Quand la science et la fiction se rejoignent
Robot, trop humain
Sébastien
«La « loi de la nature » une
superstition. — Si vous parlez avec tant d’enthousiasme de la conformité aux
lois qui existent dans la nature, il faut que vous admettiez soit que, par une
obéissance librement consentie et soumise à elle-même, les choses naturelles
suivent leurs lois — en quel cas vous admirez donc la moralité de la nature — ;
soit que vous évoquiez l’idée d’un mécanicien créateur qui a fabriqué la
pendule la plus ingénieuse en y plaçant, en guise d’ornements, les êtres
vivants. — La nécessité dans la nature devient plus humaine par l’expression «
conformité aux lois », c’est le dernier refuge de la rêverie mythologique.»
Humain, trop
humain, F. Nietzsche
Les robots, mais d’une manière générale
les machines, prennent, au fil du temps, une part de plus en plus importante
dans notre société : du simple iPod à la sonde Phoenix explorant Mars, les
liens que nous tissons avec eux sont, chaque jour, plus complexes et plus
étroits. Ce changement culturel, comme toute révolution liée au progrès technologique
(comme ce fut le cas, par exemple avec l’avènement de l’imprimerie), se doit
d’être accompagné par une réflexion interdisciplinaire sur les tenants et
aboutissants de tels bouleversements. L’art en général et la science-fiction en
particulier ont déjà entamé, depuis la moitié du siècle dernier, cette
réflexion. A nous, simples citoyens, de la faire rebondir.
La relation étroite et ambiguë qui unit
l'homme et le robot ne date pas du siècle dernier. Ni du siècle d'avant. Le
désir de concevoir un outil comme extension de soi-, comme suppléant amélioré,
remonte en effet à ce temps très ancien où, pour la première fois, un homme
s'est saisi d'une perche pour attraper un fruit inaccessible. L'image de la
perche est, à mon avis, la meilleure illustration de ce fantasme qui nous
envahit quand nous songeons au robot : le prolongement de nous-mêmes (cf. les
nombreux exo- ou endosquelettes décrits et employés dans la science-fiction).
En effet, l'humain, aussi humain soit-il, trop humain ou pas, fait face à ses
propres limites (physiques mais aussi intellectuelles, émotives, etc.) qui
l'entravent dans sa volonté de dominer le monde. Telle pomme est trop haute
pour sa petite taille ? Qu'à cela ne tienne, son cerveau conçoit, deus ex
machina, un engin capable de le prolonger, de compenser ses
faiblesses, de suppléer à sa propre finitude, en un mot de perfectionner sa
chair en projetant son être dans la matière, tout ceci dans le but programmé de
dominer le réel (attraper une pomme, explorer des endroits inaccessibles ou
dangereux, rendre possible ce que l'homme, de ses propres mains, ne peut réaliser).
Comme nous l'ont montré précédemment InFolio, Llo et
StellaStabat, beaucoup d'améliorations ont été apportées au robot depuis
la perche originelle et l'homme ne cesse de perfectionner sa création. Il tente
d'injecter à la machine ce qui lui semble le mieux le définir dans son humanité
: l'intelligence, l'acquisition des sens et de la mobilité, le langage, la
cognition et l'apprentissage, la socialisation, l'anthropomorphisme, les
capacités émotionnelles... Les différentes voies visant à perfectionner le
robot vont souvent dans le même sens : faire le robot à l'image de l'homme.
Mais en mieux...
Car là est le carrefour paradoxal :
l'homme imparfait, incapable de répondre entièrement aux ambitions démesurées
qu'il s'est fixé, crée une machine pour le prolonger, pour le rendre parfait,
mais, ce faisant, il lui injecte ses propres attributs, il le calque sur lui-même
en gommant certains de ses défauts et en accentuant certaines qualités. Mais
peut-on rendre quelque chose de parfait si on le fait hériter de soi-même, être
imparfait ?
On voit bien que c'est un rapport
métaphysique qui s'insinue entre ce sujet, l'homme, et ce qui semble être
l'objet, le robot. Un flux entre deux matières opposées, entre le vivant et
l'inerte, le souffle organique instillé dans la matière métallique inanimée. Un
rêve, on ne peut plus démiurgique bien sûr, alchimique pour le moins ! L'homme
assis sur le trône divin donne vie à la matière, le fantasme n'est pas nouveau
: le dieu chrétien façonne l'homme à même la terre glaise, le rabin donne vie
au Golem en inscrivant EMETH (vérité en hébreu) sur son front, Frankenstein
insuffle l'étincelle de vie à sa créature, Geppetto taille un morceau de bois
qui s'anime pour devenir Pinocchio, etc.
Derrière cette relation métaphysique,
il y a aussi comme un désir de filiation qui s'installe entre l'homme et sa
créature. Une filiation patriarcale bien sûr où le père éduque le fils selon
ses propres critères mais surtout une relation de servitude dans la mesure où
le fils n'existe que pour servir le père. En ce sens la relation homme-robot
semble utilitariste : cependant elle peut entrer dans un schéma affectif comme
ces nouveaux robots qui servent de familiers et d'animaux de compagnie.
Comme dans tous processus de
(pro-)création, il y a également une projection spéculaire, inconsciente ou
non, de sa propre image dans le corps de l'autre, quelque chose qui
inconsciemment dit : « Je donne la vie à ce robot pour qu'il me survive et je le
fais à mon image pour qu'il me perpétue et m'immortalise après ma propre
disparition. » Le robot, en ce sens, peut être une réponse à notre
désir de descendance parfaite et rêvée : l'enfant prodigue qui réalise en mieux
tout ce que les parents n'ont jamais réussi à faire, et qui le fait
durablement, même après leur mort. Tima, dans le Métropolis d’Ozamu Tezuka est typiquement cette petite
fille-robot : créée par le docteur Laughton à l’image de sa fille disparue, afin de
dominer le monde.
Jean-François Lyotard [1] avance
que notre obsession, notre fascination pour les voyages intergalactiques, notre
désir de nous transposer ailleurs, de tout refaire depuis le début (le fantasme
de la seconde chance en quelque sorte) serait en relation directe avec la
disparition programmée de notre espèce. Les hommes savent, inconsciemment ou
non, que, quoiqu'il advienne, l'humanité est absolument éphémère et vouée à
disparaître. Tôt ou tard. Au mieux, notre soleil a encore entre 5 et 7
milliards d'années à vivre et finira par s'éteindre, inexorablement, nous
entraînant dans sa mort. Cette lubie de l'expatriation planétaire serait donc
intrinsèquement liée à notre instinct de survie (argument que l'on peut bien
sûr réfuter quand on observe le peu d'intérêt que suscite réellement la
préservation de notre écosystème). Les robots dans ce cadre là ont tout à fait
leur place. Si nous-mêmes, pour des raisons physiques, économiques ou autres,
nous ne pouvons pas migrer corporellement vers d'autres lieux alors nous
enverrions nos copies mécaniques immortelles, capables de nous représenter dans
notre humanité, dont la mission serait le témoignage culturel et intellectuel
de notre existence, la preuve historique de notre place dans l'histoire
cosmique.
Enfin le robot suscite également
beaucoup d'inquiétudes : depuis Isaac Asimov et ses lois morales dictant la
conduite du robot [2]
jusqu'au très sérieux dossier d'Implications philosophiques
[3] qui réfléchit
à l'octroi de droits aux robots afin de garantir l'intégrité de notre propre
humanité. Les robots inquiètent autant qu'ils fascinent, car ils peuvent aussi
refléter nos imperfections (la haine, la violence, la convoitise, la folie,
etc.), mais en pire...
Le fantasme d'une armée de robots
indestructibles sans conscience (que l'on retrouve souvent dans la Science
Fiction comme dans la nouvelle Nouveau modèle [4] de
Philip K. Dick d'où sera tiré le film Planète
Hurlante de Christian Duguay) n'est pas loin. L'autre inquiétude,
que reflète bien la SF, est que le robot échappe totalement à notre contrôle,
soit de manière technique (erreur de programmation, piratage) soit parce que
nous lui aurions donné une conscience qui l'émancipe suffisamment pour qu'il
échappe à notre contrôle (HAL dans 2001 l'Odyssée de l'Espace, de
Arthur C. Clarke et Stanley Kubrick par exemple)... Quelles qu'en soient les
raisons, la coexistence avec des êtres, par définition supérieurs à nous (en
force, en intelligence, en résistance), fussent-ils créés et contrôlés par
nous, est une source d'inquiétudes légitimes qui alimente depuis longtemps
notre imaginaire et ravive nos angoisses d'asservissement (à l'échelle de notre
espèce, comme dans la Planète des Singes). Tout ceci n'est évidemment
pas sans nous rappeler le mythe d'un certain docteur Faust : entre progrès
scientifiques, soif de connaissances, ambitions aux limites sans cesse
repoussées, un pacte avec le diable peut être contracté sans même que nous nous
en rendions compte.
Quoiqu'on en dise et qu'on voudrait
nous faire croire, la problématique concernant les robots n'est pas restreinte
aux seuls champs technologiques et scientifiques. La promiscuité et la relation
que nous entretenons et continuerons de tisser à l'avenir avec les robots
posent également d'autres questions (abordées finalement par la science fiction
avant tout le monde) d'ordre éthique, eschatologique,
anthropologique, psychologique, social. Il serait parfaitement irraisonné de
les occulter car répondre à ces questions revient à fixer et à définir les
limites, les rôles et les relations entre le créateur et sa création.
Humain, trop robot, avez-vous dit ? Non
! Robot, trop humain.
[1] La Condition Postmoderne, Jean-François
Lyotard, Coll. Critique, Editions de Minuit, 1979
[2] "Les Robots", Isaac Asimov, J’ai lu, 1967
« Première
Loi : ‘Un robot ne
peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être
humain exposé au danger.’ ;
Deuxième Loi : ‘Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si
de tels ordres sont en contradiction avec la Première Loi.’ ;
Troisième Loi : ‘Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette
protection n'entre pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi.’ »
[3] http://www.implications-philosophiques.org est un site d'expression philosophique et éthique
qui regroupe des étudiants avancés issus de disciplines variées. Le dossier
sur les robots est ici.
[4] Second Variety, Philip K.
Dick, 1953
Quand la science et la fiction se rejoignent
InFolio - Llo - Stellasabbat
Comme nous l’avons vu, de nombreux travaux des chercheurs tendent à donner un aspect humain et des actes humanisés aux robots. Au Japon, un pays où la population âgée est importante, le but de nombreux robots est de tenir compagnie et de venir en aide aux personnes âgées. Par ailleurs, Repliee [1], qui peut être employée pour faire des conférences ou de l’accueil, semble tellement humaine que gens mettent un certain temps pour réaliser qu’il s’agit d’un robot qui s’exprime. De même, Aïbo [2] de Sony est programmé de manière à remplacer un chien dans une famille.
On peut alors s’interroger pour déterminer dans quelle mesure ils peuvent être considérés comme des objets. La Science-Fiction aborde d’ailleurs très souvent ce thème comme dans le film I, Robot (issu d’une nouvelle d’Isaac Asimov) qui porte une réflexion sur l’humanité du robot « Sony » qui a un libre-arbitre et est unique.
Ces interrogations se placent parfois du point de vue des robots, comme dans la nouvelle « L’Homme Bicentenaire » (1976), également d’Isaac Asimov et adaptée au cinéma par Chris Colombus (1999). Elle met en scène Andrew, un androïde qui suite à un disfonctionnement développe des émotions et veut être reconnu comme humain.
De même, dans le film « A.I. » de Steven Spielberg (2001), l’enfant robot, David, est programmé pour donner un amour sans limites à ses parents adoptifs et n’a pas conscience qu’il n’est pas un vrai enfant. Les parents, à l’opposé, malgré l’affection qu’ils lui portent conservent en tête le fait qu’il est une machine.
Mais il arrive également que cette question soit un fait de société. Ainsi, dans les nouvelles du cycle de la « Culture » d’Iain Banks, la société à tendance anarchique nommée « La Culture » possède un degré de tolérance extrêmement élevé. Elle se compose aussi bien d’humains, d’extra-terrestres, que de machines tels des robots dotés d’intelligence appelés drones et des supercalculateurs appelé mentaux. Les intelligences artificielles mécaniques ont exactement le même statut social que les êtres organiques. Ailleurs, dans l’univers d’autres civilisations plus rigides sont en général moins tolérantes envers les machines.
De même, dans « Blade Runner », le roman de P. K. Dick, ou le film éponyme, certaines personnes militent pour que les réplicants aient les mêmes droits que les êtres humains. Rick Deckard démissionne de la Police car il considère le nouveau modèle, le Nexus 3, trop humain pour être considéré comme un objet. Or, les robots étant bannis de la Terre, c’est le rôle des policiers de les démasquer et de les abattre. Sur d’autres planètes où ils sont autorisés, d’autres désapprouvent le fait que les robots soient traités comme des sortes d’esclaves de caste inférieure. A l’inverse, généralement, les notables (hommes politiques) et les journalistes les décrivent comme des objets.
La même idée du robot reclus dans certaines zones se retrouve dans la version d’Ozamu Tezuka de « Métropolis » : les robots qui quittent la zone sous-terraine vers laquelle ils sont attitrés sont abattus. Étonnant parallèle, dans le « Métropolis » de Fritz Lang, ce ne sont pas des robots mais des ouvriers humains qui sont parqués dans les zones inférieures de la ville.
C’est d’ailleurs sans doute par rapport à la question du travail que les robots interrogent le plus notre société. Le mot même robot, inventé par l’écrivain, journaliste et dramaturge Karel Capek à partir du mot tchèque "robota", signifie dur labeur ou corvée. Si la robotique s’est développée d’abord aux Etats-Unis, son essor y a été stoppé par l’action des syndicats, qui se sont opposés à l’automatisation des procédés de production. De même, dans « Blade Runner » dans certaines usines, les syndicats s’opposent au remplacement des humains par des machines. Au Japon, en revanche, la faiblesse des syndicats a permis le développement de la robotique ce, dans un contexte particulier : celui de la fin de la Seconde Guerre mondiale, où la relance de l’industrie japonaise était grevée par le manque de main-d’œuvre.
Les robots sont déjà très présents dans notre quotidien où ils effectuent les tâches les plus répétitives et les plus dangereuses, souvent sans que nous y prêtions attention (par exemple, l’ouverture automatique des portes). Ils devraient, d’ici une dizaine d’années, accomplir toute une série de « tâches plus mécaniques et plus laborieuses : le nettoyage des rues et des immeubles, l’assistance domestique, le soin aux personnes âgées. Ils seront également très présents dans les interventions à haut risque comme celles de lutte contre le bioterrorisme, la manipulation de substances toxiques, les tâches environnementales. Les robots iront surtout là où l’homme ne doit pas aller : dans les régions extrêmes, pour l’exploration spatiale et sous-marine. » [3]
En ce sens, l’automatisation de la société constitue une solution pour nous libérer de ces tâches répétitives, ingrates et faussement garantes de notre indépendance et de notre autonomie. Pour autant, en dotant les robots d'émotions humaines, ne risque-t-on pas de voir se réaliser le scénario imaginé en 1921 par Karel Capek, dans sa pièce « RUR (Rossum’s Universal Robots) » : les robots, fabriqués par l’homme pour accomplir les tâches les plus pénibles, ne finiront-ils pas se rebeller contre leur créateur ? A moins que le message de Capek ne soit adressé à nous, humains ?
Et traiter les robots comme des hommes a certaines limites. Mais comment statueraient des juges s’ils avaient à juger l’ordinateur HAL de « 2001, l’Odyssée de l’Espace » pour l'assassinat de l'astronaute Frank Poole ? Ils auraient à statuer sur l'aptitude d'une machine consciente à prendre des décisions, et devraient définir sa responsabilité pénale. Inversement, si HAL est jugé conscient de ses actes, Dave Bowman devrait-il être jugé pour l’avoir débranché ? Cela pourrait-il être considéré comme de la légitime défense ?
[1] http://www.sur-la-toile.com/article-758-Repliee-Q1-Un-andro%EFde-tres-realiste.html
[2] http://support.sony-europe.com/aibo/index.asp?language=fr
[3] Kazuhito Yokoi, co-directeur du laboratoire franco-japonais de
robotique de Tsukuba, cité in « Hommes et machines doivent apprendre à
se comprendre », Publico, Madrid,
article repris dans le supplément technologies de Courrier International, n° 941, 13-19 novembre 2008, p. III.
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots ont mal
InFolio - StellaSabbat - Llo
Les robots ont besoin comme les humains de ressentir des émotions. Cela leur permet aussi de mieux vivre en société en adaptant leur comportement en fonction des situations. Par exemple, non seulement la peur mais aussi la douleur sont des émotions particulièrement importantes pour éviter de refaire sans cesse les mêmes erreurs.
La souffrance et la douleur chez les robots, dans la fiction ou dans la réalité, si elles s'expriment sont programmées. En effet, un robot peut souffrir : il suffit de créer cet accès à la douleur en mettant les bons capteurs au bon endroit. C'est d’ailleurs très nécessaire à sa protection afin d’adapter son comportement si sa peau est percée ou si l’un de ses moteurs se casse. Un robot sans souffrance a un apprentissage limité des dangers de la vie… tout comme une personne dont les connexions nerveuses défaillantes ne lui donnent pas de sensation de douleur. Elles ont de nombreux problèmes de santé : fractures, brûlures, coupures, hématomes...
En pratique, dans notre monde, certains êtres mécaniques sont conçus pour exprimer la douleur pour entraîner les étudiants en médecine, tel le mannequin électronique simulant un accouchement appelé NOELLE [1] [2] qui simule les contractions et exprime la douleur d'une femme ou encore le robot composé d'un visage humain qui va grimacer sous la roulette du dentiste [3]. En science-fiction, on trouve le cas de R2D2 dans « Star Wars » qui couine quand il se prend des décharges électriques.
Dans « Blade Runner » de P.K. Dick (ou le film de Riddley Scott qui en est tiré), après une révolte sanglante de réplicants dans une colonie martienne ceux-ci sont bannis de la Terre. Ceux qui tentent de revenir sur Terre en situation irrégulière sont détruits (subissent un « retrait ») un à un par des chausseurs de robot (comme Blade Runner). Or, même s’ils ont été programmés pour arriver à simuler ce qu'aurait ressenti un être humain (bien qu'ils ne ressentent pas de « vraies émotions »), comme ils n'ont pas d'enfance et sont créés directement en tant qu'adultes, leur manque d'expérience peut trahir leur nature robotique. Cependant, il existe un modèle très perfectionné, le « Nexus 6 ». Certains spécimens ont développé de « vraies émotions », et d'autres peuvent être dotés de souvenirs. Le Blade Runner doit donc se fier aux maigres différences entre les replicants et les humains, et emploie pour cela le test de Voight-Kampff qui permet de déceler l'empathie. En effet, les replicants n'ont aucune empathie et ne réagissent pas quand ils se font prendre. Ils n'aideront pas l'un des leurs qui serait capturé. Et ils ne souffrent pas si, par exemple, on met à mort un animal face à eux. On peut cependant noter que dans l'adaptation au cinéma, les robots vont voir leurs créateurs parce qu'ils veulent vivre plus longtemps. Ils ont peur de mourir si vite et sont en colère contre leurs créateurs qui leur ont donné une vie si courte.
Les humains peuvent ressentir des émotions pour les robots, et pour leur propre apprentissage les robots auront besoin de plus en plus de développer des sentiments pour les vivants, eux-mêmes et les autres robots. L'existence d'empathie et de souffrance est pour l'instant un critère offert par la Science-Fiction pour conserver une distinction entre les humains et les robots, mais la réalité est plus complexe. L'absence de douleur chez les robots permet aux humains de leur rendre leur statut de simple objet. Pourrons-nous continuer longtemps à considérer les robots comme des objets ?
[1] http://www.ledroideenchaine.com/news+article.storyid+3564.htm
[2] http://www.gaumard.com/viewproducts.asp?idproduct=40&idcategorie=62
[3] http://www.ledroideenchaine.com/news+article.storyid+3667.htm
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots ont peur
InFolio - StellaSabbat - Llo
Une fois munis de moyens d'interagir avec leur environnement, et d'un aspect humanoïde, il manque encore aux robots une étincelle d'humanité à travers le biais des émotions et de la conscience.
Plusieurs recherches mènent à permettre aux machines de déceler les émotions chez les hommes. Ainsi une équipe de l'Heudiasyc [1] a défini les éléments d'un visage permettant de mettre en évidence les six émotions partagées par l'ensemble des êtres humains : joie, peur, tristesse, colère, dégoût et surprise et a ensuite appris à un robot à reconnaître ces caractéristiques physiques. Reconnaître les émotions humaines est une chose, mais qu'en est-il des émotions propres des robots ?
L'intérêt de leur donner des émotions [2] est tout d'abord du même ordre que celui de leur donner un physique d'humain : faciliter leur acceptation par les hommes. Nexi [3] [4] MDS (Mobile Dexterous Social), un petit robot du MIT qui se veut social, peut faire apparaître sur son visage différentes émotions. De même, se développent actuellement des émoti-robot (ou émorobots) [5] qui réagissent en fonction des attitudes des gens qui lui font face. Ainsi le « heart robot » de Dave McGoran de l'Université de West England [6] [7] est une petite marionnette en plastique qui possède un cœur rouge battant à un rythme variable, et sa poitrine simule le mouvement d'une respiration. Il réagit au son, au toucher et aux mouvements proches. Mais il ne ressent rien. De même, les robots qu'Asimov a créé dans de nombreux textes de la série des « Robots » ont des comportements proches de ceux des humains mais n'ont pas d'émotions réelles.
Or, comme on l’a signalé, la notion d’apprentissage chez les robots est doublée de celle de récompense. Les robots sont alors dotés d’émotions primaires, pour leur permettre de fonctionner de manière suffisamment indépendante et efficace et d’interagir avec leur environnement. Les émotions privilégiées sont la culpabilité et son corollaire, la satisfaction du travail bien fait, ainsi que la peur, ce qu’explique David Moffat, professeur d’informatique à la Glasgow Caledonian University [8] : « L’émotion est très importante chez les humains. Ainsi, un homme poursuivi par un ours éprouve de la peur ; et il apprend à la suite de cette expérience à ne pas s’approcher des plantigrades. Les robots ont besoin de la même chose. Un sujet complètement dépourvu d’émotion ne se fixe aucun objectif et n’a aucune raison de se lever le matin. L’émotion devient la récompense ou la punition qui l’inciteront à atteindre son but. » Une conception restrictive des motivations humaines ou, pour reprendre les termes de Moffat, de ce qui nous donne une raison de nous lever le matin. Certes, le travail, auquel nombre d’entre nous sommes contraints, fait aussi appel à ces émotions primaires, mais l’homme n’est pas réductible à l’activité qu’il accomplit pour se loger, se nourrir… D’autres motivations lui font quitter son lit le matin, plus épanouissantes que cette soi-disant indépendance que, nous dit-on et nous redit-on, nous procurerait le travail salarié, qui relève plus, soit-dit en passant, de la sujétion à un patron.
Quand la Science-Fiction oublie la règle de l'absence de sentiments des robots, on part relativement vite dans les excès. Ainsi, Marvin est un robot dépressif dans le « Guide Galactique » de Douglas Adams (adapté au cinéma sous le titre « H2G2 »), et Bender le robot de la série « Futurama » (dessinée par les créateurs des Simpson) se saoule régulièrement pour oublier. On peut citer aussi Wall-E, le petit robot nettoyeur, du film d'animation de Pixar « Wall-E » (2008) qui tombe amoureux d'un autre robot. Dans la nouvelle « Fou Furieux » de R.A. Lafferty, les robots bichonnent quelques humains pour les garder en colère et de mauvaise humeur, afin de récolter une substance ainsi produite qui leur permet de ressentir des émotions.
Cet accès à la conscience et aux émotions est cependant un défi technologique, et donc une quête longue et progressive. C’est parfois aussi le cas dans le monde de la Science-Fiction comme dans « Tous à Zanzibar » de John Brunner (1968), Shalmanaser, l'ordinateur de l'entreprise General Technik est en route vers la conscience, mais ne l'a pas encore tout à fait atteinte. De plus, lorsque la Science-Fiction dote les robots d'émotions, il est également généralement stipulé que ces émotions sont programmées en eux. La « vraie » émotion au sens « humain » du terme reste lointaine.
[1] http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosrob/accueil/decouvrir/imiter/emotions.html
[2] http://www.dylan.org.uk/robotemotion.pdf
[3] http://www.psychoweb.fr/videopsy-cybernetique/mit-s-nexi-mds-robot-l-emotion-robotique.html
[4] http://www.jp-blog.org/index.php?2008/04/05/510-nexi-mds-est-un-robot-qui-signifie-mobile-dexterous-social[3]
[5] http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1045797,0.html
[6] http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/2470017/A-robot-with-feelings-is-star-of-science-museum-show.html
[7] http://www.sciencedaily.com/releases/2002/12/021216070618.htm
[8] David Moffat, cité dans « La culpabilité comme moteur », The Sunday Telegraph, Londres, article repris dans le supplément technologies de Courrier International, n° 941, 13-19 novembre 2008, p. VIII.
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots marchent dans les pas de l’homme
InFolio - Llo
Un autre élément caractérisant le vivant que les roboticiens souhaitent faire acquérir à leurs machines
est la ressemblance avec l’homme. Cet aspect humanoïde est essentiel
afin que les robots soient acceptés par l’homme dans leur environnement
quotidien, comme par exemple les petits robots d’accueil Emiew et
Emiew2 de Hitashi [1]
qui sont amenés à évoluer dans une entreprise. De même, afin d’être
accepté comme compagnon de jeu, le robot ludique - Qrio (« Quest for
cuRIOsity », Quête de la cuRIOsité en français, son ancien nom de code
étant le SDR-4XII pour « Sony Dream Robot ») de Sony ressemble à un
petit bonhomme [2]. C’est par ce même principe que les droïdes de protocoles tels C3PO des films « Star Wars » ou le robot « à tout faire » NDR-114 (Andrew) dans le film « L’Homme Bicentenaire »
de Chris Colombus (1999) qui doivent interagir avec les humains, ont
également un aspect humanoïde. Cette humanité conférée aux robots, qui
sont alors qualifiés d’androïdes, passe essentiellement par la
ressemblance physique.
Cette ressemblance physique tient essentiellement à la bipédie. Or la
marche progressive des robots vers la bipédie est soumise à des
contraintes d’équilibre et de position du centre de gravité.
Les hexapodes et quadrupèdes ont un nombre plus élevés de points
d’appui et peuvent franchir des obstacles de manière plus aisée, tandis
que l'emprise au sol est plus faible. Mais la bipédie requiert un
nombre élevé d'articulations dans un espace de volume réduit, le
système doit être en permanence en équilibre, soit statique, soit
dynamique, et doit avoir la possibilité de mettre en place des
corrections rapides des déséquilibres.
Les roboticiens et les chercheurs de l’IRCCyN (Institut de Recherche en Communications et en Cybernétique de Nantes) s’attachent donc à étudier la bipédie et les mécanismes de la marche. Pour cela, ils ont créé deux robots marcheurs [3]. Le robot Semi-Quad [4] est une simplification d’un robot quadrupède qui aurait un déplacement de ses pattes par paire, la quadrupédie est donc simulée avec une bipédie. Le robot-rabbit [5] [6] est un robot bipède développé dans le cadre du projet Robea «Commande pour la marche et la course d’un robot bipède».
Mais ces deux robots ne mettent en œuvre que des « jambes » et doivent
être reliés à un système électronique de commande pour fonctionner. Il
leur manque également encore un corps.
Or, si l’objectif est de créer un robot totalement autonome, il doit embarquer dans le volume limité de son corps à la fois son énergie (batterie) et le système de commande. Or la masse qu’il est possible de transporter est également limitée, et en général doit être positionnée en hauteur (tronc) ce qui a une grande influence sur la dynamique et l’équilibre du système (position du centre de gravité).
Ainsi en 2003, l’équipe du Professeur Yasuo Kuniyoshi au Japon a fait une démonstration d’un robot humanoïde de 70 kg appelé R Daneel (en hommage au personnage fictif de Isaac Asimov, R. Daneel Olivaw) capable de passer d'une position couchée sur le dos à une position accroupie en moins de 3 secondes, ce qui est bien plus rapide que les autres robots développés jusque là [7]. La même équipe du Laboratoire « Intelligent Systems » de l'Université de Tokyo a présenté un robot très ressemblant à Daneel (mesure 1,55 m et pèse 70 kg). Il est capable de soulever un paquet de 30 kg d’une étagère ou encore de tirer à lui en le décollant du sol par dessous des deux bras un mannequin de taille humaine de 66 kg [8] là, où, jusqu’ici les robots soulevaient au mieux 10 kg. Ces prouesses sont possibles grâce à environ 1800 capteurs de toucher répartis sur quasiment tout le corps.
Ce corps existe également pour le robot d’accueil de Honda, Asimo (Avanced Step In Innovative Mobility) [9] ou son « concurrent » Hubo (ou KHR-3) [10] du KAIST (Institut des Sciences et Technologies Avancées de Corée).
Hubo, en 2005, avec ses 1,20 m et ses 55 kg marche à 1,2 km/h et court à 3 km/h, peut danser, soulever des objets et serrer des mains. Albert Hubo, un modèle plus récent marche à 1,5 km/h et peut faire apparaître diverses expressions sur son visage.
Le nouveau modèle de l’Asimo de Honda, présenté en 2007, est capable de faire de nombreux déplacements relativement complexes pour un robot : courir à 12 km/h, s'arrêter sur place, faire un demi tour sur lui-même, monter les escaliers… mais son autonomie énergétique reste assez réduite. De plus, une part des éléments de contrôle de ce dernier modèle sont déportés à cause des limitations de l’encombrement.
Il est possible de citer également des modèles d’apparence plus simple tels le marcheur bipède Cornell [11] de l'université de Cornell, le robot Denise (1,50 m, 8 kg et peut marcher à une vitesse de 1,44 km/h) de l'université de technologie de Delft aux Pays-Bas [12] qui possède des genoux, le Toddler du MIT [13]… Pour en savoir plus, il existe un catalogue des robots bipèdes sur le site du LAG (Laboratoire d’Automatique de Grenoble) à l’Institut National Polytechnique de Grenoble [14].
Mais la bipédie ne fait pas tout pour qu’un robot ressemble vraiment à
un humain, se fonde dans la société et y passe inaperçu. Des robots
tels que ceux qui apparaissent dans le film « Terminator » (aussi bien le Terminator, que le robot TX
conçu pour tuer les humains), possèdent également une plastique et un
visage très similaires à ceux des hommes.
[1] http://bouillondecultures.blogspot.com/2007/11/hitachi-presente-son-nouveau-robot.html
[2] http://www.lesnumeriques.com/article-2-51-16.html
[3] http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosrob/accueil/decouvrir/imiter/marche.html
[4] http://www.irccyn.ec-nantes.fr/irccyn/d/fr/equipes/Robotique/Themes/Mobile&theme=7168,intro_march,10
[5] http://robot-rabbit.lag.ensieg.inpg.fr/Prototype/rabbit.php
[6] http://robot-rabbit.lag.ensieg.inpg.fr/stic_robea/approche.php
[7] http://www.vieartificielle.com/article/index.php?id=0947
[8] http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/16329.htm
[9] http://bouillondecultures.blogspot.com/2007/12/honda-devoile-la-nouvelle-version-du.html
[10] http://www.vieartificielle.com/index.php?action=nouvelle&id_nouvelle=797
[11] http://www.vieartificielle.com/index.php?action=nouvelle&id_nouvelle=838
[12] http://www.vieartificielle.com/index.php?action=nouvelle&id_nouvelle=826
[13] http://web.mit.edu/newsoffice/2005/robotoddler.html
[14] http://robot-rabbit.lag.ensieg.inpg.fr/catalogue.php
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots deviennent capables d’agir ensemble
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Une fois qu’ils ont été pourvus d’une certaine autonomie grâce à des capteurs et des programmes pour réagir, pour peu qu’ils soient en nombre, les robots peuvent poursuivre leur progression et leur apprentissage en s’entraidant.
C’est sur le travail collaboratif s’est penché un groupe de l’Institut de Recherches Interdisciplinaires et de Développement en Intelligence Artificielle de l’Université Libre de Bruxelles dans le cadre du projet européen « swarmbot » [1]. Ils ont développé des robots qui collaborent pour réaliser une tâche. Ce projet se poursuit avec les « swarmanoïd » [2], cette fois en développant trois types de robots spécialisés amenés à s’entraider. Les « eye-bots » seront les yeux du groupe, au sol ou en vol, ils superviseront le mouvement des autres robots. Les « foot-bots » pourront se déplacer sur des terrains irréguliers et transporter des objets ou les autres robots. Les « hand-bots » pourront manipuler des choses et se déplacer sur des surfaces verticales avec leurs « mains ».
Les droïdes de combats de « Star Wars » vont encore plus loin. Bien que chaque élément soit indépendant et capable de prise de décision, l’ensemble de l’armée possède un centre d’énergie et de contrôle commun ainsi qu’une structure avec un chef et des exécutants.
Des robots de dimensions moindres et développés dans le cadre d’un autre projet européen, symbrion [3], s’approchent encore plus de la capacité d’évoluer grâce au travail en équipe. Ces robots sont tous identiques, mais capables de collaborer, se regrouper et s’assembler pour effectuer leur tâche. Comme l’explique un article de actu.net [4], là où les swarmanoïds fonctionnent comme un essaim, ou une colonie de fourmis, chacun ayant sa tâche, les robots de symbrion sont des éléments qui peuvent former un tout et créer une entité évolutive en fonction de la tâche à accomplir. Ceux-ci pourraient être rapprochés des « Transformers » et autres entités capables de changer de forme selon la situation.
On retrouve les deux concepts d’évolution et de collaboration entremêlés dans les travaux menés pour développer la programmation dite « génétique » [5] qui s’inspire de l'étude du vivant et de l'évolution darwinienne Cette technique consiste à gérer un ensemble de programmes, légèrement différents les uns des autres. Un algorithme évolutionniste est alors employé pour optimiser peu à peu cette population de programmes dans le but d’augmenter leur degré de compatibilité avec le but à atteindre. Pour les robots, cela consiste à disposer d'une population de robots possédant chacun une « chaîne chromosomique » différente de l’autre dans laquelle est codé son comportement et à faire interagir les robots pour améliorer leurs performances.
Ainsi, dans « Hypérion » (1989), Dan Simmons décrit, en revenant à la définition basique de la sélection naturelle, deux types de robots évolutifs « à la Darwin » : les « unités » et les « prédateurs ». Initialement, ces deux modèles sont assez basiques, les prédateurs étant programmés pour avoir faim et se nourrir des unités. Comme dans le règne animal, c’est la loi du plus fort qui s’applique : seules les unités les plus aptes survivent face aux prédateurs. Or certaines unités ont des bugs qui les rendent différentes et les prédateurs ne peuvent plus les dévorer. Puis les prédateurs subissent à leur tour la sélection « naturelle », car seuls ceux qui ont muté peuvent manger le nouveau cheptel etc... Suite à cette complexification des deux types de robots, il finit par émerger des intelligences artificielles.
En robotique, cette technique est employée par exemple au LIRMM (Laboratoire d'Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier) [6]. Les robots sont des petits modules mobiles équipés de manière identique d’émetteurs et de récepteurs infrarouges et de capacités de calcul. Ils ont pour objectif d’explorer un espace parsemé d’obstacle afin de pouvoir s’y déplacer en évitant ces obstacles. Chaque rencontre d’un robot avec un obstacle accroit son savoir, et dans l’algorithme génétique génère une « mutation » de sa chaine chromosomique. L’estimation de la performance est effectuée en calculant la distance parcourue depuis le dernier croisement avec un autre robot ou la dernière rencontre d’un obstacle. Des règles régissent l’autorisation de mutation en fonction de la performance du robot. La collaboration a lieu lorsque deux robots se rencontrent. Ils se communiquent alors leur code génétique et leur indice de performance. Celui dont la performance est la plus élevée a probablement les données et les stratégies les meilleures. Il a donc moins de probabilité de muter, tandis qu’il fera muter le code génétique de l’autre robot si celui-ci a une performance faible. La tendance va donc vers l’amélioration et une solution performante.
Cependant, à force de tendre vers l’autonomie, et la collaboration des robots, doit-on craindre qu’à terme, ils réagissent contre les hommes ? La Science-Fiction nous fournit en effet deux modèles. Une coexistence pacifiste, parfois menée à l’extrême comme dans le cycle « Culture » composé de nouvelles et de romans d’Iain Banks. Les humains y sont oisifs et ne se préoccupent que de loisirs, tandis que les machines et des supercalculateurs produisent et gèrent les richesses. C’est donc la collaboration des intelligences artificielles qui permet la survie de l'humanité. Mais à l’opposé, des combats entre les robots et les hommes sont mis en scène dans de nombreux romans. C’est le cas dans les préquelles de « Dune » écrites par Brian Herbert (le fils de Frank Herbert) et Kevin J. Anderson. Ils décrivent le Jihad Butlérien, la rébellion des hommes, qui avaient été réduits à l’état d’esclaves des Machines. Par suite, les Machines et les hommes s’affrontent durant des années. Il existe une collaboration intellectuelle entre les Omnius de chaque planète (IA suprême qui supervise la guerre) et les robots. Cette guerre a abouti à l’interdiction pure et simple des ordinateurs et leur remplacement par des humains : les mentats. La nouvelle civilisation humaine a alors pour mot d’ordre « Tu ne feras point de machine à l’esprit de l’Homme semblable ». Au vu de ces exemples, il faut peut-être ajouter, « et qui sont capable de coopérer ». Ne dit on pas que l’union fait la force ?
[1] http://www.internetactu.net/2006/12/07/les-swarmanoids/
[2] http://www.swarmanoid.org/
[4] http://www.internetactu.net/2008/03/28/vers-des-robots-multicellulaires/
[5] http://www.limsi.fr/~jps/enseignement/examsma/2005/4.apprentissage/XavierBahar/XavierBahar.html
[6] http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/19/15/25/PDF/D236.PDF
Remerciements aux moulinettes et au padawan pour leurs infos et références précieuses qui ont permis de compléter ces articles.
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots deviennent capables d’apprendre
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La capacité d’apprendre et de s’améliorer par l’expérience est également une caractéristique du vivant que les roboticiens veulent faire acquérir aux machines.
Il y a quelques années, se sont vendus de nombreux gadgets comme les tamagoshi. Ces petites entités virtuelles étaient programmées pour réclamer à manger, tomber malade et dépérir si l’on ne s’occupait pas d’elles. Elles pouvaient passer pour des programmes intelligents et évolutifs. De même les « créatures » norns [1] d’un jeu vidéo passaient d’un stade enfantin à un stade adulte durant lequel on les voyait grandir, se nourrir, apprendre de leurs erreurs s’ils se blessaient, s’éveiller à la parole et à la musique… pour peu que l’humain les stimule, leur montre des choses, les gronde et les récompense. Ce sont là des êtres virtuels mais à qui un programme donne des comportements de vivants. La nouvelle génération de jouets du type Tamagoshi a désormais quitté l’écran à cristaux liquides pour se trouver sous la forme d’un petit dinosaure, pléo [2], dont il faut également s’occuper.
En robotique, l'apprentissage correspond à l'acquisition de nouvelles informations qui permettent au robot d'améliorer ses performances futures : efficacité, nouvelles fonctionnalités. Il en existe deux formes principales:
1/ apprentissage supervisé qui fait intervenir un humain pour donner un poids plus ou moins important aux données que le robot capte et en lui indiquant ainsi quelles sont les bonnes informations à exploiter pour s’améliorer ;
2/ apprentissage non supervisé qui laisse le robot gérer seul les données reçues par ses capteurs à l’aide de procédures qui lui ont été initialement fournies et qui lui permettent de structurer ces données, les généraliser et définir à partir de là comment se comporter.
On distingue également une troisième forme, l’apprentissage par renforcement qui est une forme d'apprentissage non supervisé mais avec en plus un critère de performance. L'action de l'algorithme, et donc du robot sur l'environnement, produit une valeur de retour de ce critère. Ce critère permet au robot de juger la qualité de l’action qu’il a entreprise et il est programmé pour adapter son comportement pour optimiser ce critère. Ceci est expliqué concrètement dans cet exemple de Q-Learning [3] mettant en œuvre un robot qui se guide en se référant à des signaux lumineux. « Chaque fois que le robot reçoit plus de lumière au total qu'au temps précédent, il reçoit une récompense. Cette récompense est augmentée si le mouvement choisi est en ligne droite (marche avant ou marche arrière, mais pas tourner). Le programme mémorise et estime la récompense qu'il recevra selon son choix de mouvement. Il choisit (souvent) l'action qui maximise cette espérance de gain. »
Cette forme d’apprentissage ayant pour but de développer ce qui s’appelle des « systèmes experts » et à terme une intelligence artificielle,
se retrouve dans la nature. Elle est mise en place chez les robots en
s’inspirant de la manière dont un animal peut apprendre par
essais-erreurs à s'adapter à son environnement.
Cette idée de faire évoluer les robots est fréquente dans les romans de Science-Fiction. « L’Homme Bicentenaire » d’Asimov (1976) met en scène le robot domestique NDR-114 appelé Andrew qui acquiert par accident un esprit d'analyse modifié et se donne des buts, des objectifs à atteindre… et une part d’humanité.
Les robots du film « Screamers » (Machines Hurlantes) de Christian Duguay (1995 - adapté d’une nouvelle de P. K. Dick « Second Variety ») sont des machines évolutives programmées pour tuer toutes les formes de vie ennemies des hommes. Mais elles se perfectionnent d’elles-mêmes au fil des générations hors du contrôle des hommes. Cette évolution aboutit à une forme humanoïde similaire à l’homme, et qui s’est fixé pour but de détruire toute forme de vie, y compris les humains. On retrouve la même idée dans la série TV « Battlestar Galactica » avec les cylons, des machines initialement créés par les hommes qui se mettent à évoluer et se retournent contre eux.
Lorsque l’on observe la vie et les exemples donnés par la Science-Fiction, étrangement, il semblerait que cette évolution soit favorisée dans un cadre sociétal, c’est à dire en groupe.
[1] http://fr.creatures.wikia.com/wiki/Norn
[3] http://www2.lifl.fr/~decomite/caroll/carollFRE.html
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots captent leur environnement
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Parmi les éléments caractérisant le vivant, l'autonomie fait partie de ceux que les chercheurs veulent faire acquérir aux robots.
La Science-Fiction est riche de robots qui agissent de manière indépendante, tels les droïdes R2D2 et C3PO du film « Star Wars » de George Lucas, autonomes et capables de prendre des décisions. Cette autonomie nécessite, entre autres, la perception de l'environnement interne et externe du robot qui doit donc être muni de capteurs sensoriels (vue, toucher, ouïe, odorat…).
Ainsi, les robots-aspirateurs qui se déplacent dans une pièce ont besoin de reconnaître les limites de la zone dans laquelle ils doivent fonctionner. Pour se repérer dans l'espace, ces aspirateurs fonctionnent soit par odométrie qui sert à estimer la position du robot dans l'espace en fonction du nombre de tours et du mouvement des roues ; soit par télémétrie qui calcule ou mesure la distance d'un objet lointain ; ou soit par des systèmes tactiles qui leur permettent de reconnaître le fait qu'ils ont cogné dans un obstacle.
La capacité de cartographier leur espace peut être employée de manière plus aisée, pour des robots évoluant toujours dans un même environnement bien défini. C'est ainsi que fonctionne le robot d'accueil proposé en 2007 par Hitashi, EMIEW2 [1], qui se déplace dans un bâtiment pour y guider des gens grâce à une cartographie qu'il peut établir lui même. Il possède également un radar pour contourner les obstacles nouveaux.
La perception dans le but de permettre l'adaptation au terrain et à l'environnement est l'un des problèmes récurrents pour tous les robots amenés à se déplacer. Pour ce qui concerne le sens de la vue, comme on vient de le constater nombre de robots sont déjà équipés de caméras ou de radars, certains même sont capables de se reconnaître dans un miroir. C'est ce que sait faire le robot COG [2] du MIT présenté en 1991. Il est de plus capable d'interagir avec son environnement de manière relativement poussée car il voit, entend, reconnaît des visages, suit des objets en mouvement, réagit au son et à la lumière.
Mais le sens tactile est plus complexe à mettre en œuvre car il est composé non pas de un mais de millions de "capteurs". Gérer tout ces capteurs est très complexe d'autant plus que la complexité de l'information qui en provient est dense, entre les nuances de pression faible ou forte et les nuances de sensation de douleur...
C'est la compréhension du sens tactile et son impact dans la perception de son environnement chez l'homme qui étaye les améliorations apportées sur les systèmes et programmes équipant les robots, ce qui explique l'utilité des recherches effectuées dans ce sens dans le programme HuPer (HUman PERception) du CNRS [3].
Ce sens tactile et son usage pour une reconnaissance de terrain est bien décrit dans « La guerre des Mondes » de H. G. Wells (1898), comme dans cet extrait faisant intervenir une « Machine à Mains » :
« J'eus l'espoir que le tentacule ne serait pas assez long pour m'atteindre ; il passa, raclant légèrement la porte de la soute. Ce fut un siècle d'attente presque intolérable, puis j'entendis remuer le loquet. Il avait trouvé la porte ! Le Martien comprenait les serrures !
Il ferrailla un instant et la porte s'ouvrit.
Des ténèbres où j'étais, je pouvais juste apercevoir l'objet, ressemblant à une trompe d'éléphant plus qu'à autre chose, s'agitant de mon côté, touchant et examinant le mur, le charbon, le bois, le plancher. »
Par ailleurs, en 2006, un laboratoire du Nebraska a mis au point un système basé sur l'optique pour simuler le sens tactile [4] [5] : un film fin de matériaux piezoluminescent (qui émet de la lumière quand une pression est exercée sur lui) est couplé à une caméra qui visualise l'émission lumineuse. Plus la pression est forte, plus la lumière émise est intense. Cela permet de reconnaître si un matériau est mou ou dur et ressentir les reliefs qui sont à sa surface et trouve des applications par exemple en médecine pour toucher là où les chirurgiens n'ont pas accès avec leurs propres doigts.
Mais la simple perception des choses ne permet pas nécessairement d'être autonome. Il existe bien des petites plantes appelées sensitives (mimosa pudica) dont le magnifique feuillage épanoui se referme si un courant d'air trop fort le frôle ou si on le touche. C'est sur le même phénomène que la grande gueule verte de certaines plantes carnivores se referme. Des cellules situées aux articulations se vident de leur eau par réaction au contact (thigmonastie). Ça n'en reste pas moins des plantes vertes.
[1] http://bouillondecultures.blogspot.com/2007/11/hitachi-presente-son-nouveau-robot.html
[2] http://www.ai.mit.edu/projects/humanoid-robotics-group/cog/overview.html
[3] http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosrob/accueil/decouvrir/imiter/perception.html
[4] http://www.generation-nt.com/commenter/robots-capteurs-sensation-toucher-actualite-14391.html
[5] http://www.voanews.com/english/archive/2006-06/2006-06-12-voa47.cfm
Quand la science et la fiction se rejoignent
Quand les robots nous entourent
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Quittons
les fonds marins peuplés de calmars géants pour nous tourner, non plus vers des
monstres de chairs, mais vers des « monstres » issus de la
technologie : les robots.
On
pourrait penser que les robots sont une invention récente. Or, si le terme
« robot » n'a effectivement été inventé qu'en 1920 par l'écrivain
d'origine tchécoslovaque Karel Čapek dans sa pièce de théâtre « R. U. R. »
(Rossum's Universal Robots), le concept de machines au mouvement automatisé
est, lui, plus ancien. Héron d'Alexandrie, ingénieur, mécanicien et
mathématicien grec du Ier siècle après JC, a ainsi conçu de
nombreuses machines hydrauliques. Il a rédigé le « Traité des automates »,
et est considéré comme l'inventeur des premiers automates. De plus, pendant le Siècle
des Lumières, de nombreux mécaniciens de génies inventaient déjà des
automates programmés pour écrire, parler, jouer de la musique ou tisser. En
1738, Jacques de Vaucanson avait même créé un « canard digérateur »
très perfectionné [1].
En Science-Fiction, les fameuses « trois lois de la robotique » ont, quant-à elles, été énoncées par Isaac Asimov en 1942 dans sa nouvelle « Runaround ». Elles régissent le comportent des robots dans la société humaine et leurs interactions avec les humains. (1/ Un robot ne doit pas porter atteinte à un être humain ni, en restant passif, laisser cet être humain exposé au danger. 2/ Un robot doit obéir aux ordres donnés par un être humain sauf si de tels ordres entrent en contradiction avec la Première Loi. 3/ Un robot doit chercher à protéger son existence dans la mesure où cette protection n'entre pas en contradiction avec la Première Loi ou la Deuxième Loi). Ces règles ont, par la suite, été reprises et respectées par de nombreux autres auteurs de la Science-Fiction.
Les machines automatiques, dans le monde actuel, participent à une part importante de nos activités et interviennent dans trois domaines majeurs : les robots ludiques (jouets et robots de démonstration), les robots qui travaillent à la place des humains ou les aident et les robots de recherche, qui permettent de faire avancer la science.
Sony,
au début des années 90, a commencé à développer une gamme de robots ludiques,
très évolués. Le premier se présente sous la forme d'une petit chien, Aibo [2]
qui est capable d'exprimer des émotions par son attitude, possède des capteurs
tactiles pour réagir aux caresses, et peut reconnaître les voix et les visages.
Cette production a été interrompue en 2006, et c'est désormais le constructeur
coréen Dasatech qui met sur le marché un petit
robot canin, Genibo [3],
assez similaire à Aibo. Le second robot de Sony est un petit personnage
humanoïde, Qrio [4]. Haut de 58
cm, il a la capacité de reconnaître la voix, d'interagir avec les personnes
l'entourant, et de se déplacer de manière bipède. En bien moins ressemblant, il
peut nous faire songer au petit garçon-robot, David, adopté par un couple,
après que leur enfant ait été cryogénisé, dans le film « A.I. »
de Steven Spielberg (2001).
Les
roboticiens travaillent également à animer des peluches, comme les WooWee [5]
qui clignent les yeux et ouvrent la gueule. Loin des grands groupes et de la
grande série, des projets indépendants et plus poussés existent également tel
cet « ours-agile » [6]
créé par une électronicienne mécanicienne française, et dont on peut suivre
l'évolution du prototype. Cette fois tout le corps sera articulé et des fonctions plus avancées permettront au robot
d'acquérir de l'autonomie.
Par
ailleurs, une société japonaise se spécialise dans la location de robots et
automates, par exemple pour des expositions [7].
La course à l'amélioration des robots d'accueil génère aussi des produits de
plus en plus perfectionnés, tel cet actroid [8]
proposé par cette société de location. Ce personnage féminin peut être utilisé
pour tenir des conférences, en plus de pouvoir employer des attitudes et des
mimiques très réalistes, du fait de son apparence très humaine.
D'une
certaine manière, tous ces robots sont à la fois ludiques et remplacent les
humains.
Ce
ne sont pas les seuls robots qui se substituent à l'homme pour effectuer des
tâches relativement répétitives. Ainsi il existe plusieurs modèles qui tondent
le gazon ou aspirent les poussières dans un périmètre préprogrammé. Ce concept
de robot « à tout faire » est également exploité dans le film « L'Homme
Bicentenaire » de Chris Colombus (1999), adapté d'une nouvelle
d'Asimov du même nom parue en 1976. Le robot domestique NDR-114 appelé Andrew
s'occupe alors de la cuisine, du ménage, du bricolage, et même de la
surveillance des enfants. Dans notre réalité, la garde des enfants n'est
cependant pas encore confiée aux machines, alors que ce thème se retrouve
également dans « Lothar Blues » de Philippe Curval (2008) qui
décrit une société en 2020, dans laquelle les parents n'arrivent plus à gérer
correctement l'éducation de leurs enfants, et ce sont alors des robots qui
servent de nurse : les similis.
Mais
d'autres robots remplacent les humains dans des tâches bien plus ardues comme,
par exemple, les bras mécanisés employés, entre autres, dans des usines de
construction automobile, ou encore pour l'exploration en milieu hostile,
extra-terrestre, sous-marin ou nucléaire (télémanipulateur des boites à
gants ; intervention sur des sites radioactifs), ou inaccessible comme des
décombres sur des lieux d'accident, une zone de séisme, ou un terrain miné [9].
Les robots utilisés pour la recherche rentrent eux dans une catégorie très particulière. Ils servent de sujet d'étude dans des laboratoires pour améliorer la recherche dans bien des domaines. C'était déjà le cas pendant le Siècle des Lumières quand les mécaniciens et les chirurgiens s'associaient pour étudier la nature en tentant de la reproduire [10], tel Jacques de Vaucanson qui travaille en collaboration étroite avec le chirurgien Le Cat. En plus du « canard digérateur », ils ont développé un automate à circulation sanguine, commandé par Frédéric le Grand. Plus récemment, on peut citer le robot Rabbit, employé pour étudier la marche bipède et la course au Laboratoire d'Automatique de Grenoble [11].
Ainsi,
dans le monde des sciences, les robots prennent la place des humains en bon
nombre d'occasions et deviennent de plus en plus présents dans notre environnement.
Cette proximité fait que la frontière entre l'homme et le robot, qui jusqu'ici
restait assez immense, semble amenée à devenir de plus en plus ténue : ils
sont de plus en plus souvent programmés pour acquérir de l'expérience et de
l'autonomie, ils sont construits pour ressembler de plus en plus à l'homme et
pour sembler ressentir des émotions. Par opposition, dans l'univers de la
fiction la séparation entre l'être de chair et l'être de métal est d'ores et
déjà quasi abolie… ce quasi ne tenant qu'à quelques subtiles distinctions.
______________________________________________________
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Canard_dig%C3%A9rateur
[2] http://support.sony-europe.com/aibo/index.asp?language=fr
[3] http://www.zonerobotique.com/article-111115-genibo-remplace-aibo.html
[4] http://www.zonerobotique.com/article-111110-qrio-le-robot-de-sony-.html
[5] http://www.esend.com/WowWee/
[7] http://www.kokoro-dreams.co.jp/english/robot/event/robot.html
[8] http://www.kokoro-dreams.co.jp/english/robot/act/index.html
[9] http://www.zdnet.fr/actualites/internet/0,39020774,39366991,00.htm
[10] http://www.yannminh.com/french/TxtRobotCNAM060.html
[11] http://robot-rabbit.lag.ensieg.inpg.fr/Prototype/rabbit.php






