26 septembre 2008

Vamp & Vampire - 5

Un rayon de soleil rouge sang

Luma

     Le soleil se lèvera dans une heure. Assise sur ma terrasse, je l’attends. Les larmes qui coulent sur mes joues laissent des traces sanglantes. Qui aurait cru que je puisse pleurer ?

     Déjà, il aurait fallu savoir que je pouvais aimer. Ça ne colle pas vraiment avec ce que les humains savent des vampires. Les grands prédateurs à la séduction mortelle, offrant un baiser fatal avec la froideur d’un monstre à moitié mort…
Et pourtant j’ai aimé.

     Bien sûr, au départ, je ne voulais qu’une petite friandise de plus. Vêtue de noir, je hantais mes bars de prédilection pour trouver un homme à attirer dans mon lit et dans sa tombe.
     Autrefois – longtemps avant ma première mort – j’aimais déjà ça. J’aimais l’exigence de la perfection lors du choix des vêtements, j’aimais sentir le regard des hommes sur moi, j’aimais jouer à ces jeux dangereux de séduction où tout peut basculer en un instant, où la femme fatale peut devenir la victime d’un agresseur, où le feu que j’attisais dans leurs regards menaçait à chaque instant de me brûler la peau.
     Je les aimais bien, tous, mes cajoleurs, mes séducteurs, mes paumés, mes ratés, mes enfants de la nuit qui discouraient au-dessus de leur verre de vin tout en vérifiant du coin de l’œil que je les regardais faire. Ils étaient souvent touchants, souvent effrayants, parfois magnifiques, parfois immondes. Je m’en moquais. Je prenais leur chaleur, leur alcool, leur drogue, leur argent, leurs secrets, ils me donnaient tout et redemandaient avidement que je daigne à nouveau me pencher vers eux. Au final, mon ancienne vie n’était pas si différente de la nouvelle. De ma non-vie. Pas de lien durable, pas d’amour, pas d’ennui. Juste le frisson du désir et du danger. Le plaisir des sens et du pouvoir. Jamais je n’avais rencontré d’homme qui ne puisse pas être remplacé par son voisin de table. Ils étaient anonymes et innombrables, mes beaux chéris.
     Jusqu’à ce que je rencontre le Seigneur. Saigneur lui aurait tellement mieux convenu, comme nom. Mais ce modeste jeu de mots ne lui plairait pas. Trop vulgaire. Et il a une façon bien à lui de prononcer ce mot « vulgaire », avec une petite moue seigneuriale donnant à penser que son auguste personne a mordu dans un citron, sans aller jusqu’à faire une grimace, je l’imagine d’ici tiquant devant mon humour trop populaire. Dire que je l’ai tant déçu, mon beau Seigneur, et que je n’ai même pas le bon goût de le regretter. Car lui aussi m’a déçue, on peut dire. Ou plutôt il m’a, sans me demander mon avis, offert un cadeau empoisonné.

     Il est apparu dans mon fief à la recherche d’une victime. J’en cherchais une moi aussi. Il a regardé mes courbes parfaites, ma gorge d’un blanc pur, mon regard soufflant la glace et le feu, mon sourire énigmatique. J’ai regardé ses vêtements de marque, sa montre en or si distinguée, son allure, sa désinvolture. Nous nous sommes mutuellement choisis pour proie.
D’un geste il a réservé une alcôve, d’un regard il m’a fait signe qu’il m’y attendait. Je l’ai ignoré. Je n’étais pas une prostituée et je n’obéissais qu’à mes propres caprices. Certes, j’avais envie de cet homme-là pour une nuit, rien qu’une. Il était beau et raffiné, sans doute riche et intelligent, ce que j’appréciais. Mais je n’aimais pas sa façon de se croire le maître d’un jeu dont je voulais tirer les ficelles.
     Ah, l’arrogance de la petite humaine qui sous prétexte qu’elle s’habille en noir et vit la nuit prétend remettre à sa place le sublime Prince des Ténèbres… C’est cette arrogance qui m’a sauvée la vie, ou l’a prolongée en non-vie, peut-on dire. Je lui ai résisté en restant bien assise sur mon siège et en papillonnant avec l’homme qui m’offrait timidement à boire. J’avais beau être orgueilleuse, je savais très bien que si jamais j’allais parler au Seigneur, je ne pourrais pas lui résister. Même à distance, alors que je ne pouvais distinguer de lui qu’une ombre derrière un voile, il me troublait. Je n’arrivais pas à me concentrer sur ce que je disais et l’homme qui m’accompagnait s’enhardissait beaucoup trop vite sans que je pense à le remettre à sa place. Finalement j’ai décidé de fuir. Je détestais cette sensation d’être perturbée.
     Mon compagnon m’a suivie. Ce n’est qu’une fois dehors que je lui ai dit que je voulais rentrer seule. J’avais les nerfs tendus comme des cordes à violon et j’ai été brutale. Brutale tout en laissant transparaitre ma peur. Ce qui l’a encouragé à être plus brutal encore. Il m’a plaquée contre le mur et a commencé à me menacer.
     Je n’ai pas perdu mon sang-froid et je pense que j’aurai pu m’en sortir toute seule. J’avais un couteau et un revolver dans mon sac et je n’aurai pas eu peur d’utiliser l’un ou l’autre. Mais non. Il a fallu que le Seigneur surgisse de nulle part, tel un ange déchu jeté du ciel et tombé dans la rue au lieu d’arriver en enfer. Il a maitrisé l’homme avec élégance et facilité. Après quoi il a posé son manteau sur mes épaules et m’a dit : « Partons d’ici. ». Et moi, stupidement, je l’ai suivi.

     Oh, bien sûr, je ne savais pas que le sublime prince que je suivais était un mort-vivant. Il avait mangé peu de temps auparavant et la vie qui l’avait nourri l’illuminait encore, il irradiait de chaleur et d’énergie, jusqu’à ce qu’on croise son regard froid et millénaire comme une pierre tombale. Non, je le suivais comme j’aurais suivi la pire bêtise de ma vie, l’homme capable de m’arracher ma précieuse liberté, je me débattais contre la fascination qu’il exerçait sur moi, en vain, bien sûr, tellement en vain… En serrant son manteau contre moi j’avais son odeur et sa chaleur qui m’interdisaient de partir, de rejeter ce doux bien-être pour l’air glacial de la rue. Même la drogue ne m’avait jamais autant fait perdre le contrôle de moi-même. J’étais envoutée par ce sauveur mystérieux et prête à le suivre jusqu’au bout du monde.
     Il m’a emmenée dans sa chambre d’hôtel – le Seigneur vit uniquement à l’hôtel, toujours des hôtels de luxe – et a fait servir un repas fin et du champagne. Il s’est mis à me parler. Il me parlait de moi mais ce n’était qu’un long monologue où mes réponses n’étaient pas nécessaires. Il parlait de ma beauté, de mon élégance, de ma dignité, de ma noblesse. Et de sa solitude aussi. Si longue. Je le laissais parler tout en sirotant mon champagne. Je tentais de ne pas le regarder, préférant le spectacle de la ville brillant dans la nuit. C’est là qu’il m’a demandé de l’épouser.
     J’ai dit non.
     Il a insisté.
     J’ai refusé encore.
     Il m’a souri.
     Et ses deux longues canines ont plongé dans mon cou, faisant de moi son épouse et un monstre.

     J’ai suivi sa loi et ses désirs, moi qui avais évité toutes les chaines au cours de ma vie, parce que je n’étais pas assez forte pour lui résister. Mais chez les vampires le pouvoir a le goût du sang et j’ai réussi à avoir assez d’esclaves pour me séparer du Seigneur. Me séparer de lui sans qu’il ne me tue, car il en avait déjà assez de moi. Il avait lu dans mon esprit et croyait me connaitre parce qu’il savait de quoi j’étais capable. Ce qu’il ignorait, c’est à quel point je le détesterais et comment je ferais tout pour qu’il me déteste à son tour. Notre séparation fut sanglante, comme il se doit, mais enfin je regagnai ma liberté.
     Nous avions erré de ville en ville durant ma captivité – notre sanglante lune de miel. J’ai décidé de revenir à mon point de départ et de faire de cette ville mon territoire, j’étais prête à le défendre de toutes mes forces contre les autres vampires. Je savais déjà trouver des victimes solitaires et les manipuler jusqu’à en obtenir tout ce que je désirais et je n’eus aucun mal à me tailler un empire financier colossal, défendu par une poignée de vampires soumis et une armée de laquais humains. Mais j’allais toujours chercher mes proies moi-même. J’aimais me nourrir d’hommes en extase devant ma parfaite beauté.
     Jusqu’à ce que je rencontre Dan. Un simple mortel. Il était perdu dans notre monde de la nuit et trop orgueilleux pour le reconnaitre. Il a tenté de me séduire avec maladresse, en disant la vérité sur les sentiments que je lui inspirais, et ça m’a amusée. Il m’admirait sans être soumis. Il était courageux, prêt à se lancer dans n’importe quelle aventure sans réfléchir pour aider un ami. Ce n’était pas grand-chose, une masse de petits riens, des miettes d’intérêt comparé aux hommes et aux vampires que j’avais déjà repoussés, et pourtant ils suffirent à produire l’impossible : mon cœur figé se remit à battre et je tombais amoureuse. 

     Dan accepta mes faveurs et mon amour avec la même joie simple, ignorant totalement qui j’étais dans ce monde obscur où je régnais si fièrement. Il m’aimait aussi et pendant quelques temps, j’ai été plus heureuse dans la mort que je ne l’avais jamais été dans la vie. Je passais chaque nuit à ses cotés et j’aurai voulu que nous continuions pour l’éternité. Oui, j’étais prête à commettre envers lui le même crime que le Seigneur avait commis envers moi. Je refusais de lui dire que j’étais une vampire – je savais qu’il me repousserait – et refusais de lui demander son avis. La solution pour préserver à jamais mon bonheur était devant moi, simple et évidente. Et maintenant je me demande pourquoi je l’ai sans cesse repoussée. Question hypocrite dont je connais la réponse.
Dan n’aimait pas le monde des ténèbres.
     Il voulait que je cesse de porter du noir et que je m’habille ‘normalement’. Et il voulait qu’on se voit ‘normalement’ aussi, dans la journée, il voulait savoir quel métier j’exerçais, il voulait me présenter à ses parents, il voulait qu’on ait une maison, un chien, des enfants. Il voulait passer le reste de sa vie à mes cotés et j’en étais touchée, mais pour cela il aurait fallu que je le rejoigne, que je quitte mon univers pour rallier le sien. Une perspective qui m’aurait horrifiée quand j’étais vivante et qui, depuis que je ne l’étais plus, m’était tout simplement impossible. Et si je l’attirais de force de mon coté de la frontière, je le priverais à jamais de tous ses rêves et de tout ce qu’il aimait, ce qu’il ne me pardonnerait pas. Je ne pouvais pas supporter l’idée qu’il me déteste et se rebelle contre moi comme je m’étais rebellée contre le Seigneur.
     J’ai donc retenu mes crocs et étouffé de mon mieux mon atroce soif de sang, j’ai fait semblant de dormir nuit après nuit près de cette gorge si chaude abritant la vie de mon aimé, j’ai menti de mon mieux pour préserver notre bonheur. Jamais il n’a su à quel point cela m’avait couté. J’ai pourtant essayé de le lui faire comprendre, mais sans pouvoir avoir ce que j’étais réellement, c’était voué à l’échec. Il devenait de plus en plus triste et amer, jaloux de tous ceux qui me côtoyaient sans s’apercevoir à quel point je le privilégiais. Sa douleur m’a tellement fait souffrir… et pourtant j’ai continué à l’aimer de toute mon âme.
     Jusqu’à ce soir.

     Je venais de me lever quand il est entré. Il a détourné la tête quand j’ai tenté de l’embrasser. Il m’a dit qu’il voulait me parler. Et il a parlé. Un brouillard de mots que je refusais d’entendre. Des mots horribles. Des mots de fin. De séparation. Des mots banals et hypocrites.

     - Non, ai-je froidement répondu.
     J’avais mal, si mal…
     J’ai continué :
     - Non, on ne restera pas amis. Si tu n’es pas avec moi, fous le camp. Sinon…

     Il a tenté de me caresser les cheveux et je l’ai laissé faire, tremblant sous ce dernier contact. Mais il a retiré sa main. Alors j’ai compris que tout était réel. Qu’il voulait partir. Me quitter. Je l’ai retenu de force. Il a commencé à paniquer quand il a vu qu’il n’arrivait pas à se dégager. Il était si faible, mon pauvre chéri, dans son corps tout chaud d’humain, le cœur battant à toute allure dans cette musique délicieuse. Il a vu mes dents et a hurlé de tous ses poumons. C’est alors que je l’ai mordu.

     Je ne sais pas pourquoi son sang était si bon. Peut-être parce que je l’aimais. Ou peut-être parce je m’étais retenue si longtemps. A moins que ce ne soit le manque – avec sa jalousie farouche j’avais de plus en plus de mal à me nourrir sans qu’il ne me fasse une scène. Mais je n’ai pas pu me retenir. Une fois mes dents plantées dans sa gorge, j’ai bu jusqu’à la dernière goutte de ce précieux nectar, jusqu’à ce qu’il n’y ait aucune retour en arrière possible. J’ai tué mon bien-aimé. Jamais je ne saurai s’il m’aurait pardonné de lui avoir donné la non-vie des vampires. Jamais plus je ne verrai son beau corps s’animer, ses yeux pétiller et sa bouche rire en me couvrant de baisers. La faim immonde et animale du monstre que je suis devenue a été plus forte que l’amour, ce si grand et noble sentiment.
     Lorsque j’ai compris ce que j’avais fait, j’ai hurlé à mon tour, un hurlement de mort qui a terrifié tous ceux qui l’ont entendu, le hurlement d’une damnée en train de subir son tourment. Mes yeux se sont remplis de larmes et ainsi j’ai su que les vampires pleurent des larmes de sang. Elles ont coulé sur son corps, son cadavre abandonné, qui n’était plus que de la viande blanche, sans pouvoir lui rendre la vie. Le sang que je lui avais volé je l’ai gaspillé en fleurs écarlates qui ont taché le sol et nos vêtements. Et maintenant, assise sur la terrasse, les pauvres restes de mon amant dans les bras, je continue à gâcher ce précieux sang et ma faim gronde tandis que mes larmes coulent sur nous. Peu importe. Il ne me reste que peu de temps à attendre. Si je ne peux pas ramener mon bien-aimé à la vie, au moins je peux le suivre dans la mort. La véritable mort.

     Dans une heure le soleil se lèvera.

Posté par ekwerkwe à 08:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,


24 septembre 2008

Vamp et vampire 5 / Port-folio SFFF

La chevelure,
par Josefa


ph1

"Durant quelques jours, cependant, je demeurai dans mon état ordinaire, bien que la pensée vive de cette chevelure ne me quittât plus.

ph2

Je tournais la clef de l'armoire avec ce frémissement qu'on a en ouvrant la porte de la bien-aimée, car j'avais aux mains et au coeur un besoin confus, singulier, continu, sensuel de tremper mes doigts dans ce ruisseau charmant de cheveux morts.

ph3

Puis, quand j'avais fini de la caresser, quand j'avais refermé le meuble, je la sentais là toujours, comme si elle eût été un être vivant, caché, prisonnier;

ph4

je la sentais et je la désirais encore; j'avais de nouveau le besoin impérieux de la reprendre, de la palper, de m'énerver jusqu'au malaise par ce contact froid, glissant, irritant, affolant, délicieux.

ph5

Je vécus ainsi un mois ou deux, je ne sais plus. Elle m'obsédait, me hantait. J'étais heureux et torturé, comme dans une attente d'amour, comme après les aveux qui précèdent l'étreinte.

ph6

Je m'enfermais seul avec elle pour la sentir sur ma peau, pour enfoncer mes lèvres dedans, pour la baiser, la mordre. Je m'enroulais autour de mon visage, je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dorée afin de voir le jour blond, à travers.

ph7

Je l'aimais! Oui, je l'aimais. Je ne pouvais plus me passer d'elle, ni rester une heure sans la revoir.

ph8

Et j'attendais... j'attendais... quoi? Je ne le savais pas.

ph9

- Elle.


ph10

Une nuit je me réveillai brusquement avec la pensée que je ne me trouvais pas seul dans ma chambre.


ph11

J'étais seul pourtant. Mais je ne pus me rendormir; et comme je m'agitais dans une fièvre d'insomnie, je me levai pour aller toucher la chevelure.

ph12

Elle me parut plus douce que de coutume, plus animée.

ph13

Les morts reviennent-ils?

ph14

Les baisers dont je la réchauffais me faisaient défaillir de bonheur;

ph15

et je l'emportais dans mon lit, et je me couchai, en la pressant sur mes lèvres, comme une maîtresse qu'on va posséder.

ph16

Les morts reviennent!

ph17

Elle est venue.


ph18

Oui, je l'ai vue, je l'ai tenue, je l'ai eue, telle qu'elle était vivante autrefois, grande, blonde, grasse, les seins froids, la hanche en forme de lyre;

ph19

et j'ai parcouru de mes caresses cette ligne ondulante et divine qui va de la la gorge aux pieds en suivant toutes les courbes de la chair.

ph20

Oui, je l'ai vue, tous les jours, toutes les nuits. Elle est revenue, la Morte, la belle Morte, l'Adorable, la Mystérieuse, l'Inconnue, toutes les nuits."

Guy de Maupassant, "La chevelure".

***
l'appel des vampires

Vous aussi, vous décelez des traces d'ailleurs dans le réel?
du futur dans le présent?
Alors, montrez-nous ce que voient vos yeux!

Posté par rose_alu à 08:00 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
23 septembre 2008

Vamp & Vampire - 4

Véron

V_ron___vamp

Vamp...

V_ron___vampire

Vampire...

Posté par ekwerkwe à 08:00 - - Commentaires [3] - Rétroliens [0]
Tags : ,
17 septembre 2008

Vamps & Vampires - 3

Vamps et Vampires

Caro_carito


veronicalake2_1_Je le regarde à la dérobée. Belle gueule. 0ui, une belle gueule. Seule ombre au portrait, le noir de sa chevelure avec son côté plastifié et ce, en dépit des soins capillaires prodigués par Lucius et ses ciseaux magiques. Enfin restent ses yeux, deux gemmes de la plus belle eau, sombres, avec un soupçon de maléfices.

Je ne prends jamais le métro. N’y trouvez rien de snob. Il y fait d’ordinaire trop chaud et les températures altèrent mon teint de porcelaine. Mais ces jours sont jours d’exception et de carnaval, bousculant ainsi mes habitudes. L’atmosphère y est lourde d’odeurs criardes. Et se déversent dans les rues, les ruelles, les boulevards, des dizaines et des dizaines de corps pailletés, déguisés, ardents et désirés. Il y a comme un goût de lucre et de luxure qu’exhalent les lumignons qui brûlent nuit et jour. Les portes des immeubles sont entrouvertes, laissant glisser dans les venelles de la cité, rires et soupirs. Impossible d’imaginer une voiture s’aventurer dans ses rubans de corps ondulants et joyeux. J’aurais pu opter pour un voyage à bicyclette mais ma longue robe de tulle n’aurait pas supporté l’inconfort d’un tel périple. Et je ne suis pas sûre que Fabian, aux yeux de braise, apprécie ce mode de locomotion rustique. Nous avons donc opté pour le métropolitain qui présente l’avantage de nous conduire à destination, en quatorze  stations et deux changements. Rendez-vous station à Argentine.

J’admire mes escarpins aux talons ouvragés, la baguette fine qui galbe l’arrière de mes jambes. Mes ongles sont légèrement pointus, comme il se doit, et d’un pourpre brillant. Un léger châle de soie brute orne plus qu’il ne protège mes épaules de la douceur du soir. Fabian me tend sa main gantée. Son déguisement est plutôt de bon goût : une queue-de-pie bien coupée, un nœud papillon de satin dénoué qui orne sa chemise. Nous rions, tous les deux, en regardant ses cheveux soigneusement gominés et ramenés en catogan. Un mouvement léger se fait entendre derrière nous. Je présente, en quelques mots rapides, mon ami, mon complice depuis l’aube des temps, Friedrich, le magnifique. Sa taille élancée, son étrange regard bleu et son sourire usé surprennent toujours ceux qui le rencontrent pour la première fois. A sa vue, toute expression déserte mon visage et je sens un élan qui me pousse vers lui. Mais déjà notre petite troupe s’engouffre dans les entrailles des labyrinthes urbains. Nous croisons des individus grimés, pavoisant dans leurs atours de strass, qui ornaient, il y a peu, les vitrines des magasins. Nous nous mêlons, l’espace d’un trajet, à cette houle chaude et rieuse. Friedrich accroche une de mes boucles et la fait glisser entre ses doigts fins. Il me susurre : «  Tu es attirante même en blonde avec ta "peek-a-boo bang" coiffure. Ta beauté est toujours indécente. Je dirais que ce soir tu es la réincarnation éblouissante de Veronica Lake. » Avec un autre, je minauderais. Pas avec lui. Il jette un coup d’œil à notre compagnon, hypnotisé par une paire de seins, fort honnêtes, qu’une jeune hétaïre moderne dévoile audacieusement. Avec un bagout un peu facile, le jeune étalon entame une conversation, enfin plutôt une invite appuyée. Nos regards s’éloignent rapidement de ce marivaudage bas de gamme. La voix monocorde d’un employé de la RATP vient de nous indiquer un retard certain dans le trafic. Friedrich m’interroge sur le film dans lequel je joue : film d’épouvante, scénariste et réalisateur espagnols et argent français. D’ordinaire plutôt méfiante, je dois avouer que le projet me procure une certaine joie. Casting intelligent, scénario sérieux : ce film pourrait s’avérer un succès si… Je me mordille les lèvres. Comment lui expliquer ? « C’est lui n’est-ce pas ? » Et il me désigne d’un bref coup de menton le jeune Adonis qui vient d’effleurer délicatement l’épaule de la pseudo-courtisane grecque. Il l’observe un instant. Il sait, il devance mes pensées. Il perçoit le manque de densité de notre compagnon, son côté inachevé. Il n’a pas l’étoffe pour être le premier, celui qui brille en haut de l’affiche. Mais, comme il a suffisamment couché à droite à gauche et fait la une de quelques tabloïds, il devine instinctivement que la masse s’emparera de sa plastique irréprochable pour faire de lui sa future coqueluche. Cet arriviste à l’esprit limité ne désire même pas durer car il évolue dans l’ère jetable - si caractéristique de l’époque contemporaine -, comme un poisson dans l’eau. Mais pour jouer l’épouvante et incarner avec talent un vampire sur le retour, il faut faire partie des grands squales. Il n’en est pas là, loin s’en faut.

J’ai bien essayé de l’attirer dans mes filets mais sans succès. Le bellâtre m’a snobée. Peut-être avait-il peur, ce carnassier du dimanche ? Au demeurant, il a l’air de préférer les starlettes tout en jambes et à la cervelle farcie de Cosmo et autres Vogue. La déception passée - mon égo n’aime pas être malmené, même par un Don Juan de supermarché - il me fallait un plan. Le jeu relativement plat de mon camarade acteur était capable, de réduire ce futur petit chef d’œuvre en objet cinématographique consensuel, un de ces films encensés le temps d’une promotion pour son originalité avant de passer à la moulinette express de l’industrie cinématographique. Il me fallait une autre idée. Ce fut Friedrich qui me l’inspira. Il nous fut aisé d’inviter ce gigoletto à notre soirée de carnaval Vamps et Vampires. Le carton d’invitation avec ses lettres gothiques qui ne se détachent du bristol noir que dans l’obscurité, l’adresse prestigieuse, bref tout le tralala susceptible de tenter un petit snob.

PICT2868_1_Pendant que mes yeux ourlés de khôl s’attardent sur la chevelure noire crantée de Fabian, Friedrich s’approche du couple antiquo-mélodramatique. Si la jeune femme envisageait alors une quelconque aventure d’un soir avec mon pâle partenaire de cinéma, l’arrivée de cet homme, à la beauté impeccablement classique et à la silhouette élégante, vole instantanément la vedette à la gent masculine dans un rayon de cent mètres. Un murmure aux tonalités féminines parcourt alors la foule agglutinée sur le quai. « Je suis Lestat le Vampire, et je suis immortel », glisse Friedrich. Un rire frissonnant suivi d’applaudissements nourris parcourt l’auditoire quand Friedrich découvre, dans un rictus charmeur, deux canines immaculées. Heureusement le métro arrive juste à temps pour endiguer le flot de questions qui se forment sur les lèvres brillantes et légèrement humides. Dans un envol de soies, nous nous engouffrons dans le compartiment surchauffé. Fabian semble ailleurs.

VampsJe regarde un instant ma main aux ongles carminés. « Comme tu aimerais lui enfoncer tes griffes, n’est-ce pas ? » Friedrich m’observe, je profite du mouvement de balancier de la rame pour me rapprocher de lui. J’ai le regard légèrement brumeux. « Tu es restée au fond une sentimentale, une vampire à l’eau de rose. » Il se moque gentiment, je le sais. Mais il a raison. Malgré toutes ces années à dérober des vies, j’espère toujours un peu de cette chaleur humaine qui me fait tant défaut. Il me suffit d’un geste un peu appuyé, d’un mot gentil…, et je m’emballe comme une midinette. Heureusement, je me connais suffisamment et, aux premiers signes avant-coureurs m’indiquant que l’autre n’est, contre toute attente, qu’un goujat de première, je retrouve ma nature foncière. Mon regard a dû prendre ce reflet presque métallique, signe qu’il est temps de revenir au monde des ombres car Friedrich m’informe du déroulement des réjouissances à venir. Une de ces protégées, une petite Isolde fera l’affaire. Elle est assez gironde pour attirer notre jeune premier et semble très enthousiaste, elle n’en est qu’à ses premières gouttes de sang frais.

Le métropolitain nous a menés à bon port. Les deux hommes devisent pendant que nous nous approchons du lieu du crime. La Fabrique, comme nous la surnommons entre initiés, est un vestige d’un autre temps, d’un temps où les nuits avaient cette couleur de roman de gare et de danger. Fabian semble fasciné par la façade. Un bon point pour lui, sa destinée ne sera peut-être pas celle d’un suceur de sang de cinquième ordre. A peine Friedrich a-t-il frappé à l’huis que la porte s’ouvre. Au passage, je caresse la poignée. Comme à chaque visite. Instantanément, je me rappelle ma dernière soirée de mortelle. La neige qui se glissait entre mon col lâche et ma peau diaphane. Le ciel sans étoile, duveteux. Un dernier regard à une rue vide, à une vie pétrie de déceptions et d’errements. Et je poussais sans trembler la porte de ma mort et de l’éternité qui s’offrait à moi. J’eus l’impression, à l’instant précis où ma main glacé avait touché le corps de métal du lézard, de dire adieu à cette femme au cœur lourd. Ce soir, la porte grince encore avec un grognement familier de bienvenue. Je sens que Friedrich m’observe mais il s’abstient de tout commentaire. Cette brèche du temps, nous la connaissons tous et aucun d’entre nous n’oserait ne pas la respecter.

La musique qui nous accueille chasse d’un coup d’archet nos pensées graves. J’entends avec délectation l’orchestre qui fait trembler les pampilles des lustres des plafonds. Dorures et rires, pas de deux esquissés. Déjà des mains fines et pâles ont ôté de nos épaules nos capes moirées. Je sens le poids du regard de mes comparses sur mes épaules nues. Je me retourne pour leur envoyer un baiser avant de m’échapper dans l’enfilade des salles aux stucs et aux ors impeccables. Un bal, un bal fraternel où nous échappons à ce monde moderne sans grâce et sans panache. Un tourbillon de taffetas et de fracs satinés aux reflets de Bakélite. Je poserai mon âme lasse contre un corps jumeau, je virevolterai dans des bras aériens. Et qui sait si je ne me rassasierai pas de cette vie qui palpite, dans le creux secret caché là, à la base du cou, sous la peau fragile ?

Le tempo de la fête se languit au fur et à mesure que la nuit avance. Friedrich apparaît soudain à mes côtés. « C’est fait », me glisse-t-il à l’oreille. Nous croisons Isolde, pétillante de ce flot de vie qu’elle vient de ravir. Nous nous dirigeons vers un petit salon. Je l’aperçois, le visage presque blafard, allongé sur un canapé. Je sens la peur qui s’empare de lui, la fascination aussi. Dire qu’il y a peu, il n’était qu’une icône éphémère et illusoire d’un monde en toc. Magnanime, je pose un instant mes griffes sur sa joue encore tiède. « Nous nous reverrons lundi… » Et je dépose sur ses lèvres diaphanes un baiser au goût de sang.

pontalexandre2_1_L’aube est proche. Friedrich et moi sommes accoudés au pont Alexandre. L’avenir nous sourit. Le film sera un petit chef d’œuvre, le héros ayant enfin cette densité sombre qui lui faisait défaut. Il ne me volera plus la vedette non plus, petite vengeance bien mesquine, je l’avoue. Mais qui était-il pour me dédaigner ? Qui pensent-ils être, ces pauvres et éphémères mortels, pour faire de nous, les créatures de la nuit, des monstres de série B ? Qu’importe, ils passeront et nous, nous danserons encore et encore, juste avant l’aurore, nos corps délicats enlacés jusqu’à la fin des temps.

Crédit pour les photos de Veronica Lake : http://www.ipacific.com/shop/photography/hurrell/

* * *

Une réponse à l'appel Vamp & Vampire

Posté par stellasabbat à 08:00 - - Commentaires [4] - Rétroliens [0]
Tags : ,
08 septembre 2008

Vamp & Vampire - 2

Le destin

MAP

Map___Le_destin

Posté par ekwerkwe à 08:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags : ,


04 septembre 2008

Vamp & Vampire - 1

Exquise esquisse

deuxième partie

Pandora

          Les nuits se suivent sans qu’elle ne l’appelle, sa raison lui enjoignant de résister. La chasseresse ne se veut pas proie. Alors pour conjurer ce sentiment inconnu et naissant elle se nourrit dans une frénésie compulsive d’amants et d’amantes, des corps dont elle use, à son habitude, sans sentiment. Jusqu’à la nausée et au dégoût.
Et un matin, n’en pouvant plus, elle l’appelle enfin. Sans paraître surpris, il lui propose un rendez-vous dans un restaurant réputé pour le soir même, qu’elle se maudit d’accepter si vite. Et il raccroche courtoisement, la laissant se perdre en conjectures.
          Quand elle arrive au restaurant, Maxime est déjà attablé et se lève à son approche. Il est habillé tout aussi anachroniquement que lors de leur première rencontre et semble ravi de la revoir. Plongeant sans un mot son regard dans le sien, elle ouvre lentement son manteau noir, bouton après bouton, pour dévoiler la robe noire au décolleté plongeant qu’elle a mise pour lui. Sans aucun bijou. Elle aime le regard approbateur qu’il lui lance alors qu’il la salue d’un baisemain. Charmant et charmeur. La soirée passe très vite tandis qu’il lui parle de lui, de ses affaires, de sa passion pour la peinture. Elle ferait un magnifique modèle, et il lui propose de la croquer dès ce soir. Si elle le désire, bien sûr.
          Elle en crève d’envie. Ce soir c’est elle la victime consentante.
          Quand il l’emmène chez lui, Artémis, troublée par cette situation inhabituelle pour elle, reste hésitante dans l’entrée. Maxime la prend alors doucement par les épaules et la conduit jusqu’à la pièce principale plongée dans une demi-obscurité. Les volets sont clos et des draps recouvrent le mobilier. Il flotte dans l’air une odeur de renfermé et Maxime lui explique qu’il occupe peu cette aile du grand appartement haussmannien, lui préférant le calme de son atelier sous les combles. Puis comme elle n’esquisse toujours pas le moindre geste, il lui demande s’il peut lui enlever son manteau. Lui faisant face une main sur son épaule, il la déboutonne de l’autre, puis la découvre doucement, frôlant au passage ses épaules nues. C’est avec plaisir qu’elle le laisse prendre ainsi les commandes puis la conduire jusqu’à l’atelier. Des croquis de femmes nues, plus belles les unes que les autres, sont accrochés dans la galerie qui conduit aux combles. Il en émane une sensualité presque animale. La main toujours sur son épaule, Maxime la pousse doucement pour la faire entrer dans une grande pièce dépouillée au parquet constellé de tâches. Une table que recouvrent pêle-mêle des croquis inachevés et un lit aux draps défaits, placé dans un coin de la pièce, en constituent l’unique mobilier.
          - Vous l’avez vu, je ne m’intéresse qu’aux modèles nus.
          - Je ne quitte jamais mes bottes…
          - Dans ce cas, je me sens prêt à faire une exception. J’ai toujours aimé les amazones.
          Sans un mot, Artémis repousse les croquis étalés sur la table pour s’y appuyer et, le défiant du regard, elle lui tend une des ses jambes gainées de cuir.
          - Prouvez-le.
          Maxime se rapproche, un sourire carnassier aux lèvres. Sans la quitter des yeux, il empoigne le talon de sa botte droite et remonte le long de la jambe en caressant le mollet moulé par le cuir souple. Il lui parle doucement, la capturant de son regard. Puis il la déshabille et elle se laisse faire en silence. La louve est devenue agnelle. Les sens en éveil, elle sent les mains chaudes de Maxime l’effleurer tout en douceur, son souffle lui caresser la gorge, sa voix grave et profonde l’envoûter. Elle frémit de plaisir quand il la saisit plus fermement pour la rapprocher de lui. Son sang, bouillonnant, pulse fort dans ses veines et diffuse le parfum capiteux qu’elle a mis pour lui.
          - Etes-vous prête à être croquée ce soir, belle Artémis ? Vous m’appartiendrez alors, vous le savez, comme ces femmes dans le couloir. Etes-vous vraiment prête ?
          Artémis se cambre contre lui. Et la gorge offerte, elle assiste avec une impatience teintée de crainte à la transformation de son amant en monstre de la nuit : les canines qui pointent l’une après l’autre, les pupilles qui s’allongent en deux fentes verticales, passant du brun au vert, les cheveux et les ongles qui poussent et s’enfoncent douloureusement dans son avant-bras.
          - Je suis prête, Maître.
          Et alors qu’elle repense à tous ceux à qui elle a fait l’amour pour assouvir sa faim dévorante, elle se sent aimer pour la première fois. Aimer et être aimée.
          Elle sourit quand il la prend et la boit avidement jusqu’à ce que le rouge flamboyant de sa bouche ne suffise plus à masquer ses lèvres exsangues.
          Au petit matin, une nouvelle esquisse à la sanguine a rejoint la galerie de nus du couloir.

FIN

* * *

Une réponse à l'appel Vamp & Vampire

Posté par ekwerkwe à 08:00 - - Commentaires [5] - Rétroliens [0]
Tags : ,
03 septembre 2008

Vamp & Vampire - 1

Exquise esquisse

première partie

Pandora

          Elle marche, conquérante, dans la rue sombre. Il fait nuit mais elle n’a pas peur, seules les victimes ont peur. Elle est une prédatrice, une belle de la nuit.
          Elle porte de longues bottes de cuir noir qui moulent la forme parfaite de ses jambes et claquent sur les pavés sur un rythme presque militaire. C’est une chasseresse qui marche sûre d’elle. Un long manteau, noir lui aussi, la protège du froid et des regards. Elle ne dévoile ce qu’elle y cache qu’à ceux qu’elle a choisis. Son visage laiteux est rehaussé par le rouge flamboyant de ses lèvres. Un rouge sang. Ce soir elle a faim.
          Elle entre dans un bar qu’elle sait fréquenté par de beaux spécimens, souvent célibataires ou à défaut volages. Ses préférés. Sa voracité gourmande ne s’accommode pas de médiocrité, les hommes et femmes qu’elle épingle à son tableau de chasse ont toujours quelque chose d’original qui les démarque des autres : un regard envoûtant, une voix sensuelle, une démarche pleine de grâce, une attitude, qu’importe mais elle doit être étonnée. A son entrée, les regards la suivent à travers l’ombre et la fumée, intrusifs, et cherchent à ouvrir son manteau… Elle ne l’enlèvera pas dans ce bar, elle n’y fait que passer, elle n’y fait que chasser. Une femme la regarde, vulgaire. Pas son style. Un homme à sa droite s’approche et lui propose un verre. La cinquantaine poivre et sel, un nœud papillon et des lunettes cerclées d’écailles noires. C’est sa voix rocailleuse, profonde, pleine de promesses, qui la fait accepter.
          - Un grog si vous en prenez un aussi, vous avez l’air d’en avoir besoin…
          Il sourit et va au bar passer la commande. Puis il revient vers elle, s’approche suffisamment près pour qu’elle sente son odeur musquée et sensuelle, et la contemple d’un air connaisseur, s’attardant sur les yeux bleu acier, sur la bouche pulpeuse, sur le grain de beauté au coin droit de la mâchoire. Carrée.
          - Vous, vous savez parler aux femmes…
          - Pardon, je croyais être tombée sur une déesse. Vous n’enlevez pas votre manteau ?
          - Ce bar est trop enfumé. Sortons…
          Et elle se lève et quitte le bar sans un regard pour l’homme qu’elle vient de laisser, certaine qu’il va la suivre.
          - J’ai failli attendre…
          - Où voulez-vous marcher ?
          Elle l’emmène sur les bords de Seine, la lune est pleine, lumineuse, la soirée froide. Il a enfilé un pardessus gris et une écharpe blanche. Cet homme a décidément un charme délicieusement suranné. Il parle peu mais la fait parler d’elle, de la vie qu’elle s’invente pour l’occasion, celle d’Artémis pour ce soir, c’est ce qu’il a voulu. Une déesse. Ils parlent et marchent jusqu’à ce qu’il sorte de son pardessus une montre à gousset et s’interrompe d’un air désolé.
          - Je suis confus mais il est vraiment tard, je dois vous laisser. Voulez-vous que je vous appelle un taxi ?
          Aucune tentative de rapprochement, cet homme est de bronze, mais elle ne s’abaissera pas à quémander, fût-ce une nuit. Elle rentrera donc seule. Avec une carte que cet homme lui laisse en l’aidant à monter dans le taxi. Maxime Hémaux. Antiquaire. Et un numéro de téléphone.
          - Je serai un homme comblé quand vous me rappellerez.
          Et il claque la porte du taxi. De dépit elle demande au chauffeur de la conduire dans une boite de nuit proche. Elle est en manque et n’a pas eu sa dose, la prédatrice doit chercher une victime avant le lever du jour et elle en trouve une. Consentante, très consentante, si consentante qu’elle en oublie pour la nuit l’homme au pardessus gris. Mais alors qu’elle se rhabille au petit matin, abandonnant sans un regard le corps devenu inutile, elle ne peut s’empêcher de chercher dans sa poche la carte de ce Maxime…

A suivre...

* * *

Une réponse à l'appel Vamp & Vampire

Posté par ekwerkwe à 08:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : ,
01 septembre 2008

Edito de septembre

Où sont passées les clés de votre soucoupe d'entreprise ? et votre cartable en simili-cachalot ? et vos lunettes à détecter les ververts ? votre appareil à sager ? Finies les longues heures sur les plages roses et les promenades romantiques sous les mangrovilliers en fleurs.

Heureusement, Fanes de carottes vous propose pas moins de 5 tasses de café, à avaler progressivement, pour vous remettre les idées en place... ou pas. Car vous pourriez bien regretter d'apercevoir le fond de la tasse, vu le nombre de voyantes embauchées par le blogzine pour y lire tous vos secrets.

Et pour ceux qui préfèreraient ne pas se réveiller... des chevelures en volutes, des lèvres écarlates, des enlacements... et peut-être même quelques canines dans le cou.  Septembre sera vampirique !

C'est la rentrée chez Fanes de carottes !

_dito

Posté par rose_alu à 08:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags : , ,
14 juin 2008

APPEL - Fanes de septembre

Pour septembre,

appel horrifique !

ou séducteur ?

Proposez-nous des oeuvres sur le thème :

Vamp et vampire

Vous pouvez répondre à cet appel
de deux façons:

- sous forme de texte
(10000 signes maximum, format word
pas de genre obligatoire)

ou bien

- sous forme d'oeuvre graphique
(dessin, bande dessinée et strips, photo, collage, etc.
format JPG, GIF ou BMP)

Vous devez envoyer votre oeuvre
à l'adresse fanesdecarottes(chez)yahoo(point)fr
avant le 15 juillet 2008

en précisant à quel appel thématique vous répondez.

N'oubliez pas de joindre
(comme d'habitude)
une courte biographie et une jolie photo.

Vous recevrez un accusé de réception dans la semaine.

D'avance merci pour toutes vos contributions !

appelsthematiques

Posté par rose_alu à 08:00 - - Commentaires [0] - Rétroliens [0]
Tags :
03 mai 2008

APPEL : Fanes de septembre

Pour septembre,

appel horrifique !

ou séducteur ?

Proposez-nous des oeuvres sur le thème :

Vamp et vampire

Vous pouvez répondre à cet appel
de deux façons:

- sous forme de texte
(10000 signes maximum, format word
pas de genre obligatoire)

ou bien

- sous forme d'oeuvre graphique
(dessin, bande dessinée et strips, photo, collage, etc.
format JPG, GIF ou BMP)

Vous devez envoyer votre oeuvre
à l'adresse fanesdecarottes(chez)yahoo(point)fr
avant le 15 juin 2008

en précisant à quel appel thématique vous répondez.

N'oubliez pas de joindre
(comme d'habitude)
une courte biographie et une jolie photo.

Vous recevrez un accusé de réception dans la semaine.

D'avance merci pour toutes vos contributions !

appelsthematiques

Posté par rose_alu à 08:00 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]
Tags :


  1