur la poignée qu’il tenta d’actionner à plusieurs reprises. En vain. Il eut beau tambouriner à la porte, la pousser de l’épaule ou essayer de forcer la serrure, la porte refusait obstinément de s’ouvrir.
- Mais c’est fermé ! Ta sortie est bloquée ! On est coincés !
Sa voix montait dans les aigus à mesure qu’il perdait un sang-froid déjà mis à mal par la fatigue et les émotions des dernières heures. Il prit Daisy par les épaules et se mit à la secouer violemment « C’est de ta faute si on est partis. C’est de ta faute si tant sont morts. Et maintenant on est coincés dans ce boyau. Tu te rends compte de ce que tu as fait ? »
Daisy essayait de se dégager, de ne pas écouter les mots que vomissait Rongi. Tous ces morts, et si elle s’était trompée ?
- Moi je retourne aider les autres, il n’y a rien ici. Tu n’es qu’une… une… folle !
- Attends Rongi…
Elle essaya de le calmer et de le retenir mais il la repoussa violemment en arrière contre la paroi qu’elle heurta de la tête. Elle tomba et perdit connaissance. Rongi se précipita vers elle mais elle ne réagissait pas. Affolé, il s’enfuit chercher des secours… Qu’avait-il fait ? Daisy… Il ne voulait pas la tuer…
* * *
Quand elle reprit connaissance, elle était allongée dans une pièce aux murs blancs. Sa marque la brûlait et elle avait très mal à la tête. Les souvenirs affluaient par vagues douloureuses, la mort de Pope, celle de Verox, les visions et la vague qui avait emportée Jim. Son bébé. La porte fermée puis le trou noir. Elle retint avec peine un haut le cœur…
Une femme entra, vêtue d’une combinaison blanche, suivie d’un homme armé d’un fusil.
Elle porta machinalement une main à son ventre, comme pour protéger celui qui représentait tant d’espoir. Qui étaient ces gens ? Amis ou ennemis?
à suivre...
21 février 2009
Port-Folio SFFF
Dès demain, vous retrouverez notre feuilleton collectif post-apocalyptique, Ceux d'en bas.
Mais en attendant, place à une
Civilisation disparue
InFolio
* * *
Vous aussi, vous décelez des traces d'ailleurs dans le réel?
du futur dans le présent?
Alors, montrez-nous ce que voient vos yeux!
20 février 2009
Sources - 3
Pestilence
InFolio
Une mouche
Il y a une mouche
Elle rôde, tourne, examine,
repère, renifle
Pas bête cette mouche, elle se
pose sur la couverture
Elle me nargue et je n’ai pas
la force de faire un geste pour la chasser
Elle est là sous mon nez, ma
seule compagnie, ma seule visite de la journée
Elle se lisse les ailes de
ses pattes, répète encore ce mouvement, elle se prépare à se régaler
Elle a senti l’odeur de mort
qui plane dans la chambre, là, sur moi, tout autour de moi
Elle a senti cette fragrance dont je
suis la source, une promesse de fin proche
Elle s’approche encore,
bientôt elle sera sur moi, patience la mouche
Mes douleurs sont trop
grandes, cet endroit trop vide, comme moi
Patiente petite mouche,
bientôt tu pourras en profiter, bientôt
Déjà je ne bouge plus, je me
vide, je vais passer sous peu
Reste une chose à décider
Comment faire
Patience
18 février 2009
Les enchères revues par Véron, InFolio, Map
... il y a eu des photos supplémentaires...
Véron
Sous le chapeau
L'un pour l'autre
Volatil(e)
A quoi ça sert
InFolio
Grains de beauté
Déluge
Sous le chapeau
Map
Rêver sous les branches
Sous le chapeau































