Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

31 octobre 2007

Les auteurs d'octobre

Auteurs___photo___CocjeCOCJE
Aurait pu naitre en Italie. Née une première fois en France puis d'autres fois après.
A d'abord testé la musique, pour continuer dans la photo en passant par le cinéma. Quelques expérimentations culinaires viennent s'ajouter depuis peu.
La tête toujours remplie de questions et de rêves, espère parcourir le monde avec sa moitié.
BLOG: le cahier virtuel

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Auteurs___photo___InFolioINFOLIO
Social à tendance asociale, l’InFolio d’Alsacie est, coté face, un mammifère bipède nomade et coté verso, un feuillu.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio.
En phase bipède, l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule.
En phase feuillue, l’InFolio mène, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG: InFolio dans tous ses formats

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Auteurs___photo___JosefaJOSEFA
J’aime me lever tôt, traîner dans un peignoir rouge et vert, Pastroudis en décembre, me faire avoir par les trompe-l’œil, manger des fish&chips à la sortie du cinéma. Je relis régulièrement les mêmes livres. J’ai pleuré à mon premier concert. J’ai longtemps rêvé d’habiter au bord de la mer.
Quand il faut faire quelque chose, je barbouille, je gribouille, je griffonne, je rature, et je m’arrête en principe avant d’arriver au point ou au trait final.

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Auteurs___photo___lark_oLARKEO
Née dans une petite bourgade nichée dans un écrin de CO², j’ai poursuivi diverses études et carrières qui m’ont menée à choisir un mode de vie basé sur la sieste, le Saint-Emilion, l'art du calembour, les pantalons en jean et la navigation dans les quarantièmes hurlants (du Web).
Je n'ai jamais enseigné nulle part ni publié quoi que ce soit. Je suis actuellement directrice de la cafetière et du four à micro-ondes, activités qui me laissent cependant le temps de consacrer quelques instants à ma famille et à ce pour quoi je reçois un salaire, c'est-à-dire l'archéologie.
Ah, j’oubliais, je suis aussi grand-mère, et entre deux chantiers de fouilles, je m’adonne aux délices du bookcrossing.
La photo date de l'année dernière, j'ai changé de lunettes depuis !
BLOG: Le petit blog est dans le pré

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Auteurs___photo___LumaLUMA
Naissance en 1986 quelque part dans les montagnes. A beaucoup lu et écrit, fait des études et vu du pays.
Auteurs préférés : Terry Pratchett, Stephen King, Daniel Pennac, Robin Hobb, Ptitluc, Ayroles, Binet, Franquin, Urasawa, Clamp… etc.
Record à Tetris : 200 lignes.
BLOG: Ecriveuse en herbe

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Auteurs___photo___MalaurieMALAURIE
Genre terrien, avec yeux et bouches sur le visage, dix doigts formatés au pianotage sur clavier, cervelet en panade, bédéfilôvent, buveur de génépi modéré et cueilleur d'argousier les matins d'hiver par moins dix degrés celsius. Le poil doux et clairsemé ce mâle ô rit vous donnera entière satisfaction si vous ne l'agressez pas.
BLOG: Le génépi et l'argousier

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Auteurs___photo___Max_MaatmosisMAX MAATMOSIS
Max Maatmosis was born in continental Europe during the wild Seventies.
He grew up in a mad town.
Currently he is living in NewLabourLand (near London).
And, as everybody else, he likes to ask big questions... and even more so, to come up with hypothetical answers.

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Auteurs___photo___stellaSTELLA SABBAT
Elle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.

* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.

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Auteurs___photo___VaninaVANINA
Je suis née le 23 juin 1964 à Paris, dans un milieu artistique. C’est pourquoi je pratique encore deci delà la sculpture sur ballons.
« Petite dernière » d’une famille de 6 enfants. J’ai été prénommée Vanina grâce à une superbe danseuse mi-corse mi-berbère que mon père allait « croquer » (dessiner) dans l’atelier du chorégraphe Malkovsky.
A 15 ans, je me suis retrouvée paraplégique suite à un accident de sport. La cavalière que j’étais a renoncé à l’équitation, pour, 20 ans plus tard, devenir meneuse (atteler des chevaux).
J’ai un D. E. A. d’arts plastiques et travaille comme directrice artistique en P. A. O.
« On » me dit collectionneuse de collections...
J’ai un fils né en 1987 dont le père est décédé en 1995. 
J’ai retrouvé en 2005 mon premier Amour ; il est l’homme de ma vie !
Deux aphorismes qui accompagnent ma vie :
« Il ne faut jamais oublier ses rêves… »
« Ma liberté s’arrête là où celle des autres commence. »
Sourire
BLOG: Art'moureusement vôtre

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Ce premier numéro a été réalisé par
Cocje (Touche-A-Tout),
Ekwerkwe (Rêve-Debout),
InFolio (Grande-Négociatrice)
et StellaSabbat (Courageuse-Lectrice).

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Le courrier d'octobre des lecteurs

En octobre, nous avons lu des textes qui parlaient d'amnésie et de retour en arrière, nous avons vécu des aventures orientales sur un tapis volant (ici, , ailleurs et autre part), nous avons grimpé, sué, tremblé et paniqué avec les cambrioleurs de l'Administration, nous avons mangé des carottes supliciées, des carottes épluchées, nous nous sommes penchés de l'autre côté de minuit, nous avons commencé à apprendre quelques mots de SFFF (funubulateur, humain, shorty...), bref, nous n'avons pas perdu notre temps.

Maintenant c'est à vous. Cet espace, c'est le vôtre. Celui où vous pouvez laisser toutes vos remarques, vos critiques, vos idées, vos envies... Tous les commentaires que Fanes d'octobre vous a inspirés. Bref, un courrier des lecteurs!

_dito

Et pour ceux qui préfèrent la version papier, le fanzine d'octobre à télécharger!

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30 octobre 2007

Le dictionnaire illustré de la SFFF

PlatographiePlatographie

Nom féminin. Art "has been" de proposer un message sur une surface deux dimensions. Regroupe l'ensemble des techniques anciennes sur supports physiques (écriture, photographie, peinture, dessin, cinématographie...

(par Cocje)



Shorty

Nom commun, masculin.
Accessoire glamour, plus indispensable qu’il n’y paraît dans un vrai space op’ qui tient à en mettre plein la vue, le shorty est, on s’en doute, minimal, de préférence assorti aux yeux de celle qui le porte, en satin shortyLiberty, voire en kevlar (pour ceux qui tiennent à sacrifier à la modernité).
N’en déduisez tout de même pas trop vite que le shorty est un accessoire de protection. Non, l’intérêt principal du shorty est de signaler la Copine du héros : c’est beaucoup plus subtil et surtout beaucoup plus sexy qu’un panneau « La Copine du héros, c’est moi ».
Attention, le shorty est aussi parfois utilisé par la Méchante, quand elle est vile, manipulatrice et séduisante. Elle en profite en général pour accéder au statut de Copine du Héros pour quelques scènes, mais heureusement, le shorty ne fait pas tout, et le Héros finit par être détrompé. En général par la couleur, le noir étant celle des Méchants.

(par Josefa)

faneFane

1- Nom commun fem. Partie visible hors de terre, composée de la tige et des feuilles de plantes dont on consomme les racines. Fane de carotte. Elles peuvent être employées pour chatouiller le nez ou sous les pieds de son voisin. Assemblées en un bouquet, elles peuvent composer un joli bustier, mais ceci nécessite une position allongée dans une baignoire.
2- Nom propre. Parfois utilisé comme surnom de personnes se prénommant Fanny.

(par InFolio)

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Vous aussi vous avez envie de participer à l'élaboration du dictionnaire
de la science-fiction, de la fantasy et du fantastique?

Jouez donc avec nous!

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28 octobre 2007

Le feuilleton du dimanche

Enfer administratif

.
par
Luma

.
Quatrième épisode

.
"Les bureaucrates"

.
***

Résumé de l'épisode précédent

Après avoir fait sauter le "mollard mutant", les cambrioleurs atteignent enfin le dernier étage. Mais leur soulagement est de courte durée : l'endroit ne semble pas aussi vide qu'il le devrait...

.
  Nous avançons sans trouver de réponse pendant un long moment. Le tunnel se divise rapidement et hélas rétrécit, les embranchements reliés par des puits étroits se succèdent. Nous suivons les indications de nos cartes électroniques et les commentaires de Est qui sait non seulement exactement où nous sommes, mais aussi à quoi sert chaque partie que nous traversons. Nous sommes entrés dans la zone de l’ordinateur géant, dans son domaine. Qui n’est pas que le sien, visiblement. D’autres graffitis ornent les murs et quelques objets mutilés gisent sur le sol. J’ai l’impression d’entendre le silence menaçant d’ennemis ne faisant pas de bruit. Tout ça m’angoisse et me met en colère : l’Administration n’aurait dû être qu’une gigantesque boîte, une machine, un simple outil au service de la population, pas un temple maudit ! Il y a beaucoup trop de choses que je n’avais pas prévues et j’enrage de ne pas savoir y faire face.

Nous n’aurions même pas dû passer par là. La carte est claire : tout droit. Pas moyen de faire plus simple.

Mais Est veut sauver le monde. Donc passer par la zone où se sont produites les principales erreurs du Système. Des rumeurs de bas étage à mes yeux mais des vérités valant la peine de tout risquer selon elle : bébés morts de faims parce qu’on les mettait au régime dès la naissance, population taxée sur la radioactivité qu’elle reçoit, appartements réglementaires sans toit, etc.

Et comme notre adorable petite Est a remarqué que son avis était peu fréquemment pris en compte dans le groupe, elle ne nous a pas demandé un détour, elle s’est simplement mise à courir là où elle voulait aller, nous obligeant à la suivre ou à la perdre. Et la perdre avant qu’elle ait accompli son piratage, c’est perdre tout le bénéfice de l’opération. Exclu.

Nous ouvrons le panneau avec la discrétion d’une troupe de rhinocéros, sans même nous demander qui a installé dans les tunnels une plaque de métal servant visiblement de porte. En fait nous avons la réponse avant de poser la question. Nous trouvons les fameux "qui".

Dans un même réflexe, Silver, Charbon et moi sortons nos armes pour tenir en respect ces créatures. Ils tiennent déjà Est qui s’est jetée de toutes ses forces droit dans la gueule du loup. J’ai un revolver et Charbon une véritable artillerie dont il sait se servir. Quand à Silver, impossible de dire sur quoi ses longs doigts se sont refermés, mais puisque ça sort de ses poches ça doit pouvoir faire pas mal de dégâts. Les autres nous regardent, menaçants. Ils s’approchent lentement, avec une prudence indiquant qu’ils savent qu’on ne leur échappera pas mais qu’ils préfèrent ne pas se prendre un mauvais coup pendant qu’ils lanceront l’assaut. Nous sommes au cœur de leur territoire, dans leur campement. Ils n’ont plus grand-chose d’humain. Plus ou peu de vêtements. Un corps retourné à l’état sauvage. Des armes constituées de morceaux de câble et de pièces de métal tranchant. Ils grognent un peu. J’ignore si ce sont des restes de langage. Ils ont l'air de s'être perdus ici depuis des années, peut-être même des générations.

Ils portent tous une trace noire autour du cou. Une sorte de tatouage…

« Oh mon dieu, murmure Silver, ils se sont gravé une cravate sur la peau ! »

Des anciens employés de l’Administration, oubliés là lors des réaménagements du bâtiment. Autrefois on les appelait les bureaucrates. Il y a combien de temps, trente, cinquante ans ? Assez pour que ces créatures aient perdu toute humanité. Et hélas tout souvenir du comportement décent à avoir devant un groupe fortement armé. Nous allons devoir en tuer quelques uns pour faire fuir les autres. Est est bâillonnée par une harpie puante et roule des yeux furieux. Il faut qu’on la récupère. Ils sont sans doute cannibales, en plus. Ils ont bien l’air de cannibales. Même s’il leur manque pas mal de dents. Et qu’est-ce qu’ils peuvent trouver à boire ici ?

Charbon interrompt mes interrogations et le calvaire d’Est en tirant une balle en plein milieu du front de sa geôlière. La créature s’écroule en gargouillant. Les autres se figent une fraction de seconde et je ne peux m’empêcher d’imaginer cette foule se jetant sur nous et nous dépeçant vivants de sa multitude de longs doigts noirâtres…

Silver allume quelque chose. Ce n’est pas une torche, c’est un bâtonnet au sommet duquel est fiché un minuscule feu d’artifice passant en grésillant par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Je ne sais pas pourquoi elle l’a emmené avec elle, mais ça marche : les bureaucrates reculent. Personne ne fait attention à la femme morte dont les mains sont toujours agrippées aux épaules d’Est, qui se dégage nerveusement. Je lui demande de venir avec nous. Au contraire, elle explore l’endroit, de plus en plus furieuse, bousculant les bureaucrates pétrifiés par le feu de Silver. Et elle hurle. Elle hurle en voyant le programme entier de distribution d’aspirine brisé et transformé en outils de fortune. Elle hurle en voyant des niches creusées dans la gestion des protections contre la radioactivité. Elle hurle en trouvant les circuits du service des naissances maladroitement sculpté. Mais au moins elle se tait en débarquant en trombe dans une autre salle creusée à même les circuits électroniques et qui sert visiblement de salle de sacrifice. Il reste quelques morceaux de chair humaine cérémonieusement préparés sur une table composée de blocs-mémoires. Cannibales. Je ne m'étais pas trompé. Est se tait et plaque une main sur sa bouche, prête à vomir. Je lui passe un bras paternel autour des épaules tandis que Silver tient en respect les sauvages et que Charbon inspecte l’autel.

« Je regrette que ça ne soit pas réparable, dis-je à Est, mais maintenant il faut continuer, d’accord ? On ne peut rien faire.

_ Hein ? Oh, si, c’est réparable, me répond-t-elle distraitement sans parvenir à détacher ses yeux de la table des sacrifices. L’Administration a toujours de l’espace en trop pour d’éventuelles données imprévues, il suffit d’y remettre les programmes détruits. Ce n’est pas ça le… le problème. Ce qui ne va pas (sa voix devient brusquement sèche et froide) c’est qu’ils vont recommencer. Ces sales enfoirés vont continuer jusqu’à ce qu’ils aient grignoté tout le système de l’intérieur. Il faut les arrêter. Il faut… »

J’ai peur qu’elle me demande de tous les tuer, ce que je devrais refuser pour des raisons pratiques : je ne veux pas mourir. Mais j’oubliais qu’elle-même a un cœur tendre. Elle prend une longue respiration et termine :
   «
Il faut les libérer. Tous. »

Faire sortir d’ici une cinquantaine de personnes agressives avec qui nous sommes incapables de communiquer : même si j’avais envie de me donner cette peine, je ne vois pas comment je ferais. Je promets donc à Est :

« Au retour. On ne va pas les traîner avec nous. On verra au retour.

_ Merci. »

Sa gratitude naïve me gêne. Sa docilité nouvelle aussi : sans protester elle abandonne le campement des bureaucrates et nous guide pour retrouver notre chemin. Deux hommes de la tribu tentent de nous attaquer, Silver en brûle sévèrement un (avec de l’acide je crois), Charbon tue l’autre d’une balle dans la tête. Les autres nous laissent tranquilles mais nous suivent pas à pas, le visage inexpressif, menaçants par leur seule présence. Leurs barbouillages noirs ondulent sur leurs poitrines creuses au rythme de leur respiration. Des cravates. Dernier vestige d’un temps où ils étaient humains. S’ils nous attaquent je compte bien en envoyer un sacré paquet dans l'autre monde avec moi.

  Ils nous abandonnent aussi brusquement qu’ils sont apparus, à un endroit du tunnel où leurs graffitis s’arrêtent net. Ils restent confinés dans leur frontière, nous fixant les bras ballants, sans haine et sans peur. De vrais zombis – sauf quand ils attaquent, à la vitesse de la foudre. Je ne suis pas fâché de mettre de la distance entre eux et nous – et je me fiche de leur barrière invisible, à chaque fois que nous devrons nous reposer je vais mettre quelqu’un de garde des fois qu’un petit malin nous ait suivis pour nous faire la peau. Ils font beaucoup trop froid dans le dos pour que je les néglige.

Nous nous reposons dans un recoin de tunnel, un endroit facile à surveiller. D’après nos montres, à l’extérieur ce n’est même pas la nuit. Mais nous sommes tous épuisés. Deux heures devraient suffire. Je mets Silver de garde ou plutôt je cède lorsqu’elle se porte volontaire. Elle jubile en sortant d’autres petits bâtons de ses poches, que j’espère plus efficaces que le feu d’artifice qu’elle a utilisé pour intimider les bureaucrates. Elle joue aussi avec une demi-douzaine de minuscules billes d’un gris mat. Je préfère ne pas poser de questions.

Je réalise que je me suis endormi quand je me réveille en sursaut. Je mets quelques secondes à réaliser où je suis. J’entends le grondement, le même raclement d’une gigantesque respiration mécanique, plus fort que jamais. Le temps que je me remette sur mes jambes, Est et Charbon ont déjà leur sac sur le dos. Je ne vois pas Silver.

Je me prépare le plus vite que je peux, j’ai vraiment hâte de déguerpir, ce bruit atroce me tord l’estomac. J’appelle notre artiste des bombes. Aucune réponse. Le tunnel devient rapidement noir devant nous. Aucune trace, pas même une bille abandonnée sur le sol. Silver a disparu.

.
à suivre...

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27 octobre 2007

De l'autre côté de minuit ?

 

« De l’autre côté de minuit ? » est le lieu - ou le moment - où le réel et la fiction se croisent et s’entrechoquent. En particulier là où la fiction - la SFF bien sûr, mais aussi les romans noirs, voire la littérature « blanche », des films… - nous permet de prendre de la distance par rapport au réel et de mieux le comprendre.

« (…) vous avez un miroir, tout ce qu’il y a de plus normal a priori. En fait, c’est un écran vertical et derrière est répartie toute une série de mini-caméras. Lorsque vous vous regardez dans la glace, les caméras se déclenchent et enregistrent votre visage sous tous les angles. Elles envoient les images à l’ordinateur qui les traite avec différents filtres, les retouche – souvent en gommant les rides, en accentuant la couleur des yeux ou le dessin des lèvres… L’image retouchée est ensuite affichée sur le mirécran. Le tout se fait en temps réel, de sorte que vous avez vraiment l’impression de voir votre reflet dans une glace alors que… alors qu’il s’agit d’une image vidéo remaniée. Les gens achètent ça, vous savez ! Vous avez un nez tordu, ou des boutons, trop de rides : pas de problème avec le mirécran. « Mirécran, le miroir qui vous ment » (…) Vous rigolez mais c’est le slogan ! Je n’invente rien ! Il fallait oser, non ? Et ça a marché, très bien même, les gens adorent ça : ils se voient exactement comme ils veulent se voir. »[1] 

Et bien, HP a osé avec le HP Photosmart R847 et le HP Photosmart R937, qualifiés sur le site d’HP d’ « appareils très audacieux » et de « rois de la créativité » : « Avec la nouvelle fonction ‘effet lifting’ (…), HP offre une nouvelle jeunesse sur les photos : les rides et les imperfections disparaissent en un clic pour laisser place à une peau lisse et unifiée. » 

Dans La Zone du dehors du brillant Alain Damasio, le mirécran est une métaphore du premier principe sur lequel repose le contrôle social instauré par le Clastre : « 1. Extraire, à partir de l’individu, un double corrigé de lui-même : le dividu »[2]. Sur Cerclon, le Clastre est le garant d’une démocratie poussée au bout de sa logique et finalement très proche de la nôtre : un système qui se maintient et se perpétue par la dilution du contrôle social par tous et sur tous, par une auto-censure et par une desubjectivation et une normalisation des esprits et des corps, dont la vitalité s’est engourdie dans une quête effrénée de sécurité, de confort et dans la simplification du réel.

Dans le monde d’HP, comme sur Cerclon, la créativité et l’audace se nichent dans un curieux endroit : la négation de la réalité et de tout ce qui constitue l’homme (et la femme !) comme être vivant, animé et mouvant, perpétuellement en devenir, donc changeant.

Bien sûr ce que propose HP, comme le mirécran, n’est qu’une illusion. Et d’ailleurs une illusion plus difficile à maintenir puisque HP ne promet la jeunesse éternelle que « sur les photos ». En définitive ce qu’offrira HP à celles et ceux qui seront tentés par ce mirécran, c’est de gommer toutes leurs aspérités et de les rendre, virtuellement, lisses et uniformes.

Pour celles et ceux qui n’ont pas encore eu l’immense bonheur de lire La Zone du dehors du brillantissime et novateur Alain Damasio, deux liens qui vous donneront peut-être envie de le faire :

   - une interview de Damasio dans le Cafard Cosmique :
      http://www.cafardcosmique.com/Alain-DAMASIO-Je-fabrique-des

   - la « fiche » de La Zone du dehors sur le site de La Volte :
      http://www.lavolte.net/lazonedudehors/index_livre.php


[1] Alain Damasio, La Zone du dehors, 1999, La Volte, 2007, pp. 146-147.

[2] Idem, p. 146.


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25 octobre 2007

Nuits d'Orient et tapis volant IV - Vanina

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Le petit jeu arabe

De texte en dessin, ils se sont passé l’histoire… Et comme toujours quand on joue au téléphone arabe, ce qu’on raconte se transforme subtilement.

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24 octobre 2007

Nuits d'Orient et tapis volant III - Cocje

       Le Prince Sahib habitait au dernier étage d'un superbe Palais en Orient. Il vivait heureux et amoureux de sa femme, toujours cachée sous son long voile. A l'occasion de son anniversaire de mariage, il souhaita offrir un cadeau spécial à sa bien-aimée. Un artisan tisserand répondit à son annonce et vint au palais lui proposer un tapis volant tissé avec du fil de perlimpette magique, un fil doré. Il avait lui-même testé l'efficacité d'un pareil tapis lors de sa fuite de la prison d'El-Hazaïa, car le tapis rendait invisible ses passagers aux yeux du monde, prétendait-il. Le prince commanda un tapis volant au tisserand qui travailla pendant 7 jours et 4 nuits sans trêve.

       Le modèle commandé était coloré par de petits losanges sur fond doré, avec de belles franges. A l'aube du 8ème jour le tapis était fini. Le tisserand ne put retenir son désir de voler au moins une fois sur ce tapis qui lui était si familier. Pendant ce temps, un dragon venu de nulle part enleva la bien-aimée du prince. Dans ses serres, toujours cachée sous son habit sombre, elle s'éleva dans le ciel. Fou de tristesse, le Prince ordonna au tisserand de poursuivre le dragon et de ramener sa femme saine et sauve.

       Ainsi le tisserand, contre toute attente, vola une seconde fois sur son tapis... 

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Le petit jeu arabe

De texte en dessin, ils se sont passé l’histoire… Et comme toujours quand on joue au téléphone arabe, ce qu’on raconte se transforme subtilement.

à suivre...

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23 octobre 2007

Nuits d'Orient et tapis volant II - InFolio

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PJA1___InFolio___3b

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Le petit jeu arabe

De texte en dessin, ils se sont passé l’histoire… Et comme toujours quand on joue au téléphone arabe, ce qu’on raconte se transforme subtilement.

à suivre...

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22 octobre 2007

Nuits d'Orient et tapis volant I - Malaurie

     Il était une nuit en Orient, dans la très belle ville de Bâm, un vieil homme nommé Barnabé Nabokov. Il était immensément riche et vivait dans un palais fastueux. Sa principale occupation consistait à fabriquer des tapis, chose commune en cette Perse fébrile et tourmentée. Mais il pouvait leur donner la faculté de voler. Cela résultait d’une savante alchimie qui se transmettait de génération en génération. Barnabé possédait ce don qui faisait de lui un homme réputé et respecté.

     Barnabé était aussi amoureux de la fille de son voisin, une certaine Lolita. Cette jeune fille était splendide, une vraie merveille de la nature. Ses formes accortes possédaient une harmonie proche de la perfection. La musique de son corps émerveillait tous ceux qui avaient eu la chance de la croiser un jour. Son père, jaloux de ce succès, souhaitait la protéger du regard de ses voisins. Il lui interdisait de sortir le jour et lui ordonnait de se vêtir d’une burqa, où seule une simple fenêtre en croisillon lui permettait de voir ou elle mettait ses petits pieds.

     Barnabé alla voir le père de Lolita. Il lui proposa de confectionner pour sa fille le plus beau des tapis volants. Ainsi Lolita pourrait survoler la ville sans crainte d’être vue, de nuit comme de jour. Barnabé avait le secret espoir d’obtenir les faveurs du père et pensait lui demander la main de sa fille. Il se mit à l’ouvrage et conçu ce tapis admirable en une seule nuit. Au petit matin, Barnabé fit quelques essais et survola les montagnes surplombant Bâm. Ces essais s’avérèrent concluants. De retour en ville, il prit le chemin de la maison de sa bien-aimée. À son arrivée, il découvrit un père anéanti. Sa fille avait été enlevée.

     Ajdar, le dragon mythique et légendaire était sorti de sa torpeur. Son culte trop longtemps oublié, Ajdar avait souhaité rappeler aux hommes leur devoir. Pour accomplir sa vengeance il avait enlevé la belle Lolita. Armé de son tapis merveilleux, Barnabé parti à sa recherche. Il commença sa quête dans les jardins sublimes de Bâm.

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Le petit jeu arabe

De texte en dessin, ils se sont passé l’histoire… Et comme toujours quand on joue au téléphone arabe, ce qu’on raconte se transforme subtilement.

à suivre...

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21 octobre 2007

Le feuilleton du dimanche

Enfer administratif

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par Luma

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Troisième épisode

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"Au sommet"

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Résumé de l'épisode précédent
Martin et son équipe sont parvenus à s'introduire sans encombres au sein de la tour de l'Administration. Mais en pleine ascension, un obstacle inattendu et inidentifiable ne tarde pas à se dresser sur leur chemin…

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   Silver est heureuse. Elle chantonne – faux et à contretemps – tout en plantant de petits bâtonnets noirs dans la masse gélatineuse qui tient lieu de plafond. Charbon est à la fête également : il s’active pour accrocher au mur une feuille de plastique qu’il vitrifie ensuite, puis il aide Est à se réfugier dessous. Il en profite au passage pour la serrer de près et jouer les Rambo, depuis le début il n’attend que ça. Pour ma part, je refuse de laisser voir mon inquiétude et je joue les chefs capables de tout prévoir. C’est donc à moi que la jeune fille adresse son regard le plus haineux, tout en se retenant d’obliger Charbon à la lâcher à grands coups de coude. Au moins elle n’a plus aussi peur.

Pour nous rejoindre, Silver se jette sur la paroi opposée – qui ne se trouve plus aussi loin, mais quand même – et rebondit vers nous, comme si mourir écrasé n’arrivait qu’aux autres. Pas de compte à rebours. Pas d’explosion. Juste un sifflement aigu à nous faire pleurer et un bruit immonde évoquant des toilettes bouchées par une substance qu’il vaut mieux ne pas identifier. Puis une cataracte de matière gluante, mélange de blanchâtre et de verdâtre, dégringole sur notre pauvre abri. Silver décolle les crampons de ses mains et agite les bras en criant : « Il pleut ! ». Charbon, qui était si fier de son attirail de haute technologie, se plaque de son mieux contre le mur, les yeux fermés. Est, qu’il a enfin lâchée, en fait autant. J’ai dû hurler. Heureusement tout ce bazar a couvert ma voix : j’aurais eu l’air de quoi, franchement ?

C’est interminable et dégoûtant.

Heureusement le plastique tient bien. Quand c'est enfin fini, nous émergeons timidement. L’affreux bruit de succion a laissé place à un grondement menaçant. Rien de vivant, on dirait plutôt un évier géant qui se vide. La chose a laissé place à un trou noir béant d’où descend la plus épouvantable puanteur que j’aie jamais sentie. Des morceaux gélatineux restent collés sur les cotés et des filaments blancs – sans doute des restes de l’ovale – ont retenu des morceaux plus compacts. Et plus gluants. Le grondement vient lui aussi du sommet sans discontinuer. Je suis sûr que c’est la masse verdâtre qui l’étouffait et qu’il n’a rien à voir avec la créature que Silver vient de faire exploser. Ce n’est certainement pas un râle d’agonie, ni le cri de vengeance d’un deuxième mollard mutant. Je félicite Silver pour son beau travail et j’ordonne qu’on se remette en route. Et avant que j’aie pu rassurer Est sur l’origine du bruit, Charbon me double et lui explique que c’est sans doute de l’air dans les tuyaux. De l’air dans les tuyaux qui ferait un bruit de gargouillis pareil c’est ridicule et je le lui dirais bien si j’avais une meilleure explication. Mais comme c’est exactement le genre de truc bidon que j’allais lui servir, je me tais.

Silver dit qu’elle n’a plus de produit pour dissoudre les restes de la chose et nous avançons péniblement pendant environ six mètres qui nous paraissent durer des heures. Nous aurions déjà dû arriver au sommet. Une fois les murs gluants sous nos pieds, je demande à Charbon d’installer le filet : fixé aux parois, il est censé être assez solide pour nous permettre de nous reposer. Nous repartons deux heures plus tard. Est a l’air aussi épuisée que si elle venait de courir un marathon, le stress l’a davantage vidée que l’effort physique pourtant intense. Enfin nous arrivons au sommet du puits : rien qui indique l’origine du bruit ni de l’odeur, mais du vrai sol et un vrai tunnel dans lequel on peut marcher sans se cogner la tête. Le bonheur.

D'un geste délicat j’arrête Charbon qui allait prendre la tête du groupe comme s’il était le chef et je m’avance d’un pas conquérant. Plus que quelques heures de marche dans ce labyrinthe et nous toucherons au but.

Mon pas perd instantanément de son allure triomphante quand je freine de toute urgence au-dessus d’un précipice. Mes deux pieds sont en équilibre sur l’arrête de métal dangereusement lisse et je mouline des bras comme un fou. Non, pas question de mourir maintenant et surtout pas aussi bêtement !

Enfin je sens un bras me retenir et me ramener vers les vivants. En me tenant par le col comme un gosse, histoire de bien me faire sentir qu’il est plus grand que moi. Cette fois c’est décidé : si jamais je trouve un moyen de le perdre en cours de route, Charbon va y avoir droit.

Est éclaire le gouffre : le tunnel continue juste après un puit jumeau de celui que nous avons emprunté, un carré de deux mètres de coté cette fois. Charbon se vante :

« Je pourrais sauter ça d’un seul bon !

_ Pas sans vous exploser la tête au plafond, signale Est qui se bouche le nez. Je crois que l’odeur vient de ce trou.

_ On plante une corde et on traverse, dis-je de ma voix la plus autoritaire. On n’a pas de temps à perdre. »

Nous traversons très précautionneusement – surtout Est qui refuse toute aide mais prie les yeux fermés la majeure partie du trajet. C’est Silver qui remarque la première les graffitis. Des dessins, des mots, des symboles étranges, ça me rappelle les portes des toilettes publiques à l’époque où les caméras ne permettaient pas de punir ce genre de dégradation. Charbon, lui, penche pour un rite religieux. En tous cas ça n’a rien à faire là – pas plus que l’oppressant grondement qui stoppe tout à coup, nous coupant le souffle. Instinctivement nous nous regroupons. A part Silver qui ne trouve rien de plus intelligent à faire que de lancer sa lampe en avant en criant « Hého ! Coucou ! Y a quelqu’un ? » Nous nous figeons en attendant que s’éteignent les échos de sa voix et les rebondissements de la lampe qui au passage éclaire un certain nombre d’objets. Aucun doute, il y a des êtres humains qui sont passés par là récemment. Quoique j’imagine mal un être humain s’amusant à tordre les objets les plus communs dans un but obscur, avant de les laisser là où personne n’est censé s’aventurer. Est s’avance à son tour et attrape un accoudoir de fauteuil-minibar au dos duquel des vis ont été fixées. Pourquoi mutiler ainsi cet objet utile et fonctionnel ?

« Il est cassé, dit Est. Il a été transformé et maintenant qu’il ne marche plus on l’a jeté là. Mais qui ?

_ Merci pour le chien, il me tapait vraiment sur les nerfs ! crie Silver dans le noir.

Est et moi la regardons puis échangeons un soupir avant de nous concentrer à nouveau sur la trouvaille de la jeune fille. 

_ Ce qui m’inquiète, dis-je, c’est l’absence totale de poussière. Les machines qui nettoient les tunnels auraient dû se débarrasser de ces débris et si elles ne fonctionnent pas, qui fait le ménage ? Ou quoi ?

_ Ça nous fait déjà deux "qui", répond Est. Ce sont ces "qui" qu’il faut trouver avant tout. »

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à suivre...

Posté par ekwerkwe à 08:00 - n° 01 - fanes d'octobre - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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