31 mai 2008
Auteurs de mai
ANNICK BOTT

Retraitée de l'enseignement de SVT.
J'ai deux grands enfants.
Je partage mon temps entre la lecture, des promenades dans la nature avec mon homme, des activités associatives, et ma passion des fleurs.
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EKWERKWE

Toute petite, je voyais rarement les lampadaires à temps pour les éviter. Adulte, je continue à rêver debout, et n'évite pas toujours les obstacles qui se sont faits plus subtils.
Ecrire? Non, surtout pas. Mais jouer, oui, toujours, dans le bac à sable de Fanes de Carottes où je me sens si bien - tant pis pour Georges, pour Ursula, pour Paco, pour Alain... S'amuser, ce n'est pas vraiment trahir.
BLOG: Ekwerkwe's nest
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INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
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JEAN-LIN FATTY

Après avoir dompté des petits, des moyens et des grands enfants, et ensuite des adultes, il est devenu dompteur d’abeilles, et essaye de dompter aussi des bois noueux qui travaillent. Il n’empêche que sa vie est pleine de trous. * * * JOSEFA
J’aime me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en principe avant d’arriver au point ou au trait final.
BLOG: Le Monde 1900
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MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
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MAX MAATMOSIS

Max Maatmosis was born in continental Europe during the wild Seventies.
He grew up in a mad town.
Currently he is living in NewLabourLand (near London).
And, as everybody else, he likes to ask big questions... and even more so, to come up with hypothetical answers.
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PAPISTACHE

Papistache ne vit que depuis 322 matins.
Son existence étant courte, sa biographie sera brève.
Conçu une nuit de Saint-Sylvestre porté une demi-douzaine d’heures, il est né un matin de janvier 2007 à 6 h 01, déjà vieux, chauve et sage !
Il se ressource au contact de l’humus et s’oxygène en plantant un genou en terre.
Physiquement, c’est la silhouette de Don Quichotte, sa curiosité s’apparente à celle de Pinocchio, son âme s’inspire de l’épopée de Lancelot du Lac et le Philémon de Fred est son camarade de jeux.
Le dos de l’Espagnol, les articulations de l’Italien, la candeur du Breton, et l’épaisseur de papier du dernier, vous vous doutez que derrière s’agite un montreur de marionnettes.
Mais devant le spectacle de Guignol et Gnafron, qui se soucie d’apercevoir la tête de celui qui, par nécessité professionnelle, se tient derrière le castelet ?
BLOG : Papistacheries
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ROSE

Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles
BLOG : Ce que dit Rose
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STELLA SABBAT
Elle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.
* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.
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Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
et StellaSabbat !
Courrier des lecteurs de mai
En mai, nous avons joué avec les mots, avec les noms des auteurs et même avec les feuilletons.
L'univers fantastique des fanes a été fort orangement décrit,
cependant que planaient d'étranges bestioles.
Taupes et monte-en l'air se sont croisés l'espace d'un instant
La quête du Graal (Ann Bott)
Taupe qui vole Jean-Lyn Fatty
***
Papistache a fait vivre à Georges une éprouvante semaine pour fêter ses 34 ans,
et les Fanes ont relevé son défi en réécrivant chaque épisode du feuilleton "Joyeux anniversaire, Georges !" selon un point de vue différent
épisode 2, selon le point de vue de mademoiselle Julie (Ekwerkwe)
épisode 3, version kaléidoscope (les Fanes)
épisode 4, et le regard d'un maître-nageur (Stellasabbat)
épisode 5, et la scène selon Léa (Rose)
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Le dictionnaire de la SFFF s'est enrichi de vos définitions en réponse à l'appel du diclustré :
aruxite (Ann Bott, MAP)
aveulir (Ann Bott)
balayette (Ann Bott)
chat (jean-Lin Fatty)
chiloupette (Ann Bott)
Einstein (Jean-Lin Fatty)
fantastique (Jean-Lin Fatty, MAP))
glupidre (Ann Bott)
Gol (Jean-Lin Fatty)
malicrouffer (Ann Bott)
mirifique (Ann Bott)
Mon (Jean-Lin Fatty)
orangement (Jean-Lin Fatty)
radigonir (Ann Bott)
robotir (Ann Bott)
tisoyer (se) (Ann Bott)
trapendre (Ann Bott)
zilunox (MAP)
et aussi de définitions dédicaces, les auteurs entrent dans le dictionnaire :
A.P.N. (InFolio)
botanique (InFolio)
carte (Ekwerkwe)
coton (Rose)
enfer (Ekwerkwe)
équidé(InFolio)
étoile (InFolio)
fan-art (InFolio)
fossile (InFolio)
génépi (InFolio)
John Fitzgerald (Rose)
Londres (InFolio)
Mischka (Ekwerkwe)
Roméo (Rose)
rose (Ekwerkwe)
spetzle (Ekwerkwe)
steack vert (InFolio)
thé (InFolio)
vairon (Ekwerkwe)
valse (Rose)
vert (Rose)
zig-zag (InFolio)
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InFolio a exaucé l'un des souhaits de nos visiteurs de hasard, et Ekwerkwe a illustré cette incantation : "Je hais les carottes"
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Stellasabbat, de l'autre côté de minuit, s'est interrogée sur l'évolution de notre système de santé
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Josefa propose un nouveau fan-art et associe nature et machine
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Et nous vous avons annoncé la possibilité toute neuve de télécharger le fanzine de "Fanes de carottes" et de l'imprimer pour relire les anciens numéros sur la plage.
30 mai 2008
Le dictionnaire illustré de la SFFF
n. masc.
1- Végétal arbustif de la famille des théacées également appelé théier, Camellia sinensis ou arbre à thé. Il était cultivé sur Terre dans la région appelée Asie. Ses feuilles ont longtemps été consommées en infusion.
2- La boisson issue de l’infusion dans de l’eau chaude des feuilles séchées du théier. Cette boisson a été interdite suite à un décret paru au 21è siècle. La consommation importante et régulière de cette boisson avait engendré de graves vagues de folie littéraire.
(par InFolio)
adj.
Se dit des yeux quand ils sont de couleurs différentes.
Deux écoles s’affrontent pour tenter d’expliquer ce phénomène.
Les recherches du professeur Makin couplent génétique, psychologie et aptitudes physiques et intellectuelles. Elles démontrent que la distribution des couleurs est significative du développement neuronal du sujet : l’activation différenciée des deux hémisphères du cerveau impacte la pigmentation oculaire selon un code-couleur précis.
Les études récentes du professeur Biddùl, à l’inverse, partent du postulat que ce type de données génétiques (innées) ne saurait influer sur le développement intellectuel et affectif des sujets (acquis). Il soutient que les interprétations couramment admises relèvent autant de superstitions ancestrales que de pré-requis culturels et subjectifs. Ses études, réalisées dans des conditions validées par le Haut-Conseil Scientifique (H.C.S.), ont mis en lumière le caractère strictement aléatoire et a-signifiant de ces rares « incidents de parcours » génétiques, pour reprendre sa propre terminologie.
(par ekwerkwe)
n. fém.
1 - Danse exécutée lors des parades amoureuses des peuples humanoïdes d’avant le troisième millénaire.
2 - Par extension, mouvement ondulatoire anormal adopté par les atomes soumis à une forte concentration de rayons Lm (cause supposée du Ravage selon la thèse du Dr K. L. Oel dans son ouvrage controversé « La Valse des riens »).
(par Rose_Alu)
adj.
1 - qui manque de maturité, d’expérience, qui est relatif à la jeunesse : les vertes années, un soldat vert de l’armée de terre (abrév. un “vert de terre”)
2 - qui éprouve des sensations désagréables au point de développer certaines manifestations de dyschromie : être vert de peur, de maladie, de jalousie
3 - anciennement, adjectif de couleur évoquant la teinte des plantes à chlorophylle (couleur tombée en désuétude, à laquelle on préfère le gris ou le beige, considérés par les chromologues comme plus apaisants pour le psychisme humain ; couleur devenue rare depuis le milieu du 22e siècle et l’obligation d’obtenir un laisser-passer pour visiter les réserves naturelles, et par conséquent délaissée par les créateurs graphiques par ordinateur)
n. masc.
Nom pris par un groupe de militants réclamant une réhabilitation dans les écoles de la « langue verte » (langue de l’enfance, voir sens 1 Adj.) : les Verts.
(par Rose_Alu)
Surnom donné à Zongla Zinopon, célèbre héros des guerres zombiques, en raison de sa démarche titubante. Gravement blessé au laser mégatronzique dans la galaxie Zettajaun, il fut amputé de trois de ses cinq appendices ambulatoires et refusa toute tentative de greffe ou d’appareillage, préférant se servir de son handicap pour sensibiliser les citoyens à la cause des vétérans de guerre.
(par InFolio)
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Vous aussi vous avez envie de participer à l'élaboration du dictionnaire
de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique?
Jouez donc avec nous!
29 mai 2008
Fanes de carottes vous robotisera!
Un coeur bat-il dans la poitrine en fer blanc des robots? Et nos vies trop bien réglées pour ne pas nous déshumaniser, que font-elles de nous? Si des questions métaphysiques empêchent vos circuits de refroidir calmement, c'est probablement qu'un peu de carotène pourrait vous faire du bien!

Alors, pour recevoir le huitième fan-art, un joli commentaire, sans oublier vos coordonnées à nous envoyer, à fanesdecarottes (chez) yahoo (point) fr, dès que votre nom apparaît dans la liste ci-dessous!
Série VIII
- 1/VIII - Vanina
- 2/VIII - Véron (sans plastoc)
- 3/VIII - MAP
- 4/VIII
- 5/VIII
- 6/VIII
- 7/VIII
- 8/VIII
- 9/VIII
- 10/VIII
- 11/VIII
- 12/VIII
28 mai 2008
Le jeu du diclustré - 4
Chim. Faire la synthèse de glucides complexes à partir de tentacules de l’Hydre de Lerne (des échantillons de ces dernières ont été cryogénisés et ramenés par Hera, Zeus et Hercule lors de leur visite rétrotemporelle sur Terre – visite qui a été immortalisée dans de nombreuses légendes et a donné naissance à une mythologie complète à l’époque dite de la Grèce Antique).
(Ann Bott)
Animal imaginaire appartenant au bestiaire de la science-fiction, section mort-vivants, inventé par le célèbre auteur de science-fiction du 20ème TerraSiècle, Erwin Schrödinger. Il possède de multiples vies, régies par des lois probabilistes qui lui confèrent le don d'ubiquité.
(Jean-Lin Fatty)
Nourrir ses robots de mets particulièrement roboratifs, tels le cassoulet, la potée auvergnate, la truffade, etc. pour graisser leurs rouages et combattre les attaques de rouille. Cette pratique est particulière aux planètes à climat humide et/ou vents abrasifs (Jupiter, Saturne, Pluton…).
(Ann Bott)
(se) tisoyer
v. pr.
1 - terme d’origine martienne : se pencher l’un vers l’autre, se rapprocher pour s’oyer (variante locale du verbe s’ouïr);
2 - par glissement de sens, sur la planète Vénus : (se rapprocher au point de) se tripoter.
Proverbe : « Qui commence à se tisoyer sur Mars finit par se tisoyer sur Vénus ».
(Ann Bott)
* * *
(La règle du jeu du diclustré)
26 mai 2008
Le défi aux Fanes - 5
Lorsque Papistache a proposé aux Fanes son feuilleton, il leur a aussi lancé un défi : réécrire chaque épisode en adoptant un autre point de vue...
Aujourd'hui, Rose donne le point de vue de Léa sur les évènements survenus durant le cinquième épisode...
Si monsieur B*** l’avait désignée pour réciter cette fable, Léa en était sûre, c’était pour lui rabattre le caquet. « La grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf »… « Une Grenouille vit un Bœuf /qui lui sembla de belle taille. » Une belle façon de la traiter de minus, de vermisseau. De lui refuser le droit de montrer l’étendue de ses connaissances. C’était déjà ce qui se passait dans la cour, à la récréation. Elle s’approchait, elle voyait Sarah exhiber un bracelet vaguement tressé et déclarer fièrement que son papa le lui avait ramené d’Inde, où il était parti la semaine précédente. « Ca m’étonnerait qu’il soit allé en Inde la semaine dernière, assenait Léa, je l’ai vu sortir de chez la maman de Tommy, qui habite en face de chez moi. » «Madame Je-sais-tout, d’abord tu dis n’importe quoi », essayait d’articuler Sarah au milieu de ses larmes. Ou encore elle interrompait le pilote d’une navette spatiale en plein décollage des escaliers de la cantine d’un « Tu n’as pas lancé le moteur, on n’a rien entendu, là. Recommence. »
Léa détestait l’à-peu-près. Aussi, quelques jours auparavant, lorsque monsieur B*** avait inscrit au tableau une date en 19**, avait-elle lancé : « Monsieur, vous retardez carrément, on n’était même pas nés. » D’habitude, quand elle se permettait ce genre de remarques, monsieur B*** était pris d’une colère froide qui le faisait bafouiller et qui amusait beaucoup la classe. Mais ce jour-là, il n’avait absolument pas réagi, si ce n’est qu’il avait donné aux élèves un exercice de mathématiques que personne n’avait su résoudre. Les boulettes de papier avaient volé, vers le tableau mais aussi dans sa direction. Quant à monsieur B***, il avait dû ourdir sa vengeance et elle éclatait ce matin-là, avec cette histoire de grenouille.
« Elle n’était pas grosse comme un œuf… » Léa déteste l’à-peu-près, mais hier, absorbée par un énième visionnage de « Pinocchio », son film préféré, elle n’a pas pensé à redire ses poésies. « Elle s’étend, elle s’enfle, elle travaille »… Léa peine aussi, mais elle connaît le moyen de faire diversion : elle gonfle ses joues, élargit sa poitrine, éloigne les mains de son corps, imite le dandinement de monsieur B*** au tableau. « Regardez bien, ma sœur ; est-ce assez ? j’y suis ? » Léa frôle l’asphyxie et son texte se transforme en bouillie, mais l’effet escompté est produit : les élèves rient, le brouhaha s’installe, on n’entend plus ses erreurs. « La chétive pé… (elle passe la fin du mot, introuvable) / s’enfla si bien qu’elle en creva. » hurle-t-elle à bout de souffle tandis que la classe explose de rire.
Mais son triomphe est interrompu par des coups tambourinés à la porte, qui s’ouvre sur la directrice tordant l’oreille à un élève de sa classe. C’est Kevin, un garçon bien connu de l’ensemble de l’école, un expert en croche-pieds. L’instituteur se tourne vers Léa :
- Il n’y a personne à côté de toi ; Kevin, tu vas t’installer là, Léa t’aidera à faire tes exercices !
- Eh ! Je ne m’appelle pas Pinocchio !
Mais cette protestation cinéphile est perdue pour la classe et le dépit envahit Léa : monsieur B*** a finalement réussi à se venger, et elle ne peut que ronger son frein, tandis que son nouveau camarade lui envoie en douce des coups de stylo bille, maculant sa chemise impeccable de taches sombres. Son seul réconfort vient des borborygmes du professeur à l’approche de l’heure du déjeuner : ces gargouillis ressemblent à s’y méprendre au bruit de l’explosion de cette pauvre grenouille, qui « s’enfla si bien qu’elle en creva ». Voilà sa revanche.
25 mai 2008
Le feuilleton du dimanche : "Matins anachroniques"
Joyeux anniversaire, Georges
par Papistache
Résumé de l’épisode N° 4
Georges use d’un subterfuge machiavélique à défaut d’être pédagogique pour tenter d’acheter le calme dans sa classe lors de la visite de l‘inspecteur.
Mais très vite le quiproquo s’efface. Il n’est pas question d’une inspection mais d’une mesure éducative d’urgence à prendre.
Georges réalise qu’il a accepté, sans réfléchir, d’accueillir, dans sa classe, un trentième élève particulièrement difficile.
Episode N° 5
Vendredi 21 mars 2008
La nuit a été agitée pour notre célibataire émotif. Sa classe est déjà difficile, comment va-t-il s’en sortir avec un énergumène supplémentaire ?
Lion de l’éducation nationale ? Pigeon ? Dindon ? Il hésite, s‘emmêle dans les plis de sa couette, s’endort tard, néglige la sonnerie du radio-réveil et saute à bas du lit juste à temps pour voir, après une cavalcade éprouvante, sa classe monter les escaliers sous la férule de la directrice.
— Eh bien, mon petit Georges, je constate que votre rasoir a repris sa grève matinée.
— Grasse matinée ! Grasse matinée, pensa le petit Georges, c’est un rasoir indépendant, il n’est pas sous le joug du syndicat, lui !
Mais en fait, il se contente de bredouiller.
— Ah... Solange ! Bonjour... pas entendu... le réveil... le ferais plus... Et... le nouveau ?
— Pas de nouvelles nouvelles du nouveau ! sourit Solange, se trouvant particulièrement en forme pour un début de week-end.
***
Debout sur une table, Léa se pavane en singeant les contorsions de la grenouille voulant se faire aussi grosse que le bœuf. Interpréter les textes poétiques, c’est écrit noir sur blanc dans les programmes officiels.
La classe applaudit. Léa minaude.
— Très bien Léa ! Le texte a un peu souffert, mais tu t’es rattrapée sur la gestuelle ? Un autre volontaire ?
A ce moment, deux coups secs sont frappés à la porte qui s’ouvre, laissant entrer dans la classe un grand garçon brun qu’un brigadier de gendarmerie tient énergiquement par l’oreille. La directrice annonce :
— Les enfants, voici un nouvel élève qui rejoint votre classe pour y achever son CM2. Monsieur l’instituteur, je vous recommande la plus grande vigilance.
Georges éprouve cette curieuse sensation de déjà vu. Il est parti sans avaler le moindre bol de café et il sait que la fatigue et la faim peuvent créer des hallucinations. Il demande, pour le principe car il connaît déjà la réponse qui va sortir de la bouche grasse du brigadier :
— Et quel est son nom ?
— Lucignolo ! J’ai terminé ma mission, mes respects ! Le gendarme sort, saluant la directrice de deux doigts portés à son bicorne. Solange le suit en refermant la porte sur elle.
Georges fait asseoir le nouveau, qui sent le tabac froid, à côté de Léa qui ne peut s’empêcher de murmurer :
_ Eh, je m’appelle pas Pinocchio ! Car, outre la poésie elle voue un amour immodéré aux DVD de la BCD et Comencini est son metteur en scène italien préféré.
En dépit des paroles rassurantes de Georges, qui perd sa timidité quand il s’adresse à des enfants, Lucignolo, qui s’appelle en fait Kevin, comme tout le monde, et Braillard, comme son père, ne desserre pas les dents jusqu’à l’heure du déjeuner. Les borborygmes qui s’échappent à intervalles réguliers de l’estomac vide de l’instituteur ne lui arrachent même pas un sourire quand la classe, elle, pouffe allègrement, si toutefois “pouffer” peut s’appliquer aux cascades de remarques et rires francs qui s’entrechoquent à chaque spasme stomacal du pauvre professeur.
Parti sans confectionner son sandwich habituel, Georges se fait violence pour aller s’asseoir à la table des maîtres du restaurant scolaire. Comme il le redoutait, Julie s’installe à son côté, l’autre étant pressé contre Madame Daix qui peste contre la rupture de connexion Haut Débit la contraignant à se priver de « chat » avec ses cousins de Montréal.
— Alors le nouveau ? lance la belle instit.
— Ben... rien... muet... desserre pas les dents... pas facile...
L’énervement de Madame Daix se propage à ses membres supérieurs. Georges effectuerait bien une petite translation vers la droite, mais il devrait par ce geste supporter que sa cuisse touche celle de sa voisine. Il préfère courir le risque de recevoir une taloche destinée à “Alice” ou “Wanadoo” plutôt que de soumettre à la vue de ses collègues quelque manifestation corporelle invalidante. Ses gargouillements du matin ont largement suffi à son humiliation.
Mais les vociférations de Madame Daix flirtent avec les quatre-vingt-dix décibels. Julie se rapproche du jeune homme et lui parle à l’oreille. Georges serre les cuisses et fixe le contenu de son assiette. La fleur de thé ! Elle sent la fleur de thé !
— J’ai une amie psychologue — je te la présenterai, tu verras, elle est sympa — qui m’a donné un truc qui pourrait aider ton gamin.
— Ah...
— Oui, Tilu — tout le monde l’appelle Tilu — pense que par l’écriture le mutisme du gosse peut être contourné. Propose un travail d’expression écrite, ça peut le débloquer. Un jeu littéraire, des tautogrammes, des proverbes... enfin... réfléchis, tu dois avoir des solutions ! Tu n’es plus un débutant ? Tu as quel âge, en fait !
Georges en est à sa onzième année d’enseignement. Son dernier anniversaire date de lundi. Seule sa mère y a pensé. La carte est arrivée avec deux jours de retard et la chère maman s’est trompée d’une année. Elle a écrit : “Joyeux trente-cinq ans !” Le fils aimé pourra la ressortir dans un an, elle sera toujours d’actualité.
***
— Je vous propose d’écrire un lipogramme en “o” sur le thème de la peine et du chagrin.
Dit ainsi, cinq secondes auraient suffi à donner la consigne d’écriture. Mais les élèves ont dix ans, Georges a besoin de quinze minutes pour faire comprendre ce qu’il attend, toutefois la classe reçoit l’injonction positivement, c’est une classe de littéraires.
Du coin de l’œil, Georges surveille son Kevin. Il disperse çà et là des conseils, suggère l’emploi de la gomme et du crayon de bois, fait office de dictionnaire interactif et encourage les élèves de quelques tapes amicales sur l’épaule. Il adore ces moments de communion.
Après un quart d’heure de concentration laïque, il s’approche de Kevin dont la page est encore vierge.
— Si l’obligation de te passer de la lettre “O” te gêne, je t’autorise à ne pas la respecter.
L’enfant lève les yeux vers l’instituteur d’un air de défi. Georges profite d’une question de Vanessa pour esquiver la confrontation. Toutefois, Kevin se penche sur sa feuille.
En fin d’après-midi, Georges annonce qu’il corrigera les textes pendant le week-end et que, dès le lundi suivant, les enfants pourront retravailler, en salle informatique, leurs productions commentées. Les semaines paires, l’accès au saint des saints s’ouvre à sa classe.
Il a hâte de lire et annoter les trente copies, non pas parce qu’elles sont trente mais ce qu’il a entrevu en survolant les tables lui a semblé plutôt sympathique.
à suivre...
24 mai 2008
De l'autre côté de minuit ?
Interrogée par Rue 89, Emmanuelle Heidsieck, journaliste spécialisée dans les questions sociales, explique ce qui l’a incité à écrire Il risque de pleuvoir, roman dans lequel elle décrypte les stratégies mises en œuvre par les assureurs privés, avec la complicité des pouvoirs publics, pour privatiser le système d’assurance maladie : « il y a une forme de distorsion absolument sidérante entre la méconnaissance des Français sur le système d’assurance maladie et l’enjeu que ça représente. (…) l’enjeu est majeur. Dans les questions d’assurance maladie, on est assez vite dans une histoire de vie ou de mort, c’est-à-dire dans l’histoire de : qui va pouvoir accéder aux soins ? Est-ce que les soins vont être de qualité ? Est-ce que les classes sociales dans leur ensemble vont pouvoir être soignées ? Et ce n’est pas du tout (…) pareil d’avoir d’un côté le système qu’on a aujourd’hui, c’est-à-dire une sécurité sociale universelle et solidaire et égalitaire et de l’autre, peut-être, dans l’avenir, des assureurs privés qui ne sont pas du tout dans ses valeurs là, qui sont dans (une) logique de profit et donc avec la pression des actionnaires »[1].
Ce sont toutes ces questions qu’Emmanuelle Heidsieck soulève dans son livre. Le prétexte "roman" ne me semble pas très convaincant, en ce sens que l’intrigue tient en quelques lignes : Antoine Rougemont, cadre supérieur qui travaille dans le secteur de l’assurance depuis trente ans et enseigne les théories de l’assurance à l’Université Dauphine, se rend à l’enterrement de la sœur de son ex-femme, remariée à Alexandre Cadassus, PDG du groupe d’assurances Ganax, leader des assurances privées en France et à la pointe du lobbying en vue de la privatisation de la Sécurité sociale. Nous assistons à cet enterrement dans la tête d’Antoine qui se demande quelle est sa place dans cette cérémonie et s’il doit ou pas aller au cocktail qui suivra la cérémonie funèbre :
"De toute façon, je peux très bien ne faire que passer. Mais je ne peux pas dire « Je ne fais que passer ». Quand on se retrouve, après, il ne faut pas avoir l’air pressé. C’est inconvenant. Il faut faire mine de rester, et subitement partir. Mais si on me voit, en train de filer à l’anglaise, cela peut faire jaser, celui qui n’assume pas, etc. Quand on s’excuse de ne pouvoir venir ou de ne pouvoir rester, le refus doit toujours être motivé. Et l’idée de voir Prigent, Ruder, Durand, l’idée de voir Alexandre pavaner. Non, il ne va pas pavaner. Il va prendre un air grave sur lequel il va coller un sourire et il va finir par me dire « Je te ressers un verre ? ». Je vais me retrouver coincé, je suis même capable de quitter les lieux le dernier. C’est impossible de simplement passer. Tout ceci commence à me contrarier. Je ne peux pas supporter l’idée, non, je ne peux pas, je ne peux pas supporter l’idée de ne pas y aller. Il n’y a aucune raison pour que j’en sois privé."[2]
Pour autant, la lecture de ce livre, qu’on le qualifie de roman, de satire sociale…, est essentielle parce qu’Emmanuelle Heidseick y dresse un tableau extrêmement clair et précis de l’évolution en cours de notre système de santé… Et, finalement, le prétexte du roman, car roman il y a quand même, est bien choisi : derrière le questionnement d’Alexandre sur sa participation (ou pas) au cocktail qui suivra l’enterrement se cache une autre interrogation : sa conception du métier d’assureur est-elle compatible avec la privatisation, annoncée et souhaitée par les assureurs privés, du système d’assurance maladie ? Et, puisqu’elle ne l’est pas, quelle est sa marge de manœuvre pour continuer à exercer son métier dans le respect des principes qui ont conduit à la création de la Sécurité sociale et que rappelait Emmanuelle Heidsieck dans son interview à Rue 89, à savoir l’universalité, la solidarité et l’égalité dans l’accès aux soins ?
« Pour ma part, bien qu’assureur, j’estime que l’on ne peut écarter de l’analyse les finalités qui ont présidé à la création de la Sécurité sociale. L’objectif était certes économique mais aussi politique. Il s’agissait d’instaurer « une véritable démocratie économique et sociale impliquant l’éviction des grandes féodalités financières de la direction de l’économie », d’où la nationalisation de toutes les sociétés d’assurances par la loi du 25 avril 1946, et « d’assurer à tous les citoyens des moyens d’existence dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer par le travail », ordonnances des 4 et 19 octobre 1945. (…) Cela n’est pas évident de tenir ce discours devant des étudiants en master à Dauphine. Il y en a qui me prennent pour un pauvre type complètement déphasé. Alors qu’il y a dix ans, on m’écoutait sans sourciller. Ce n’est pas parce qu’il y a une bande qui veut s’emparer du secteur santé que je vais changer mon cours. Ce n’est pas parce qu’ils sont là, derrière, avec leurs BMW mal garées, que je vais me laisser faire. Tout ceci commence sérieusement à m’insupporter. Bon sang, je vais y aller ou je ne vais pas y aller ? »[3]
Le cheval de Troie que les assureurs complémentaires privés ont choisi pour se voir reconnaître une légitimité incontestée au sein du système d’assurance maladie et, à terme, pouvoir imposer un nouveau système de santé individualisé, est l’accès aux données de santé contenues dans les feuilles de soins électroniques. Pour l’instant, en effet, seule la Sécurité sociale a accès à ces données qui comprennent l’identité du malade, celle du praticien, la pathologie et le traitement prescrit. Les assureurs privés justifient cette demande par le fait qu’ils ont une place de plus en plus importante dans les remboursements de santé ce qui, selon eux, leur donnerait le droit de disposer des mêmes outils que la Sécurité sociale, et en premier lieu aux - stratégiques - données de santé. Ils sont sur le point d’arriver à leurs fins. Emmanuelle Heidsieck, par la voix d’Alexandre Cadassus, le PDG de Ganax, rappelle les principales étapes, bien réelles, de « cette ardente campagne de lobbying lancée pour conquérir les « données de santé » »[4] :
« Au sein de la Fédération des assureurs, nous considérons comme prioritaires l’accès à ces données. Cela prendra peut-être dix ans, mais nous les aurons. Il faut une génération pour changer un système de santé. Je vais vous faire un bref rappel des étapes déjà franchies. 1. Fin 2002, nous avons convaincu le ministre de la Santé de commander un rapport sur le sujet. 2. Nous avons pris parallèlement contact avec la CNIL. 3. Le rapport ministériel est remis en juin 2003, et préconise des expérimentations. 4. Cinq compagnies d’assurances se lancent dans les expérimentations, prélude à un accès libre à ces données. Les essais doivent démontrer que les transferts d’information peuvent être développés de manière sécurisée. »[5]
Un accès sécurisé aux données de santé ? Vraiment ?
Le rapport du Ministère de la santé sur « L'accès des assureurs complémentaires aux données de santé des feuilles de soins électroniques » du 26 mai 2003 préconise comme "solution la plus simple" un transfert de données anonymes[6] qu’Emmanuelle Heidsieck résume ainsi : « La feuille de soins transiterait par une boîte noire qui remplacerait l’identité du patient par un code secret. »[7] Sauf que, comme l’affirme Etienne de Lamarelle, le directeur général adjoint de Ganax, dans le roman – mais peut-on encore parler de roman quand on touche à ce point à la réalité ? – d’Heidsieck :
« (…) Nous avons mis en place, en accord avec la CNIL, une technique dite de « traitement furtif automatisé ». C’est expérimental, je le rappelle. L’entrée en vigueur n’est pas encore programmée, comme vient de le souligner Alexandre, compte tenu des résistances. Mais le procédé est quasiment prêt : les feuilles de soins reçues transitent par un service central qui les anonymise puis nous reviennent avec les deux volets, la partie dépense de soins et la partie diagnostic du médecin. (…) Il y a un moyen de lever l’anonymat en cas de litige, grâce à des techniques de hachage. »[8]
En outre, le rapport du Ministère du travail du 26 mai 2003 prévoit la possibilité d’autoriser l’accès des assureurs privés aux données de santé nominatives « si le rôle des complémentaires évoluait profondément »[9]. Un scénario qui est loin d’être d’improbable. D’autant que le rôle des assureurs privés a déjà évolué. D’abord avec la création de la CMU complémentaire, comme le rappelle Emmanuelle Heidsieck :
« Au fil du temps, le périmètre des remboursements de la Sécurité sociale a fortement diminué tandis que celui des assurances complémentaires s’est largement développé. Avec la création, en 2000, de la couverture maladie universelle (CMU), qui est une assurance santé complémentaire gratuite pour les plus démunis, les assurances ont été reconnues par le législateur comme une condition de l’exercice du droit à la santé. »[10]
En effet, la CMU est financée par une dotation de l’Etat et par une taxe de 1,75 % prélevée sur le chiffre d’affaire en assurance maladie des mutuelles et compagnies d’assurances privées, dont elles déduisent un forfait[11] au prorata du nombre de bénéficiaires de la CMU qui s’inscrivent chez elles pour obtenir une couverture complémentaire. Surtout, la loi qui a créé la CMU et la CMU complémentaire[12] a instauré un partenariat, selon les termes choisi par les intéressés, en réalité plutôt une concurrence, entre les organismes de protection complémentaires, dont les assurances privées, et la Sécurité sociale pour la gestion de la CMU complémentaire, concurrence qui brouille la frontière entre couverture de base et couverture complémentaire : les bénéficiaires de la CMU complémentaire peuvent demander la prise en charge de cette couverture complémentaire soit à un organisme complémentaire privé soit à la Sécurité sociale. Or, plus de 8 bénéficiaires de la CMU complémentaire sur 10[13] ont choisi de faire assurer leur couverture complémentaire par la Sécurité sociale. Les assureurs privés en ont pris prétexte pour poser la question de leur participation au système d’assurance maladie dans les termes suivants : « si le régime obligatoire se met à faire le métier des organismes complémentaires, pourquoi ces derniers ne retourneraient-ils pas (…) l’argument pour demander à leur tour de gérer l’assurance maladie de base ? »[14]
Ensuite, depuis la loi du 13 août 2004 qui a réformé[15] l’assurance-maladie, la Sécurité sociale se désengage de plus en plus au profit des assurances complémentaires, ce que rappelle Benoît Durand, le cadre supérieur – du type jeune loup aux dents très très longues mais pas encore suffisamment acérées - à qui Cadassus a confié le dossier « données de santé » :
« (…) Il est évident que notre point d’appui numéro un est la loi du 13 août 2004 réformant l’assurance-maladie, puisqu’elle organise un recul de la Sécurité sociale au profit des assureurs complémentaires (déremboursements en cascade, forte hausse du forfait hospitalier, contrôle plus strict de la prise en charge des ALD, les affections de longue durée, parcours de soins favorisant les dépassements d’honoraires…). Plus notre place est prépondérante, plus il devient intenable de nous refuser l’information médicale. »[16]
Et ce ne sont pas les propos récents d’une certaine responsable politique qui a déclaré que la Sécurité sociale pourrait se désengager totalement de secteurs comme l’optique dont les remboursements seraient pris en charge "uniquement" par les assureurs complémentaires[17] qui vont nous rassurer. Dans la bouche des politiques, le désengagement de l’Etat dans l’assurance maladie est toujours justifié, comme le soulignent les docteurs André Grimaldi, Thomas Papo et Jean-Paul Vernant, « au nom de la défense sacrée de la Sécurité sociale » :
« Ils utilisent la tactique du « pied dans la porte, main sur le bras » tirée du manuel du bon vendeur. Ensuite, on pousse un peu pour élargir l’entrebâillement, tout en faisant croire aux victimes qu’on agit pour leur bien. Cela a commencé par la franchise à 1 euro sur la consultation, avant de concerner les boîtes de comprimés et les transports. Puis vient l’augmentation des tarifs. Toujours, bien sûr, au nom de la défense sacrée de la Sécurité sociale, dont, la main sur le cœur, on sape avec application les fondements. Au bout de la route, on fera appel aux assureurs privés pour mettre de l’ordre dans le système et stopper l’arbitraire des dépassements d’honoraires… »[18]
Le rôle des assureurs complémentaires privés est donc bel et bien en train d’« évoluer profondément ». Et le moment, où les pouvoirs publics en prendront acte et où ils tenteront de nous persuader que l’accès des compagnies d’assurance privées aux données de santé nominatives est légitime, est proche. Ce sera aussi le moment où tous les principes qui ont présidé à la création de la Sécurité sociale, et en premier lieu, l’égalité dans l’accès aux soins et la solidarité entre malades et bien portants, seront totalement vidés de sens.
Comme le rappelle Antoine Rougemont, le narrateur d’Il risque de pleuvoir, l’un des enjeux de la conquête des données de santé par les assureurs privés est « la possibilité de sélectionner les patients en éliminant les « mauvais risques » de leur clientèle ou en les surtaxant »[19]. Un enjeu dont un autre personnage du roman, Eric Prigent, le directeur santé-prévoyance de Ganax, rend compte sans la moindre ambiguïté :
« Il s’agit d’affiner nos tarifs. Nous avions trois types de prix, jeunes / quadras / seniors, nous en aurons mille. J’exagère à peine. Toute notre énergie est maintenant déployée pour réformer nos grilles tarifaires en y intégrant la variable comportement / client. Pour l’heure, nous ne sommes pas suffisamment fins dans nos bases de données pour utiliser ce paramètre « comportement » et évaluer son impact sur la sinistralité. Mais, nous y travaillons. Vous savez qu’en assurance automobile, le « pays-as-you-drive » est en train de faire un malheur aux Etats-Unis et commence à percer en Europe. Il s’agit de dupliquer cette approche « boîte noire » en santé. (…) C’est bien vers cette logique d’actuarisation comportemental que nous tendons car seule la segmentation tarifaire peut permettre de maximiser l’efficacité commerciale et financière. Pour ce faire, nous disposons actuellement de deux outils : 1. le questionnaire remis au futur souscripteur, 2. les logiciels de plus en plus sophistiqués qui permettent de déterminer un profil en fonction de l’âge, du lieu d’habitation, de la situation matrimoniale, de la profession, des sports pratiqués. En outre, nous pouvons espérer que le profilage sera complété par les « données de santé » auxquelles nous devrions prochainement avoir accès. C’est en fonction de critères répertoriés que l’on peut évaluer la prise de risque individuelle, que l’on peut classer les gens en « bons ou mauvais risques » et fixer des tarifs appropriés. Cela peut paraître choquant. Mais, n’oubliez pas que, de l’autre côté, ils sont eux-mêmes de plus en plus consuméristes. »[20]
Une logique qui est déjà à l’œuvre comme le montre Pierre Volovitch dans un article publié dans la revue Pratiques[21]: « L’accès à une complémentaire est lié au niveau de revenu, au niveau social et à la taille de l’entreprise. Certaines couvertures complémentaires ne couvrent rien, ou pas grand-chose. Les différentes complémentaires sont en concurrence, leur financement n’est pas solidaire. Les primes sont forfaitaires, liées à l’âge, donc au risque. »[22]
Une logique qui, lorsque les assureurs complémentaires privés disposeront des données de santé, s’appliquera avec systématisme. Et, les propos de Benoît Durand, le jeune cadre supérieur aux dents longues et finalement bien assez acérées, sont eux aussi sans la moindre ambiguïté :
« Ce que je pense, c’est que quand nous disposerons des « données de santé », les assurés ne pourront plus cacher des maladies graves comme c’est le cas aujourd’hui. Actuellement, nous surtaxons pour « risque aggravé » un nombre limité de personnes : demain, les surprimes vont concerner beaucoup plus de monde. C’est pour cette raison que la Fédération a accepté de signer cette convention Aeras. Dans la perspective de l’accès à l’information médicale, elle est très prometteuse. »[23]
Sur cette question du « risque aggravé », les assureurs privés, nous explique Emmanuelle Heidsieck, à travers la voix d’Alexandre Cadassus, sont en train de réfléchir au moyen de limiter leurs coûts et de maximiser leurs bénéfices :
« Benoît, j’ai besoin de vous pour une mission complémentaire. Je veux vous confier le dossier « Risques aggravés ». Vous savez que la convention Aeras vient d’être signée entre notre fédération et les pouvoirs publics, en remplacement de la convention Belorgey. Il s’agit de permettre aux personnes gravement malades, sida/cancer, de s’assurer en limitant notre possibilité, à nous, assureurs, de les refuser ou de les surtaxer. Les surprimes seront plafonnées. (…) Benoît, je vous donne six mois pour me faire un rapport, ultra-confidentiel, cela va sans dire, mais c’est mieux en le disant. Quid des sanctions ? Sera-t-il plus coûteux d’appliquer ou d’être sanctionné pour non-respect ? Comme d’habitude, tout est là. (…) vous voyez le lien entre « données de santé » et « risques aggravés ». Pas besoin de vous faire un dessin. »[24]
Le second enjeu de l’accès aux données de santé pour les assureurs privés relève lui aussi d’une logique de profit :
« C’est une révolution, pour nous assureurs, de pouvoir enfin savoir pourquoi tel médicament a été prescrit. Quelle est la maladie ? Quelle est l’affection ? Nous étions des payeurs aveugles, nous serons des payeurs avisés. Car, bien sûr, grâce à cette formidable avancée, nous allons enfin pouvoir contrôler la pertinence des ordonnances et réaliser des économies sur les traitements superflus, inconsidérés ou mal adaptés. Les médicaments représentent 30 à 40 % de nos remboursements, c’est un enjeu majeur pour les années à venir. »[25]
Grâce aux données de santé, les assureurs privés pourront donc contrôler les prescriptions des médecins ce, « pour atteindre le maximum de rentabilité »[26]. Antoine Rougemont, le narrateur d’Il risque de pleuvoir, explique qu’à terme les assureurs privés deviendront "des méga-superviseurs des professionnels de santé, sur le modèle des réseaux de soins américains, les HMO (Health Maintenance Organisation)."[27] Or, Emmanuelle Heidsieck rappelle que 47 millions d’Américains n’ont pas de couverture santé[28]. Un modèle fort peu enviable mais un modèle que le désengagement de l’Etat dans le système d’assurance maladie, son incapacité à imaginer la réduction du « trou de la Sécu » autrement que par une réduction des dépenses, la place prépondérante que prennent les assurances complémentaires privées rend de plus en plus probable.
L’évolution actuelle de l’assurance maladie met également à mal un autre principe fondamental instauré par la Sécurité sociale : la solidarité entre malades et bien portants. Ainsi, Antonin Le Goff, le directeur financier de Ganax, estime :
« (…) nous sommes à un moment décisif de notre histoire. Le moment est venu de réinventer le métier d’assureur. Cela va être une énorme opportunité pour responsabiliser les clients, pour changer les comportements. »[29]
Cette responsabilisation des malades, qui tend vers une culpabilisation, repose sur le concept de « hasard moral » qu’Antoine Rougemont définit comme « le fait qu’un individu assuré prend davantage de risques, ce qui peut mettre l’assureur en difficulté. C’est en s’appuyant sur ce concept, très débattu, que certains prônent aujourd’hui le transfert de l’activité de la Sécurité sociale à des sociétés d’assurances privées. Ce courant de pensée constate qu’en pratiquant la gratuité des soins la Sécurité sociale accroît les risques au lieu de les réduire, tandis que les assureurs sont en mesure d’éliminer le « hasard moral » en excluant du dédommagement ceux qui n’ont pas pris de précaution et en proposant des tarifs intéressants aux autres, soit en discriminant entre hauts et bas risques. Exemple, fumeurs contre non-fumeurs. »[30]
C’est un système de santé de ce type qu’a imaginé Jean Van Hamme dans SOS Bonheur, bande dessinée ô combien prémonitoire. Van Hamme a imaginé un système politique, très proche de notre sociale-démocratie, et il a écrit 6 histoires articulées autour d’une même problématique : « Lorsqu’une norme est imposée pour assurer le bonheur théorique du plus grand nombre, qu’advient-il de ceux qui, volontairement ou non, s’en écartent ? »[31] Dans l’histoire qui nous intéresse, la norme édictée par la Caisse Nationale d’Assurance Médicale Unifiée est la suivante : « L’affilié a pour devoir de protéger sa santé. (…) Les agents de la Police Médicale auront les plus larges pouvoirs de surveillance et d’investigation pour sanctionner les contrevenants. »[32] Cette responsabilisation de l’affilié – sur lequel pèse le devoir de protéger sa santé – et son corollaire, « une obligation personnelle de prévention »[33] grèvent tous les aspects de la vie : visite médicale bi-mensuelle, obligation de respecter les prescriptions de la carte de régime alimentaire, obligation de suivre le bulletin météo… Le tout, sous la surveillance de la Police médicale qui effectue des contrôles quotidiens à domicile, dans les transports en commun… Tout contrevenant est sanctionné sous forme d’un prélèvement sur le salaire : 8 % pour un fil de fer à repasser dénudé et un frigo sans prise de terre…
Un scénario improbable ? Non, pas si l’on regarde l’évolution en cours où les entreprises sont de plus en plus prescriptrices quant à la santé de leurs salariés : « nouveaux programmes de santé incitatifs (chez PepsiCo ou Unilever), sensibilisation à l’alimentation saine (au Crédit agricole), objectif personnalisé d’amélioration du bilan de santé (Kraft Foods), émulation par récompense des employés les plus soucieux de leur santé (avec le grand prix Axa-Santé) ou même, aux Etats-Unis (qui ont ici encore une longueur d’avance), amendes aux salariés récalcitrants « en cas d’objectif pondéral non atteint » (chez Clarian Health Partners) »[34] Et la réforme du système de santé en cours va elle aussi dans ce sens. Ainsi, en est-il des franchises médicales (sur les consultations médicales, les médicaments, les transports sanitaires et les actes paramédicaux), qui ne sont remboursées ni par l’assurance-maladie, ni par les assurances complémentaires, et dont le poids pèse uniquement sur les malades, en particulier sur les malades atteints d’affections de longue durée (cancer, sida, mucovisidose, diabète, myopathie…). Comme l’écrit la journaliste Lise Barcellini, « le but des franchises est de "responsabiliser" les assurés : en clair, empêcher la gratuité complète, afin de dissuader les patients de rechercher des actes de santé "de confort", inutiles ou redondants »[35], objectif camouflé derrière un argument de solidarité, ces franchises devant financer le plan Alzheimer, les soins palliatifs et la lutte contre le cancer. Mais peut-on encore parler de « solidarité » lorsque seuls les malades sont appelés à être solidaires ?
Outre que ce discours de culpabilisation des malades est en soi choquant, il ne repose sur aucun fondement et est purement idéologique. Ainsi, selon le docteur Marie Kayser, généraliste à Saint-Denis et membre de la revue Pratiques :
« En essayant d’obliger les Français à consommer moins de soins, on sous-entend que l’abus est général. Pourtant, cette « errance » médicale, injustifiée, concerne seulement 0,72 % des patients. Ce discours de culpabilisation du malade, nouveau bouc émissaire, est purement idéologique, ne s’appuyant sur aucun élément concret. »[36]
Un discours idéologique que décrypte François Cusset en montrant les liens existants entre le discours sur la santé et la démocratie libérale :
« En redéfinissant la santé comme une obligation personnelle de prévention, selon la logique aujourd’hui dominante du « risque » et de son imputation individuelle, les assureurs, les industriels du secteur et les médias spécialisés ont accrédité l’idée-clé d’un « devoir de santé » auquel oseraient déroger, à leurs dépens et aux frais de la collectivité, les fumeurs, les buveurs, les non-sportifs, les mangeurs malsains et autres dépressifs chroniques « refusant de se soigner ». C’est à eux, et à eux seuls, que doivent être imputées les faiblesses de leurs fonctions vitales, mais aussi, dans la foulée, celles de l’économie nationale, trop longtemps « redistributive » (…). (…) on a glissé de la santé en tant qu’état de résistance à la maladie à la santé comme prévention de tout risque physique ou existentiel, puis, de fait, à la santé comme vecteur d’optimisation de l’individu, c’est-à-dire avant tout de sa force de travail. Elle n’est plus seulement un état d’équilibre, mais aussi un idéal d’épanouissement personnel et professionnel (…). C’est ainsi que les entreprises les plus innovantes se font le relais efficace des nouvelles biopolitiques d’Etat, ou de cette fonction de prise en charge des corps et des vies par l’administration publique jadis pointée par Foucault (qui la voit émerger entre la Révolution et le milieu du XIXe siècle). Depuis quelques décennies, elle a pris une tournure nouvelle : extension des politiques de prévention, moralisation des attitudes, contrôle des conduites et des comportements à risques. Autrement dit, à l’heure du retrait du vieil Etat-providence, une prise en charge des corps « citoyens » est moins répressive qu’incitative, moins régalienne que « responsabilisante », moins directement prescriptive que vouée à favoriser l’intériorisation du contrôle. »
Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008.
Pour découvrir les raisons qui ont poussé Emmanuelle Heidsieck à écrire ce livre et pour comprendre les évolutions actuelles et futures de l’assurance maladie : David Servenay, « Mort de la Sécu : un roman mène l'enquête », Rue 89, 23 mars 2008 - http://www.rue89.com/2008/03/23/mort-de-la-secu-un-roman-mene-lenquete
Griffo & Van Hamme, SOS Bonheur, Volume 1, Dupuis, Aire Libre, 1988.
Un autre livre pour compléter la réflexion sur le système de santé, et en particulier l’illusion de la prévention : Jean-Pierre Andrevon, Le travail du Furet, Folio SF, 2004. Pour vous donner envie de le lire : http://www.culture-sf.com/litterature/sf/ouvrage.php?livre=88
[1] David Servenay, « Mort de la Sécu : un roman mène l'enquête », Rue 89, 23 mars 2008 - http://www.rue89.com/2008/03/23/mort-de-la-secu-un-roman-mene-lenquete
[2] Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008, pp. 47-48.
[3] Idem, pp. 49-50.
[4] Idem, p. 55.
[5] Idem, pp. 20-21.
[6] Synthèse du rapport du Ministère de la santé, de la famille et des personnes handicapées sur « L'accès des assureurs complémentaires aux données de santé des feuilles de soins électroniques » du 26 mai 2003, p. 5 - http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/babusiaux/synthese.pdf : « La solution la plus simple, la plus protectrice des droits, la plus rapide à mettre en place et la moins entachée d’incertitudes est celle où les données de santé seraient anonymisées. L’assureur (« sous-système 1 ») transmettrait son fichier à une entité distincte (« sous-système 2 »), par l’intermédiaire d’un tiers de confiance chargé d’anonymiser les informations, ou par l’intermédiaire d’une « boîte noire » chargée de cette fonction et conçue, gérée et contrôlée par un tiers de confiance.
Quand l’assuré se rend chez un professionnel de santé, la demande de remboursement électronique (DRE) serait télétransmise par celui-ci au sous système 2. Elle transiterait par le tiers de confiance ou la boîte noire, qui l’anonymiserait en lui attribuant le même numéro que celui sous lequel le contrat figure dans le fichier du sous-système 2.
Celui-ci calculerait les droits. Il enverrait uniquement le résultat de cette liquidation, via le tiers de confiance ou la boîte noire, qui le rendrait nominatif, au professionnel de santé en cas de tiers payant ou au sous-système 1 dans les autres cas.
La mise en oeuvre d’un tel système est techniquement assez simple et ne nécessite aucune modification législative. »
[7] Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008, p. 56.
[8] Idem, pp. 21-22.
[9] Synthèse du rapport du Ministère de la santé, de la famille et des personnes handicapées sur « L'accès des assureurs complémentaires aux données de santé des feuilles de soins électroniques » du 26 mai 2003, p. 3 - http://www.sante.gouv.fr/htm/actu/babusiaux/synthese.pdf
[10] Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008, pp. 21-22.
[11] Ce forfait était, fin 2005, de 300 € par bénéficiaires de la CMU inscrits au titre de la CMU complémentaire.
[12] La CMU ou CMU de base permet aux personnes, qui ne sont pas couvertes par un régime de base d’assurance maladie (Sécurité sociale, MSA…) et dont les revenus ne dépassent pas un plafond annuel de ressources fixé chaque année par arrêté, de bénéficier d’une affiliation au régime général de base de la Sécurité sociale. Quant à la CMU complémentaire, elle permet à ses bénéficiaires de ne pas faire d’avance de frais de santé et assure une prise en charge totale – contrairement à la CMU de base – de tous les frais de santé.
[13] Syndicat de la médecine générale, « Le « mauvais risque ». Ce que la CMU nous apprend sur la réforme de l’Assurance maladie, 24 décembre 2005 - http://www.smg-pratiques.info/Le-mauvais-risque.html
[14] Mathieu Ozanam, « Les inconnues de la Couverture Maladie Universelle », Medcost, 26 avril 2000 - http://www.medcost.fr/html/economie_sante_eco/eco_260400b.htm
[15] Dans son livre, Ces mots qui nous gouvernent, la sémiologue Mariette Darrigrand rappelle que le mot « réforme » désigne à l’origine « un mouvement de retour à la forme antérieure de quelque chose » (cité in Télérama n° 3044, 14 mai 2008, p. 16). Une définition qui s’applique parfaitement à l’évolution actuelle de l’assurance maladie, qui semble bien amorcer un retour vers la forme antérieure à l’instauration de la Sécurité sociale.
[16] Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008, pp. 67-68.
[17] Sur ce point, vous pouvez vous reporter au blog d’Olivier Bonnet : « Les pauvres n'ont qu'à avoir de bons yeux », 14 avril 2008 - http://olivierbonnet.canalblog.com/archives/2008/04/14/8813956.html
[18] André Grimaldi (chef du service de diabétologie de l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière), Thomas Papo (chef du service de médecine interne, coordinateur du pôle médecine de l’hôpital Bichat) et Jean-Paul Vernant (chef de service d’hématologie, coordinateur du pôle d’oncohématologie de la Pitié-Salpêtrière), « Traitement de choc pour tuer l’hôpital public », Le Monde diplomatique, n° 647, février 2008, p. 5.
[19] Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008, pp. 57-58.
[20] Idem, pp. 25 et 26-27.
[21] Pratiques est une "revue de témoignage, de réflexion et d’élaboration d’alternatives", dans laquelle des médecins, des infirmières et des psychiatres explorent "les articulations et les paradoxes qui relient les notions de soin, de santé, de social et de politique" - http://www.pratiques.fr/-Les-Editions-des-cahiers-de-la-.html
[22] Pierre Volovitch, « Le mensonge de la « complémentaire pour tous » », Pratiques, n° 36, 1er trimestre 2007 - http://www.pratiques.fr/Lire-Pratiques-Le-mensonge-de-la.html
[23] Emmanuelle Heidsieck, Il risque de pleuvoir, Seuil, 2008, pp. 99-100.
[24] Idem, p. 98.
[25] Idem, pp. 21-22.
[26] Idem, p. 57.
[27] Ibidem.
[28] Idem, p. 109.
[29] Idem, p. 22.
[30] Idem, pp. 49-50.
[31] Griffo & Van Hamme, SOS Bonheur, Volume 1, Dupuis, Aire Libre, 1988, avant-propos.
[32] Idem, p. 22.
[33] François Cusset, « Votre capital santé m’intéresse… », Le Monde Diplomatique, n° 646, Janvier 2008, p. 28.
[34] Ibidem.
[35] Lise Barcellini « Franchises médicales: la résistance s'organise », Rue 89, 27 janvier 2008 - http://www.rue89.com/2008/01/27/franchises-medicales-la-resistance-sorganise
[36] « Vous aussi, signez l'arrêt de travail de Sarkozy ! », Contre Journal, 7 mai 2008 - http://contrejournal.blogs.liberation.fr/mon_weblog/2008/05/un-arrt-de-trav.html
[37] François Cusset, « Votre capital santé m’intéresse… », Le Monde Diplomatique, n° 646, Janvier 2008, p. 28.
23 mai 2008
Le dictionnaire illustré de la SFFF
Nom donné au syndrome des patients souffrant d’amnésie passagère et ayant oublié jusqu’à leur propre nom, trouble le plus souvent lié à une pathologie amoureuse ou aux séquelles de coups ayant fait sauter le module identitaire placé en zone B6 du cerveau gauche.
Pathologie et soins décrits dans la partie II,2 de l’œuvre du docteur Chuck Spear « What’s in a name ? ».
(par Rose_Alu)
rose
n. fém.
Fleur multicolore, d’odeur puissante et suave, poussant sur de longues tiges épineuses. Des documents nombreux et variés font état de la prolifération de cette fleur sur l’Ancienne Terre, très utilisée en parfumerie, en littérature, en poésie, en peinture, etc.
Adj.
Par extension, s’applique en tant que qualificatif aux tissus chatoyants, aux couleurs douces et changeantes.
Ex : « Quand elle dansait dans sa longue robe bleue, taillée dans un vaporeux tissu rose, elle semblait virevolter sur la mer. »
(par ekwerkwe)
Aliment à base de blé, fabriqué exclusivement sur la planète Terre. (par ekwerkwe)
Les convoitises suscitées par ce mets recherché ont donné lieu à plusieurs conflits majeurs, militaires et économiques, tout au long du XXIème siècle, jusqu’à ce que la grande unification du XXIIème siècle, qui a permis son exportation dans l’ensemble des planètes habitées, et surtout sa synthétisation par les laboratoires Progusto, ne l’aient banalisé.
Nom propre. Litt.
Ancienne dénomination d’une collection de romans. Lorsque les informations étaient recueillies non pas sous forme numérique mais sur du papier, ce terme désignait des romans pour la jeunesse. Voir également, le Steak Rose, le G-Lu, et le Rit Noir.
(par InFolio)
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Vous aussi vous avez envie de participer à l'élaboration du dictionnaire
de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique?
Jouez donc avec nous!
21 mai 2008
Taupe et monte-en-l'air - 2
Une Taupe qui vole !
Jean-Lin Fatty
A LA RENCONTRE DE L’ANIMAL…
Au tout début du mois d’avril 2007, je me trouvais au ponant de l’étang de Bairon (Commune de Le Chesne, Département des Ardennes, Région Champagne-Ardenne, France, Union européenne, Terre, Système solaire), en un lieu dont je n’ai pas encore pu déterminer les coordonnées. Celui-ci est repéré sur le terrain par une pierre blanche.
La température de l’eau de surface de cette étendue liquide peu profonde et presque stagnante fut estimée à 10°C (283,15 K).
La détermination de la température de l’air, relevée à 1,03 mètre à la verticale du dioptre [1] air eau donna une valeur approchée de l’ordre de 11,512°C.
La turbulence des gaz atmosphériques était très faible. A signaler : une légère convection thermique verticale ascendante, habituelle pour la saison et l’heure.
Equipé d’une paire de jumelles à prisme de Porro, le plan d’eau restait désespérément vide depuis plus d’une heure…
Caractéristiques des instruments d’observation :
Ø Optique traitée multicouches antireflet,
Ø Grossissement : sept fois,
Ø Diamètres des objectifs : cinquante millimètres,
Ø Coefficient de luminosité : cinquante et un,
Ø Pupille de sortie : 7,1 millimètres,
Ø Champ à un kilomètre : 124 mètres,
Ø Corps caoutchouté,
QUI NAGE…
Note au lecteur : afin de faciliter la compréhension des événements décrits ci-après, le présent narratif sera maintenant employé.
Soudain, vers 12 heures 45 minutes 21 secondes et 1/10 ème (T.U.C.[2]), à une distance évaluée à 52,26 mètres, j’identifie un objet nageant (objet nageant identifié : O.N.I.). Une Taupe femelle (Talpa europaea L.), âgée de deux ans, se propulse au milieu du milieu aqueux, la tête en avant, la queue en arrière, par rapport à son vecteur directionnel. La somme des forces extérieures appliquées au mobile étant nulle, le module de son vecteur accélération est nul et la norme de la vitesse est constante.
De nombreux auteurs ayant décrit en détail la nage de la Taupe, je renvoie le lecteur à la bibliographie de 321 pages qui complète cet article. Je ne peux que confirmer les observations des naturalistes cités.
Un Grèbe huppé (Podiceps cristatus), de passage au-dessus de l’étendue dulçaquatique stagnante continentale, n’amorce même pas un décrochement pour s’approcher de la nageuse qui parcourt sans difficulté apparente 18,335 mètres dans ma direction.
Remarque : points de référence pour les mesures des distances citées :
Ø Pour la Taupe, les visées ont été effectuées avec pour point de repère le centre géométrique du point aveugle de son œil droit. Ce choix s’est avéré malencontreux lorsque la Taupe a cessé de nous regarder.
Ø Pour l’observateur, le point de référence choisi fut le barycentre du triangle formé par l’épiphyse, le chiasma optique et le trou de Magendie de son propre névraxe. La détermination précise de ce point demande que la tête de l’observateur soit calée dans un dispositif W.Z. K de dernière génération [3].
Toutes les mesures entre ces points ont été réalisées à l’aide d’une chaîne d’arpenteur en platine iridié, thermostatée à l’hélium liquide, maillons de 20 centimètres.
QUI S’ELEVE DANS L’AIR…
A 12 heures 49 minutes et 58 secondes (T.U.C.), une gerbe d’eau de trente centimètres de hauteur se forme autour de la Taupe. L’écran liquide me cache l’animal pendant une à deux secondes. Dans le moment même où l’écran liquide retombe sur le plan d’eau, je vois très distinctement le petit Mammifère insectivore s’élever dans l’atmosphère.
Paramètres du vol :
Ø Angle de montée : sensiblement 20° d’arc par rapport à l’horizontale.
Ø Vitesse linéaire : 30 kilomètres par heure (
Ø Par rapport à cette nouvelle trajectoire, la position relative du plan antéro-postérieur du mangeur d’Insectes n’a pas été modifiée, si bien que dorénavant le corps de la bestiole présente son flanc droit au vent apparent. Dans la suite de la publication, cette position sera dénommée « vol latéral ».
Dans la nage, l’animal s’est toujours tenu en position de lordose (cf. schéma ci-dessous), l’appendice céphalique et l’extrémité caudale apparaissant surélevés par rapport à la zone médiane connective.
Dans le vol, l’animal adopte la position de cyphose (cf. schéma ci-dessous), les positions relatives des différents segments corporels étant inversées. Les pattes apparaissent pendantes.
A ce stade de la description des observations réalisées, arrêtons-nous un instant afin d’explorer quelques hypothèses :
1. Comment expliquer l’élévation de l’animal au-dessus de l’élément aqueux ?
Hypothèse : Dans l’eau l’animal est en position 1
Dans l’air, l’animal est en position 2
Pour passer de 1 à 2, il suffit de provoquer une contraction coordonnée et simultanée des muscles abdominaux longitudinaux.
Si cette contraction est très rapide, les palettes des pattes peuvent prendre violemment appui sur l’eau et l’animal s’élève dans l’air (principe action-réaction).
Discussion : Les faits constatés vérifient cette explication.
Le professeur Myopis du laboratoire d’anatomie comparée des micromammifères de Blout m’affirme que la musculature abdominale de la Taupe possède les capacités de puissance et de vitesse qui permettent d’atteindre un tel effet.
Conclusion : Donc la brusque contraction simultanée et coordonnée des muscles abdominaux longitudinaux peut suffire à provoquer l’élévation de l’animal.
2. Comment expliquer que l’animal s’élève dans l’air selon une trajectoire perpendiculaire à sa trajectoire primitive ?
Hypothèse numéro 1 :
La Taupe est passive et subit un vent latéral qui la déporte en aval du lit du vent.
Discussion de l’hypothèse numéro 1 : Les mouvements atmosphériques mesurés et constatés sont trop faibles pour provoquer une dérive d’une telle ampleur. De plus, les transferts gazeux apparents observés sont verticaux.
Conclusion : L’hypothèse 1 est à rejeter.
Hypothèse numéro 2 :




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