29 juin 2009
Viens dans la soucoupe - 4
Dans ma soucoupe...
Pandora
Depuis un petit moment je lui fais de l’œil, pour l’appâter, sans qu’il ne réagisse.
Je suis tombée sous le charme de sa peau couleur chocolat et de ses rondeurs appétissantes. De celles qui me font saliver. Son indifférence me le rend que plus désirable.
Il résiste.
Viens…
Je nous imagine l’un et l’autre. Nous ne dirions rien. Il me tenterait. Je le ferais fondre. Il me séduirait. Je le croquerais. Cannibale.
Il ne bouge toujours pas.
Allez, viens…
Je t’ai sorti le grand jeu, première classe ; de la porcelaine de Chine, fine et délicate.
S’il te plait, viens dans ma soucoupe.
Je ferai régime demain.
* * *
Ce texte a fondu sous le charme de cette invitation
27 juin 2009
Viens dans la soucoupe - 3
Invitation
texte: Pandora
illustration: MAP
Votre album holographique est saturé de martiens, vénusiens et autres extra-terrestres ordinaires ? Les petits hommes verts et la planète rouge vous collent des idées noires ?
Vous en avez assez de tous ces circuits organisés où l’on croise les mêmes personnes à chaque escale et où les navettes commerçantes vous poursuivent comme des virus sur un programme informatique ?
Vous rêvez de grands espaces et de véritables aventures spatiales ?
Vous voulez vivre un voyage extraordinaire ?
Alors ne laissez pas passer votre chance. Nous avons ce qu’il vous faut.
Nous vous proposons une croisière spatiale dans notre navette de luxe « Le rubis étincelant » sur un circuit entièrement inédit pour lequel notre agence a l’exclusivité intergalactique. Nous recréerons dans votre cabine l’ambiance que vous souhaitez et nos chimisiniers vous concocteront les meilleures gélules que vous ayez jamais dégustées. Vous ne serez que vingt passagers et bénéficierez d’une prestation à l’ancienne, entièrement humaine. Aucun droïde ou extra-terrien ne participera à ce vol. Nous vous garantissons un service personnalisé de grande qualité à toute heure lunaire ou solaire.
Vous visiterez la fabuleuse quadrigalaxie cotonneuse. Une destination merveilleuse où vous pourrez vivre des expériences devenues aujourd’hui impossibles. Vous verrez ainsi tomber la neige comme aux temps des anciennes fêtes de Noël. Les plus sportifs prendront leur pied en marchant sur un sol élastique et moelleux comme le faisaient les hommes des anciens déserts de sable (sous strict biomonitoring et après validation par le médecin de l’expédition). Vous passerez une nuit sur place, dans les habitats des Ouatex, ce peuple typique encore préservé des effets de la civilisation. Sous couvert de la signature d’une décharge de responsabilité, vous pourrez même partager un repas avec eux.
Les places sont limitées, n’attendez pas.
Parce que nous, nous ne vous attendrons pas pour nous envoyer en l’air!

*****
Map et Pandora se sont faites tentatrices pour nous
inviter dans cette soucoupe...
25 juin 2009
Viens dans ma soucoupe - 2
La clef
Rose
C’était la fin de l’entretien ; le patriarche hochait la tête d’un air entendu en sirotant l’alcool multi-herbacé servi par sa dernière épouse et en survolant la fiche de synthèse que lui avait remise le prétendant. Il passa rapidement l’évaluation de son patrimoine et la liste de ses recommandations (ses précédents beaux-pères ne tarissaient pas d’éloges) ; il s’attarda surtout sur le dernier paragraphe.
« … jolie soucoupe avec balcon intérieur surplombant un fleuve miniature aux reflets stroboscopiques, roses, verts et gris laser (on pourra, selon les préférences de la maîtresse de maison, remplacer cette fonctionnalité par une prairie semée de clochettes clignotantes ou un abîme enneigé synthétique par simple sélection sur le programme d’intra-aménagement).
Le long du balcon, sept chambres bénéficient de tout le confort futur, en particulier de cabines de toilette à la vapeur parfumée (ambiances différentes, florales, fruitées, aériennes ou brûlantes).
La salle de pilotage est à l’américaine : une paroi modulable permet de masquer les commandes ou au contraire de les intégrer à l’espace de vie. La navigation est gérée automatiquement, mais si on veut la prendre en charge le tableau de bord est intuitif et personnalisable. Les éclairages peuvent à volonté s’assortir aux murs lumineux de la salle à vivre.
On trouve une base de stockage optimisé des denrées cryogéniques dans la salle basse avec système d’approvisionnement automatique aux heures définies par les variations du spectre. Les menus sont élaborés aléatoirement à partir des marchandises des meilleurs fournisseurs.
Dans les combles, une salle de couvage peut être aménagée.
Les différents étages sont desservis par escalier volant. »
Le panorama aléatoire au pied du balcon le séduisait particulièrement. Il aurait aimé en discuter avec le prétendant, mais celui-ci s’était accoudé au rempart en compagnie de sa future épouse (car décidément, il lui avait fait la proposition la plus sérieuse concernant Artémise). Les considérant, il admira le ton enjoué de sa fille, son habileté à faire voleter ses voiles blancs en soie de synthèse autour de son visage adorablement pâli au fil des heures passées en salle d’anti-photosensibilisation. Son teint diaphane, ses paroles musicales devaient enjôler le prétendant (sa dernière épouse l’instruisait régulièrement dans l’art du chant sirénaïque). Elle réussissait ainsi à détourner son regard de la fissure juste comblée au ciment enrichi qui avait occasionné des frais considérables l’année passée et compromis l’entrée dans le monde d’Artémise. Le travail n’était pas parfaitement achevé et il répugnait à recevoir des invités tant que les antiques remparts de la forteresse spatiale de Harbor n’étaient pas à la hauteur de leur réputation ; mais les rénovations stratégiques étaient vraiment un puits sans fond…
« … Et dans la quatrième chambre, chuchotait le prétendant à Artémise, il y a une balançoire à mouvement perpétuel et des parois murales intelligentes pour vous retenir si de fatigue vous en lâchez les cordes, et pour étouffer vos cris d’enthousiasme… La cinquième chambre est tapissée de miroirs qui vous apprennent les pas de danse et vous servent de cavaliers. Dans la sixième chambre, j’ai installé un lit à baldaquin inversé très ancien, dont les tentures tombent en poussière au fil des siècles, il ne faut pas vous étonner si elles vous paraissent en lambeaux… »
Le patriarche héla le prétendant et lui tendit un verre d’alcool aux reflets verdâtres. L’homme tourna vers lui son visage borgne, qui fit courir un frisson le long de l’échine du vieillard. Il devina que lorsque son futur gendre lui demanderait une recommandation, il n’oserait pas refuser. « Vous n’avez pas encore aménagé la salle de couvage ? lui demanda-t-il cependant d’un ton dégagé. Pourquoi n’installeriez-vous pas dans les combles une piscine d’air pulsé en attendant ? Mon avant-dernière femme a appris le crawl à Artémise, je suis sûr qu’elle serait ravie. Et c’est excellent pour la fermeté des tissus… » Quant à la salle de couvage, il serait toujours temps de proposer de l’installer à Harbor même ; avec quelques travaux de consolidations des murailles, ce serait un petit paradis pour leurs héritiers…
Artémise lui jeta un regard froid, puis reporta ses yeux d’ambre sur le prétendant. Il l’assura que tous ses amis pourraient lui rendre visite, ce qui égaierait la soucoupe pendant ses voyages, et qu’elle ne manquerait jamais de rien. « Et la septième chambre, ah la septième chambre… c’est là que je garde mes plus précieux trésors. Ils seront à vous bientôt. Je vous en donnerai la clé… »
Le patriarche vit briller la curiosité dans les yeux de sa fille et il se rappela avec un peu de nostalgie ses fiançailles avec ses douze précédentes épouses et la cour qu’il avait faite à chacune d’entre elles ; et aussi la nuit où il leur avait remis la petite clef du cabinet du donjon, avant de partir en voyage.
*****
Rose nous a proposé cette visite de soucoupe
11 juin 2009
Viens dans ma soucoupe - 1
L’auberge de David V.
InFolio
Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d'une route isolée de campagne, alors qu'il cherchait un raccourci que jamais il ne trouva. Tout a commencé par une auberge abandonnée, par un homme devenu trop las pour continuer sa route… Tout a commencé par l'atterrissage d'un vaisseau venu d'une autre galaxie.
A bord, on se marrait bien à le voir tourner en rond sur ces petites routes. Il était assez pitoyable dans sa voiture bringuebalante. Y'avait de quoi rire : il s'énervait, se désespérait, reprenait courage pour de nouveau s'énerver à chaque nouvelle intersection. Il faut dire qu’à un embranchement on l’avait plongé dans un univers à réalité modifiée et qu’il avait peu de chances de s'y retrouver. Et il s'acharnait à avancer, à scruter les panneaux et le paysage. Ça faisait des heures que ça durait quand enfin il sembla commencer à s'épuiser. Il ralentit d’abord à l'approche d'une baraque en planches aux trois-quarts effondrée. Mais il poursuivit tout de même son chemin. Au final, il choisit plus loin cette auberge pour faire halte.
Il était en train de l'explorer tandis que nous cherchions une nouvelle idée pour continuer à nous amuser. C'est là que Globon suggéra d'y aller et de le convaincre de venir avec nous. Qu'il est bête, ce Globon. Il a toujours des idées très débiles. Conformément aux ordres, on n'aurait pas dû se poser. Mais là, fatalement, nous étions tellement chargés à force de respirer l'azote contenu dans l'atmosphère de cette planète que son idée nous parut géniale. Globon se porta même volontaire. Il prit l'apparence d'une femme de cette civilisation. Nous avions tout ce qu'il nous fallait dans nos bases de données, depuis le temps que nous étions postés en surveillance. On synthétisa des vêtements, on choisit une femme "bien foutue", selon les critères locaux. Ils ont de drôles de goûts les autochtones, quand même. En quoi ces excroissances mammaires graisseuses sont-elles attirantes ? Qu'importe. Globon se transmuta dans l'auberge, à l'accueil, et attendit sagement, comme s'il avait toujours été là, que l'humain revienne... ce qu'il ne tarda pas à faire, forcément.
Une fois dissipée sa surprise, quand Globon eut expliqué au voyageur égaré d'une voix suave et sensuelle qu'il était à la cave au moment où il avait dû arriver, une conversation fort banale s'engagea. L'homme s'inquiéta des tarifs pour une nuit, de la possibilité de manger... Il ne parut d'abord pas se soucier des tics qui agitaient Globon sous l'effet de l'azote. Globon assura vraiment bien lors de cette première phase, et il manœuvra adroitement pour amener la discussion sur le thème des voyages. Il s'inquiéta du goût de cet homme pour la découverte de nouveaux lieux plus ou moins exotiques, jaugea son esprit d'aventure. Cependant l’homme commença à montrer des signes de nervosité quand Globon se mit à rire de manière inquiétante et incontrôlée en lui demandant s'il aimerait voyager avec elle pour qu'elle puisse enfin partir loin de cette auberge qui lui était devenue insupportable. L'homme avait déjà reculé de quelques pas quand Globon bascula dans l'hilarité la plus complète sans attendre sa réponse.
C'est alors que Manix décida précipitamment de venir en aide à Globon. Il se projeta lui aussi dans l'auberge, vêtu d'une tenue de femme de ménage, robe noire, tablier blanc, très classique en somme. Il entra dans l'accueil, un plumeau rose à la main. Un grand sourire aux lèvres, il excusa l'attitude de Globon : "il souffre d'une maladie nerveuse, voyez-vous". L'homme considéra son apparition d'un air effaré, mais au moins il cessa de reculer vers la porte. Le fait de savoir que la demoiselle de l'accueil était un peu malade semblait avoir calmé son envie de fuir. Le fait que Manix se soit interposé entre lui et la porte devait avoir eu également un impact non négligeable sur sa volonté d'aller dans cette direction.
Il semblait rester en lui une réticence que Manix eut du mal à saisir. Il fallut attendre que Globon réussisse à se calmer un peu, qu’il reprenne son souffle pour qu'enfin Manix comprenne pourquoi l'expression de l'homme était maintenant teintée d'une nette angoisse. Soit, il avait dit "il" pour parler de Globon au lieu de dire "elle", soit... Certes, son costume de soubrette dont il avait pris le modèle dans un vieux film était un peu décalé pour l'époque, mais il n'était surtout pas adapté à son corps de type masculin...
C'est alors que Manix haussant les épaules commença à raconter un peu n'importe quoi pour justifier cette situation. L'azote a pour effet de lui délier la langue, je n'aurais pas dû le laisser aller là- bas, mais il avait été trop rapide. Il commença par dire qu'il aimait s'habiller en femme, que ça n'avait rien de choquant là d'où il venait, qu'il venait de très loin, et que sa sœur et lui voulaient partir de cette auberge au milieu de nulle part, parce que cette planète était vraiment une planète pourrie.
Alors je compris qu'il fallait agir. Je m’éclaircis l'esprit en respirant une goulée d'hélium, et je modifiai la réalité dans laquelle ils étaient pour bloquer les issues de la pièce. Globon effondré de rire au sol ne pouvait empêcher Manix de continuer à raconter qu'ils avaient envie qu'il vienne avec eux, qu'ils avaient un super bolide pour se déplacer, que le vaisseau était vraiment confortable, qu'il ne regretterait pas le voyage. C'est quand Manix prononça le mot vaisseau que l'homme se retourna vers la porte la plus proche, et il se mit à courir quand il entendit voyage interstellaire. Grâce à moi, il n'alla pas bien loin. Manix cria alors pour le retenir que s'il le souhaitait il pouvait devenir lui aussi une femme, et que tous les deux pourraient bien s'amuser, parce qu'il avait envie d'expérimenter leur mode de reproduction sexué... Mais bon, ça n'eut pas l'effet escompté, l'attention de l'homme était fixée ailleurs. Il était en train de s'acharner désespérément sur une poignée de porte qui tournait dans le vide. Manix, pour prouver sa bonne foi, changea alors sa forme et devint une blonde pulpeuse modelée d'après l'image qu'il avait vue dans un comics. L'homme se retourna alors pour identifier la position d'une autre porte et le vit transformé. Il resta en arrêt, prenant conscience du fait qu'il était vraiment face à des extra-terrestres et non simplement face à des fous.
C'est à cet instant que je me matérialisai sous la forme d'un gars bien musclé, avec un gourdin dans la main, et je l’assommai lâchement en le cognant à l'arrière du crâne. Je fis respirer un peu d’hélium à Globon et Manix , puis nous entreprîmes d'emmener l'homme sur le vaisseau. Il en savait vraiment trop, nous allions devoir justifier cet incident. Globon nous convainquit de modifier ses souvenirs, et c'est ainsi que nous le laissâmes dans une autre auberge abandonnée, bien réelle celle-là, non loin du lieu où nous avions court-circuité sa route.
Le malheureux en garda quelques séquelles, il se mit à dire partout qu'il avait rencontré des extra-terrestres. Heureusement personne ne le crut.
***
Ce texte est publié dans le cadre d'une étrange invitation
02 avril 2009
APPEL - Viens dans ma soucoupe!
Pour jouer en juin,
il vous faudra convaincre quelqu'un de quitter la terre ferme:
Viens dans ma soucoupe!...
volante, en principe.
Comment allez-vous vous y prendre?
Quels arguments, quelles ruses, quels appâts utiliserez-vous?
A vous de nous raconter où, quand, comment et avec qui vous réussirez (ou pas) à tester ce moyen de transport.
^^
Vos œuvres (textes sous format word, visuels en jpg, gif ou bmp)
sont à envoyer à l'adresse habituelle
fanesdecarottes(chez)yahoo(point)fr
avant le 30 avril 2009.
Et si ce n'est déjà fait, pensez à y joindre une courte biographie et une photographie.
Vous recevrez un accusé de réception dans la semaine suivant votre envoi.






