29 octobre 2009
Bûchers - 9
« Y a moyen de négocier ! »
Alex Ponterie
- « Putain, six mois qu'ils me font pourrir dans cette cellule depuis mes aveux. »
Je pense avoir fait le tour de ma petite chambre généreusement prêtée par ces chers messieurs de l'inquisition. J'ai bien cru mourir d'ennui, seul, dans cette pièce froide et sombre. Mais le fait est, j'ai eu le temps de le constater, que je n'étais en aucun cas l'unique résident. J'ai comptabilisé, en quelques mois, cent quatre-vingt sept cafards, cinquante deux rats, une centaine d'araignées dont onze espèces différentes, une multitude d'insectes et cloportes en tout genre et même deux couples de chauves-souris qui venaient parfois s'abriter dans ma douce demeure. Il faut souligner le peu de volonté dont mes geôliers ont fait preuve pour me divertir de ma solitude moribonde. J'ai bien essayé de leur parler, mais je pense, que le niveau de recrutement dans ce corps de métier est très en dessous de ce qu'il devrait être. Il doit se limiter à réciter un grand nombre d'insultes et de tester la résistance des phalanges lors d'un rouage de coups en bonne et due forme.
Et pourtant… Ce n'était pas faute d'avoir essayer de briser cette glace que leur professionnalisme oblige de maintenir entre eux et moi. J'ai tenté tout ce qu'il était possible : politique, religion, cuisine, jardinage, technique de torture, sexe, famille, et autres fadaises diverses. Dans le meilleur des cas, je n'ai eu droit qu'à des crachats au visage, mais la plupart du temps mes tentatives pour créer du lien social se soldait par une raclée mémorable. J'ai donc arrêté toute stimulation amicale à ma dernière molaire cassée. J'attends ma libération. Impatiemment.
Si j'ai bien compris, je serais libéré après une punition dont je n'ai pas bien saisie la teneur exacte. D'ailleurs, je n'ai pas non plus très bien compris de quoi l'on m'accusait. Il faut dire que l'inquisiteur, avec ses grands airs, me parlait seulement en latin ou en espagnol. Ma langue natale est le français et j'ai toujours été attiré par les langues anglo-saxonnes qui, je pense, sont beaucoup plus mélodieuses à l'oreille. De toute façon, par delà les considérations linguistiques, le tisonnier du bourreau et la multitude d'heures en apnée forcée dans une eau glacée m'auraient fait avouer tous les plus grands crimes du royaume commis ces dix dernières années. J'ai assumé totalement ma lâcheté et ma docilité peu virile lorsque j'ai acquiescé de la tête à la sempiternelle question incompréhensible que me posait le petit teigneux de l'inquisition.
Mais, c’est bizarre, j'ai un mauvais pressentiment. Je n'ai pas fermé l’œil de la nuit. Les gardiens ont été particulièrement gentils avec moi hier soir. Cela a essentiellement consisté à ne pas me frapper sans raison ou me servir un repas sans le jeter contre le mur du fond du cachot. Bon, faut pas déconner, la bouffe était comme d’habitude : la gastronomie carcérale se doit quand même de maintenir sa réputation. Je suis sûr qu’on lui décernerait le prix de la meilleure arme de destruction massive si elle était servie dans le camp ennemi.
Aujourd'hui, je crois que c'est le grand jour. Je dois recevoir cette fameuse punition en public. Je me demande en quoi elle consiste ? J'opterais plutôt pour un jet de diverses ordures par des enfants plein de malice ou un truc du genre ! Au pire, me dis-je, je recevrai des coups de bâtons… Cela ne m'enchante guère, car voyez-vous, je me targue d'avoir gardé une peau de jeune homme grâce à des soins assidus. Cela me donne l'air d'être beaucoup plus jeune que je ne le suis. Cette punition va anéantir tous mes efforts d’une vie, car évidemment ma peau délicate marque très facilement.
J'entends des pas dans le couloir. La lourde clef s'enfonce dans la serrure et la porte du cachot s'ouvre sur deux de mes geôliers.
- « Allez, mon gars, c'est l'heure. Dépêche-toi ! », grogne le plus grand des deux.
- « Oui, j'arrive. Par contre j'aurais aimé avoir une petite précision. Qu'est-ce qu'on va me faire au juste ? »
Les deux hommes se regardent interloqués et se mettent à rire, goguenards, comme des poivrots dans une taverne. Le plus grand des deux me prend par le bras et me fait sortir dans le couloir.
- « Tu vas au bûcher le bavard. T'inquiète pas c'est juste un sale moment à passer, mais ça va vite », me dit le plus petit en s'efforçant de contenir son rire.
- « Comment ça le bûcher ? Vous voulez dire qu'on va me faire brûler, avec les bûches, la torche et tout et tout. »
- « Bah oui ! On t’invite pas à une partie de chasse, abruti ! ha ha ! »
- « Ah mais non ! Je ne suis pas d'accord : je trouve que ce châtiment est disproportionné ! D'autant plus que je n'ai rien fait et que je ne connais même pas le chef d’accusation dont je fais l’objet. Je demande à parler à un supérieur, à un seigneur, enfin à n'importe qui sachant faire autre chose que de brailler en latin, d’éprouver la solidité des articulations ou encore de maintenir la tête d'un homme dans la flotte ».
Le plus grand s'arrêta et m'assena un grand coup de poing dans la ventre. L'effet escompté fut immédiat, je tombai sur mes genoux, le souffle coupé.
- « Aaaah voyez-vous ça ! Monseigneur le précieux proteste, Monseigneur le bavard ne veut pas recevoir son châtiment, fit-il d’une voix haut perchée. M'oblige pas à t'abimer la tronche ! Tu dois être présentable pour tes fans. Dis-toi qu’cette punition c'est pour le salut de ton âme : T’as Satan en toi. Ca va l’faire sortir ! »
L'énormité de cette assertion me mit dans une colère incontrôlable et je trouvais le courage nécessaire pour riposter durement.
- « Satan est en moi ??? Mais c'est quoi cette connerie. Vous croyez pas que si j'avais un connard de deux mètres cinquante, avec des pieds de boucs et des cornes de vache à la con, s'était emparé de mon corps, je ne serais pas le premier averti ? Vous êtes pas bien les gars. Faut vous nettoyer le ciboulot ! Parce qu’il y a un putain de mulot qui y trottine apparemment. »
C'est au tour du plus petit de me lancer son genou dans le visage. Mon nez réagit comme il devait réagir. Il saigna.
- « Mais t'es con, lança son compère, il saigne maintenant. On va encore se faire engueuler. Le patron veut pas que les condamnés soient trop amochés. Paraît que ça les rend plus sympathiques auprès de la populace. »
- « Ah ouais, c’est vrai ! Oh, désolé ! mais faut bien qu'il ferme sa gueule », dit le geôlier au genou généreux en tentant de m'essuyer le sang avec sa tunique.
Vingt minutes plus tard, je me retrouvais attaché à un poteau sur un amas de bois et de brindilles fraîchement coupés. Un homme très bien habillé, sans doute le seigneur de la région, s'avança vers moi avec une démarche très théâtrale, le visage exagérément sévère. Un homme d'église obséquieux et le petit teigneux de l'inquisition lui emboitaient solennellement le pas. Ils se placèrent entre le bûcher et la foule. Le notable toussa deux fois pour clarifier sa voix et s'adressa à la plèbe.
- « Mes chers amis, nous sommes ici pour appliquer la sentence divine. Cet homme, que Dieu ait son âme, a eu la faiblesse de succomber aux charmes du démon. Et il a ... »
- « Hé ho ! excusez-moi ? »
- « Qui y a t-il ? », répondit le seigneur en se retournant vers moi.
- « Est-ce que je pourrais vous dire quelque chose? »
- « En fait, non. Je ne sais pas si vous voyez, mais ce n’est pas trop le moment. Vous allez me faire perdre le fil de mon discours appris par cœur. »
- « Non parce qu'en réalité, je ne suis pas, mais alors pas du tout, possédé par Satan. Je pense que c'est un détail d’une importance capitale, voire même, c’est le seul et unique détail qui nous réunis tous ici. Comme je ne ne supporte pas l’idée de vous faire perdre du temps pour rien, je me demandais… je voulais savoir si, à tout hasard, si y avait moyen de négocier ? »
- « De négocier ??? » Le notable regarda le curé et l'inquisiteur d’un oeil stupéfait.
Je jouais mon dernier atout, c'était mon unique chance d'éviter cette mort atroce.
- « Premièrement, j'étais complètement torché quand je me suis fait arrêter… J’étais pas possédé ou je ne sais quoi ».
- « Vous avez tout de même uriné sur la statue de la Sainte Vierge Marie et je vous ai trouvé en train de caresser de façon obscène sa Sainte Poitrine dans mon église », s‘indigna le curé en répétant plusieurs fois le signe de croix.
- « J'étais persuadé que c'était ma chambre, il faisait noir. Mais là n'est pas la question. Je comprends très bien que vous ne voulez pas passer pour des buses devant vos sujets. Donc on ne dit pas que je suis totalement innocent, mais on revoit la sentence. Vous me l'accordez, elle est un peu démesurée par rapport aux faits reprochés. Vous me détachez, vous me flanquer un gros coup de pied au cul devant l’assemblée. J'ai la honte de ma vie, vous me faites passer pour un pleutre débile devant les gens. Tout le monde est content. »
- « Non », répondit sèchement le seigneur.
- « Un pain dans la gueule ? »
- « Non plus. »
- « QUE DICE ? » hurla comme à son habitude le petit inquisiteur.
- « Des coups de bâton ? »
- « Arrêtez, vous allez en prendre une ».
- « Des coups de fouets ? Rester sur un pied pendant une journée ? Repeindre votre château ? Nettoyer les rues ? Ou même mieux, vous me m’excommuniez. C'est très classe ça ! je trouve. Ça fera un peu de spectacle…
- « NON NON NON NON ET NON », fulmina le seigneur.
Il attrapa une torche, en lança une à l'inquisiteur, et s'avança vers le tas de bois.
- « Bon, on va faire court et se passer de discours. Allez que Dieu nous protège et qu'il pardonne à ce crétin. »
Les deux hommes lancèrent en même temps les torches sur le bûcher. Le feu prit en quelques secondes. La douleur fut atroce. Je sentis ma chair fondre sous le supplice des flammes...
Quelques minutes plus tard, ou bien quelques années, je ne sais plus trop, je me retrouvais debout devant un homme d'âge mûr, très grand, très gracieux et anormalement très propre. J'étais au milieu d'une vallée sans horizon. Il y avait juste un chemin et de l'herbe à perte de vue. L'homme propre pointa son index vers moi.
« Soit le bienvenu, mon frère », murmura t-il d'une voix douce et chaude.
- « Vous êtes ? »
- « Saint-Pierre. »
- « Jean-Pierre ? Ah j'ai très bien connu un Jean-Pierre. Il avait un défaut de prononciation assez énervant mais il avait un humour à ... »
- « Non, Saint-Pierre ! », répéta le vieil homme avec une voix moins douce et moins chaude. »
- « Non, non je vous assure il s'appelait Jean-Pierre, comme vous ! »
L'homme leva les yeux au ciel en me posant la main sur la bouche pour m'empêcher de parler.
- « Bon je vois ! Alors on va faire court : on peut le dire, tu n’as eu une vie tout à fait exemplaire. Oui, j'emploie le passé car je te le dis d’entrée avant que tu me poses la question comme les autres : tu es mort. Mais bon, comme tu n'as pas péché comme un sagouin, tu n'iras pas chez l'autre en bas. Pour toutes tes fautes commises, tu ne passeras que mille ans au purgatoire. Ainsi tu auras un peu de temps pour comprendre et expier tes péchés de mortel. Des questions ?
Il me regarda fixement, les bras croisés.
- « Donc je suis mort, whaouh ! Première nouvelle. Et je suis au paradis, donc ça existe, whaouh ! Seconde nouvelle. »
- « T'as tout compris. » fit Saint-Pierre en opinant du chef.
Il posa sa main sur mon épaule et commença à m'entrainer vers un petit chemin qui menait, semble t-il, vers nulle part. Je résistais mollement. Il y avait tout de même quelque chose qui me tracassait.
- « J’veux pas faire mon « je ne suis jamais content et je la ramène une dernière fois », mais, vous ne trouvez pas que mille ans pour comprendre mes péchés, c'est un peu excessif. Je suis sûr qu'il y a moyen de négocier, n'est ce pas ? ... »
28 octobre 2009
Bûchers - 8
Corvée de bois
InFolio
Lorsque j’étais petit garçon, mes parents, mes deux petites sœurs et moi vivions dans une modeste maison. J’étais alors très impressionné par le feu qui s’animait dans la cheminée. Il se nourrissait de divers restes de repas, épluchures et os ainsi que de fagots ou de grosses bûches.
J’allais souvent avec mon père ramasser ces derniers dans la forêt. Un travail d’homme disait-il avec un clin d’œil. C’était l’occasion de faire un pique-nique au milieu de la nature. Et quelques heures plus tard, nous revenions fièrement, lui avec sa huche remplie sur le dos, et moi avec quelques fagots dans les bras. Une fois à la maison, il emportait le tout dans le bûcher, territoire dangereux et interdit. C’est salissant disait ma mère. Il y a plein d’outils, tu pourrais te blesser disait mon père.
Ainsi, lorsqu’il fallait remplir le panier à bois qui trônait à coté de l’âtre, c’était en général mon père qui, seul, se rendait au bûcher. Mais il arrivait parfois que je voie mes deux parents s’y rendre en même temps, panier sous le bras. Ils me confiaient alors la surveillance de mes deux sœurs. Ma mère allait aider mon père à fendre à la hache les morceaux de bois trop gros. La hache étant dangereuse, il nous était alors formellement interdit de les y rejoindre. On entendait alors souvent de grands bruits et quelques cris de ma mère. Leur effort accompli, ils revenaient, en sueur, avec le panier plein de bois pour le feu, arborant souvent une mine réjouie et satisfaite.
Le jour où ils partirent s’enfermer dans le bûcher en laissant le panier suspendu à la cheminée, j’eus quelques doutes sur les motivations réelles de leur destination. Mais, de nature obéissante, je n’ai pu franchir l’interdit pour en avoir le cœur net. Par la suite je me fis plus rare à la maison, mes petites sœurs grandirent et nous oubliâmes totalement ce rituel.
Ce n’est que bien plus tard, en repensant à ces moments, que j’en vins à m’interroger sur la nécessité d’être à deux pour couper du bois à la hache.
Aujourd’hui, j’ai à mon tour une famille. Mes deux enfants, mon épouse et moi vivons dans une petite maison confortable. Elle est chauffée à l’électricité, mais nous apprécions de faire parfois un feu dans la cheminée. Nous avons, nous aussi, notre panier en osier posé à côté de l’âtre. Certes, plus de ramassage de bois avec les enfants, nous achetons les bûches et le charbon que nous stockons, tout naturellement, dans un bûcher….
Et nous disparaissons, ma femme et moi, de temps en temps, dans ce bûcher pour fendre quelques rondins… Bien sûr, l’ainée à pour consigne de surveiller son petit frère et de ne jamais pénétrer dans le bûcher. C’est salissant répète ma femme, il y a plein d’outils, c’est dangereux ! dis-je à mon tour.
Jusqu’à maintenant, ça marche à merveille ! Nous n’avons pas encore omis de prendre le panier et contrôlons nos mines réjouies en revenant au salon…
* * *
27 octobre 2009
Bûchers - 7
Flambeau nuptial
par Pandora
Je tombe de fatigue, deux nuits déjà que je ne dors pas. Mes paupières se ferment. Je bois une nouvelle gorgée de la décoction amère qui me permet de résister au sommeil et y trempe un tissu pour humidifier les lèvres d’Eolas. Il ne peut pas mourir, je ne le mérite pas.
La corne a transpercé son flanc gauche quand le bison l’a chargé. Il a bien tenté de sauter sur le côté pour l’éviter mais la bête arrivait trop vite. La grande chasse se termine toujours dans le sang et cette fois les animaux sauvages ont gagné : la proie est devenue prédateur. Les hommes sont rentrés bredouilles en traînant mon mari sur un brancard confectionné à la hâte. S’il respirait encore faiblement à son arrivée au campement, son teint verdâtre et la profondeur de la blessure ne m’ont guère laissé d’espoir. Alban, le guérisseur, m’a préparé un onguent à base de boue et de sauge à appliquer sur la plaie. Remède dérisoire puisque sous le linge les entrailles sont à vif. L’odeur de la préparation que j’applique, faute de mieux, ne suffit plus à masquer celle, pestilentielle, qui se dégage de la blessure. Le front et la peau d’Eolas sont brûlants de l’infection qui gagne ; sa poitrine ne se soulève qu’avec peine et son souffle est aussi léger qu’une brise d’été. Le regard fixe, il ne délire même plus depuis que le soleil s’est couché. Je lui tiens la main et lui souffle à l’oreille qu’il doit se battre, que j’ai besoin de lui. Nous venons de nous marier à la dernière lune. Il ne doit pas mourir, pas déjà.
Mis à part le guérisseur, personne n’entre dans notre grotte tant l’odeur de la mort y est présente. Les oiseaux chantent ; le jour doit se lever. On entend au loin des claquements secs, comme des bruits de cognées. Un besoin naturel que je n’arrive plus à retenir m’oblige à laisser seul mon mari quelques instants. Je prends sa main et la serre fort pour lui dire de m’attendre, que je reviens tout de suite. Dehors, quelques membres de la tribu attendent. L’heure est grave puisqu’il y a parmi eux Melvin, le sorcier, et Petrus, le chef de notre tribu. Ils se lèvent en me voyant sortir :
— Comment va-t-il ?
— Il dort.
La même question à chacun de mes passages, et la même réponse. Que pourrais-je leur dire de plus ? Nessae, l’épouse du guérisseur, m’accompagne, silencieuse, tandis que je m’éloigne derrière un bosquet. Elle attend à quelques mètres pendant que je me soulage. J’aimerais avoir le courage de leur crier de s’en aller et de me laisser tranquille. Alors que je me relève, j’aperçois dans le petit matin trois hommes qui coupent du bois à l’orée de la forêt toute proche. Mes mains tremblent tandis que je me rhabille. Ils n’ont pas attendu, ils ne nous laissent même pas une petite chance. Pour notre tribu, Eolas est déjà mort. Petrus détourne la tête alors que je repasse devant lui, et malgré ma jeunesse – ou peut-être à cause d’elle – je crache à ses pieds. Qu’ai-je encore à perdre de toute façon?
Quelque chose a changé lorsque je reviens dans la grotte. Saisie d’un mauvais pressentiment, je me précipite vers mon mari afin de mettre ma joue au dessus de sa bouche entrouverte ; je ne sens aucun souffle. Je ramasse au sol un éclat de pierre polie que je frotte de ma manche pour le rendre brillant, comme je l’avais vu faire par ma mère il y a quelques lunes de cela. Je le place devant sa bouche et mes craintes sont confirmées : pas de buée. Je sens couler une goutte de sueur glacée du haut de mon dos jusqu’au creux de mes reins. Eolas est mort. J’ai envie de hurler, mais je ne veux pas que ceux qui attendent dehors m’entendent et entrent. Pas tout de suite. Celui qui est tué à la grande chasse est assuré de trouver une place au paradis des guerriers, il partira en tenant dans ses mains son arc et ses flèches. Ainsi les dieux le reconnaitront et l’accueilleront comme il le mérite. Je prends sa main et pose ma tête sur sa poitrine. Je laisse enfin mes larmes, trop longtemps retenues, couler en silence.
On me secoue doucement l’épaule et je me réveille. Dans ma main, celle d’Eolas est devenue fraîche et flasque. Alban sort avant que j’aie le temps de l’arrêter et de lui expliquer. Il revient bientôt, accompagné de Petrus et de trois des chasseurs de la tribu. Je tiens toujours serrée la main de mon mari pour le garder près de moi. Malgré mes cris et mes pleurs, ils emportent sa dépouille tandis que j’entends plus fort au loin le bruit du bois qu’on coupe. Je me précipite dehors pour les suivre mais Nessae me guette, avec deux autres femmes, me bloquant le passage.
— Je veux m’en aller !
— Tu ne peux plus sortir !
Je pleure et je crie :
— Laisse-moi passer Nessae…
— Retourne à l’intérieur et prie les dieux pour ton mari qui est mort.
Elles me repoussent doucement, mais fermement, dans la grotte. Alors que je rentre à contre-cœur, je suis prise d’un étourdissement. Il m’oblige à m’allonger sur la couche malgré les miasmes qui en émanent. Quand ai-je mangé pour la dernière fois ? Je ne peux pas être veuve à mon âge. Je me mets à sangloter sans plus pouvoir m’arrêter. Je ne sais pas combien de temps je passe ainsi à pleurer, mais bientôt mes larmes se tarissent d’elles-mêmes. Je vois alors Nessae qui attend dans la pénombre, je ne l’ai pas entendu entrer. Depuis combien de temps est-elle là ? Elle s’approche et me propose à boire. Je m’assois mais je repousse sa main, je ne veux rien. A quoi bon ? Elle prend place à côté de moi, sans sembler dérangée par l’odeur pestilentielle qui imprègne mes vêtements et me tend à nouveau le gobelet.
— Bois Méléa, Alban l’a préparé pour toi. Cela te fera du bien.
Je ne résiste pas cette fois, j’ai trop soif. Le liquide est sucré, ce n’est pas de l’eau : c’est bien meilleur ! Comme j’ai tout bu d’un trait, elle me ressert et je replonge mes lèvres avec délice dans le breuvage. L’ambiance serait paisible si l’on n’entendait le bruit des haches dehors. Nous restons assises de longues minutes, dans le silence. A chaque fois que je vide mon verre, Nessae y remet du liquide. Quand elle approche sa tête pour me servir, je vois sa coiffure onduler, comme si ses cheveux étaient de longs vers de terre. Les murs de ma caverne sont devenus brillants et ils renvoient une lumière bleutée qui m’apaise. Mon cœur bat comme un tambour dans mes oreilles. Je prends enfin la parole :
— Les hommes coupent le bois ?
— Oui, ils ont bientôt fini.
— Ensuite ils dresseront le bûcher ?
— Ils ont déjà commencé à le monter.
Je me tais afin de mieux appréhender tout ce que ces mots impliquent. Je me demande ce que contient cette boisson pour que je me sente tellement indifférente alors que ma vie se joue, mais cela n’a pas d’importance. Une chanson me revient en tête où il est question de feu et de bûcher, je chantonne et je m’arrête. Ce n’est pas drôle. Ma voix tremble malgré moi quand je lui pose la question qui me brûle les lèvres :
— Il reste combien de temps ?
Sa réponse est brutale : « La crémation aura lieu à la nuit tombée »
J’éclate de rire alors que j’ai très peur. Puis je me mets à sangloter. ? Nessae me serre contre elle et me caresse doucement les cheveux. Ses oreilles sont presqu’aussi longues que celles d’un lapin. Le soleil brille tellement au travers de l’entrée que ça en devient douloureux. Je lui tends mon gobelet pour qu’elle me serve à nouveau. Le nez de Nessae est si long que des oiseaux pourraient s’y poser comme sur un perchoir. Je dois accomplir ce que chaque veuve a fait avant moi, depuis que notre tribu existe. J’irai me jeter dans les flammes du bûcher pour retrouver et accompagner mon mari, nous irons ensemble.
— Il faut te préparer au voyage Méléa, tu ne peux pas partir ainsi, les dieux ne te laisseraient pas entrer. Nous devons te laver et te raser comme nous l’avons fait pour Eolas. Mange un peu pendant que je vais chercher de l’eau à la rivière.
Elle me tend de petites boulettes brunes que j’hésite à manger, avant de m’enhardir. Que risqué-je après tout ? Elles ont un goût de fruit trop vert, mais je sais surtout qu’elles m’aideront à affronter mes peurs. Je me lève et m’approche de la sortie. Titubante, comme Eolas quand il rentrait ivre, je dois me tenir à la paroi pour ne pas tomber. Les murs bougent, ils se rapprochent et s’éloignent, comme s’ils étaient vivants. J’ai presque envie de vomir. Alban qui attendait à l’extérieur s’avance aussitôt mais je ne veux pas m’enfuir. Pourquoi m’enfuirais-je ?
Dehors les hommes ont terminé le bûcher, un assemblage irrégulier de branches et de gros morceaux de bois mélangés à des herbes sèches. Je vois sa bouche qui va m’avaler ce soir, il me sourit. Tout le monde me sourit. Il fait chaud et sec et le feu prendra facilement. Le ciel est si bleu, et rose. On portera Eolas dans sa tenue de chasseur, son arc et ses flèches reposant sur sa poitrine et on l’allongera sur le bûcher. Après quelques prières, Melvin y mettra le feu et l’on viendra me chercher. Je ferai cinq fois le tour du bûcher dans un sens puis cinq dans l’autre, et je me jetterai dans les flammes. Je me souviens précisément de la façon dont ma mère a accompli le rituel l’hiver dernier. De la chaleur du bûcher qui brillait dans la nuit et faisait perler à mon front de petites gouttes de sueur malgré le froid hivernal. Du bruit des tambours dont le rythme s’accélérait à chaque nouveau passage jusqu’à la mettre en transe. Je reprends deux boulettes, je veux tout oublier. Ses cris quand les flammes ont léché sa peau et ses vêtements. L’odeur agréable du bois puis celle, âcre, de chairs brûlées que la fumée des plantes sacrées ne suffisait pas à masquer — je ne peux plus manger de viande depuis cet hiver. Mes larmes qui jaillissaient tandis que je perdais mon père et que la tribu me prenait ma mère. Mon sang qui coulait entre mes cuisses, pour la première fois ce soir-là. Je devenais orpheline et femme.
Nessae revient bientôt avec de l’eau propre et fraîche, elle est accompagnée de Divina la prophétesse. Toutes deux me font rentrer en me tenant chacune par un bras. Je vole ! Elles me déshabillent et me savonnent, puis me rasent la tête. Je ris quand leurs mains me touchent. Ce sont elles qui ont autorisé mes épousailles en affirmant que j’étais devenue femme, mais je n’ai plus saigné depuis la mort de mes parents, sinon les quelques fois où Eolas m’a prise. Nessae a rapporté un nouveau pichet auquel je m’abreuve régulièrement. Je me sens si détendue que j’arriverais presque à lire dans les pensées. Leurs visages graves me donnent envie de pouffer. De la lumière brille au bout de mes doigts et de ceux de Divina. Dehors les chants ont commencé, soutenus par le bruit des tambours. J’ai envie de rire et de danser. J’ai hâte de retrouver Eolas.
Elles m’aident bientôt à enfiler ma plus belle tenue. Je cache sous ma chemise ma poupée de chiffons. Celle qui me protège la nuit, mon bien le plus précieux que j’emporterai avec moi sur le bûcher.
Je n’ai plus peur de rien.
***
une satî en réponse à l'appel 'Bûchers'
26 octobre 2009
Bûchers - 6
La sorcière et l'herboriste
Martine27
Depuis plusieurs jours déjà, je faisais halte dans ce petit bourg. Je n’avais prévu qu’une étape, mais, je ne sais pourquoi, le calme et la sérénité de l’endroit m’avaient retenue.
J’avais pris l’habitude d’aller me promener dans les bois et la campagne environnants. A chacun de mes retours, l’hôtesse me demandait avec un petit sourire en coin : « Alors avez-vous rencontré des personnes intéressantes ? » J’avais l’impression qu’elle attendait une réponse bien précise, mais laquelle ?
Ce matin là, je dirigeai mes pas vers la forêt et optai pour un sentier que je n’avais pas encore exploré. Le silence m’environnait, tout juste troublé par moment par le chant lointain d’un oiseau. Il régnait une atmosphère étrange comme faite d’attente. Du coin de l’œil, j’aperçus une minuscule sente qui s’enfonçait plus profondément sous la futaie, elle semblait m’appeler. Curieuse je me laissai tenter.
Brusquement, je me trouvai face à des ruines, les vieilles pierres disparaissaient en partie sous la végétation foisonnante. Elles semblaient se cacher aux regards. J’entrepris de l’explorer. Des restes de pilastres luttaient avec les ronces, un chemin de pierre faisait le tour d’un jardin revenu à l’état sauvage, au centre le reste de ce qui ressemblait à un grand crucifix cherchait à s’élancer vers le ciel. Soudain, j’aperçus un homme assis sur une large pierre détachée d’un mur, vêtu d’un ample vêtement sombre, le visage caché par un capuchon. Un instant décontenancée par cette présence, je finis par m’approcher et je le saluai :
« Bonjour, quel étrange endroit pour un cloître. »
Il parut ne pas m’avoir entendue, il restait là sans bouger, puis sa voix s’éleva dans le calme de la forêt :
« Je vais vous raconter la légende de cet endroit. »
Sans détourner la tête, il me fit signe pour que je prenne place à ses côtés. Un peu sidérée par son attitude, mais curieuse d’en savoir plus, je m’installai près de lui et laissai mon regard errer sur les vieilles pierres.
Il reprit :
« Il y a fort longtemps, vivait ici une petite communauté de moines. Le plus jeune était herboriste. C'était un jeune homme rêveur et tendre, nouvellement arrivé dans la communauté pour remplacer le vieil herboriste qui venait de rejoindre son créateur.
Dans le village voisin vivait une jeune femme, belle comme un rayon de soleil. Elle possédait un jardin de simples qu'elle mettait à la disposition de ses voisins en leur concoctant potions et pommades pour soulager leurs maux. En dépit de sa beauté, elle ne suscitait nulle convoitise de la part des hommes, nulle jalousie de la part des femmes. Sa bonté et sa joie de vivre faisaient d'elle un ange, aux yeux des villageois.
Un jour le jeune moine vint à passer devant ce jardin, pour lui rempli de merveilles. Le voyant admiratif devant ses plantations la jeune femme sortit, le salua gentiment :
« Bonjour mon frère, mes plantes vous intéresseraient-elles ? »
Rougissant, il lui retourna son salut et ils commencèrent à échanger quelques recettes.
Le jeune moine rentra au monastère, des rêves dans les yeux et de la joie au cœur. La vie continua un moment ainsi sans heurts, les jeunes gens continuant à se rencontrer pour confronter leurs connaissances, leur amitié devenant rayonnante.
Mais voilà qu'un jour, le destin arriva sous les traits d'un inquisiteur venu faire une inspection dans la région. C'était un bel homme mais son visage était tellement sévère que tous tremblaient en le voyant et personne n'osait le regarder dans les yeux. Tous, sauf la jeune femme qui l'accueillit comme elle accueillait tout le monde, avec gentillesse et douceur.
Las, sa spontanéité se retourna aussitôt contre elle. Pour l'inquisiteur cette femme, qui brusquement faisait battre son cœur et se lever dans son esprit des pensées impures, ne pouvait être qu'une sorcière.
Alors il se mit à harceler les villageois, posant question après question. Elle sortait à la pleine lune, n'est-ce pas ? Elle empoisonnait le bétail, n'est-ce pas ? Elle avait de nombreux amants, n'est-ce pas, n'est-ce pas ?
Mais, personne n'avoua quoique ce soit d'aussi terrible. Bien au contraire, tous insistèrent sur le fait qu'elle ne préparait que des potions bénéfiques, qu'elle aidait tout un chacun. Hélas, en voulant bien faire, ils allèrent trop loin. L'un indiqua que le jeune herboriste du monastère n'hésitait pas à la consulter et qu'ils échangeaient des plantes, l'autre précisa que la jeune femme soulageait les femmes en gésine avec des pommades calmantes, une autre qu'elle connaissait des plantes qui permettaient d'espacer des grossesses épuisantes. Cela suffit bien sûr à l'inquisiteur.
Pas de doute c'était une sorcière, elle pervertissait un moine, elle allait à l'encontre des préceptes du Seigneur qui disait "croisez et multipliez-vous" et "tu donneras la vie dans la douleur".
Devant ses voisins anéantis, mais qui devant les armes de l'escorte n'osèrent rien faire, elle fut arrêtée et traînée dans le monastère pour y subir la question. Le jeune herboriste voyant le sort réservé à son amie tenta d'intervenir, l'inquisiteur bien sûr n'attendait que ce faux pas pour l'emprisonner lui aussi.
Malgré ce que le monstre leur fit subir, ils clamèrent leur innocence et la pureté de leurs sentiments. Mais la jalousie, l'envie et la colère de l'homme de dieu réclamaient d'être assouvies.
Un matin, tous les villageois furent contraints de se rendre au monastère. Dans une clairière, les moines prostrés attendaient devant un bûcher. Installé sous un dais, l'inquisiteur rendit son verdict. La jeune femme avait été convaincue de commerce avec le démon et elle serait brûlée vive, l'herboriste quant à lui resterait emprisonné à vie.
La "sorcière" fut tirée de sa prison, affaiblie par les sévices infligés, elle arriva soutenue par deux gardes. L'herboriste, dans le même état, fut traîné sous le dais et jeté aux pieds de son accusateur.
L'inquisiteur, voyant la réprobation dans les yeux de tous, fit semblant de faire preuve de mansuétude. Si elle avouait devant tous qu'elle était bien une sorcière, il la ferait étrangler avant de livrer son corps aux flammes.
Elle se redressa, fière et belle. « Je suis innocente, Dieu en jugera et vous punira ». En rage, l'homme ordonna qu'elle soit livrée au supplice. Deux gardes, avec maintes précautions, la lièrent au poteau, sur leur visage se lisait une peine infinie. Un brandon enflammé fut approché des fagots.
Au moment même où le feu prenait, l'herboriste, malgré ses nombreuses blessures, se releva, et s’emparant d’une épée il la planta dans le corps du tortionnaire qui s'écroula. Puis, sans que personne n'essaie de l'arrêter, il se jeta dans le brasier pour rejoindre sa bien-aimée.
Il l'enlaça sous les imprécations de l'inquisiteur mourant. Une colonne d'air entoura les deux jeunes gens, les séparant du feu. Leurs corps s'unirent, se fondirent l'un dans l'autre et à leur place un grand oiseau blanc s'éleva au dessus du bûcher en flamme. Il effleura l'inquisiteur du bout de l'aile et celui-ci commença à se recroqueviller, à brûler sur place en poussant des hurlements. Puis son corps tomba en poussière et le vent l'emporta.
Personne n'intervint, ni ses gardes, ni les moines, ni les villageois, tous le regardèrent agoniser en murmurant « Le jugement de Dieu est rendu ».
Levant les yeux, ils regardèrent le bel oiseau voler de plus en plus haut et dans leur cœur un grand bonheur se répandit.
Voilà l'histoire de l'herboriste et de la sorcière. Je peux aussi vous dire qu'après cet événement, les moines préfèrent partir vers d'autres monastères et celui-ci tomba en ruine peu à peu. Le village, quant à lui, sembla bénéficier au cours des siècles d'une étrange protection, il fut épargné par les maladies, les famines, les guerres. Tous pensent que l'oiseau blanc veille sur lui. »
La triste voix du conteur, s’effilocha dans le silence revenu. Je me levai et regardai les ruines d'un autre œil. Je restai pensive quelques instants, essayant d’imaginer cet embrasement d’amour. Un mouvement dans le ciel attira mon regard et j’eus l’impression de voir tournoyer l'oiseau fabuleux. Prise d’un étourdissement, je ramenai vivement mes yeux vers mon compagnon qui s’était levé. Je m’aperçus alors qu’il était vêtu d’une bure monastique. Je jetai un dernier coup d’œil aux ruines de l’ancien monastère et murmurai à l’intention de mon mystérieux narrateur :
« Merci, mon frère, pour cette merveilleuse légende ». Mais, en me retournant à nouveaux, je m’aperçus qu’il avait disparu, je ne l’avais pas entendu s’éloigner et je ne le vis nulle part.
Songeuse, je repris le chemin de l'auberge. En me voyant arriver, l'hôtesse ne me posa pas la question rituelle, et se contenta de me sourire. J'avais fait la rencontre qu'elle attendait.
23 octobre 2009
Bûchers - 5
Transports
Cacoune
C’était un de ces matins pareils aux précédents où, l’air nonchalant, au loin m’emmenait le train. Une place près de moi, réservée au suivant. Le suivant ce fût lui, mais je ne l’ai su qu’après.
Il s’est assis, sa jambe contre la mienne. Pensez-vous, c’est banal. Rien qu’une attitude quotidienne. Sauf que là, rien à voir : juste envie de prolonger. C’était comme si nos jambes déjà se connaissaient. Comme si nos corps au-delà de la masse se distinguaient. Comme si malgré un temps long écoulé, ils se souvenaient et moi avec. Une chaleur renaissait.
Sans même lever les yeux pour vérifier, je me suis prise à rêver à lui. Quelle importance de qui il s’agissait ! A cet instant, c’est lui qui m’embrasait. Il était si bon de se laisser aller à ressentir la montée lente de ce feu intérieur ; enflammant ici un cœur ; dévorant là une joue ; allumant enfin un sourire dans mes yeux pourtant clos.
Etait-il nécessaire de mettre fin à ce brûlant instant ? Devais-je envisager de confirmer ou d’infirmer ce que je croyais être ? Fallait-il que je lui parle avant d’être réduite en cendres ?
Impossible de répondre à ces questions tant ma volonté semblait anéantie. Quelle douce façon de commencer la journée, en terminant consumée sur le bûcher de ma délicieuse indécision !
***
en réponse à un appel torride.
21 octobre 2009
Bûchers - 4
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en réponse à un appel flamboyant.
15 octobre 2009
Bûchers - 3
Bûcher
par Pandora
* * *
Ce feu a été allumé par Pandora suite aux signaux de fumée provenant de ce "Bûcher"
13 octobre 2009
Bûchers - 2
Feu céleste
MAP

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Cette boule étincelante est une réponse à l'appel 'Bûchers'
09 octobre 2009
Bûchers - 1
Déménagement
Cacoune
Ça sent le cramé, non ? C’est étonnant, je suis pourtant sûre de n’avoir rien laissé sur le feu. Ils ne m’ont quand même pas laissé beaucoup de temps pour baisser les flammes sous le chaudron avant de m’emmener hors de ma chaumière. La politesse se meurt, tout de même, ma bonne dame ! Bon, en même temps, si ça ne dure pas, ça ne devrait pas avoir de trop grandes conséquences : ce n’était qu’à feu doux.
Tout de même, qu’est-ce qu’il fait chaud. Pfiou ! Si j’avais su qu’il ferait cette chaleur, j’aurais troqué ma jupe d’hiver contre une plus légère. Mais je n’ai plus grand-chose à me mettre. J’ai presque tout abandonné dans ma précédente maison. J’ai dû partir si vite… Dommage, une plus légère à cet instant aurait été la bienvenue.
Mais que font-ils là derrière ? Je ne vois absolument rien. Avaient-ils besoin de me mettre ce sac en toile sur la tête ? De quoi ont-ils peur ? Que je les transforme en gruyère d’une seule œillade meurtrière ?! Peut être la mégère du jeudi leur a-t-elle dit de se méfier de moi ? Ce serait quand même étonnant qu’elle soit allée baver sur mon compte : elle qui aime venir se faire tirer les cartes. Et pas que les cartes d’ailleurs ! Si son châtelain de mari savait…
Je me demande quand même où je suis. Bon, puis, j’suis un peu à l’étroit dans ce gilet. J’ai du mal à croire que c’est la mode à Paris de porter des vêtements si serrés. Et les mains dans le dos comme ça, ça ne me paraît pas très seyant. Du moins, je crois, vu que je ne vois rien. Qu’on ne me dise pas qu’en plus, le sac noir sur la tête va avec ! Avec des trous pour les yeux peut être… Je ne suis pas prête d’abandonner mes grandes jupes et blouses assorties pour ça, et ce même si l’ensemble est d’un noir aussi profond que celui des poils de mon chat.
Où il est du reste celui-là ? Déjà plusieurs jours que je ne l’ai pas vu. Il sait pourtant que je manque de queue de souris pour mon élixir de fertilité. Et les cochenilles ! Je vais tomber en panne de cochenilles séchées ! Et ça n’est vraiment pas le bon plan en cette période : mon carnet de commande est blindé ! Tout le monde veut sa fiole de particule de cochenilles séchées. C’est très bon pour les petites baisses de tension : une inhalation suffit. Ça ne me dit pas où est ce chat. Il n’y a pas que la politesse qui se perd : le petit personnel, ce n’est vraiment plus ce que c’était.
Heureusement, le printemps sera bientôt là. Je vais enfin pouvoir aller à la cueillette, remplir de nouveau mes placards, reconstituer mes stocks : miellat d’argus bondissant, extrait de venin de vipère jeune, feuilles de buisson galopeur, sans compter les racines de baobab du froid ! Réduites en poudre, on en fait des merveilles.
Il était pourtant bien ce village. Je pensais avoir fait le bon choix en venant m’installer ici. J’appréciais particulièrement cette petite clairière reculée. Assez loin du village pour être protégée des regards indiscrets et assez près cependant pour créer une petite clientèle. Mais, non, il a fallu que ça recommence. Ils ne nous laisseront donc jamais en paix ? Toujours à vouloir nous chasser ou nous faire flamber ! Quand se départiront-ils de ces préjugés éculés … ?
Ça y est, mon heure approche. Le feu est allumé : l’odeur me parvient et j’entends le bois crépiter. Habituellement, j’ai droit à un semblant de procès et à un jugement en bonne et due forme. Cocotte ! Aujourd’hui, tu passes à la casserole sauf que ça sentira le cochon grillé. Enfin c’est ce qu’ils croient ! Il ne va plus falloir me chauffer longtemps avant que je m’énerve…
Qu’est-ce qu’il dit le curé ? C’est bien sa voix ? On dirait qu’il psalmodie quelque chose. Je ne comprends rien ! Il ne veut pas s’approcher un peu que je saisisse ce qu’il dit ! Mmmmm mmmmm… Il aurait un bandeau sur la bouche que ça ne changerait rien. Meuh meuh meuh... Meuh quoi ? Grrrr ça m’énerve. Et avec la température qu’il fait, je n’arrive pas à me concentrer. Ah ! le voici qui s’approche !
Meurs, meurs, meurs sorcière et retourne en enfer !
Tu ne mérites pas de fouler ce sol, création du saint Père !
Ah oui en effet, le message est clair. Dommage, je commençais à me sentir chez moi ici. Bien… la chaleur du lieu m‘indique que les flammes doivent monter suffisamment haut maintenant pour que ma sortie soit du plus bel effet. Ils veulent du spectacle : ils vont être servis. Je crois donc le moment venu pour moi de déménager en laissant sur ce énième bûcher mon dernier vêtement !
***
en réponse à un appel brûlant.
02 octobre 2009
Edito d'octobre
Octobre marque le début de la troisième année d'existence du blogzine.
Le mois dernier, pour cette occasion, nous avions passé des légumes à la casserole. C'était pour nous un faux départ - imprévu - vers ce qui devait être une nouvelle version du blogzine. Mais ce n'est que partie remise.
Alors, en attendant, histoire de bien finir le travail, nous allons carrément tout cramer, carboniser dans de multiples flammes de bûchers ardents : feux célestes, feux intérieurs, feux de joie, feux d'adieu, feux symboliques...
De quoi nous mettre le rouge au front, enflammer les joues, pétiller les yeux et réchauffer les mains.
Allez, venez, rapprochez-vous du coin du feu. L'automne est là. Il faut se tenir au chaud ! Et pourquoi pas avec un livre, d'ailleurs ?
Alors, pour se reposer un peu et nous remettre de nos émotions, asseyons-nous calmement pour regarder quelques lecteurs s'adonner à leur passion.
Il sera également temps de voir commencer un nouveau cycle sur les liens entre les sciences et la science-fiction.
Photographie : Ekwerkwe






