Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

30 juin 2009

Courrier des lecteurs de juin

Juin est un beau mois pour les invitations... Non pas pour les sempiternels barbecues ou pique-nique qui fleurissent en été, non !!!

Viens dans ma soucoupe ! telle fut l'injonction inquiétante ou séductrice de ce début d'été...

- Les d'ExtraTerrestres ont une manière toute personnelle d'inviter à les suivre (L'auberge de David V., InFolio)
- Une visite prénuptiale (La clef, Rose)
- L'article pour une croisière touristique (Invitation, MAP et Pandora)
- Une dernière séduction gourmande (avant la suivante) (Dans ma soucoupe, Pandora)

*  *  *

MAP nous a expliqué l'étymologie savamment ensorcelée de l'expression "Chorter sa mule" (Cardrâne, MAP)

*  *  *

Le monde des robots n'a pas fini de nous étonner ! Non contents de ressembler aux humains, de percevoir nos propres émotions, les voilà qui expriment les leurs.  (Quand les robots ont peur, InFolio, Llo et StellaSabat)

*  *  *

Dans son Fan Art mensuel, InFolio nous invite à dessiner

*  *  *

Il n'y a pas que la touffeur qui est dangereuse sur la luxuriante et végétale planète verte. A peine arrivée sur le sol, l'expédition disparaît laissant Razibuth seul... (ép. 13) Il découvre alors ses compagnons en proie à d'étranges autochtones et aux habitudes alimentaires néanmoins bizarres... La libération de ses compagnons lui permettra de redorer son diabolique blason quelque peu terni ces derniers temps (ép. 14). A peine revenu sur Terre, Lucifer élabore sa terrible vengeance qu'il met à exécution en retournant sur la planète chrorophylle(ép.15). En juste retour Razibuth en profite pour savourer la sienne (ép.16).

Un dernier merci aux auteurs de juin, il est temps de célébrer l'été!

* * *

Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe, InFolio, Rose et Sébastien.

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Les auteurs de juin

INFOLIO

Auteurs___photo___InFolio

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.

BLOG : InFolio dans tous ses formats

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LLO

hubert_graphismeM_canique

Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.

BLOG : famille de geeks

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MAP

Auteurs___photo___MAP

Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !

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PANDORA

Auteurs___photo___Pandora

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …

Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…

BLOG : Les poèmes de Pandora

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ROSE

Auteurs___photo___Rose

Née : il n’y a pas si longtemps
S’incarne aussi bien en Blanchefleur qu’en Madame Bovary
Voyage : à l’autre bout du monde, dans sa tête
Aime : écrire, hésiter juste avant d’écrire, s’enfermer entre d’épais remparts de livres et autres paperolles

BLOG : Ce que dit Rose

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SHI MAY MOUTY

Mouty_1_

 

Après avoir enseigné à des grands enfants, elle a entrepris de déterrer des ancêtres et de lire tous les livres achetés par ses deux enfants et une bibliothèque municipale en entier. Il n’empêche que sa vie est pleine de trous.

***

STELLA SABBAT

Auteurs___photo___stella

Elle, c’est Adèle*. Et Adèle, elle est infiniment moins socialement conforme que moi, plus évidemment anarchiste, plus radicalement féministe, plus résolument dans l’action, plus courageuse aussi…, mais j’y travaille.

* Adèle Blanc-Sec, dont Jacques Tardi conte et illustre avec talent les Aventures Extraordinaires.

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29 juin 2009

Viens dans la soucoupe - 4

Dans ma soucoupe...

Pandora



Depuis un petit moment je lui fais de l’œil, pour l’appâter, sans qu’il ne réagisse.

Je suis tombée sous le charme de sa peau couleur chocolat et de ses rondeurs appétissantes. De celles qui me font saliver. Son indifférence me le rend  que plus désirable.

Il résiste.

Viens…

Je nous imagine l’un et l’autre. Nous ne dirions rien. Il me tenterait. Je le ferais fondre. Il me séduirait. Je le croquerais. Cannibale.

Il ne bouge toujours pas.

Allez, viens…

Je t’ai sorti le grand jeu, première classe ; de la porcelaine de Chine, fine et délicate.

S’il te plait, viens dans ma soucoupe.

Je ferai régime demain.


*    *    *

Ce texte a fondu sous le charme de cette invitation

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28 juin 2009

Le feuilleton du dimanche

Une quête infernale

Shi May Mouty

seizième épisode

(juste avant...)

Razibuth, en écoutant pérorer Lucifer, laissa croitre le petit germe vengeur qui s’agitait en lui. L’occasion était belle, et il trouva une idée qui lui parut pleine de promesses intéressantes... Étrangement, une liane invisible, ou peut être un caillou virtuel se trouva devant les pieds de Lucifer. Il trébucha, plongea en avant dans ce qui pouvait sembler être une toute petite mare… mais elle se révéla finalement assez large et profonde pour l’accueillir tout entier. Il s’y étala de tout son long, de la pointe des cornes au bout de ses sabots fourchus.
Les démons de l’équipage, qui commençaient à bailler, sursautèrent. Certains eurent encore assez de présence d’esprit pour se précipiter et pour l’extraire de la gangue boueuse et putride qui le nappait, tel du chocolat sur des profiteroles, mais en moins appétissant. Ils constatèrent alors que Lucifer grouillait d’une multitude d’animalcules répugnants. La peau blafarde, les yeux ternes ; la gorge nouée, il hoquetait, toussait, rejetait de la boue par la bouche, les naseaux. Il en extirpa de ses oreilles dont les longs poils étaient tout collés. Son bouc s’égouttait sur sa poitrine, finissant d’effacer le sigle SM Lucifer Rex, déjà fort délavé et illisible.
Il leur fallut des seaux et des seaux d’eau claire et glacée pour le laver. Le plus difficile fut de faire disparaître l’odeur pestilentielle qui s’accrochait à ses vêtements. Après ce traitement, Lucifer faisait peine à voir. Sa cape n’était plus qu’une loque qui pendouillait en dégoulinant. Elle lui battait les fesses grotesquement. Sa combinaison moulante… moulait tout, et ce n’était pas joli à voir. Les nouveaux matériaux synthétiques n’étaient malheureusement pas de la qualité espérée.
Cependant il ne lui fallut que quelques minutes pour se reprendre. Enveloppé dans un vêtement autochtone que l’un des diables avait décroché d’une liane sur laquelle il était suspendu, il scruta d’un regard empli d’une fureur extrême les membres de l’équipage, mais rien ne lui permit d’étayer ses soupçons naissants. Razibuth ne laissa pas un instant transparaitre ses sentiments, et pourtant qu’est-ce qu’il était content ! « Le plus beau jour de ma vie », songea-t-il.
Les hommes verts, roses maintenant mais délivrés du sortilège, regagnèrent l’ombre salutaire de leur hutte. Les hommes serrèrent fort leurs femmes pour se redonner du courage (bien sûr, ils ont des femmes, sinon comment voulez vous qu’ils… le pollen c’est pour les fleurs). Ils étaient catastrophés. Travailler, se prosterner, travailler, se prosterner. Et s’ils ne travaillaient pas assez et ne se prosternaient pas assez, s’ils n’étaient pas assez rôtis par leur astre maintenant que son rayonnement les brûlait, ce pitre rouge les menaçait d’aller rôtir dans ce qu’il appelait l’Enfer… Horreurs ! Malheurs !
De retour dans le vaisseau spatial, Lucifer donna l’ordre de décoller immédiatement et de retourner sur Terre. Une fois arrivé, enfin sec, propre, délicatement parfumé à la lavande, assis dans son beau fauteuil recouvert de velours rouge, il put savourer à sa juste valeur sa vengeance sur les hommes verts. Il en oubliait même son bain de boue forcé. Mais surtout, il débordait d’orgueil. Désormais, il était l’égal de Dieu. Il en rêvait depuis toujours, depuis des temps éternels. Il commençait à réfléchir à une possible extension de son culte sur d’autres planètes.

Depuis ces événements, le serpent corail aux yeux d’or vit des jours heureux. Il songe à se marier et à avoir des enfants qui pourront jouer sans risque dans le feuillage vert émeraude des arbres, entre les frondes vert Nil des fougères et sur les coussins vert tendre des mousses.
Il observe les hommes roses de la planète chlorophylle qui travaillent, travaillent… et rougissent. Souvent il se félicite d’avoir donné un coup de pouce au destin lors de la première visite des étrangers rouges velus et cornus. Il se demande parfois pourquoi il a agi ainsi. Il n’en sait trop rien. Il se souvient juste d’une petite phrase incompréhensible qui s’était alors incrustée dans un recoin de son minuscule cerveau reptilien : « I aisse oui cane »…

Mais ceci est une autre histoire…

à suivre...

27 juin 2009

Viens dans la soucoupe - 3

Invitation

texte: Pandora
illustration: MAP


Votre album holographique est saturé de martiens, vénusiens et autres extra-terrestres ordinaires ? Les petits hommes verts et la planète rouge vous collent des idées noires ?
Vous en avez assez de tous ces circuits organisés où l’on croise les mêmes personnes à chaque escale et où les navettes commerçantes vous poursuivent comme des virus sur un programme informatique ?

Vous rêvez de grands espaces et de véritables aventures spatiales ?

Vous voulez vivre un voyage extraordinaire ?

Alors ne laissez pas passer votre chance. Nous avons ce qu’il vous faut.

Nous vous proposons une croisière spatiale dans notre navette de luxe « Le rubis étincelant » sur un circuit entièrement inédit pour lequel notre agence a l’exclusivité intergalactique. Nous recréerons dans votre cabine l’ambiance que vous souhaitez et nos chimisiniers vous concocteront les meilleures gélules que vous ayez jamais dégustées. Vous ne serez que vingt passagers et bénéficierez d’une prestation à l’ancienne, entièrement humaine. Aucun droïde ou extra-terrien ne participera à ce vol. Nous vous garantissons un service personnalisé de grande qualité à toute heure lunaire ou solaire.

Vous visiterez la fabuleuse quadrigalaxie cotonneuse. Une destination merveilleuse où vous pourrez vivre des expériences devenues aujourd’hui impossibles. Vous verrez ainsi tomber la neige comme aux temps des anciennes fêtes de Noël. Les plus sportifs prendront leur pied en marchant sur un sol élastique et moelleux comme le faisaient les hommes des anciens déserts de sable (sous strict biomonitoring et après validation par le médecin de l’expédition). Vous passerez une nuit sur place, dans les habitats des Ouatex, ce peuple typique encore préservé des effets de la civilisation. Sous couvert de la signature d’une décharge de responsabilité, vous pourrez même partager un repas avec eux.

Les places sont limitées, n’attendez pas.

Parce que nous, nous ne vous attendrons pas pour nous envoyer en l’air!

Plan_te_translucide___Map

*****
Map et Pandora se sont faites tentatrices pour nous
inviter dans cette soucoupe...

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25 juin 2009

Viens dans ma soucoupe - 2

La clef
Rose


C’était la fin de l’entretien ; le patriarche hochait la tête d’un air entendu en sirotant l’alcool multi-herbacé servi par sa dernière épouse et en survolant la fiche de synthèse que lui avait remise le prétendant. Il passa rapidement l’évaluation de son patrimoine et la liste de ses recommandations (ses précédents beaux-pères ne tarissaient pas d’éloges) ; il s’attarda surtout sur le dernier paragraphe.

« … jolie soucoupe avec balcon intérieur surplombant un fleuve miniature aux reflets stroboscopiques, roses, verts et gris laser (on pourra, selon les préférences de la maîtresse de maison, remplacer cette fonctionnalité par une prairie semée de clochettes clignotantes ou un abîme enneigé synthétique par simple sélection sur le programme d’intra-aménagement).
Le long du balcon, sept chambres bénéficient de tout le confort futur, en particulier de cabines de toilette à la vapeur parfumée (ambiances différentes, florales, fruitées, aériennes ou brûlantes).
La salle de pilotage est à l’américaine : une paroi modulable permet de masquer les commandes ou au contraire de les intégrer à l’espace de vie. La navigation est gérée automatiquement, mais si on veut la prendre en charge le tableau de bord est intuitif et personnalisable. Les éclairages peuvent à volonté s’assortir aux murs lumineux de la salle à vivre.
On trouve une base de stockage optimisé des denrées cryogéniques dans la salle basse avec système d’approvisionnement automatique aux heures définies par les variations du spectre. Les menus sont élaborés aléatoirement à partir des marchandises des meilleurs fournisseurs.
Dans les combles, une salle de couvage peut être aménagée.
Les différents étages sont desservis par escalier volant. »

Le panorama aléatoire au pied du balcon le séduisait particulièrement. Il aurait aimé en discuter avec le prétendant, mais celui-ci s’était accoudé au rempart en compagnie de sa future épouse (car décidément, il lui avait fait la proposition la plus sérieuse concernant Artémise). Les considérant, il admira le ton enjoué de sa fille, son habileté à faire voleter ses voiles blancs en soie de synthèse autour de son visage adorablement pâli au fil des heures passées en salle d’anti-photosensibilisation. Son teint diaphane, ses paroles musicales devaient enjôler le prétendant (sa dernière épouse l’instruisait régulièrement dans l’art du chant sirénaïque). Elle réussissait ainsi à détourner son regard de la fissure juste comblée au ciment enrichi qui avait occasionné des frais considérables l’année passée et compromis l’entrée dans le monde d’Artémise. Le travail n’était pas parfaitement achevé et il répugnait à recevoir des invités tant que les antiques remparts de la forteresse spatiale de Harbor n’étaient pas à la hauteur de leur réputation ; mais les rénovations stratégiques étaient vraiment un puits sans fond…

« … Et dans la quatrième chambre, chuchotait le prétendant à Artémise, il y a une balançoire à mouvement perpétuel et des parois murales intelligentes pour vous retenir si de fatigue vous en lâchez les cordes, et pour étouffer vos cris d’enthousiasme… La cinquième chambre est tapissée de miroirs qui vous apprennent les pas de danse et vous servent de cavaliers. Dans la sixième chambre, j’ai installé un lit à baldaquin inversé très ancien, dont les tentures tombent en poussière au fil des siècles, il ne faut pas vous étonner si elles vous paraissent en lambeaux… »

Le patriarche héla le prétendant et lui tendit un verre d’alcool aux reflets verdâtres. L’homme tourna vers lui son visage borgne, qui fit courir un frisson le long de l’échine du vieillard. Il devina que lorsque son futur gendre lui demanderait une recommandation, il n’oserait pas refuser. « Vous n’avez pas encore aménagé la salle de couvage ? lui demanda-t-il cependant d’un ton dégagé. Pourquoi n’installeriez-vous pas dans les combles une piscine d’air pulsé en attendant ? Mon avant-dernière femme a appris le crawl à Artémise, je suis sûr qu’elle serait ravie. Et c’est excellent pour la fermeté des tissus… » Quant à la salle de couvage, il serait toujours temps de proposer de l’installer à Harbor même ; avec quelques travaux de consolidations des murailles, ce serait un petit paradis pour leurs héritiers…

Artémise lui jeta un regard froid, puis reporta ses yeux d’ambre sur le prétendant. Il l’assura que tous ses amis pourraient lui rendre visite, ce qui égaierait la soucoupe pendant ses voyages, et qu’elle ne manquerait jamais de rien. « Et la septième chambre, ah la septième chambre… c’est là que je garde mes plus précieux trésors. Ils seront à vous bientôt. Je vous en donnerai la clé… »

Le patriarche vit briller la curiosité dans les yeux de sa fille et il se rappela avec un peu de nostalgie ses fiançailles avec ses douze précédentes épouses et la cour qu’il avait faite à chacune d’entre elles ; et aussi la nuit où il leur avait remis la petite clef du cabinet du donjon, avant de partir en voyage.


*****
Rose nous a proposé cette visite de soucoupe

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21 juin 2009

Le feuilleton du dimanche

Une quête infernale

Shi May Mouty

quinzième épisode

(juste avant...)

 

Le vaisseau spatial satanique était finalement revenu sur Terre. Depuis lors, la peau de Lucifer se teintait d’un rouge sombre, presque noir. Comme son humeur. Il jetait des regards furieux aux démons qu’il rencontrait, guettant le moindre sourire qu’il prenait pour une moquerie. Horriblement vexé d’avoir pris une raclée sur la planète chlorophylle, il ruminait sans cesse de nouveaux plans pour laver cet affront, n’en trouvant aucun d’assez raffiné ni d’assez cruel.

Razibuth le surveillait discrètement. Lui aussi réfléchissait. S’il ne trouvait pas rapidement un moyen de se venger de Lucifer, le petit germe qui murmurait vengeance dans son cerveau allait croitre en un chêne gigantesque et lui faire exploser le crâne. Il y avait urgence.

Enfin, un matin, des sonneries triomphantes retentirent dans toutes les cavernes de l’enfer. Lucifer avait emprunté les trompettes du Jugement dernier et les faisait sonner pour rassembler ses troupes. Départ immédiat pour la planète chlorophylle. Déjà il anticipait la réussite de cette expédition, il rayonnait. Dans son visage luisant, ses yeux brillaient si fort que des étincelles en jaillissaient.

Dans l’instant, le vaisseau fut prêt. Il partit. Léger frémissement de l’espace-temps. Il arriva. Si l’on connaît précisément les coordonnées du lieu d’arrivée, les voyages sont grandement raccourcis quand on est un démon.

Le « Conquérant Infernal 666 » se posa au beau milieu du village des hommes verts. Effet de surprise réussi. Les villageois, effrayés, tentèrent de s’enfuir vers la forêt, mais Lucifer, qui avait soigneusement mûri sa stratégie, jaillit aussitôt du vaisseau en marmonnant. Dans un geste auguste, il tendit vers eux ses mains griffues comme une pieuvre l’aurait fait de ses tentacules pour saisir une proie. Les hommes verts se trouvèrent paralysés sur place. Ebahis, stupéfaits, terrassés.

Le grand démon rouge se dressait devant eux de toute sa hauteur. Pour ce jour mémorable, il avait revêtu un costume d’apparat écarlate extrêmement moulant. Sur sa poitrine, il était orné d’un logo représentant des flammes, un trident et le sigle SM Lucifer Rex . Le tout était complété d’une grande cape rouge sang de vampire, qu’un vent léger soulevait avec grâce, comme une aile géante.

Il fusillait du regard les hommes verts, prisonniers de son sortilège. Sa voix tonna : « Moi, Lucifer, Roi de l’Enfer, je vous condamne à perdre votre chlorophylle. » Il ricana « Votre peau aura désormais une ridicule couleur rose pâle. Vous ne pourrez plus vous nourrir comme des plantes d’un peu d’air, d’eau et de soleil. Vous ne pourrez plus vous nourrir des animaux sauvages qui peuplent votre planète, ni des visiteurs tels que nous pour obtenir votre complément en protéines. Vous devrez labourer, semer, récolter, élever du bétail, tous les jours du soir au matin, sans un moment de répit. Vous aurez mal au dos, vos mains seront calleuses. Fini le Farniente. Vous allez souffrir. Votre vie sera un enfer… » Sa voix résonnait d’une jubilation intense. « De plus, selon mon bon plaisir, vous dresserez des autels à mon effigie et à celle des serpents qui sont mes amis. »

A ce moment-là, les démons se regardèrent, interloqués. Manifestement, Lucifer se prenait pour quelqu’un d’autre. Comme ce n’était pas la première fois, ils soupirèrent discrètement. Que pouvaient-ils y faire ? Rien…

D’un fourré sortit discrètement le petit serpent corail aux yeux d’or. Malgré eux, toujours sous le poids du sortilège, les hommes verts furent propulsés au sol, à genoux devant lui. Un rictus mauvais s’imprima sur les lèvres de Lucifer tandis que le serpent ondoyait nonchalamment. Razibuth se tenait un peu de côté, et c’est vers lui qu’il s’orienta. Passant près de lui, il sourit et lui adressa un clin d’œil. Razibuth s’interrogea sur cette mimique curieuse, il lui semblait avoir appris que les serpents n’avaient pas de paupière… mais ils étaient sur une autre planète, alors…

Le serpent était satisfait. Devenir une idole respectée était une situation plus intéressante que celle de complément alimentaire protéiné dans l’estomac d’un homme vert.
Razibuth, lui, admirait la démonstration de puissance de Lucifer. C’était du beau travail, de la prestance, de l’autorité, de l’éloquence. Un vrai tribun, ce Lucifer. Il continuait d’ailleurs à donner des ordres pour organiser son culte aux hommes de moins en moins verts (même pas de peur, ni de rage), et de plus en plus terrorisés. Statues colossales de granit partout. Des offrandes tous les jours : fruits, or, pierreries… Des cérémonies tout au long de l’année…

« Si mes ordres ne sont pas exécutés, ma punition sera terrible ! » hurla Lucifer, rouge comme un homard plongé dans l’eau bouillante. Sa voix semblait jaillir des nuages noirs amassés au-dessus du village. Dans le silence qui suivit, dans la forêt ténébreuse l’écho répétait « terrible, terrible… ». Une impression d’apocalypse.

Razibuth considéra qu’il était temps d’agir.

Mais ceci est une autre histoire…

à suivre...

19 juin 2009

fan de fanes

Fan-art

6Dessinerb

Chez les fanes de carottes,
on aime vous voir prendre vos pinceaux, vos crayons,
voir la sueur perler à votre front
et tirer un morceau de langue d'un air concentré,
penchés sur votre chevalet
et surtout voir ce que vous créez
pour nous éblouir de vos talents de dessinateurs...

Alors, voulez vous aider cette fanette à dessiner sa carotte ?

1- Vanina

2 - MAP

3 - Véron

4 - Ekwerkwe

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14 juin 2009

Le feuilleton du dimanche

Une quête infernale

Shi May Mouty

quatorzième épisode

(juste avant...)

 

Razimus était un démon colérique, autoritaire, méchant, machiavélique : quatre bonnes raisons de chercher à savoir ce qui s’était passé et comment en tirer profit. Il arracha quelques grandes feuilles vertes à un arbre pour se camoufler, puis s’engagea sur la piste, marchant sans bruit, recherchant tous les indices.

Il revit le serpent corail aux yeux d’or, et lui sourit de toutes ses dents jaunes. C’était grâce à lui qu’il avait pris du retard et avait échappé à l’embuscade. Il eut l’impression étrange que le serpent lui rendait son sourire.

Il finit par arriver à une sorte de village vert olive, construit de branchages entrelacés, en lisière de la forêt. Des individus se déplaçaient, énormes, vert pomme, des êtres à la chlorophylle, comme le chewing-gum. Ils avaient des jambes comme des troncs, des bras en nombre, tels des branchages sur le haut du corps, pas de tête, mais une sorte de visage avec une grande bouche sur ce qui pouvait être leur torse.

Dans un coin se dressait un tas rouge. S’y entassaient Lucifer et les autres démons, ficelés, bâillonnés, inertes. Razimus jugea qu’ils devaient être assommés et décida d’attendre qu’ils reviennent à eux afin qu’ils puissent contribuer activement à leur libération. Il resta à couvert et observa les habitants du village. Ils rangeaient du matériel dans une hutte, rassemblaient du bois sec, préparaient des couteaux, de grands chaudrons… Il tendit l’oreille et, lui qui connaissait toutes les langues du cosmos, identifia quelques mots. Il était question de cuisson, de grande fête, d’invitation à lancer aux villages voisins.

Pendant qu’ils allumaient un grand feu et s’y rassemblaient, deux êtres passèrent à proximité de Razimus. Il entendit : « Ça nous apportera des protéines, ça nous changera de la chair de serpent et des gros verts blancs de l’écorce des arbres ».

Le message était clair, et Razimus (on n’a jamais dit qu’il était idiot) comprit rapidement le sort qui attendait ses compagnons. Bien sûr, ils étaient immortels, mais se faire découper en escalope, là, il y avait un problème.

Il vit à quelques discrets mouvements que certains captifs reprenaient conscience : un œil prudent – au beurre noir - s’entrouvrit ; une main entravée remua. Le tas informe rouge, et noir ou bleuâtre aux points d’impact des coups, s’agitait de plus en plus.

Razimus décida qu’il était temps d’agir. Un démon, quand il a atteint le 11ème échelon – signe d’ancienneté, d’expérience – possède des pouvoirs spéciaux. La technique qu’il préférait, il l’avait empruntée à Jupiter. C’était le coup de la tornade.

Il respira un bon coup pour se concentrer, ce n’était pas le moment de rater son effet. Il murmura quelques incantations en traçant des signes cabalistiques autour de lui. Aussitôt le ciel s’obscurcit.

Les géants verts regardèrent, craintifs, les nuages de plomb s’amonceler. Des éclairs jaillirent, des arbres tombèrent foudroyés, un toit s’enflamma. Les êtres verts disparurent dans la forêt en hurlant.

Razimus alla alors libérer rapidement ses compagnons. Comme par hasard, le dernier dont il s’occupa fut Lucifer. Il était encore à moitié groggy, son nez et sa corne gauche cassée témoignaient de la brutalité des combats.

Les plus valides soutenant les éclopés, ils coururent vers la piste qui menait au vaisseau spatial.Avant d’en refermer la porte, Razimus crut voir un serpent corail, enroulé autour d’une branche, qui riait de toutes ses dents aigues et dardait ironiquement sa langue bifide.

A l’abri, silencieusement, on s’épongea, se répara, reprit ses esprits et ses forces. Aucun démon n’osait évoquer leur piètre combat et son honteux résultat.

Lucifer était furieux. Il n’acceptait pas l’idée de s’être fait assommer sans avoir pu utiliser ses pouvoirs et d’avoir échappé de justesse à un découpage visant à le transformer en pièce de boucherie. Il ordonna le décollage immédiat du vaisseau et s’enferma dans une cabine. Quelques heures plus tard, il convoqua Razimus, le félicita et le remercia en le réintégrant immédiatement au 11ème échelon et lui réattribuant son nom de Razibuth. Il ne mentionna pas le fait qu’étant dégradé il n’aurait pas dû lancer d’incantation, et lui promit même une décoration.

Ne sachant pas où aller sans ordre de Lucifer, le vaisseau resta plusieurs heures en orbite autour de la planète. Tous ruminaient. Une force inconnue s’opposait-elle systématiquement à leurs projets ? Ce nouvel échec était difficile à accepter.

Dans son coin, Razibuth savourait l’idée de la raclée reçue par Lucifer. Il ne pouvait oublier un petit serpent corail aux yeux d’or. Dans son cerveau, un petit germe dépliait ses tendres feuilles et susurrait vengeance.

Mais ceci est une autre histoire…

à suivre...

12 juin 2009

Chorter sa mule - 1

Cadrâne

MAP

Cadrane_muleMAP

Parmi les sorciers les plus connus au Moyen-Âge, le célèbre Archibald régnait en maître, détrônant par son habileté et sa ruse tous les autres jeteurs de sorts des alentours.
Quand un paysan avait un problème et qu’il n’avait plus d’autre façon de le résoudre que par la sorcellerie, il allait voir Maître Archibald. Ses capacités étaient multiples :  punir à sa façon un voisin envahissant, ramener une épouse volage à la raison -et à la maison-, et bien d’autres « services » qu’il se faisait rétribuer en bonne monnaie ou en nature (volailles, fruits, légumes, blé) selon l’importance de la chose à régler…
Le sort le plus impressionnant que Maître Archibald jeta fut à l’origine de l’expression : « Chorter sa mule. » Laissez-moi vous conter cette histoire…

 

Il y eut une fois, un paysan jaloux de la bonne fortune de son cousin qui possédait une magnifique mule capable de remporter le premier prix de tous les concours agricoles. Ce paysan alors vint trouver le grand Archibald pour lui demander de renverser la situation en faveur de sa mule qui était toujours classée deuxième.
Par un effet de magie saisissant et dont les témoins ne gardèrent en mémoire que le grand cri poussé par Archibald qui ressemblait à « Chorter ! », l’animal fut transformé en une belle grosse oie qui se dandinait dans l’herbe tout en conservant sa tête de mule.

Par la suite, l’expression familière « Chorter sa mule » traversa toute la période moyenâgeuse  dans le sens de  « jeter un sort extraordinaire ». Par extension, chorter veut donc dire jeter un sort. Ce verbe a été utilisé au Moyen-Âge surtout à la campagne.
Mais ce mot ainsi que son sens se perdirent. Ce fut cependant pour mieux réapparaître au XXIème siècle sur Internet tirés de l’oubli par une équipe de chercheurs fanatiques passionnés de la CAROTTE (qui comme chacun le sait est la friandise préférée des équidés, ce qui les a amené à s’intéresser à cette histoire de mule).
Les étymologistes les plus pointus pensent de plus que le terme prononcé par Archibald serait en vérité « ENCHORTER » qui serait une déformation d’ « ENSORCELER »… ce qui explique la transformation imparfaite de l’animal… la langue du célèbre mage aurait, selon eux, fourché. Mais ceci reste considéré par d’autres étymologistes comme une théorie bien fumeuse.

Posté par InFolio à 08:00 - n°21 - Nouvelles fanes de juin - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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