Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

27 octobre 2009

Bûchers - 7

Flambeau nuptial

par Pandora

Je tombe de fatigue, deux nuits déjà que je ne dors pas. Mes paupières se ferment. Je bois une nouvelle gorgée de la décoction amère qui me permet de résister au sommeil et y trempe un tissu pour humidifier les lèvres d’Eolas. Il ne peut pas mourir, je ne le mérite pas.
La corne a transpercé son flanc gauche quand le bison l’a chargé. Il a bien tenté de sauter sur le côté pour l’éviter mais la bête arrivait trop vite. La grande chasse se termine toujours dans le sang et cette fois les animaux sauvages ont gagné : la proie est devenue prédateur. Les hommes sont rentrés bredouilles en traînant mon mari sur un brancard confectionné à la hâte. S’il respirait encore faiblement à son arrivée au campement, son teint verdâtre et la profondeur de la blessure ne m’ont guère laissé d’espoir. Alban, le guérisseur, m’a préparé un onguent à base de boue et de sauge à appliquer sur la plaie. Remède dérisoire puisque sous le linge les entrailles sont à vif. L’odeur de la préparation que j’applique, faute de mieux, ne suffit plus à masquer celle, pestilentielle, qui se dégage de la blessure. Le front et la peau d’Eolas sont brûlants de l’infection qui gagne ; sa poitrine ne se soulève qu’avec peine et son souffle est aussi léger qu’une brise d’été. Le regard fixe, il ne délire même plus depuis que le soleil s’est couché. Je lui tiens la main et lui souffle à l’oreille qu’il doit se battre, que j’ai besoin de lui. Nous venons de nous marier à la dernière lune. Il ne doit pas mourir, pas déjà.
Mis à part le guérisseur, personne n’entre dans notre grotte tant l’odeur de la mort y est présente. Les oiseaux chantent ; le jour doit se lever. On entend au loin des claquements secs, comme des bruits de cognées. Un besoin naturel que je n’arrive plus à retenir m’oblige à laisser seul mon mari quelques instants. Je prends sa main et la serre fort pour lui dire de m’attendre, que je reviens tout de suite. Dehors, quelques membres de la tribu attendent. L’heure est grave puisqu’il y a parmi eux Melvin, le sorcier, et Petrus, le chef de notre tribu. Ils se lèvent en me voyant sortir :
— Comment va-t-il ?
— Il dort.
La même question à chacun de mes passages, et la même réponse. Que pourrais-je leur dire de plus ? Nessae, l’épouse du guérisseur, m’accompagne, silencieuse, tandis que je m’éloigne derrière un bosquet. Elle attend à quelques mètres pendant que je me soulage. J’aimerais avoir le courage de leur crier de s’en aller et de me laisser tranquille. Alors que je me relève, j’aperçois dans le petit matin trois hommes qui coupent du bois à l’orée de la forêt toute proche. Mes mains tremblent tandis que je me rhabille. Ils n’ont pas attendu, ils ne nous laissent même pas une petite chance. Pour notre tribu, Eolas est déjà mort. Petrus détourne la tête alors que je repasse devant lui, et malgré ma jeunesse – ou peut-être à cause d’elle – je crache à ses pieds. Qu’ai-je encore à perdre de toute façon?
Quelque chose a changé lorsque je reviens dans la grotte. Saisie d’un mauvais pressentiment, je me précipite vers mon mari afin de mettre ma joue au dessus de sa bouche entrouverte ; je ne sens aucun souffle. Je ramasse au sol un éclat de pierre polie que je frotte de ma manche pour le rendre brillant, comme je l’avais vu faire par ma mère il y a quelques lunes de cela. Je le place devant sa bouche et mes craintes sont confirmées : pas de buée. Je sens couler une goutte de sueur glacée du haut de mon dos jusqu’au creux de mes reins. Eolas est mort. J’ai envie de hurler, mais je ne veux pas que ceux qui attendent dehors m’entendent et entrent. Pas tout de suite. Celui qui est tué à la grande chasse est assuré de trouver une place au paradis des guerriers, il partira en tenant dans ses mains son arc et ses flèches. Ainsi les dieux le reconnaitront et l’accueilleront comme il le mérite. Je prends sa main et pose ma tête sur sa poitrine. Je laisse enfin mes larmes, trop longtemps retenues, couler en silence.
On me secoue doucement l’épaule et je me réveille. Dans ma main, celle d’Eolas est devenue fraîche et flasque. Alban sort avant que j’aie le temps de l’arrêter et de lui expliquer. Il revient bientôt, accompagné de Petrus et de trois des chasseurs de la tribu. Je tiens toujours serrée la main de mon mari pour le garder près de moi. Malgré mes cris et mes pleurs, ils emportent sa dépouille tandis que j’entends plus fort au loin le bruit du bois qu’on coupe. Je me précipite dehors pour les suivre mais Nessae me guette, avec deux autres femmes, me bloquant le passage.
— Je veux m’en aller !
— Tu ne peux plus sortir !
Je pleure et je crie :
— Laisse-moi passer Nessae…
— Retourne à l’intérieur et prie les dieux pour ton mari qui est mort.
Elles me repoussent doucement, mais fermement, dans la grotte. Alors que je rentre à contre-cœur, je suis prise d’un étourdissement. Il m’oblige à m’allonger sur la couche malgré les miasmes qui en émanent. Quand ai-je mangé pour la dernière fois ? Je ne peux pas être veuve à mon âge. Je me mets à sangloter sans plus pouvoir m’arrêter. Je ne sais pas combien de temps je passe ainsi à pleurer, mais bientôt mes larmes se tarissent d’elles-mêmes. Je vois alors Nessae qui attend dans la pénombre, je ne l’ai pas entendu entrer. Depuis combien de temps est-elle là ? Elle s’approche et me propose à boire. Je m’assois mais je repousse sa main, je ne veux rien. A quoi bon ? Elle prend place à côté de moi, sans sembler dérangée par l’odeur pestilentielle qui imprègne mes vêtements et me tend à nouveau le gobelet.
— Bois Méléa, Alban l’a préparé pour toi. Cela te fera du bien.
Je ne résiste pas cette fois, j’ai trop soif. Le liquide est sucré, ce n’est pas de l’eau : c’est bien meilleur ! Comme j’ai tout bu d’un trait, elle me ressert et je replonge mes lèvres avec délice dans le breuvage. L’ambiance serait paisible si l’on n’entendait le bruit des haches dehors. Nous restons assises de longues minutes, dans le silence. A chaque fois que je vide mon verre, Nessae y remet du liquide. Quand elle approche sa tête pour me servir, je vois sa coiffure onduler, comme si ses cheveux étaient de longs vers de terre. Les murs de ma caverne sont devenus brillants et ils renvoient une lumière bleutée qui m’apaise. Mon cœur bat comme un tambour dans mes oreilles. Je prends enfin la parole :
— Les hommes coupent le bois ?
— Oui, ils ont bientôt fini.
— Ensuite ils dresseront le bûcher ?
— Ils ont déjà commencé à le monter.
Je me tais afin de mieux appréhender tout ce que ces mots impliquent. Je me demande ce que contient cette boisson pour que je me sente tellement indifférente alors que ma vie se joue, mais cela n’a pas d’importance. Une chanson me revient en tête où il est question de feu et de bûcher, je chantonne et je m’arrête. Ce n’est pas drôle. Ma voix tremble malgré moi quand je lui pose la question qui me brûle les lèvres :
— Il reste combien de temps ?
Sa réponse est brutale : «  La crémation aura lieu à la nuit tombée »
J’éclate de rire alors que j’ai très peur. Puis je me mets à sangloter. ? Nessae me serre contre elle et me caresse doucement les cheveux. Ses oreilles sont presqu’aussi longues que celles d’un lapin. Le soleil brille tellement au travers de l’entrée que ça en devient douloureux. Je lui tends mon gobelet pour qu’elle me serve à nouveau. Le nez de Nessae est si long que des oiseaux pourraient s’y poser comme sur un perchoir. Je dois accomplir ce que chaque veuve a fait avant moi, depuis que notre tribu existe. J’irai me jeter dans les flammes du bûcher pour retrouver et accompagner mon mari, nous irons ensemble.
— Il faut te préparer au voyage Méléa, tu ne peux pas partir ainsi, les dieux ne te laisseraient pas entrer. Nous devons te laver et te raser comme nous l’avons fait pour Eolas. Mange un peu pendant que je vais chercher de l’eau à la rivière.
Elle me tend de petites boulettes brunes que j’hésite à manger, avant de m’enhardir. Que risqué-je après tout ? Elles ont un goût de fruit trop vert, mais je sais surtout qu’elles m’aideront à affronter mes peurs. Je me lève et m’approche de la sortie. Titubante, comme Eolas quand il rentrait ivre, je dois me tenir à la paroi pour ne pas tomber. Les murs bougent, ils se rapprochent et s’éloignent, comme s’ils étaient vivants. J’ai presque envie de vomir. Alban qui attendait à l’extérieur s’avance aussitôt mais je ne veux pas m’enfuir. Pourquoi m’enfuirais-je ?
Dehors les hommes ont terminé le bûcher, un assemblage irrégulier de branches et de gros morceaux de bois mélangés à des herbes sèches. Je vois sa bouche qui va m’avaler ce soir, il me sourit. Tout le monde me sourit. Il fait chaud et sec et le feu prendra facilement. Le ciel est si bleu, et rose. On portera Eolas dans sa tenue de chasseur, son arc et ses flèches reposant sur sa poitrine et on l’allongera sur le bûcher. Après quelques prières, Melvin y mettra le feu et l’on viendra me chercher. Je ferai cinq fois le tour du bûcher dans un sens puis cinq dans l’autre, et je me jetterai dans les flammes. Je me souviens précisément de la façon dont ma mère a accompli le rituel l’hiver dernier. De la chaleur du bûcher qui brillait dans la nuit et faisait perler à mon front de petites gouttes de sueur malgré le froid hivernal. Du bruit des tambours dont le rythme s’accélérait à chaque nouveau passage jusqu’à la mettre en transe. Je reprends deux boulettes, je veux tout oublier. Ses cris quand les flammes ont léché sa peau et ses vêtements. L’odeur agréable du bois puis celle, âcre, de chairs brûlées que la fumée des plantes sacrées ne suffisait pas à masquer — je ne peux plus manger de viande depuis cet hiver. Mes larmes qui jaillissaient tandis que je perdais mon père et que la tribu me prenait ma mère. Mon sang qui coulait entre mes cuisses, pour la première fois ce soir-là. Je devenais orpheline et femme.
Nessae revient bientôt avec de l’eau propre et fraîche, elle est accompagnée de Divina la prophétesse. Toutes deux me font rentrer en me tenant chacune par un bras. Je vole ! Elles me déshabillent et me savonnent, puis me rasent la tête. Je ris quand leurs mains me touchent. Ce sont elles qui ont autorisé mes épousailles en affirmant que j’étais devenue femme, mais je n’ai plus saigné depuis la mort de mes parents, sinon les quelques fois où Eolas m’a prise. Nessae a rapporté un nouveau pichet auquel je m’abreuve régulièrement. Je me sens si détendue que j’arriverais presque à lire dans les pensées. Leurs visages graves me donnent envie de pouffer. De la lumière brille au bout de mes doigts et de ceux de Divina. Dehors les chants ont commencé, soutenus par le bruit des tambours. J’ai envie de rire et de danser. J’ai hâte de retrouver Eolas.
Elles m’aident bientôt à enfiler ma plus belle tenue. Je cache sous ma chemise ma poupée de chiffons. Celle qui me protège la nuit, mon bien le plus précieux que j’emporterai avec moi sur le bûcher.
Je n’ai plus peur de rien.

***
une satî en réponse à l'appel 'Bûchers'

Posté par rose_alu à 08:00 - n°25 - Fanes d'octobre an III - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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15 octobre 2009

Bûchers - 3

Bûcher

par Pandora



*    *    *

Ce feu a été allumé par Pandora suite aux signaux de fumée provenant de ce "Bûcher"

Posté par Sebastien_ à 08:00 - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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23 septembre 2009

Robots trop humains - 4

Homodroïde


par Pandora

Premier jour
J’ai réinitialisé et reprogrammé l’homodroïde. Cette fois je lui ai adjoint un droïde B658 afin qu’il se sente moins seul et progresse plus rapidement. Pour que nous puissions comparer le développement des deux robots aussi. C’est la dernière tentative, la direction m’a prévenu qu’elle coupera les financements en cas de nouvel échec.
Je suis confiant, j’ai tiré les leçons des précédentes expériences. Je sais comment transformer un robot en humain. Kaéra dort déjà, mais moi je suis beaucoup trop excité.
J’appelle une dernière fois le laboratoire même si je sais qu’il ne se passera rien d’intéressant cette nuit. Alixaire décroche et me répond avec un sourire dans la voix : c’est la dixième fois que j’appelle ce soir. Cela me ramène dix années en arrière, à la naissance de notre fils, quand je saturais le standard de la maternité à force de coups de fil ! Les droïdes explorent les lieux de leur démarche lente et mécanique. Même avec une IA bourrée à craquer des programmes et processeurs les plus récents, ils ont besoin de temps pour apprendre à vivre dans leur nouvel environnement et se l’approprier.

Deuxième jour
Curieux, les droïdes se sont précipités vers moi à mon arrivée. Alixaire m’a dit qu’ils avaient visité le laboratoire toute la nuit. Ils ont ouvert et fermé les portes et les placards, se sont branchés sur chaque borne informatique et holographique, ont allumé les équipements et exploré les pièces dans les moindres recoins. Elle les a laissé faire, conformément au protocole d’expérimentation. Ils ne parlent pas encore mais c’est normal. Je les ai salués pour qu’ils connaissent ma voix et ils m’ont suivi quand j’ai rejoint mon bureau. Ils ont observé ce que je faisais jusqu’à ce que Garminaël les emmène en salle de projection. Je ne doute pas qu’ils reproduiront mes gestes dès qu’ils en auront l’occasion. Nous avons choisi de leur faire visionner les films de développement habituels et ils ont gardé leurs capteurs visuels rivés sur l’écran pendant toute la journée. Même si c’est plus long, je souhaitais que cet apprentissage se fasse à l’ancienne et non par rajout direct de ces programmes à leur IA. Inutile de submerger des processeurs déjà très occupés à intégrer les souvenirs humains que j’y ai ajoutés.
Kaéra était déjà couchée quand je suis rentré. J’ai mangé seul comme chaque soir ou presque, alors que j’aurais eu tellement de choses à lui raconter.

Troisième jour
Nous avons eu un petit incident à déplorer en fin de journée, quand l’homodroïde a voulu déshabiller Magwel. Mais je suis sûr qu’il a compris que ça ne se faisait pas et les médecins nous ont garanti qu’elle pourrait sortir de l’hôpital avant la fin de la semaine. Nous allons retirer « Emmanuelle » des films qu’on leur passe, c’est un genre inutile pour un robot. Sinon les deux droïdes se sont comportés quasiment de la même façon.
Nous les laisserons en veille demain pour qu’ils assimilent toutes les nouvelles  informations reçues. Cela permettra aussi que les esprits échauffés se calment ; certains de mes collaborateurs veulent réinitialiser mes droïdes. Comme si on pouvait accuser une machine d’avoir de mauvaises intentions !
Cela m’arrange puisque je dois accompagner Kaéra pour son rendez-vous à l’hôpital. Si le psychiatre me répète encore qu’il la trouve mieux, alors que depuis un an, elle n’en finit pas de sombrer et dépérir, je lui balance mon poing dans la figure. Au moins, moi, je me sentirai mieux.

Cinquième jour
En tant que responsable de l’expérimentation – mais aussi chef du laboratoire - c’est moi qui ai réactivé les IA. L’homodroïde m’a regardé et a prononcé son premier mot : « Papa !» ; j’ai encore la chair de poule à ce souvenir. Il a un énorme besoin d’interaction avec le personnel humain du laboratoire et poursuit mes assistants partout pour qu’ils jouent avec lui. Même aux toilettes. J’ai finalement accepté de retirer le module « sport de combat » de son IA. Non que je craigne un nouvel accident mais je voulais rassurer mon équipe ; elle menaçait de tout arrêter et de me lâcher pour rejoindre le laboratoire de génétique agricole si je ne faisais pas quelque chose. B658, lui, ne parle pas encore et il est surtout attiré par les appareillages électroniques qu’il manipule avec une dextérité remarquable. Probablement grâce au processeur XC54 que nous lui avons rajouté.
J’ai prévu de passer la journée de demain avec eux.
J’aurais aimé partager toutes ces bonnes nouvelles avec Kaéra, mais les médecins ont préféré l’hospitaliser pour une narcothérapie. Je prie le ciel pour que cette expérience aboutisse enfin.

Sixième jour
Les deux droïdes m’ont attendu en guettant le sas ; mon équipe leur avait dit que nous allions jouer ensemble et ils n’ont encore que six jours. Ils parlent très bien maintenant et maitrisent parfaitement huit cent neuf langues. Nous ne retrouvons plus le programme d’apprentissage du thauréen ni celui de l’anglais, mais ce sont des langues mortes donc inutiles. J’ai noté les regards gênés de mes collaborateurs, quand l’homodroïde m’a demandé de l’appeler Drewan au milieu de deux longues phrases d’un babillage incessant : « C’est lui qui voulait absolument ce prénom : impossible de lui en faire choisir un autre ! ». S’ils savaient combien cela me réjouit ! Bien que disposant désormais de la même quantité de vocabulaire, B658 ne parle lui qu’en réponse à une question. Le contraste est d’autant plus saisissant que les deux droïdes sont d’apparence rigoureusement identique.
Nous avons passé l’après-midi à jouer. Si B658 s’amuse et prend du plaisir au jeu, Drewan veut gagner et se montre très mauvais perdant. Il m’a presque semblé qu’il trichait alors que c’est impossible puisque je ne lui ai pas installé ce module. Cela va pourtant dans le sens de ce que m’a rapporté Garminaël et que je n’arrivais pas à croire : l’homodroïde mentirait. Je me repasserai les enregistrements demain matin pour vérifier tout cela.

Septième jour
C’était l’effervescence au laboratoire à mon arrivée, plus tardive qu’à l’habitude. Je suis passé voir Kaéra à l’hôpital. B658 était complètement désactivé. Les techniciens ont rapidement diagnostiqué la panne et son origine : un dysfonctionnement de l’IA. Les enregistrements de la nuit nous ont permis de comprendre ce qui s’était passé : Drewan a mis en veille B658 pour lui prendre certains processeurs et les intégrer à sa propre IA. Il a ensuite complètement détruit celle du droïde. J’ai vu bien des humains mentir avec aplomb, mais Drewan les surpassait tous. Il a nié farouchement jusqu’à ce qu’il soit confronté à l’hologramme de la nuit. Il a alors essayé de justifier son geste : je me serais trop occupé de B658 et pas assez de lui.
Mensonge, jalousie et même meurtre, le succès de l’expérience ne fait aucun doute : j’ai réussi à créer un droïde humain. Mes collaborateurs trouvent qu’il est trop humain. On n’est pourtant jamais trop vivant.
J’ai ramené Drewan avec moi, malgré l’opposition des membres de mon équipe. C’est moi le responsable du laboratoire. Il a été content de retrouver sa chambre. Il l’a parcourue en tous sens de ses petits pas grinçants, se réjouissant de reconnaître ses jouets. Dommage que sa maman n’ait pas été là pour l’accueillir dès ce soir. Nous irons la chercher demain et quoiqu’en disent les médecins, nous rentrerons tous à la maison. Elle sera tellement heureuse ! J’ai hâte de revoir son sourire.
Tant pis s’il ment, s’il triche et s’il est jaloux. Tant pis s’il tue.
Notre petit Drewan est revenu.

* * *

En réponse à l'appel des robots trop humains

29 juin 2009

Viens dans la soucoupe - 4

Dans ma soucoupe...

Pandora



Depuis un petit moment je lui fais de l’œil, pour l’appâter, sans qu’il ne réagisse.

Je suis tombée sous le charme de sa peau couleur chocolat et de ses rondeurs appétissantes. De celles qui me font saliver. Son indifférence me le rend  que plus désirable.

Il résiste.

Viens…

Je nous imagine l’un et l’autre. Nous ne dirions rien. Il me tenterait. Je le ferais fondre. Il me séduirait. Je le croquerais. Cannibale.

Il ne bouge toujours pas.

Allez, viens…

Je t’ai sorti le grand jeu, première classe ; de la porcelaine de Chine, fine et délicate.

S’il te plait, viens dans ma soucoupe.

Je ferai régime demain.


*    *    *

Ce texte a fondu sous le charme de cette invitation

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27 juin 2009

Viens dans la soucoupe - 3

Invitation

texte: Pandora
illustration: MAP


Votre album holographique est saturé de martiens, vénusiens et autres extra-terrestres ordinaires ? Les petits hommes verts et la planète rouge vous collent des idées noires ?
Vous en avez assez de tous ces circuits organisés où l’on croise les mêmes personnes à chaque escale et où les navettes commerçantes vous poursuivent comme des virus sur un programme informatique ?

Vous rêvez de grands espaces et de véritables aventures spatiales ?

Vous voulez vivre un voyage extraordinaire ?

Alors ne laissez pas passer votre chance. Nous avons ce qu’il vous faut.

Nous vous proposons une croisière spatiale dans notre navette de luxe « Le rubis étincelant » sur un circuit entièrement inédit pour lequel notre agence a l’exclusivité intergalactique. Nous recréerons dans votre cabine l’ambiance que vous souhaitez et nos chimisiniers vous concocteront les meilleures gélules que vous ayez jamais dégustées. Vous ne serez que vingt passagers et bénéficierez d’une prestation à l’ancienne, entièrement humaine. Aucun droïde ou extra-terrien ne participera à ce vol. Nous vous garantissons un service personnalisé de grande qualité à toute heure lunaire ou solaire.

Vous visiterez la fabuleuse quadrigalaxie cotonneuse. Une destination merveilleuse où vous pourrez vivre des expériences devenues aujourd’hui impossibles. Vous verrez ainsi tomber la neige comme aux temps des anciennes fêtes de Noël. Les plus sportifs prendront leur pied en marchant sur un sol élastique et moelleux comme le faisaient les hommes des anciens déserts de sable (sous strict biomonitoring et après validation par le médecin de l’expédition). Vous passerez une nuit sur place, dans les habitats des Ouatex, ce peuple typique encore préservé des effets de la civilisation. Sous couvert de la signature d’une décharge de responsabilité, vous pourrez même partager un repas avec eux.

Les places sont limitées, n’attendez pas.

Parce que nous, nous ne vous attendrons pas pour nous envoyer en l’air!

Plan_te_translucide___Map

*****
Map et Pandora se sont faites tentatrices pour nous
inviter dans cette soucoupe...

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11 avril 2009

Liens - 2

Enfer et Paradis

Pandora


Moi, quand je serai grand, j’irai en Enfer. C’est le curé qui l’a dit.
Parce que je n’aime pas mon frère.
Maman aussi, elle dit que je dois être gentil avec lui, mais il ne me laisse jamais tranquille et il veut toujours faire comme moi. Prendre mes jouets, s’amuser avec mes copains. Elle dit que ça devrait me faire plaisir, mais moi ça m’énerve. Alors je le tape, même s’il est plus petit que moi.
Mais le curé, il dit qu’il ne faut pas s’en prendre aux plus petits que soi. Que quand je fais du mal à mon frère c’est comme si je me faisais du mal à moi-même. On voit bien qu’il n’a pas de frère, lui.
Moi je ne comprends pas trop pourquoi je devrais l’aimer juste parce qu’on a les mêmes parents. J’aime bien mes copains Sébastien et Rémi, mais lui je l’aime pas. Pas du tout même.
En plus, il fait exprès d’être malade pour qu’on s’occupe de lui. Et comme il ne grandit pas bien, maman est toujours à s’inquiéter, à faire ce qu’il préfère à manger. Même quand moi je n’aime pas ça. Le soir, quand on va se coucher, c’est toujours lui qu’elle embrasse en premier. Même si elle dit que non.
Peut-être que maman ira aussi en Enfer parce que normalement, les parents n’ont pas le droit d’avoir des chouchoux. Comme ça, on se retrouvera là-bas. Mon frère, tout le monde dit que c’est un petit ange, alors j’espère qu’il ne viendra pas avec nous. Les anges, ils vont au Paradis.
Hier,  j’ai pris le grand couteau dans le tiroir de la cuisine et je l’ai caché dans le lit. Je voulais le sortir la nuit quand tout le monde dormirait pour m’occuper de lui. Mais il a tout rapporté à maman. Elle a beaucoup crié et elle est allée chercher le curé. C’est là qu’il m’a dit que j’irais en Enfer si je n’aimais pas mon frère. Mais je le déteste, il est toujours dans mes pattes.
Je voudrais qu’il meure et que j’aie ma maman et mon papa pour moi tout seul.
Alors quand je serai grand, j’irai en Enfer.
Je me demande juste comment le Diable et le Bon Dieu feront pour nous séparer moi et mon frère. Parce que les docteurs, ils ont dit qu’ils ne pouvaient pas le faire. Qu’on était des siamois inséparables. Et on en a vus vraiment beaucoup, des docteurs.
Il faudra que je demande au curé.

* * *

Un réponse à l'appel à textes "Liens"

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n°19 - Nouvelles fanes d'avril - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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26 mars 2009

Terreurs et horreurs - 5

Chambre 13

Pandora

deuxième partie

[juste avant...]

Pas de tonalité.

Elle regarde l’écran de son téléphone. Pas de réseau. PAS DE RESEAU ! Il ne manquait plus que ça. Mais il marchait, tout à l’heure, ce putain de téléphone !

On  cogne à sa porte. Elle crie :

- Que voulez-vous ? Je suis en train d’appeler la police, vous feriez mieux de partir.

Derrière le panneau de bois, un rire strident monte dans les aigus à la façon d’un hurlement. Celui d’une hyène, d’un prédateur qui se tiendrait de l’autre côté. D’où vient ce courant d’air froid qui la traverse ? Elle sent sa peau se couvrir de chair de poule, ses rythmes cardiaque et respiratoire s’accélérer, son ventre se contracter violemment. Son dos est trempé de sueur, sa chemise colle à sa peau, colle à la porte. Elle comprend mieux ce que veut dire mourir de peur, mais elle est bien trop jeune pour mourir. Elle cherche dans la chambre ce qui pourrait faire office d’arme. En attendant, il faut qu’elle se barricade. Elle pousse la table pour la bloquer sous la poignée de porte, même si elle a conscience de la fragilité de son montage. Mais il faut qu’elle fasse quelque chose.

Elle entend de nouveaux bruits derrière la porte, des grognements. Combien sont-ils ? Il faut qu’elle se ressaisisse sinon elle va devenir folle. Elle est seule au troisième étage d’un bâtiment désaffecté et quelqu’un (peut-être quelque chose) attend derrière la porte. La fenêtre, oui, c’est ça. Elle essaie de l’ouvrir mais elle a beau tirer, rien ne vient. Elle sent une présence dans son dos et se retourne fréquemment pour surveiller l’entrée.

Bien sûr, cette aile était autrefois le pavillon psychiatrique. La fenêtre, déjà munie de barreaux, a de plus été bloquée pour éviter les tentatives de défénestration… Mais elle sait qu’il reste d’autres possibilités de mettre fin à ses jours pour qui le veut et il circule pas mal d’histoires lors des soirées  entre infirmières. Des histoires macabres pour lesquelles ce n’est vraiment ni le lieu ni le moment…

On frappe à nouveau contre la porte, des coups violents et rapprochés. Elle prend la chaise et frappe contre la vitre, une fois, deux fois, enfin elle s’opacifie et cède. Le verre se pulvérise. Elle utilise le dossier pour agrandir l’ouverture sans se couper. Elle se rapproche mais recule brutalement en regardant sous ses pieds. Les crissements du verre lui donnent l’impression d’écraser des carapaces de cafards. Elle déteste les insectes. Respirer un grand coup, ce n’est pas le moment de penser à ça. Elle surveille la porte, mais rien ne bouge. Elle n’entend plus rien. Le calme avant la tempête. Elle se rapproche à nouveau de l’ouverture en essayant de ne pas penser au bruit du verre. Puisque ce n’est que du verre.

- AU SECOURS, AU SECOURS, AIDEZ-MOI !

Ses cris s’envolent dans la nuit venteuse. Il n’y a pas d’aide à attendre de ses collègues qui sont bien trop loin pour l’entendre, mais quelqu’un dehors, peut-être. Mon dieu, faites que quelqu’un passe.

L’agitation reprend de l’autre côté, des bruits de pas, des frottements contre la porte. Elle doit se trouver une arme. Elle regarde les éclats de verre au sol. Trop petits. Maudit verre sécurit ! Un miroir est posé au-dessus du lavabo. Elle sursaute en apercevant son reflet qu’elle reconnaît à peine. Que lui arrive-t-il ? Ne pas penser, agir. Le miroir tient par quatre attaches. Elle essaie de les faire bouger. Ses ongles cassent et elle s’écorche la peau. Elle a les doigts en sang mais une des accroches vient enfin. La surface est maintenant ponctuée d’empreintes rouges. Elle tire plus fort et une deuxième attache cède. Le miroir tombe et éclate au sol. Alors que tout semblait s’être calmé, elle entend maintenant un cliquetis de chaînes. Un des éclats est assez grand et pointu pour faire office d’arme. Tout plutôt que de rester sans défense même si elle n’est pas sûre de savoir s’en servir.

Elle regarde le carnage dans la pièce, la vitre brisée et les éclats du miroir au sol, et éclate d’un rire qu’elle ne peut plus arrêter. Ce qui se trouve derrière la porte lui répond avec un rire de dément. Les coups se font alors plus violents et la table bouge à chaque impact. La porte ne tiendra pas longtemps. Son téléphone qu’elle tâche de sang avec ses mains poisseuses reste désespérément inutilisable.

- AU SECOURS, JE VOUS EN SUPPLIE. IL Y A QUELQU’UN ?

Elle est en larmes maintenant et crie de toutes ses forces. Elle n’a aucune chance. Les barreaux de la fenêtre sont trop solides pour elle. Prise au piège. Renforcer la barricade avec le lit. Vite. Elle se précipite vers le lit mais son pied glisse sur les débris de verre devant la fenêtre et elle chute vers l’avant. L’arme de fortune qu’elle tient à la main vient se ficher dans son abdomen quand elle touche le sol. L’éclat triangulaire la traverse de part en part, ne lui laissant aucune chance. Elle réalise, le temps d’un cri de surprise, le paradoxe de la situation.

D’abord la blessure ne saigne pas. Elle regarde, interloquée, le morceau de miroir qui dépasse de son abdomen. Puis le sang arrive, des giclées qui pulsent par saccades au travers de la grande plaie. Elle se sent partir à mesure qu’elle se vide. A-t-elle mis des sous-vêtements assortis ? Il lui semble un moment entendre la sonnerie de son téléphone. Le réseau est revenu. Elle a froid et se sent légère, elle n’a plus peur.

Les coups cessent et tout redevient silencieux. Dehors, quelques flocons commencent à tomber et quand les pompiers forceront la porte, alertés par Max qui s’inquiétait de ne pas réussir à la joindre au téléphone, le sol de la chambre sera recouvert d’une mince pellicule neigeuse, insuffisante toutefois pour masquer le rouge caillé de la flaque de sang. Les gendarmes s’interrogeront sur ce qui s’est passé, les marques sur la porte, la présence de la table comme une ébauche de barricade, le miroir et la fenêtre brisés. Sans trouver d’explication.

 

fin

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En réponse à l'appel terrifié "Terreurs et horreurs"

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25 mars 2009

Terreurs et horreurs - 5

Chambre 13

Pandora

première partie

Elle a accepté cette mission en intérim pour la Toussaint. Deux jours rémunérés grassement qui aideront à payer cette télé qui leur fait de l’œil depuis quelque temps déjà. Son ami n’a certes pas été ravi à l’idée de passer le week-end seul, mais c’est le prix à payer quand on fantasme sur les infirmières. D’autant que lui aussi a envie d’un grand écran pour regarder ses matchs.

Le centre de cure est situé en montagne, à près d’une heure de route, et on lui a proposé de dormir sur place pour lui éviter un trajet inutile sur des chemins peu praticables. A son arrivée, un collègue la conduit dans la chambre où elle passera la nuit,  pour qu’elle y dépose ses affaires. Située au dernier étage dans une aile désaffectée du bâtiment, c’est une ancienne chambre de malade, toute simple, avec un petit lit au cadre métallique, une table, une chaise et un lavabo, les douches étant à l’étage. Il n’y a ni télévision ni téléphone, mais elle n’en aura pas besoin. Elle s’attarde un moment à la fenêtre qui donne sur les montagnes et les forêts alentour ; la neige toute fraîche a recouvert les arbres d’un fin manteau brillant. Une vue magnifique.

Elle a choisi l’intérim parce qu’elle déteste la routine et que chaque nouvelle mission constitue une petite aventure. Mais c’est toujours avec un peu d’appréhension qu’elle prend son poste, découvre l’équipe et se familiarise avec ses méthodes de travail, essaye de s’intégrer pour que la journée passe du mieux possible. Aujourd’hui, l’ambiance est bonne et l’équipe plutôt sympathique. Les veilleuses de nuit prennent le relais à vingt et une heure et après de rapides transmissions, chacun rentre chez soi, les autres habitants à proximité.

Elle regagne, seule cette fois, sa petite chambre en passant rapidement par l’extérieur pour gagner le bâtiment voisin. La nuit est froide et la lune, pleine en ce samedi soir, donne à la neige un reflet grisé. Son téléphone sonne alors qu’elle est encore dehors, et elle prend l’appel en marchant.

- Ça va, tu t’en sors ?

- Oui, l’équipe est sympa, je rentre, maintenant. J’ai une petite chambre rien que pour moi dans un grand bâtiment vide.

-  Tu n’as pas peur que le grand méchant loup vienne te manger ? Wououououou !!

- Arrête Max, tu n’es pas drôle.

Elle entre, mais la lumière ne fonctionne pas.

- Mince !

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- La lumière ne marche pas. J’ai besoin du téléphone pour m’éclairer, je te rappelle quand je serai dans la chambre, d’accord ?

- D’accord, à tout de suite.

Elle raccroche et se guide dans les couloirs désormais sombres et déserts à la lueur de son téléphone portable qu’elle tient devant elle comme une lampe de poche. Avec la nuit, le bâtiment a changé d’aspect. Les recoins de porte se transforment en abris possibles pour meurtrier en mal de victime, les bruits auxquels elle n’aurait pas prêté attention en journée prennent un sens totalement différent, et la cruche superstitieuse qui sommeille en elle remplace l’infirmière rationnelle qu’elle est habituellement. Elle n’aurait pas dû raccrocher, le trajet aurait était moins effrayant avec Max au bout du fil. Elle arrive enfin au grand escalier qui la conduira à sa chambre et entame la montée. Un claquement de porte plus bas déclenche une peur panique qui la fait courir sur les deux derniers étages et arriver, le cœur battant et complètement essoufflée, à la porte de sa chambre. Là encore les ombres semblent héberger d’obscurs personnages. Elle est redevenue la petite fille qui avait peur du noir. Elle cherche la clé dans sa poche d’une main tremblante et l’engage laborieusement dans la serrure. Il lui semble entendre un bruit de respiration derrière elle, mais la porte s’ouvre enfin et elle s’engouffre à l’intérieur en refermant à double tour le plus rapidement qu’elle le peut. La pièce sent la lavande. Elle déteste cette odeur. Ça ne sentait pourtant pas la lavande tout à l’heure. Elle sursaute en entendant un bruit sourd de l’autre coté. Elle aimerait croire que c’est son imagination. Il faut que ce soit son imagination.

Un nouveau bruit sourd… Elle se plaque le dos contre la porte en espérant ainsi empêcher toute intrusion, mais ses cinquante kilos ne feront pas le poids.

- Il y a quelqu’un ?

Pas de réponse, bien sûr. Elle se sent ridicule mais elle est quasiment sûre d’avoir entendu quelque chose.

- Hé, il y a quelqu’un ? Répondez, ce n’est pas drôle !

Toujours rien.

Elle prend son téléphone portable pour appeler Max. Oui, tant pis si elle a l’air ridicule. Tant pis s’il n’y a personne. Tant mieux même, pourvu que ce ne soit rien. Elle ne pourra pas dormir dans ces conditions, à guetter le moindre bruit, il faut qu’il la rassure.

Un grattement contre la porte la fait sursauter et la conforte dans ses certitudes : il y a quelqu’un derrière la porte. Ses mains tremblent tellement qu’elle doit s’y reprendre à plusieurs fois pour composer le numéro de son ami. Rester calme et respirer. Max, Max, réponds, dépêche.

à suivre...

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En réponse à l'appel "Terreurs et horreurs"

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21 mars 2009

A vos souhaits !

Pandora (texte) et Map
ont revêtu leurs ailes de fées et se sont penchées sur
"La règle du Atchoum"

Photo_1Atchoum

Ceci est une leçon, je vous demande donc d’être tous très attentifs et de sortir vos plumes et parchemins. Parce que si nous devons vivre ensemble pendant un long moment, j’aimerais vraiment vous apprendre encore certaines petites règles. Nous avons parlé hier du glou glou et du scratch scratch. Mais aujourd’hui je voudrais aborder la règle du atchoum. Ne me regardez pas comme ça, ce n’est vraiment pas difficile. Mais oui, ne fais pas ton timide, tu vas voir, toi aussi tu vas très bien y arriver.

Quant à toi petit sacripant, ça suffit maintenant. Tu veux bien arrêter de rire tout le temps s’il te plait. Je n’ai vraiment rien dit de drôle !

Donc, si certains d’entre vous éternuent souvent, ce n’est pas grave et ce n’est pas leur faute, parce que c’est un réflexe, on n’y peut rien. Ça m’arrive aussi. Oui, même moi. Mais bien sûr, il faut simplement toujours mettre la main devant sa bouche…

Oui, un peu comme ça. A tes souhaits !

Vous avez tous entendu ?

Ha, ha, ha ! Il dormait et ça l’a réveillé… Et bien comme ça, tu seras plus attentif. Essaie de ne pas te rendormir tout de suite et de m’écouter un peu, ça n’est pas si ennuyeux tout de même !

Je disais donc, quand quelqu’un éternue, on doit lui dire « A tes souhaits » et lui vous répond alors : « Merci ».

Oui, comme ça c’est parfait. Mais tu te comportes tellement royalement qu’on pourrait presque te prendre pour un prince ! Ne rougis pas comme ça allons… A tes Amours ! Oui parce qu’au deuxième atchoum, on dit « A tes Amours »… Et oui, tu réponds là encore « Merci ». C’est parfait.

Tout le monde a bien entendu comment il fallait faire ?

Vous avez tous vu comment il a fait ?

Si vous suivez bien son exemple, vous aussi vous pourrez aller à la Cour du Roi sans vous faire remarquer…

Pardon ?

Qui a dit « Chouchou » ?

Personne ?

C’est toi peut-être ? Non ? Alors ne prends pas toujours ton air renfrogné, tu as aussi le droit de sourire parfois !

C’est peut-être toi ? Non plus ?

Oui, c’est vrai, tu as raison, Prof, ça ne peut pas être lui puisqu’il avait son pouce dans la bouche. Et qu’il ne fait jamais que sourire sans parler…

Qui alors ?

Vraiment personne ?

Dans la pièce au plafond bas transformée pour l’occasion en salle de classe, Grincheux donne un vilain coup de coude à Dormeur qui se réveille en sursautant, faisant éclater Joyeux d’un rire sonore. Simplet, qui ne comprend rien, regarde d’un air interrogatif Timide qui en rougit de confusion. Atchoum, sentant venir un nouvel éternuement, met fièrement sa main devant sa bouche tandis que Prof lance un regard de reproche aux perturbateurs en secouant la tête de mécontentement…

Et bien dans ce cas, ce sera une punition collective. Vous me copierez tous dix fois : « Blanche Neige n’a pas de petit chouchou ».

Sauf toi Atchoum, naturellement.

Photo_2AtchoumFinale

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19 mars 2009

Terreurs et horreurs - 4

Terreur nocturne

Pandora

Elle ne sait pas ce qui l’a réveillée. Il lui a semblé entendre un bruit, rien qu’un petit bruit comme un grattement. Petit, mais menaçant…

Elle se recroqueville davantage sous la couverture en essayant de ne pas laisser dépasser le moindre centimètre de peau. Son cœur bat trop vite et l’empêche de bien percevoir son environnement. Ses boyaux font des nœuds dans son ventre. Comme à l’école quand elle doit réciter un poème devant toute la classe. Elle n’ose pas ouvrir les yeux, elle ne veut surtout pas qu’on la voie. Elle tend l’oreille à l’affut du moindre bruit suspect. Une proie sur le qui-vive. Elle n’entend plus rien. Elle se méfie…

Un nouveau craquement se fait entendre. Elle réfléchit à toute vitesse. L’armoire était-elle bien fermée à clé en allant se coucher ? Elle ne sait plus… Il est peut-être encore temps. Il faudrait sortir du lit, courir jusqu’à l’armoire et tourner très vite la clé avant que la Bête ne sorte.

Elle savait bien que le livre n’était pas de son âge, mais il a fallu qu’elle le dévore. Et maintenant elle a peur qu’On la dévore, peur d’une armoire… Ou plutôt de ce qui pourrait s’y trouver… Ne sent-elle pas une odeur bizarre tout d’un coup ?

Elle attend. Sa respiration devient plus profonde et son rythme cardiaque ralentit. Elle ouvre doucement les yeux pour percer l’obscurité de sa chambre. Malheur, la porte de l’armoire est bien entrouverte…

La Bête est sortie.

Son cœur tape dans sa poitrine. Elle a la bouche si sèche qu’elle ne pourrait pas parler. Et crier, le pourrait-elle ?

Elle a maintenant les yeux bien ouverts et essaie de percer l’obscurité de sa chambre. Où pourrait-Elle s’être cachée ? Derrière le porte–manteau surchargé d’habits, transformé en une indistincte mais menaçante silhouette ? Sous le lit, attendant qu’elle pose un pied à terre pour s’en saisir et l’attirer vers Elle?

Une envie pressante lui comprime la vessie tandis que son ventre n’est plus qu’un nid qui grouille de serpents. Elle ne pourra plus attendre encore très longtemps… Elle n’arrive pourtant pas à s’imaginer quitter l’abri de son lit : donner ses jambes en pâture, passer à côté du porte-manteau et de l’armoire entrouverte, courir dans le long couloir sombre. Trente-cinq pas, elle les a comptés. Impossible. Pas de lumière. Et les toilettes dans leur recoin où les créatures peuvent se cacher. Avec la petite fenêtre carrée par laquelle peut entrer la sorcière…

Et le mot talisman jaillit presque involontairement de sa gorge :

- Maman?...

Murmure qui devient appel : « MAMAN ?... »

Et si la Bête l’avait déjà mangée ? Malheur. Heureusement une voix ensommeillée répond :

- Qu’est ce qu’il y a ?

- J’ai soif !

- Tu n’as qu’à aller te chercher à boire.

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En réponse à l'appel effrayé "terreurs et horreurs"

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