Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

21 décembre 2009

Taches de Rorschach - 3

Cœur de paille
par MAP

Coeur_de_paille

Mais oui  je suis
l’épouvantail !
L’épouvantable
épouvantail !
Mes bras s’allongent
longent, longent.
Vois-tu mon ombre
nombre, nombre ?
Né pour faire peur
terroriser
toute la gent
la gent ailée…

Ce n’est pas vrai
sous ma chemise
mon cœur de paille
souvent tressaille
quand un oiseau
dans mon poitrail
cherche un fétu
pour sa marmaille.
Son nid est fait
de mes entrailles.

Épouvantail
taille, taille
donne ta paille
paille, paille !
C’est ce que piaillent
piaillent, piaillent
tous les oiseaux
jusqu’aux corbeaux !

* * *

Une participation chantonnante pour interpréter
une tache d'encre.

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19 décembre 2009

Récits de rêves et cauchemars - 4

Des plumes sur la figure
Mélanie

    Je me réveille. Comme il fait froid ! Avec un léger frisson, je me recroqueville, tout en cherchant de la main ma couverture. Il y a de la terre sur le lit. Surprise, j'ouvre un œil. Dans la demi-obscurité, dans le désordre habituel de mon appartement, piles de bouquins, piles de vêtements, piles de babioles, tout a disparu. Plus d'affaires étalées sur le bureau. Plus de bureau d'ailleurs. Plus de meubles. Plus de papier peint rayé. Plus un seul mur. Au lieu des draps, de l’oreiller, le sol sauvage d’une jungle. Je me redresse avec douceur, assimilant en une seconde toute l’étrangeté de la situation.

    L'endroit n'est pas accueillant. Les arbres étendent leurs branches en des formes menaçantes. Les herbes ondulent ainsi que des serpents. Le vent est d’un froid mordant. J’ai le ventre douloureux et les lèvres sèches. J’ai faim, j’ai soif. Avec cela, je n’arrive pas à y voir clair, comme si mes paupières étaient encore engluées par la fatigue. Mes membres sont lourds, continuant leur repos malgré moi. À genoux, j’entoure de mes bras le peu de vêtements que je porte. Entre le sifflement du vent et le bruissement des feuilles, je distingue le lointain écoulement d’un cours d’eau.

    Le ruisseau était bien plus proche que je ne l’avais cru. En deux pas, j’y suis arrivée. Je me jette dedans pour me désaltérer. Après une dizaine de gorgées, le goût métallique se révèle. Je regarde dans les profondeurs pour apercevoir une caisse enfoncée dans la vase. Il est écrit : « Ceci est un caisson d’uranium ». Sans doute l’eau est maintenant radioactive. En réponse à cette découverte, un changement terrible s’opère en moi. Je me mets à déverser tout le contenu de mon estomac. Agitée de spasmes, sentant mes membres évoluer, je sombre rapidement dans l’inconscience.

***

    Quelque chose me réveille. Le jour s’est levé. Mon état ne s’est guère amélioré. Mes yeux ne parviennent à rien distinguer avec clarté. Je frissonne. Par réflexe, je porte mes mains sous mes yeux. À qui ces membres griffus recouverts d'écailles ? À qui ? Non, pas à moi. Il faut en avoir le cœur net : mon reflet dans le ruisseau me renvoie l’image d’une horrible créature. Des plumes recouvrent mon corps en désordre. Je ne suis plus qu'un poulet géant, difforme et à moitié déplumé, une caille humaine en sous-vêtements féminins. Un doigt poilu sortant du milieu de mon front pointe coupablement ma monstruosité.

    Un petit cri me rappelle au monde environnant, à ce qui causa mon réveil. Je me retourne pour faire face à un aimable visage de singe. Un chimpanzé. Bien que rassurée, je m’interroge sur son accoutrement. Il tient un fouet dans sa main droite. Serait-il doté d’intelligence ? Sa façon de bouger et les bruits qu’il produit semblent indiquer le contraire. Ce n’est que quand je le repousse, pour me relever, qu’un claquement vient me déchirer la joue. La bête sait se servir de son jouet, elle ricane avec sadisme. Comme je fais un mouvement pour lui retirer l’arme, elle fait à nouveau claquer son fouet. Je m’arrête, interdite, et me protège le visage. Il articule une série de petits cris, qui sans doute ont une signification pour un singe, pas pour moi. Je ne réagis pas et le singe s’énerve de plus belle.

    Je ne le remarque que maintenant : dans une ceinture en bandoulière, il porte un revolver. Je n’ose pas croire à son utilité, mais ne me voyant pas réagir à ses ordres, le chimpanzé dégaine. Pas une seconde à me demander si l’animal sait s’en servir ou non, s’il est chargé ou pas. Je me jette sur lui pour lui ravir l’arme. Il se défend bien, me mord un bras, tandis que de l’autre main je lui arrache le pistolet, laissant échapper une détonation dans le vide.

    L’animal s’écarte de moi. Je ne prends plus la peine de réfléchir et je pointe l’arme sur lui. Au moment de tirer cependant, le coup ne part pas. Pour le faire, je réalise qu’il me manque désormais trois doigts. Devant moi, le chimpanzé mâche encore son festin, laissant dépasser deux doigts de sa bouche. Mes doigts ! Si c'est une chose que j'aurais voulu garder ! Prise de panique, je m’enfuis.

***

    Je cours, et c'est la fièvre qui me rattrape. Je tombe à terre, pour ne me réveiller que bien plus tard. Un chien me tire de mon inconscience en léchant amicalement mon visage. Je le repousse un peu, peinant à m’arracher à ma léthargie. Il vient laper la flaque de sang dans laquelle s’étend mon bras, remonte jusqu'à ma main blessée, qu'il lèche avec gourmandise. Je ne retiens pas un hurlement de douleur. Pour empêcher son repas de se retirer, il la saisit fermement dans sa gueule. Il tire avec insistance, autant que moi je bataille, douloureusement, pour reprendre possession de mon membre. La vilaine bête n’en démord pas. J'ai beau la frapper, rien ne la fera lâcher. Arrête, sale bête ! Peut-être me prend-elle pour un vulgaire poulet. La situation me paraît désespérée. Il secoue la tête, jouant avec une proie incapable de se défendre correctement. Enfin, il commence à me traîner toute entière, je ne sais où, sans que je puisse rien y faire. Je perds connaissance, vaincue par la douleur.

***

    Plus tard, c’est sans ma main que je revois le soleil. Ma main droite et j'étais droitière ! Je me relève avec peine et arrive à bout de force sur une vaste plage. Un poignard se trouve sur le sable. Je m'en empare – de la main gauche naturellement – espérant me protéger d'un autre stupide animal qui me confondra avec une volaille. Plus loin est dressé un autel. Je crois reconnaître la personne étendue dessus. Oui, c'est bien lui. Il a pris un peu de poids, mais ça lui va fort bien. Je m'approche, intriguée par le décor. Ses traits sont détendus. Que fait-il ici ? Peut-être l'a-t-on drogué. Les flammes sur le côté me font deviner qu’il s’agit d’un sacrifice. Je comprends alors à quoi devait servir mon couteau. Avec horreur je le jette loin de moi.

   « Sacrilège ! L'affreux sacrilège ! »
   Je m’arrête, comme frappée par la foudre. La voix vient de nulle part, tombée du ciel. Elle est grave et puissante, faite d'accords ensorcelants. Personne ici. Serait-ce à moi que l'on adresse cet avertissement ?
    — Anathème ! Sur elle l'anathème ! Que partout sur le monde, elle rencontre l'adversité, s'exclame encore la voix, toujours plus imposante.
    — Je ne comprends pas, murmuré-je pour moi-même.
    — Anathème ! Sur elle l'anathème ! Que nul être n'ait un souffle pour elle ! me menace-t-on toujours.
   Je me déplace, essayant de comprendre d’où est-ce que la voix peut bien provenir.
   De tous les côtés à la fois !
   
   Alors une peur formidable s’empare de moi. Mon cœur s’emballe à se rompre. Je m’étale à terre dans une position ridicule. Et c'est une autre voix qui semble poursuivre sur la première, plus distante, mais pas moins affreuse.
    « Mais si néanmoins elle découvre la pitié et l'indulgence, qu'alors la terre la prenne ! Anathème ! Sur elle l'anathème ! »
   La voix m’entoure et m’étouffe. Je me sens prise dans un cercle de feu.
    « Mais je ne suis pas coupable ! »
   Comme un écho déformé, les voix répondent :
    — Elle n'en est pas capable !
    — Serait-ce l’heure de ma mort ?
    — Vrai, car tu ne cèdes pas au sort !
    — Étranges cris !
    — Étrange vie !
    — Mon dieu, qui êtes-vous ?
    — Mon dieu, nous sommes tout !
Terrifiée et glacée, je cherche à m’enfuir en rampant sur le sable. Je retrouve alors le poignard que j’avais jeté, qui me lance, à ma surprise, un regard sévère.
    — Et puis, c'est quoi, c'est qui, ce poignard ?
    — Pour suivre nos lois, saisis ce poignard !
   Avec un peu d'appréhension je pose la main sur le couteau, masquant ainsi son regard. Mais malheureusement je comprends quel sacrifice on veut que je fasse.
    — Je ne veux pas faire de mal à la personne que j’aime !
    — Après tu assassineras la personne que tu aimes !
    — Et après que je l'aie fait ?
    — Et après il sera sauvé.
    — Cela se peut ?
    — Assassine-le.
   
   Je me redresse, méfiante, jetant encore des regards autour de moi. Vers lui je m’avance. Il dort encore. Au-dessus de son corps je soulève le poignard, enfin je le tue.

* * *

Une réponse délirante à l'appel "Récits de rêves et cauchemars".

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16 décembre 2009

Taches de Rorschach - 2

Il suffira d'un cygne
Pandora
Tâche N°1
T_cheN1_Pandora


« Il faisait nuit, les rues étaient vides. Un peu frais aussi. Il avait plu des trombes. Je n’aime pas la pluie… »
L’homme se tasse sur sa chaise. Il ne regarde pas son interlocutrice, juste ses mains qu’il frotte l’une contre l’autre, comme pour les savonner.
« Continuez… »
Il sursaute, interrompu dans ses pensées silencieuses et reprend :
« … La pluie, ça fait des flaques partout. Il faut marcher dedans. J’ai peur de tomber. Je ne sais pas nager. On ne sait jamais ce qu’il y a en dessous vous comprenez ? Je pourrais me noyer. Je n’aime pas les trous noirs…
— Vous disiez qu’il faisait nuit ?
— Oui, les magasins étaient fermés et les volets tirés. Il n’y avait personne dans les rues. Juste un cygne…Vous y croyez, vous ? Un cygne en pleine ville ! J’aime pas ce genre de surprise !»
L’homme s’arrête à nouveau de parler et jette un regard furtif à la femme qui lui fait face. Elle l’encourage d’un sourire qui illumine brièvement son visage constellé de tâches de rousseur. Il continue :
« Un cygne, oui, un grand. Il se tenait au milieu du trottoir. Il me bloquait le chemin. Il ne voulait pas que je passe. Il m’aurait mordu. Sale bête. Je n’aime pas les cygnes.
— Mais les oiseaux n’ont pas de dents… »
L’homme se redresse vivement pour lui faire face. Il la fixe d’un regard mauvais avant de baisser les yeux et de se rasseoir pour se reperdre dans la contemplation de ses mains.
« Celui-là si ! Et j’aime pas qu’on dise que je mens.
— D’accord, excusez-moi. Celui-là si. Continuez… »
L’homme hésite, se tortille sur sa chaise.
« Je ne voulais pas lui faire de mal… Vous comprenez ? Vous comprenez ? J’aime pas qu’on puisse croire que je lui voulais du mal. »
Il relève la tête pour la voir hocher du chef en signe d’assentiment.
« Mais il est arrivé. Il m’a crié après. Il m’a dit d’avancer. Que je bloquais le trottoir. Mais je ne pouvais pas. Il y avait le cygne. Et la flaque. Alors ce con m’a poussé pour passer. Il allait me noyer ! Je l’ai frappé : légitime défense. Je ne sais pas nager, moi. Vous comprenez ? Il est tombé et sa tête a cogné la bordure du trottoir… J’aime pas quand on me brusque. »
L’homme s’arrête et pose ses mains menottées sur la table d’interrogatoire.
« Et le sang a coulé, rouge. Le cygne a ri. Il y avait des traits dedans, j’ai tout vu. Je n’aime pas le sang, ça me dégoûte.
— Qu’avez-vous vu ?
— Tout. J’ai vu les empreintes digitales. Je vous ai vue aussi, dans la flaque de sang. Ça, j’ai pas aimé ce que j’ai vu…
— Vous m’avez vue, moi ?
— Oui, vos taches de rousseur. Je n’aime pas les rousses. C’est toutes des sorcières »
Il relève la tête et la regarde d’un air désormais plus assuré.
« J’aime pas les sorcières. Ni les docteurs. Vous avez fini maintenant ? »
Elle se lève doucement en hochant la tête sans le quitter des yeux, puis s’éloigne vers la porte. L’homme lui fait un clin d’œil :
« Vous leur direz, hein, que je suis pas fou. C’est juste que je sais pas nager… »
Elle a la main sur la poignée de la porte quand il ajoute :
«… Je ne veux pas retourner à leur hôpital, ils sont complètement dingues là bas. J’aime encore mieux aller en prison ! »


***
Une participation angoissée pour interpréter une tache d'encre.

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14 décembre 2009

Récits de rêves et cauchemars - 3

A contre-courant
Macalys


Les vagues balaient le pont principal, traçant un chemin d’écume. Un tonneau mal fixé roule vers Mary, qui s’écarte juste à temps. Un juron s’envole dans le rugissement du vent, puis un rire, puis un cri d’allégresse. Elle esquisse un pas de danse, exultant dans la tempête. Les haubans vibrent et claquent sous les doigts d’un dieu en colère. La foudre incendie le ciel noir, suivie de près par un roulement de tonnerre : la tourmente est sur eux.

Mais assez lanterné ! Le capitaine a ordonné à Mary de ramener la voile basse pour éviter qu’elle ne se déchire. Tout autour, les hommes s’affairent dans le gréement. La jeune fille agrippe le mât de misaine et se hisse jusqu’à la vergue. De son perchoir, elle voit le tonneau vagabond faucher un de ses camarades. Elle s’esclaffe, mais baisse vite les yeux sous son regard courroucé. Ses compagnons de voyage l’ont acceptée comme l’un des leurs… Si elle se crée des ennemis, dissimuler son sexe deviendra difficile. Elle s’accroupit et effectue la manœuvre, souple et agile, à peine troublée par la houle.
Sa tâche accomplie, dédaignant de jouer aux dés ou d’écluser un gobelet de rhum sur le pont inférieur, elle gagne la proue. Alors que les bourrasques lui renvoient les rires et les chants des pirates, Mary offre son visage aux intempéries…


Aiguë, la sonnerie du téléphone brise le silence, perturbant son bain. La surprise lui arrache un sursaut qui éclabousse sols et murs. Soupir… Il faudra éponger le carrelage.
Chaque matin, Mary laisse dériver son esprit au fil de l’eau savonneuse pour oublier le monde extérieur, s’évader… Mais toujours, les agressions du dehors, klaxons, alarmes, sirènes, la rappellent au réel. Ignorant la voix qui dépose un message sur son répondeur, elle plonge la tête sous l’eau, goûtant encore un instant ce moment de liberté. Elle aimerait investir dans un vaste bassin à remous… quand elle se sentira plus riche, moins lasse
À la sortie du bain, la gravité la rattrape. En passant le tissu rêche de la serviette sur son corps, elle examine la pièce d’un œil critique. Sa baignoire semble rétrécir de jour en jour.


« Terre ! Terre ! »

Il semble que le cri de la vigie remonte à plusieurs heures. L’excitation de l’équipage croît de minute en minute. Les marins se tapent dans le dos, se congratulent, discutent avec animation de comment dépenser leur part de butin : boisson, prostituées, ou les deux ?

Accoudée au bastingage, Mary regarde l’île grossir, humant avec délice les embruns salés. Le soleil étincelle sur l’eau calme. Le port fourmille d’activités. Le capitaine vient de leur annoncer qu’ils arrivent sur l’île de la Jamaïque… Antilles, onde, indigène, trésor, frégate, la vie d’aventure lui souffle des mots savoureux. Fière de savoir ses lettres, elle aspire à étudier la navigation. Elle se présentera alors au recrutement avec ses rouleaux de cartes, son compas et son astrolabe, pour servir le capitaine en tant que pilote. Les timoniers suivront ses ordres : adieu les brimades ! Elle domptera les flots, les vents et les courants. Ses itinéraires les mèneront jusqu’aux confins de la Terre, pour explorer pays de légende et cités englouties. Fi des marchands, soldats et scientifiques qui parcourent les mers à la solde des monarques ! Les pirates, eux, n’ont pour maîtres que l’or dans leurs cales et l’infini de l’océan qui les emporte !

« Hé moussaillon ! Remue-toi, on accoste ! »


La bouilloire siffle, dégageant une fine vapeur. Mary la verse dans sa tasse, sur sa pince à thé. Mélange d’épices et de fruits, une fragrance douce emplit la cuisine. La jeune fille se penche sur le liquide brun et inspire son parfum sucré.
Elle avale une gorgée, la chaleur l’envahit. Fiévreuse, elle scrute les profondeurs à la recherche d’un présage. Une feuille minuscule tournoie à la surface, luttant en vain contre la furie du maelstrom. Doit-elle se battre ou abandonner ? Au fond scintille un éclat doré… Espoir ou reflet de la lampe ? Son visage troublé par les ondulations de sa boisson lui paraît laid. Non. Pas son visage. Ni ce thé. Ni cette tasse bariolée… Mais plutôt cette vie morne qui l’entraîne à vau-l’eau, au bord de la noyade. Il ne lui reste que ses rêves. Des rêves qui dispersent sa volonté, mais lui procurent la force nécessaire pour affronter le quotidien. Pendant que son esprit divague, elle navigue à vue à travers les remous de la réalité. Qui lui échappe.


Les contours du vaisseau marchand se découpent sur l’horizon. Dès que l’équipage aura identifié leur étendard britannique et répondu à leur salut, Mary hissera le pavillon noir. Le galion avance. Un rayon de lumière accroche une longue-vue. Déjà on distingue les traits des visages, des sourires naïfs, puis des bribes de conversation. Le capitaine lisse sa barbe : c’est le signal, Mary déploie le drapeau pirate tandis que la stupéfaction se peint sur les visages de leurs victimes. Dans un nuage de soufre, le premier coup de canon retentit.
« À l’abordage ! »
Des grappins s’élancent vers le pont adverse. Galvanisés, les hommes traversent les filins, sabre au clair. Mary dégringole le grand mât et se mêle à l’excitation de la bataille.


Alors qu’elle enfile son manteau, Mary jette un coup d’œil par la fenêtre. Sur les toits gris, les gouttes pianotent une mélopée. La pluie engloutit tout : les dos courbés, les envies, les âmes. Une vague de spleen déferle sur la ville.
Eau dehors, eau dedans. Mary claque la porte et descend l’escalier en apnée.

***
Une réponse humide pour un récit de rêve éveillé.

12 décembre 2009

Taches de Rorschach - 1

Monstre d'une nuit d'été
InFolio

Monstre_d_une_nuit_d__t_

Est-ce dans son rêve, ce bourdonnement lancinant ? Il s’agite, et émerge soudain de son sommeil. Il est réveillé.

Non, ce n’était pas son rêve. Le son est maintenant plus aigu, plus faible aussi, mais il est bel et bien présent.

Obsédant.

Il tend l’oreille et essaye de l’analyser. Ce bruit va et vient. Devient plus intense par moment. Il sent poindre un début d’angoisse.

Trouver l’interrupteur serait une solution. Mais la peur est là pour retenir son geste. Dans le noir, il referme ses yeux – fort. S’installe en position fœtale, les mains près de la bouche. Recroquevillé dans le cocon protecteur et la douce chaleur offerte par ses couvertures.

Ne pas pleurer.

Si seulement il ne craignait pas tant le monstre sous le lit, il se lèverait pour éclairer la chambre. Ne pas pleurer. Il se concentre et réfléchit, les sens en éveil.

Ne pas appeler sa mère.

Il se souvient, il y a une lampe de poche posée sur la petite table, près de son lit. Tendre le bras, lancer les doigts en exploration. Furtivement. Prêt à tout ramener vers lui à toute vitesse en cas de contact inattendu.

Touchée.

Il l’a trouvée, il l’a attrapée. Vite rapatriée sous la couette. A tâtons, il cherche le bouton d’allumage. Son cœur bat la chamade. Il écoute à nouveau, tente de respirer plus calmement. Il a la lampe maintenant, ça va aller.

Il appuie.

Rien. Il n’y a plus de pile ? Non, non, il n’y a pas de pile, justement. On lui a expliqué. Il faut tourner la manivelle. Il serre le corps de la lampe, à s’en faire mal aux doigts. L’autre main agrippe la poignée et se met à la tourner. Nouvelle tentative.

Clic !!

Eblouissement. Il porte son avant-bras vers ses yeux. Sur sa prunelle dilatée se reflète alors l’ombre d’un minuscule moustique.

* * *
Une participation zonzonnante pour interpréter une tache d'encre.

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10 décembre 2009

Quand la science et la fiction se rejoignent

Quand l’humain s’habille du robot

Exosquelettes Partie 2 : usage militaire

Certains modèles d’exosquelette ne sont pas simplement destinés à compenser des faiblesses, mais ont pour but d’augmenter les capacités humaines au-delà de ce qu’elles pourraient faire normalement. Ces modèles sont actuellement développés dans le cadre militaire [1].

En fiction, on trouve ainsi très aisément des exemples de combattants équipés de scaphandres motorisés améliorant leur force, leur mobilité et leur perception. Ce système est ébauché dans le roman « Patrouille galactique » de Edward Elmer Smith paru en 1937.

En 1959, R. A. Heinlein, un autre précurseur dans ce domaine, détaille très bien les fonctionnalités implémentées dans le scaphandre étanche de ses soldats de l’infanterie mobile : « La force contrôlée, contrôlée sans que vous ayez à y penser. Vous sautez… et vous sautez bien plus haut que vous ne l’avez jamais fait dans votre seule peau, avec vos seuls muscles » ; « Le micro est sur votre larynx, les écouteurs dans vos oreilles […] De part et d’autre de votre casque, deux micros vous donnent une écoute environnante aussi bonne qui si vous étiez tête nue » ; « Tout le visuel est projeté sur un miroir devant votre front […] vous avez le visuel-radar plus vite que vous ne passez d’une publicité à l’autre à la télé. […] Si vous secouez la tête comme un cheval harcelé par une mouche, vos lunettes infra-rouge se mettent en batterie. » Ils recouvrent totalement le soldat et permettent aussi de le protéger de son environnement s’il est hostile. Il s’agit de scaphandres intégraux qui s’emploient dans l’espace et ont essentiellement pour but d’augmenter la mobilité, d’aider les militaires à porter les équipements, et à mieux percevoir leur environnement comme le précise encore Juan Rico : « A supposer que vous encombriez un bidasse de tout un tas de quincaillerie qu’il doit surveiller et consulter sans cesse, n’importe quel ennemi équipé plus légèrement – avec une hache de pierre par exemple – pourra lui fracasser le crâne pendant qu’il consulte ses verniers. ». De plus, pour certains modèles (Armored Personnel Unit) dans les épisodes 2 et 3 du film « Matrix » [2] des frères Wachowski ou les exosquelettes employés par les Grendels dans « L’Empire des Etoiles » de Alexis Aubenque, ils offrent une supériorité par leur taille, leur mobilité et la force qu’ils peuvent déployer : « D’un saut fulgurant, un des Grendels s’envola à plus de six mètres dans les airs pour retomber en plein centre d’une troupe de soldats. […] Usant de ses bras mécaniques, le soldat d’Arkan désarticula une dizaine de soldats en un clin d’œil. De ses immenses jambes, il balaya le sol autour de lui, tuant encore […]. Même en levant leurs épées en l’air ils ne pouvaient atteindre l’homme qui se trouvait encastré dans le monstre de métal. ».

Bien sûr, ce n’est que fiction, les équipements décrits ici sont bien plus optimisés que ce que ne permettent les techniques actuelles. Dans les faits, les exosquelettes motorisés développés pour les militaires ne sont pas des dispositifs étanches, mais consistent, comme dans le domaine civil, en l’ajout d’une structure mécanique complexe sur le corps humain. De plus, leur but est surtout de permettre de faire des efforts sans fatiguer le soldat. L’exosquelette motorisé XOS [3] est ainsi développé par le DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) avec la société Sarcos dans le cadre d’un programme intitulé Exoskeletons for Human Performance Augmentation (exosquelettes pour l'augmentation des performances humaines). Le premier prototype motorisé autonome sorti en 2006 pèse environ 70 kg. En 2008 [4], la recherche en cours sur XOS est vantée dans les médias suite à la sortie au cinéma de l’adaptation par Jon Favreau du comics de Stan Lee, « Iron Man ». Le prototype décrit permet de soulever de lourdes charges et possèderait une mobilité suffisante pour taper dans un ballon et monter des escaliers. De même, le HULC (Human Universal Load Carrier) [5] de Berkley Bionics permettrait de porter une charge de 90 kg sans fournir d’effort important. Ces modèles se rapprochent de la Super Armure du jeu vidéo « Fallout » qui met un soldat à l’abri dans une armure métallique tout en lui permettant de porter plus de poids, mais ce dispositif ne possède pas la complexité, ni les éléments de communication et de saut du scaphandre de Heinlein.

Grâce à ces systèmes encore peu diffusés sur le marché, l’humain est donc amélioré par une structure externe qui peut s’installer sans chirurgie et s’enlever aisément. Mais la fiction et la science emploient également des prothèses et des implants installés chirurgicalement pour soigner ou améliorer les humains.

[1] http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Materiel/Mat0030-CombattantCyborg.html

[2] http://whatisthematrix.warnerbros.com/apu/rv_cmp/apu_article_index.html

[3] http://www.popsci.com/scitech/article/2008-04/building-real-iron-man

[4] http://www.raytheon.com/newsroom/technology/rtn08_exoskeleton/

[5] http://www.berkeleybionics.com/Unrestricted/HULC.html

08 décembre 2009

Récits de rêves et de cauchemars - 2

Castor

Rose

J’entre dans une confiserie. J’y trouve une jeune fille blonde de ma connaissance. Elle est un peu plus grande que moi et paraît mécontente. Plus que sa colère (elle, d’habitude si placide), c’est l’absence de sa sœur jumelle qui me frappe. Toutes deux, également blondes, au teint de porcelaine, forment ensemble une allégorie de la beauté. Une beauté à la fois invariable et changeante, se communiquant de l’une à l’autre par le biais de la parole, des formules mystérieuses murmurées à voix très basse.
La jeune fille est seule et me montre le corps de l’un de ses amis sur une chaise. Il est percé de trous dont s’échappe de la paille. « On ne peut plus rien faire pour lui », me dit-elle. « Il est trop abîmé ».
Elle se penche vers moi. Elle me confie qu’elle est morte aussi, mais qu’elle arrive encore à cacher les dégâts. « Je vais avoir dix-huit ans ! Il faut faire quelque chose. » Elle est en colère, et en même temps elle me supplie. Je ne sais que faire.
Pendant que nous parlons, l’un de ses yeux tombe.

***
Un récit onirique cauchemardesque de rose.

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05 décembre 2009

Récits de rêves et cauchemars - 1

Miroir des songes du paon :
Fulgurance d'ocelles

Le_beau_r_ve_du_PAON

***

Une réponse multicolore à l'appel "Récit de rêves et cauchemars"

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02 décembre 2009

Edito de décembre

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime, et qui m'aime,
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même

Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.

Extrait de "Mon Rêve familier" (Paul Verlaine - Poèmes saturniens 1866)

***

Narcolepsie,

                         somnambulisme,

                                                      insomnie

maladie du sommeil,

      tendance loir et marmotte,

                             ou à l'inverse tendance à compter indéfiniment les moutons...

Chacun vit son sommeil de manière différente.

Et au milieu de tout ça, quelque part, il y a le rêve.

Je rêve,

tu rêves,

nous rêvons...

MAP_SiroccoNeg

A chacun les siens, rêves soyeux, songes voluptueux, cauchemars atroces, réveils en sursaut ou en sueur.

Le rêve est d'après les spécialistes de l'onirisme, un processus complexe nécessaire à l'équilibre mental. Il serait constitué de représentations symboliques. Il est accompagné de sensations visuelles, parfois aussi auditives, ou tactiles qui leur confèrent une impression de réalité. Selon leur impact sur le rêveur, celui-ci peut alors bouger brusquement, parler, crier... Cette impression de réalité est cependant contre-balancée par l'aspect décousu et incongru que peuvent prendre les rêves.

Mais tous ne se souviennent pas nécessairement de leurs rêves. C'est pourquoi, ce mois-ci, nous avons décidé que nous allions partager nos rêves et nos cauchemars avec des récits de rêves réels ou imaginés.

Pour ceux qui ne peuvent se les remémorer, nous nous sommes substitués au psychanalyste Hermann Rorschach, pour vous faire accoucher vos esprits et vos pensées les plus profondes en interprétant des images non figuratives.

Rêves d'eau, peur de la noyade, réminiscences douloureuses, voyage vers l'ailleurs, frayeurs enfantines, comptine, obscurité, éclatement de couleurs... venez visiter tout au long du mois le contenu du crâne de l'autre !

Un bref retour à la réalité nous fera nous intéresser aux usages militaires des exosquelettes.

Illustration : MAP

01 décembre 2009

Numéro de Décembre - An III

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Image : MAP

Posté par InFolio à 08:00 - n°27 - Fanes de décembre an III - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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