30 septembre 2008
Auteurs de septembre
CARO_CARITO

J'écris depuis... très longtemps
Je lis depuis encore plus longtemps
Sinon trois brigands, un job prenant où étrangement...
je lis et j'écris et corrige aussi
ne m'empêchent pas d'y replonger le soir.
Mais dans un terreau moins aride.
Une partie de mon éducation livresque est originaire d'Amérique latine,
mon imagination galope bride abattue et j'aime y mettre une touche irréelle.
Mais pas toujours.
BLOGS : Les heures de coton et les 1001 vaches
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INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors
de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère
bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don
de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non
scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait
raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent
l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour
leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses
heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée
l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches
minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
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JOSEFA
J’aime
me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en
décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des
fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes
livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé
d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je
barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en
principe avant d’arriver au point ou au trait final.
BLOG: Le Monde 1900
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KLOELLE
J'ai déjà 37 ans et trois enfants sympas.
Je travaille dans une administration...
Je suis pianiste à mes heures perdues...
Lectrice à d'autres heures perdues...
Et j'aime jouer avec les mots et les émotions à des heures que je cherche encore.
BLOG : Une valse de rien
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LUMA
Naissance en 1986 quelque part dans les montagnes. A beaucoup lu et écrit, fait des études et vu du pays.
Auteurs préférés : Terry Pratchett, Stephen King, Daniel Pennac, Robin Hobb, Ptitluc, Ayroles, Binet, Franquin, Urasawa, Clamp… etc.
Record à Tetris : 200 lignes.
BLOG : Ecriveuse en herbe
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MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
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PANDORA

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …
Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…
BLOG : Les poèmes de Pandora
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VAL
Epouse résignée,
Retenue de force en son foyer
Qui préfère les livres à la télé
Et écrit contrainte et forcée.
Bloggeuse,
Plus que bosseuse
Observatrice ?
Et encore plus … SIMULATRICE !
BLOG : Le blog à Val
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VERON
À 50 ans passés,
je me demande encore pourquoi la "lecture" reste mon plus mauvais souvenir
d'enfance et de scolarité...
BLOG : Véron'Fot
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Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
et StellaSabbat !
Courrier des lecteurs de septembre
En septembre, des femmes aux courbes aguicheuses et aux dents brillantes ont vampirisé les pages virtuelles du blogzine...
Pandora a dessiné une exquise esquisse, partie 1 et 2
MAP a livré sa vision du destin
Caro_carito a évoqué de langoureux vampires très hollywwoodiens
Véron a illustré à sa façon Vamp et vampire
Josefa a relu une nouvelle de Maupassant, "La chevelure"
et Luma a fait briller un rayon de soleil rouge sang
En septembre, les tasses de café ont été oubliées dans l'évier...
Val nous a fait découvrir une nouvelle spécialité, la MMC
Kloelle a raconté un Tango sur un quai de gare
MAP a lu une épreuve dans la tasse de Mimi
Caro_carito y a vu un petit espoir
et Pandora a réuni un couple de buveurs de café
En septembre, un nouveau feuilleton anachronique a commencé : et si les dieux devaient rendre compte de leur utilité dans notre monde si compétitif ? épisode 1, 2, 3 et 4. La feuilletoniste est Caro_carito.
En septembre, nous avons aussi assisté en images à une étrange parade amoureuse, en quatre épisodes (Histoire sans paroles, InFolio)
découvert les définitions d'amarsir (MAP) et de quarante-deux (InFolio)
et InFolio a construit des ponts entre science et fiction pour voir s'ébrouer des monstres marins.
En septembre, vous avez lu le 12e numéro de "Fanes de carottes". Prêts pour le réabonnement ?
29 septembre 2008
Fanes de carottes vous fera voler de vos propres ailes
Parce qu'il est temps...

Série XII
01/XII - Map
02/XII - Vanina
03/XII - Tilu
04/XII - Véron
05/XII - InFolio
06/XII - Rose
07/XII -
08/XII -
09/XII -
10/XII -
11/XII -
12/XII -
28 septembre 2008
Le feuilleton du dimanche
Du rififi sur l'Olympe
Caro_carito
Chapitre quatre
Une tribu au grand complet
C’était la fête. Ils étaient tous là, la famille réunie au grand complet. Tantale, que Chronos n’avait pas vu depuis qu’il s’était réfugié en Australie. Les amazones, qui avaient bien leurs deux seins. Elles étaient venues en bus, la situation était bien trop urgente lui expliqua Hippolyte. Il serra la main à quelques faunes et à ce cher Chiron. Il remarqua certains couples légendaires qui s’éclipsaient un long moment. Enfin, quoi ! Ca gesticulait, s’embrassait à tout va. Déjà un grand feu avait été allumé et on entendait de la musique. Mais si le plaisir des retrouvailles dura une partie de la nuit, la raison du rassemblement et ses conséquences probables refirent rapidement surface. Place aux discussions.
Après des heures de palabres et de crises larvées ou ouvertes, Ulysse avait, avec sa finesse habituelle, résumé la situation, pesé le pour, le contre, émis hypothèses et déductions. Mais l’essentiel était là : dans cinq heures et dix-sept minutes, Chronos devait se présenter devant l’autorité de tutelle. Soit neuf heures trente tapantes. Pour le transport, Hélios s’était proposé, on pouvait compter sur sa ponctualité. Chronos sentit une chape de fatigue lui broyer les épaules ; encore une heure avant de les renvoyer tous dans leurs pénates. Les tranquilliser, leur assurer qu’ils seraient tenus au courant. Il savait bien que l’exercice est un peu vain mais parfois il fallait juste faire les choses même si l’espoir restait mince. Ils s’étaient tous retirés, un léger sourire aux lèvres, une lueur amusée dans les yeux à l’évocation du diabolique labyrinthe, des rêveries dans le jardin des Hespérides et des travaux d’Héraclès. On pouvait aussi noter un excès d’ambroisie. Dire qu’il en avait même bu une coupe parce que… parce que lui, que seuls les parfums capiteux des vins athéniens apaisaient, avait décidé de faire comme si. Comme s‘ils étaient de vrais Dieux, immortels et respectés. Avec leurs rites et leurs cultes immuables.
Rhéa s’était approchée de lui. Elle avait bien des défauts mais sa fidélité était légendaire. Il la regarda tendrement. Il était temps de rentrer et de tâcher de trouver le repos. Même si mille idées tournaient dans sa tête. Heureusement le nectar des dieux l’emmènerait sans effort dans les bras de Morphée. Ils s’attardèrent, tendrement enlacés, à observer les étoiles. Ils les connaissaient par cœur, leur éclat, leur place dans l’immensité sombre, changeante suivant les saisons et surtout leurs histoires : Orion le grand chasseur et Vénus, les Pléiades, les Dioscures, ces sacripants. Ils s’arrêtèrent un instant en admirant le ballet gracieux des Perséides. Ils gravirent ensuite lentement le petit chemin pierreux. Un dernier regard sur le seuil d’entrée vers la Voie Lactée et la porte violine se referma sur le couple voûté.
A suivre...
27 septembre 2008
Jeu du marc de café - 5
La tasse de Pandora
Tasse n°4
Je suis un grand amateur de café, sous toutes ses formes, mais plus que tout en petit noir. Serré. J’ai besoin de mon espresso en fin de repas sans quoi il me manque quelque chose. Le rituel est toujours le même, immuable. Je prends un morceau de sucre que je casse en deux et j’en laisse délicatement glisser une des moitiés à travers la mousse qui surnage. Je la regarde doucement s’enfoncer avant de sombrer puis je touille avec ma petite cuiller. En amateur éclairé mais fainéant, j’achète mon café en dosettes. Plusieurs crus en fonction de mes humeurs. Et la touche finale, le morceau de chocolat, noir bien sûr, pour parfaire ce délicieux moment. Noir très amer quand le café est doux, noir agrémenté de fines lamelles d’amandes et d’orange quand le café est plus fort. Un mélange de saveurs et une explosion de plaisir auxquels je ne pensais pas être prêt à déroger. Mais la vie est parfois pleine de surprises...
Un jour, j’ai rencontré Almina, dont je suis tombé amoureux fou. Nous avons d’abord joué au jeu de la séduction. Puis nous nous sommes découvert quelques points commun… et enfin nous nous sommes mis en ménage (je vous fais la version courte parce que nous avons mis neuf longs mois à nous apprivoiser avant qu’elle ne vienne habiter chez moi).
Almina aime comme moi le café, mais elle n’aime pas mon café. Parce qu’elle a, elle aussi, un rituel immuable qu’elle déroule tous les jours. Elle se prépare un café et en boit une petite gorgée ; elle fait alors tourner trois fois le contenu de la tasse dans le sens des aiguilles d’une montre, puis cinq fois dans le sens anti-horaire, puis à nouveau deux fois dans le sens horaire. Sans en faire tomber une seule goutte, sinon elle doit tout recommencer. Elle se lève et verse délicatement le café surnageant dans l’évier pour reposer la tasse sur sa sous-tasse et regarder dans le marc qui apparait dans le fond. Parce qu’Almina, ma douce princesse orientale, est née à Istanbul et qu’il y a à boire et à manger dans son café. Turc. Et parce qu’Almina, outre un sourire à faire se damner un saint et un corps de déesse, a un don qui se transmet de mère en fille depuis plusieurs générations : elle lit l’avenir dans le marc de café.
Moi aussi, je riais avant, comme vous. C’est tellement plus facile de se moquer de ce qu’on ne comprend pas. Je riais jusqu’à ce fameux après-midi où je m’apprêtais à rentrer chez moi après avoir passé le week-end chez elle.
Elle m’a servi un de ses immondes cafés puis a suivi son rituel habituel. J’ai bu quelques gorgées et elle m’a retiré la tasse des mains, a fait tourner le café restant dans les différents sens, l’a vidé dans l’évier puis a reposée la tasse sur la sous-tasse verte ornée de motifs géométriques dorés. Et elle a regardé dans le marc. Longtemps. Intensément. Je me souviens comme il remontait en flammèche sur l’intérieur de la tasse. Et elle s’est mise à pleurer. De plus en plus fort. Elle s’est précipitée dans mes bras en me priant de rester encore avec elle cette fin d’après-midi de juillet, de ne pas partir, pas maintenant. Elle m’a dit qu’elle voyait la mort, que je ne devais pas prendre le métro. Elle a répété que je ne devais pas partir. Elle a tellement insisté qu’elle a réussi à me faire peur.
Je suis resté avec elle cette nuit là.
Le lendemain matin, au petit-déjeuner, les informations à la radio ont annoncé l’attentat meurtrier qui avait eu lieu la veille sur ma ligne habituelle. A l’heure où j’aurais dû être dans le métro.
Depuis cet épisode, j’ai fait une croix sur mon rituel et sur mon délicieux espresso quand Almina est avec moi. Je bois alors quelques gorgées de son immonde café turc. Sans carré de chocolat. Juste pour qu’elle puisse vérifier dans le marc de ma tasse que tout ira bien.
Et j’ai ramené ma machine à dosettes au bureau. Dans ce café il n’y a pas de marc, donc pas d’avenir mais il y a beaucoup de plaisir. Ca serait quand même dommage de m’en priver…
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Ce texte est publié dans le cadre du jeu du marc de café
26 septembre 2008
Vamp & Vampire - 5
Un rayon de soleil rouge sang
Luma
Le soleil se lèvera dans une heure. Assise sur ma terrasse, je l’attends. Les larmes qui coulent sur mes joues laissent des traces sanglantes. Qui aurait cru que je puisse pleurer ?
Déjà, il aurait fallu savoir que je pouvais aimer. Ça ne colle pas vraiment avec ce que les humains savent des vampires. Les grands prédateurs à la séduction mortelle, offrant un baiser fatal avec la froideur d’un monstre à moitié mort…
Et pourtant j’ai aimé.
Bien sûr, au départ, je ne voulais qu’une petite friandise de plus. Vêtue de noir, je hantais mes bars de prédilection pour trouver un homme à attirer dans mon lit et dans sa tombe.
Autrefois – longtemps avant ma première mort – j’aimais déjà ça. J’aimais l’exigence de la perfection lors du choix des vêtements, j’aimais sentir le regard des hommes sur moi, j’aimais jouer à ces jeux dangereux de séduction où tout peut basculer en un instant, où la femme fatale peut devenir la victime d’un agresseur, où le feu que j’attisais dans leurs regards menaçait à chaque instant de me brûler la peau.
Je les aimais bien, tous, mes cajoleurs, mes séducteurs, mes paumés, mes ratés, mes enfants de la nuit qui discouraient au-dessus de leur verre de vin tout en vérifiant du coin de l’œil que je les regardais faire. Ils étaient souvent touchants, souvent effrayants, parfois magnifiques, parfois immondes. Je m’en moquais. Je prenais leur chaleur, leur alcool, leur drogue, leur argent, leurs secrets, ils me donnaient tout et redemandaient avidement que je daigne à nouveau me pencher vers eux. Au final, mon ancienne vie n’était pas si différente de la nouvelle. De ma non-vie. Pas de lien durable, pas d’amour, pas d’ennui. Juste le frisson du désir et du danger. Le plaisir des sens et du pouvoir. Jamais je n’avais rencontré d’homme qui ne puisse pas être remplacé par son voisin de table. Ils étaient anonymes et innombrables, mes beaux chéris.
Jusqu’à ce que je rencontre le Seigneur. Saigneur lui aurait tellement mieux convenu, comme nom. Mais ce modeste jeu de mots ne lui plairait pas. Trop vulgaire. Et il a une façon bien à lui de prononcer ce mot « vulgaire », avec une petite moue seigneuriale donnant à penser que son auguste personne a mordu dans un citron, sans aller jusqu’à faire une grimace, je l’imagine d’ici tiquant devant mon humour trop populaire. Dire que je l’ai tant déçu, mon beau Seigneur, et que je n’ai même pas le bon goût de le regretter. Car lui aussi m’a déçue, on peut dire. Ou plutôt il m’a, sans me demander mon avis, offert un cadeau empoisonné.
Il est apparu dans mon fief à la recherche d’une victime. J’en cherchais une moi aussi. Il a regardé mes courbes parfaites, ma gorge d’un blanc pur, mon regard soufflant la glace et le feu, mon sourire énigmatique. J’ai regardé ses vêtements de marque, sa montre en or si distinguée, son allure, sa désinvolture. Nous nous sommes mutuellement choisis pour proie.
D’un geste il a réservé une alcôve, d’un regard il m’a fait signe qu’il m’y attendait. Je l’ai ignoré. Je n’étais pas une prostituée et je n’obéissais qu’à mes propres caprices. Certes, j’avais envie de cet homme-là pour une nuit, rien qu’une. Il était beau et raffiné, sans doute riche et intelligent, ce que j’appréciais. Mais je n’aimais pas sa façon de se croire le maître d’un jeu dont je voulais tirer les ficelles.
Ah, l’arrogance de la petite humaine qui sous prétexte qu’elle s’habille en noir et vit la nuit prétend remettre à sa place le sublime Prince des Ténèbres… C’est cette arrogance qui m’a sauvée la vie, ou l’a prolongée en non-vie, peut-on dire. Je lui ai résisté en restant bien assise sur mon siège et en papillonnant avec l’homme qui m’offrait timidement à boire. J’avais beau être orgueilleuse, je savais très bien que si jamais j’allais parler au Seigneur, je ne pourrais pas lui résister. Même à distance, alors que je ne pouvais distinguer de lui qu’une ombre derrière un voile, il me troublait. Je n’arrivais pas à me concentrer sur ce que je disais et l’homme qui m’accompagnait s’enhardissait beaucoup trop vite sans que je pense à le remettre à sa place. Finalement j’ai décidé de fuir. Je détestais cette sensation d’être perturbée.
Mon compagnon m’a suivie. Ce n’est qu’une fois dehors que je lui ai dit que je voulais rentrer seule. J’avais les nerfs tendus comme des cordes à violon et j’ai été brutale. Brutale tout en laissant transparaitre ma peur. Ce qui l’a encouragé à être plus brutal encore. Il m’a plaquée contre le mur et a commencé à me menacer.
Je n’ai pas perdu mon sang-froid et je pense que j’aurai pu m’en sortir toute seule. J’avais un couteau et un revolver dans mon sac et je n’aurai pas eu peur d’utiliser l’un ou l’autre. Mais non. Il a fallu que le Seigneur surgisse de nulle part, tel un ange déchu jeté du ciel et tombé dans la rue au lieu d’arriver en enfer. Il a maitrisé l’homme avec élégance et facilité. Après quoi il a posé son manteau sur mes épaules et m’a dit : « Partons d’ici. ». Et moi, stupidement, je l’ai suivi.
Oh, bien sûr, je ne savais pas que le sublime prince que je suivais était un mort-vivant. Il avait mangé peu de temps auparavant et la vie qui l’avait nourri l’illuminait encore, il irradiait de chaleur et d’énergie, jusqu’à ce qu’on croise son regard froid et millénaire comme une pierre tombale. Non, je le suivais comme j’aurais suivi la pire bêtise de ma vie, l’homme capable de m’arracher ma précieuse liberté, je me débattais contre la fascination qu’il exerçait sur moi, en vain, bien sûr, tellement en vain… En serrant son manteau contre moi j’avais son odeur et sa chaleur qui m’interdisaient de partir, de rejeter ce doux bien-être pour l’air glacial de la rue. Même la drogue ne m’avait jamais autant fait perdre le contrôle de moi-même. J’étais envoutée par ce sauveur mystérieux et prête à le suivre jusqu’au bout du monde.
Il m’a emmenée dans sa chambre d’hôtel – le Seigneur vit uniquement à l’hôtel, toujours des hôtels de luxe – et a fait servir un repas fin et du champagne. Il s’est mis à me parler. Il me parlait de moi mais ce n’était qu’un long monologue où mes réponses n’étaient pas nécessaires. Il parlait de ma beauté, de mon élégance, de ma dignité, de ma noblesse. Et de sa solitude aussi. Si longue. Je le laissais parler tout en sirotant mon champagne. Je tentais de ne pas le regarder, préférant le spectacle de la ville brillant dans la nuit. C’est là qu’il m’a demandé de l’épouser.
J’ai dit non.
Il a insisté.
J’ai refusé encore.
Il m’a souri.
Et ses deux longues canines ont plongé dans mon cou, faisant de moi son épouse et un monstre.
J’ai suivi sa loi et ses désirs, moi qui avais évité toutes les chaines au cours de ma vie, parce que je n’étais pas assez forte pour lui résister. Mais chez les vampires le pouvoir a le goût du sang et j’ai réussi à avoir assez d’esclaves pour me séparer du Seigneur. Me séparer de lui sans qu’il ne me tue, car il en avait déjà assez de moi. Il avait lu dans mon esprit et croyait me connaitre parce qu’il savait de quoi j’étais capable. Ce qu’il ignorait, c’est à quel point je le détesterais et comment je ferais tout pour qu’il me déteste à son tour. Notre séparation fut sanglante, comme il se doit, mais enfin je regagnai ma liberté.
Nous avions erré de ville en ville durant ma captivité – notre sanglante lune de miel. J’ai décidé de revenir à mon point de départ et de faire de cette ville mon territoire, j’étais prête à le défendre de toutes mes forces contre les autres vampires. Je savais déjà trouver des victimes solitaires et les manipuler jusqu’à en obtenir tout ce que je désirais et je n’eus aucun mal à me tailler un empire financier colossal, défendu par une poignée de vampires soumis et une armée de laquais humains. Mais j’allais toujours chercher mes proies moi-même. J’aimais me nourrir d’hommes en extase devant ma parfaite beauté.
Jusqu’à ce que je rencontre Dan. Un simple mortel. Il était perdu dans notre monde de la nuit et trop orgueilleux pour le reconnaitre. Il a tenté de me séduire avec maladresse, en disant la vérité sur les sentiments que je lui inspirais, et ça m’a amusée. Il m’admirait sans être soumis. Il était courageux, prêt à se lancer dans n’importe quelle aventure sans réfléchir pour aider un ami. Ce n’était pas grand-chose, une masse de petits riens, des miettes d’intérêt comparé aux hommes et aux vampires que j’avais déjà repoussés, et pourtant ils suffirent à produire l’impossible : mon cœur figé se remit à battre et je tombais amoureuse.
Dan accepta mes faveurs et mon amour avec la même joie simple, ignorant totalement qui j’étais dans ce monde obscur où je régnais si fièrement. Il m’aimait aussi et pendant quelques temps, j’ai été plus heureuse dans la mort que je ne l’avais jamais été dans la vie. Je passais chaque nuit à ses cotés et j’aurai voulu que nous continuions pour l’éternité. Oui, j’étais prête à commettre envers lui le même crime que le Seigneur avait commis envers moi. Je refusais de lui dire que j’étais une vampire – je savais qu’il me repousserait – et refusais de lui demander son avis. La solution pour préserver à jamais mon bonheur était devant moi, simple et évidente. Et maintenant je me demande pourquoi je l’ai sans cesse repoussée. Question hypocrite dont je connais la réponse.
Dan n’aimait pas le monde des ténèbres.
Il voulait que je cesse de porter du noir et que je m’habille ‘normalement’. Et il voulait qu’on se voit ‘normalement’ aussi, dans la journée, il voulait savoir quel métier j’exerçais, il voulait me présenter à ses parents, il voulait qu’on ait une maison, un chien, des enfants. Il voulait passer le reste de sa vie à mes cotés et j’en étais touchée, mais pour cela il aurait fallu que je le rejoigne, que je quitte mon univers pour rallier le sien. Une perspective qui m’aurait horrifiée quand j’étais vivante et qui, depuis que je ne l’étais plus, m’était tout simplement impossible. Et si je l’attirais de force de mon coté de la frontière, je le priverais à jamais de tous ses rêves et de tout ce qu’il aimait, ce qu’il ne me pardonnerait pas. Je ne pouvais pas supporter l’idée qu’il me déteste et se rebelle contre moi comme je m’étais rebellée contre le Seigneur.
J’ai donc retenu mes crocs et étouffé de mon mieux mon atroce soif de sang, j’ai fait semblant de dormir nuit après nuit près de cette gorge si chaude abritant la vie de mon aimé, j’ai menti de mon mieux pour préserver notre bonheur. Jamais il n’a su à quel point cela m’avait couté. J’ai pourtant essayé de le lui faire comprendre, mais sans pouvoir avoir ce que j’étais réellement, c’était voué à l’échec. Il devenait de plus en plus triste et amer, jaloux de tous ceux qui me côtoyaient sans s’apercevoir à quel point je le privilégiais. Sa douleur m’a tellement fait souffrir… et pourtant j’ai continué à l’aimer de toute mon âme.
Jusqu’à ce soir.
Je venais de me lever quand il est entré. Il a détourné la tête quand j’ai tenté de l’embrasser. Il m’a dit qu’il voulait me parler. Et il a parlé. Un brouillard de mots que je refusais d’entendre. Des mots horribles. Des mots de fin. De séparation. Des mots banals et hypocrites.
- Non, ai-je froidement répondu.
J’avais mal, si mal…
J’ai continué :
- Non, on ne restera pas amis. Si tu n’es pas avec moi, fous le camp. Sinon…
Il a tenté de me caresser les cheveux et je l’ai laissé faire, tremblant sous ce dernier contact. Mais il a retiré sa main. Alors j’ai compris que tout était réel. Qu’il voulait partir. Me quitter. Je l’ai retenu de force. Il a commencé à paniquer quand il a vu qu’il n’arrivait pas à se dégager. Il était si faible, mon pauvre chéri, dans son corps tout chaud d’humain, le cœur battant à toute allure dans cette musique délicieuse. Il a vu mes dents et a hurlé de tous ses poumons. C’est alors que je l’ai mordu.
Je ne sais pas pourquoi son sang était si bon. Peut-être parce que je l’aimais. Ou peut-être parce je m’étais retenue si longtemps. A moins que ce ne soit le manque – avec sa jalousie farouche j’avais de plus en plus de mal à me nourrir sans qu’il ne me fasse une scène. Mais je n’ai pas pu me retenir. Une fois mes dents plantées dans sa gorge, j’ai bu jusqu’à la dernière goutte de ce précieux nectar, jusqu’à ce qu’il n’y ait aucune retour en arrière possible. J’ai tué mon bien-aimé. Jamais je ne saurai s’il m’aurait pardonné de lui avoir donné la non-vie des vampires. Jamais plus je ne verrai son beau corps s’animer, ses yeux pétiller et sa bouche rire en me couvrant de baisers. La faim immonde et animale du monstre que je suis devenue a été plus forte que l’amour, ce si grand et noble sentiment.
Lorsque j’ai compris ce que j’avais fait, j’ai hurlé à mon tour, un hurlement de mort qui a terrifié tous ceux qui l’ont entendu, le hurlement d’une damnée en train de subir son tourment. Mes yeux se sont remplis de larmes et ainsi j’ai su que les vampires pleurent des larmes de sang. Elles ont coulé sur son corps, son cadavre abandonné, qui n’était plus que de la viande blanche, sans pouvoir lui rendre la vie. Le sang que je lui avais volé je l’ai gaspillé en fleurs écarlates qui ont taché le sol et nos vêtements. Et maintenant, assise sur la terrasse, les pauvres restes de mon amant dans les bras, je continue à gâcher ce précieux sang et ma faim gronde tandis que mes larmes coulent sur nous. Peu importe. Il ne me reste que peu de temps à attendre. Si je ne peux pas ramener mon bien-aimé à la vie, au moins je peux le suivre dans la mort. La véritable mort.
Dans une heure le soleil se lèvera.
25 septembre 2008
Jeu du marc de café - 4
Tasse n°6 - Caro_carito
Ma voisine m’a invitée. Elle est sympa. J’aime son regard vif et ses cheveux bruns frisottés qui dénotent dans cet immeuble sans âme où défilent à toute heure des faces de carême. Et puis je m’ennuie, gravissimement, dans mon F2 exigu avec vue sur béton. Ma boîte nous a mis en chômage technique. Pas glop d’autant que cette inactivité dure et prend des proportions dramatiques au niveau pécuniaire comme au moral. Ah ! Si j’avais été plus attentive, j’aurais su que le contrat de travail de ma tôle était une subsistance du XIXème siècle. Inutile de chercher ailleurs, il me faut bosser au black. Et franchement, non, avec ma veine habituelle, je risque d’aller au devant des ennuis. Si j’ai cru que mon plan de sous-sous-louer dans cette tour de quartier parisien aisé était une aubaine, aujourd’hui c’est devenu une hérésie sociale. A peine 3 bonjours par jour. Oui, j’en suis certaine : je les note. Comme occupation vous voudriez que je me gave de sitcoms. De toute façon je n’ai plus de télé. Il est parti avec. Ce ne fut pas un grand choc. Je m’en doutais. Je l’espérais même, secrètement. Mais quand on n’a rien, un petit quelque chose même pas très glorieux, une relation homme-femme minable, on s’imagine que c’est toujours mieux que rien.
Je sonne chez ma voisine. Elle s’ennuie, elle aussi. Elle est seule, elle aussi, malgré sa smala d’enfants trop vite grandis qui, s’ils ne la câlinent plus, la date-limite étant dépassée depuis longtemps pour les effusions, la sollicitent pour faire taxi, acheter tant et plus… L’âge d’ingratitude. C’est pourquoi, nous trompons nos deux solitudes ensemble. On papote, des riens souvent, de nos petits bobos d’âmes ; l’espace d’un café turc, nous nous échappons au-delà de la ceinture grise de la ville, vers un orient nostalgique d’ors et de légendes.
Mais ce matin-là, surprise : ma voisine n’est pas seule. Une petite grand-mère se tient derrière elle. Une minuscule vieille au visage recouvert de rides, non de plis harmonieux. Je devine plus qu’autre chose des yeux malins derrière les fentes noires. Des boucles à peine argentées, qui ne doivent rien aux mains expertes d’une coiffeuse, adoucissent ce visage de Shar-Pei impassible. Je tends une main timide vers la vénérable aïeule. Les vieux m’intimident toujours : l’impression d’être soupesée, devinée. Nous nous installons autour de la table basse. Bientôt arrivent café et petits sablés parfumés à l’anis et au sésame. Nous devisons gaiement. Alors que ma voisine s’apprête à me resservir une tasse, sa marraine, car il s’agit de sa marraine, interrompt son geste. Un silence s’installe. Aurais-je commis un impair ? Les visages des deux femmes ne semblent pourtant pas ulcérés, plutôt complices.
La vieille dame fait glisser ma tasse vers elle et la fait tourner. J’entends comme un souffle qui semble venir d’un autre monde : « Elle va te conter l’avenir. » Fariboles… Contes de bonnes femmes. N’empêche, le bref coup d’œil de la sorcière me porte un coup au cœur. Je suis une porte-poisse de la pire espèce. A croire que quand je pense à quelque chose… par exemple, si je pense que mon lave-vaisselle fait un bruit bizarre, y’a pas, il tombe en panne. Ou quand je passe près d’un échafaudage, je pense illico qu’un gros splotch va salir mon imper. A tous les coups, bingo, c’est pour ma pomme. A croire que je le fais exprès. D’ailleurs cela me fait penser, est-ce que j’ai éteint mon fer ? J’arrête un instant de divaguer car les deux femmes ont entamé un dialogue à un débit d’enfer. Vraisemblablement, on parle de moi. Du calme. Elles vont juste me dire la bonne aventure ; ça ne peut être pire que la situation actuelle. Soudain, la vieille marraine lève la main pour calmer l’excitation manifeste de ma voisine. Vais-je gagner au loto ? J’ai pris un billet hier. S’il vous plaît… Un flot de questions m’assaille. Non, je n’ai pas vu le double croissant, la symétrie parfaite dans le fond de la tasse. Oui, je suis bien une bestiole ascendant d’une autre bestiole. Alors le verdict ?
Je repars une heure plus tard, adoubée artisane de ma propre destinée. Pourquoi pas ? Si je pouvais troquer ma malchance habituelle, cette satanée deuxième peau. Allez, au lieu de me torturer l’esprit, écoutons la radio. De quoi parle-t-il ? Du tirage du quoi ? De l’euro millions. Mais, les chiffres… Oui, encore une fois… Mince où est passé mon ticket ? Le voilà… Le voilà !
Elle n’avait pas tort la vieille sorcière sympathique. J’ai bien gagné mais ce qu’elle n’avait pas prévu c’est que le nombre de gagnants pour ce tirage dépasse tous les pronostics statistiques. Au final, je risque de toucher – risque, c’est un bien grand mot - 433,27 euros. Ce n’est pas grave. Avec ça, je vais peut-être me payer un petit voyage : mer du Nord ou même un tour dans le Perche. Ou juste une ballade à Paris ou à Versailles. Et puis là je rêverai, loin de ma ville basse de plafond et je suis sûre que, au tournant, des jours meilleurs m’attendent. Je dois juste y croire un peu comme ce ciel bleu que j’imagine là au-dessus des tours ; et même, ce soir, le coucher de soleil sera incandescent, juste au-dessus de la tour des nuages.
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Ce texte est publié dans le cadre du jeu du marc de café
24 septembre 2008
Vamp et vampire 5 / Port-folio SFFF
La chevelure,
par Josefa
"Durant quelques jours, cependant, je demeurai dans mon état ordinaire, bien que la pensée vive de cette chevelure ne me quittât plus.
Je tournais la clef de l'armoire avec ce frémissement qu'on a en ouvrant la porte de la bien-aimée, car j'avais aux mains et au coeur un besoin confus, singulier, continu, sensuel de tremper mes doigts dans ce ruisseau charmant de cheveux morts.
Puis, quand j'avais fini de la caresser, quand j'avais refermé le meuble, je la sentais là toujours, comme si elle eût été un être vivant, caché, prisonnier; 
je la sentais et je la désirais encore; j'avais de nouveau le besoin impérieux de la reprendre, de la palper, de m'énerver jusqu'au malaise par ce contact froid, glissant, irritant, affolant, délicieux.
Je vécus ainsi un mois ou deux, je ne sais plus. Elle m'obsédait, me hantait. J'étais heureux et torturé, comme dans une attente d'amour, comme après les aveux qui précèdent l'étreinte.
Je m'enfermais seul avec elle pour la sentir sur ma peau, pour enfoncer mes lèvres dedans, pour la baiser, la mordre. Je m'enroulais autour de mon visage, je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dorée afin de voir le jour blond, à travers.
Je l'aimais! Oui, je l'aimais. Je ne pouvais plus me passer d'elle, ni rester une heure sans la revoir.
Et j'attendais... j'attendais... quoi? Je ne le savais pas.
- Elle.
Une nuit je me réveillai brusquement avec la pensée que je ne me trouvais pas seul dans ma chambre.
J'étais seul pourtant. Mais je ne pus me rendormir; et comme je m'agitais dans une fièvre d'insomnie, je me levai pour aller toucher la chevelure. 
Elle me parut plus douce que de coutume, plus animée. 
Les morts reviennent-ils? 
Les baisers dont je la réchauffais me faisaient défaillir de bonheur; 
et je l'emportais dans mon lit, et je me couchai, en la pressant sur mes lèvres, comme une maîtresse qu'on va posséder.
Les morts reviennent! 
Elle est venue. 
Oui, je l'ai vue, je l'ai tenue, je l'ai eue, telle qu'elle était vivante autrefois, grande, blonde, grasse, les seins froids, la hanche en forme de lyre; 
et j'ai parcouru de mes caresses cette ligne ondulante et divine qui va de la la gorge aux pieds en suivant toutes les courbes de la chair.
Oui, je l'ai vue, tous les jours, toutes les nuits. Elle est revenue, la Morte, la belle Morte, l'Adorable, la Mystérieuse, l'Inconnue, toutes les nuits."
Guy de Maupassant, "La chevelure".
Vous aussi, vous décelez des traces d'ailleurs dans le réel?
du futur dans le présent?
Alors, montrez-nous ce que voient vos yeux!
23 septembre 2008
Vamp & Vampire - 4
Véron
Vamp...
Vampire...
22 septembre 2008
Jeu du marc de café - 3
Tasse n°2
MAP
- Allez Joëlle ne te fais pas prier ! Tiens voilà ma tasse de café !
- Oui, vas-y comme l’autre jour, c’était super !
- Encore, ça ne vous lasse pas ?
- Non, non ! Lis dans ma tasse ! Quel est mon avenir ? Je frémis d’avance de découvrir mon avenir.
- Bon, si tu veux Mimi.
- Tu prendras la mienne après ?
- Chaque chose en son temps …
Après un repas entre amis, Joëlle, qui a des dons certains de voyance, est bien souvent priée d’interpréter l’avenir dans le marc de café, une de ses spécialités. Elle fait cela en amateur mais ses prédictions, toutes sibyllines qu’elles soient, s’avèrent la plupart du temps justes. Joëlle pose devant elle la tasse de Mimi, prend un moment de concentration, la tête entre les mains, les yeux rivés au fond de la tasse. La voilà prête.
- Je te vois dans un lieu très sombre et froid.
- Oh ! s’exclame Mimi, ce n’est pas rassurant.
- Attends, maintenant j’aperçois des petites flammes, j’entends des voix qui résonnent dans la nuit …
- Là, tu me fais peur !
- Veux-tu que j’arrête ?
- Euh ... non. Je veux quand même savoir.
- Tu vois, au fond de la tasse, ces traces qui forment une dentelle et là, sur le côté, cette ligne …
- Oui. Qu’est ce que ça veut dire ?
- Cela peut indiquer une coupure dans ta vie…
- Une coupure … Tu ne veux pas dire….
- Non, rassure-toi, ton heure n’est pas arrivée, sourit Joëlle.
- Il y a une ligne plus sombre qui explique la première, cela veut dire que tu vas être confrontée à une situation exceptionnelle.
- De quel genre ? Tu peux le voir ?
- Non, tout devient blanc.
- Ah bon ! Mais tu ne peux pas m’en dire plus ?
- Si, tu vois toutes ces traces noires sur le rebord de la tasse ? Elles indiquent une date ou plutôt une durée. Oui, je lis : « six mois ». C’est ça, tout ce que j’ai vu arrivera dans à peu près 6 mois. Je ne peux t’en dire plus.
- Eh bien dis donc : un lieu sombre, des flammes, des voix la nuit, une coupure dans ma vie … Que va-t-il donc m’arriver ?
Six mois plus tard :
- Au secours ! Vite, sortez-moi de là ! Vite, vite …
Mimi frappe de toute ses forces sur la paroi de la carlingue de l’avion, où elle se trouve emprisonnée après un atterrissage en catastrophe.
Elle se retrouve seule, coupée des autres passagers par un amas de tôles qu’elle n’arrive pas à déplacer.
- A l’aide ! Aidez-moi ! Je veux sortir ! J’ai froid, j’ai peur ! Au secours !
Cela fait bientôt une heure que Mimi est désormais privée de lumière et qu’elle se débat ainsi sans réponse. Seule, enfermée dans le noir, dans une position inconfortable. Mimi épuisée et découragée se recroqueville sur elle-même pour essayer de se réchauffer. Elle tombe ensuite dans un demi-sommeil agité de cauchemars étranges. Elle se voit, minuscule, tombant au fond d’une tasse à café disproportionnée, tapant de toutes ses forces sur la paroi de porcelaine pour appeler à l’aide … Tout au-dessus de son immense prison, des petites flammes vacillent, des voix résonnent. Des mots entrecoupés parviennent jusqu’à elle : « …yeux …versaire ». Des rires fusent, des voix scandent son prénom : « Mimi, Mimi… ! »
- « Mimi, Mimi ! »
La jeune femme sort de sa torpeur. On l’appelle. Oui, c’est ça, on l’appelle. Elle se reprend à espérer et crie de toutes ses forces en frappant de plus belle sur les murs de sa prison.
De l’autre côté, « on » fait de même. Elle perçoit une voix qui lui conseille de se reculer le plus qu’elle peut et de se protéger derrière ce qu’elle trouve. Dans un grand bruit l’habitacle s’ouvre peu à peu au milieu des étincelles émises par une perceuse. Le trou s’agrandit et permet enfin à la prisonnière de retrouver l’air libre et …. la neige.
- Oh, merci, merci … j’ai eu la peur de ma vie !
Soutenue par ses amis, avec qui elle partait en vacances au Maroc, Marie, moitié pleurant, moitié riant, s’écrie : « Mais où sommes nous ? Cette neige … ? »
On lui explique que le commandant de bord a été obligé de se dérouter à cause d’une tempête et par manque de carburant a dû se poser in extremis sur un plateau des Pyrénées. Il y a eu de la casse pour l’appareil mais tous les passagers sont sains et saufs.
- Il ne manquait plus que toi à l’appel Mimi. Viens, il nous reste du café chaud cela te fera du bien en attendant les secours.
- Du café !!! Ah non ! Plus jamais !!!!
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Ce texte est publié dans le cadre du jeu du marc de café












