15 mai 2008
A vos souhaits !
Je hais les carottes
Infolio (texte) & Ekwerkwe (illustration)
« Je hais les carottes, je hais les carottes, je hais les carottes », répète inlassablement le petit Juliame, environ 6 ans terrestres.
Pour une raison qu’il ne connaissait que trop bien, sa mère était fan de carottes. Elle lui en faisait manger presque à tous les repas. Elle avait décoré la maison d’objets de couleur orange en grand nombre et avait une collection d’objets en forme de carottes. Tout cela le traumatisait.
Première raison de haïr les carottes.
« Je hais les carottes, je hais les carottes, je hais les carottes. » Traumatisé, il l’a été avant même sa naissance, au chaud sous forme de cellules en cours de division, de multiplication et de spécialisation, au sein du nid douillet des chairs riches en sang de l’utérus de sa mère. Sa mère, récemment fécondée, avait alors été soumise à l’épreuve ultime, la traversée du champ de carottes psychosensibles. Il avait compris très vite combien cette épreuve pouvait se révéler dangereuse. Les récits de personnes déchiquetées par la colère des fanes étaient légion. Elle avait réellement couru un grand danger.
Deuxième raison de haïr les carottes.
« Je hais les carottes, je hais les carottes, je hais les carottes. » Cette épreuve avait d’ailleurs failli lui être fatale, au pauvre Juliame. La pâmoison suprême et intense de toutes les racines, et l’extase harmonieuse des fanes avaient été accompagnées d’une libération de substances chimiques inodores mais concentrées.
Sa mère, les ayant respirées à plein poumon s’était trouvée toute retournée durant quelques jours. Il s’en était fallu de peu qu’elle ne fasse une fausse couche.
Troisième raison de haïr les carottes.
« Je hais les carottes, je hais les carottes, je hais les carottes. » En plus, elles l’avaient dépossédé de sa tranquillité d’esprit. Petit Juliame, pourtant à peine formé, ressentit alors de manière très précise tout son environnement. Les capacités psychosensibles des carottes explosèrent dans les cellules souches destinées à devenir son être. La majeure partie de son patrimoine génétique avait été influencée faisant de lui un être psychosensible télépathique.
Il gardait un souvenir très net de son accouchement et de la douleur que ressentit sa mère. Se sentir responsable de ces douleurs rendait les choses encore plus insupportables pour lui.
Quatrième raison de haïr les carottes.
« Je hais les carottes, je hais les carottes, je hais les carottes. » Et ces capacités lui pourrissaient la vie. Il pensait être le premier, et il s’était bien gardé de s’en vanter de peur de devenir un paria. Inconsciemment, il avait su très tôt qu’il ne fallait pas qu’il révèle le fait qu’il lisait dans la tête des gens mieux qu’il ne savait déchiffrer les graphèmes de l’écriture que les matrières de l’école essayaient de lui inculquer. Lire était devenu un jeu d’enfant, il lui suffisait de répéter ce que ses camarades et la matrière lisaient dans leur tête.
Il admettait que ça pouvait présenter des avantages, mais par opposition, entendre toutes les pensées les plus intimes et secrètes de tous ceux qui l’entouraient avait de quoi rendre fou.
Alors, pour couvrir le bruit de fond ambiant souvent il se répète inlassablement : « Je hais les carottes, je hais les carottes, je hais les carottes. »
Ce texte et son illustration répondent à l'appel permanent "A vos souhaits !"
Commentaires
Espoir .
Suite à un nouveau cycle de mutations, les carottes ont remplacé leurs terribles fanes psychosensibles par des feuilles de navets .
Ah! Véron! Mais les feuilles de navet (quand elles poussent sur les carottes) sont-elles moins terribles que les fanes?
nom d'un machaon ! c'est bien vrai !
Pauvre petit Juliame, il est fort à plaindre en effet.
Bravo pour texte et illustation ! J'aime particulièrement la coiffure du gamin !
Sa chère maman l'a coiffé manière fanes de carottes !
Hélas, Map, je crois que sa maman aussi a été traumatisée... au point que l'on ne sait plus si l'on a affaire à des légumes ou à des petits garçons...
Doit-on comprendre que la gestion du magazine commence à peser chez certaines fanes ?
Vous allez me répondre non. Alors dispensez-vous en.
Sinon dire que lire, ok, il maîtrise.
Mais conjuguer ?
Je SUIS les carottes !
J'AI l'escarre haute !
plus que les suivre, il les fuit :o)
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