Fanes de carottes

Un blogzine de (science) fiction

30 avril 2009

Les auteurs d'avril

CARO_CARITO

Caro_carito

J'écris depuis... très longtemps
Je lis depuis encore plus longtemps

Sinon trois brigands, un job prenant où étrangement...
je lis et j'écris et corrige aussi
ne m'empêchent pas d'y replonger le soir.
Mais dans un terreau moins aride.

Une partie de mon éducation livresque est originaire d'Amérique latine,
mon imagination galope bride abattue et j'aime y mettre une touche irréelle.
Mais pas toujours.

BLOGS : Les heures de coton et les 1001 vaches

* * *

EKWERKWE

Auteurs___photo___ekwerkwe

Toute petite, je voyais rarement les lampadaires à temps pour les éviter. Adulte, je continue à rêver debout, et n'évite pas toujours les obstacles qui se sont faits plus subtils.
Ecrire? Non, surtout pas. Mais jouer, oui, toujours, dans le bac à sable de Fanes de Carottes où je me sens si bien - tant pis pour Georges, pour Ursula, pour Paco, pour Alain... S'amuser, ce n'est pas vraiment trahir.

BLOG: Ekwerkwe's nest

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INFOLIO

Auteurs___photo___InFolio

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches minces de pigments sur un substrat à base organique.

BLOG : InFolio dans tous ses formats

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LLO

hubert_graphismeM_canique

Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.

BLOG : famille de geeks

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MARTINE27

martine27

Alors voyons voir ! Qui sommes-nous ? Une partie de moi aime lire des policiers et du fantastique, marcher armée de mon APN, nager sans mon APN, me plonger de temps en temps dans la pâte à modeler et l'autre partie, sur laquelle je n'ai guère de prise, prend plaisir à inventer des petites histoires qui m'étonnent toujours quand elle me laisse les lire. Toutes les deux nous avons plaisir à tenir notre blog et nous vivons au milieu d'un petit monde bizarre peuplé d'une Mémé Célestine et d'un Pépé Athanase, d'une Mimi rousse et de son chat bleu Tom, d'un lutin de placard prénommé Elfie et depuis peu d'un dragon à réaction répondant au gentil nom d'Errol. Tout cela supervisé par notre chatoune Thalis qui a bien voulu nous prêter ses adorables oreilles et son charmant museau.

BLOG : Mon carnet à malices

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PANDORA

Auteurs___photo___Pandora

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas …

Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…

BLOG : Les poèmes de Pandora

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SEBASTIEN

S_bastien

Petit, Sébastien eut un rêve issu du monde du silence : devenir océanographe. Aussi il fit des études littéraires. La vie souffle souvent vers l'inattendu mais la vie, souvent, a ses raisons : son expérience aquariophile fut un désastre sans nom. Enfin, surtout pour les poissons.

Abandonnant le rêve de l'océan pour l'océan des rêves qu'est la lecture, il fit des expériences d'immersion totale dans les livres, lisant tout ce qui le touchait, et même au-delà. Il testa également l'écriture en caisson isobare : souvent seul, à mille mètres de profondeur, bien loin des regards. Il fit quelques clapotis en surface, coanimant un atelier d'écriture dont il co-diffusait les travaux oulipiens sur les ondes joyeuses de la radio universitaire.

Puis il quitta l'océan des rêves pour la terre ferme : lire ne fait pas manger et il entreprit d'avoir un travail. Ce qu'il fit, loin des livres. Parmi les petits et les grands bonheurs de sa vie terrestre il cite volontiers la naissance de son petit Matisse.

De temps à autre, on le voit vaquer dans de drôles de labyrinthes, à la recherche sans doute de ces embruns dont il garde le souvenir du parfum enivrant.

L'observateur attentif notera qu'il fréquente depuis peu un drôle de potager. D'ailleurs son profil suggère qu'il devrait se mettre, dare-dare, au régime de carottes.

BLOG : Labyrinthes avec vue

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SHI MAY MOUTY

Mouty_1_

 

Après avoir enseigné à des grands enfants, elle a entrepris de déterrer des ancêtres et de lire tous les livres achetés par ses deux enfants et une bibliothèque municipale en entier. Il n’empêche que sa vie est pleine de trous.

***

  Ce numéro a été réalisé par

Ekwerkwe
InFolio
Rose
et Sébastien !

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Sommaire et courrier des lecteurs d'avril

En avril,

Nous vous avons livré les meilleures recettes
pour garder vigueur et jeunesse (InFolio)
Ekwerkwe vous a guidé pas à pas :
Préparation - Fabrication - Potion

Nous avons aussi tendu des fils
de pêche (Martine27)
entre Enfer et Paradis (Pandora)
entre nos cerveaux et les leurs (Shi May Mouty)
rouges (Caro_carito)
entre Emma et les mythes (Sébastien)

La quête infernale orchestrée par Shi May Mouty s'est poursuivie.

InFolio et Llo ont donné un visage humain au robot

et un nouveau fan-art a rejoint votre collection !

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28 avril 2009

Liens - 5

Le cep et la rose

Sébastien

Le_cep_et_la_rose___Berce

illustration: Berce

« Ici donc s’achève l’histoire racontée par Thomas. Cette histoire, il la dédie aux amants, aux pensifs et aux amoureux, à tous ceux qui brûlent du désir d’aimer, aux voluptueux et même aux pervers, enfin à tous ceux qui seront émus et touchés par ces vers. Je n’ai sans doute pas pu plaire à tout le monde mais j’ai tâché de donner le meilleur de moi-même tout en sauvegardant le fond de vérité comme je l’avais promis au début de mon récit.

J’ai mélangé récits et vers afin et de fournir une histoire mémorable tout en conservant la beauté de la légende. J’ai voulu, par là, que mon récit plaise aux amants et qu’ils puissent, d’une certaine manière toujours s’y retrouver et se souvenir d’eux-mêmes.

Puissent-ils y trouver une consolation contre l’inconstance, contre l’injustice, contre la peine et la souffrance, contre tous les pièges de l’amour. »  [1]

 

« Je viens de terminer la lecture de Tristan et Iseut. Quelle fabuleuse histoire ! Oui je sais ! On retiendra surtout de moi l’image de la lectrice contemplative perdue dans ses rêveries fantasques et romanesques, des histoires de bals costumés, d’amants masqués et de robes à froufrous qui disparaissent dans la nuit. Mais c’est ainsi, on ne pense pas assez à écrire par avance sa vie pour la postérité. Puisque ma vie sera jugée sur mes actes et sur la rumeur qui en découle, la postérité retiendra de moi que je ne suis qu’une lectrice rêveuse, qu’une dévoreuse de livres qui glisse superficiellement à la surface des mots sans jamais s’engouffrer, sans jamais se noyer dans le corps liquide et limpide du texte, incapable d’en saisir le sens, sa troublante liqueur. C’est sans aucun doute ce que retiendrait mon biographe, si toutefois un biographe se donnait la peine d’écrire la médiocre destinée qui fut la mienne. Pourtant, est-ce ma faute si le sens semble à chaque fois s’écouler de mes mains, à chaque fois ruisseler entre mes doigts comme l’eau claire que l’on boit à même la fontaine ? On peut donner des coups d’épée dans l’eau mais on ne peut la saisir, l’appréhender pleinement des deux mains. Les livres, je les ai toujours frôlés, caressés, amoureusement. Comme on caresse de la soie, en fermant les yeux pour mieux ressentir la douceur de la trame, cette texture d’un autre monde, sous la pulpe des doigts. En laissant échapper un soupir.

J’ai lu et relu Tristan et Iseut avec la ferme intention de m’y noyer, de m’immerger totalement dans cette tragique histoire d’amour qui, finalement, je m’en rends bien compte, est à la littérature romanesque ce qu’Adam et Ève est à l’humanité : le mythe fondateur et créatif, le pourquoi d’un commencement. L’Eden duquel le Graal de la passion amoureuse s’est mystérieusement, et contre toute attente, échappé.

Oh ! Que je me sens gourde à parler de livres. Moi qui n’ai eu de cesse de vivre par eux, je me rends compte que, jusqu’à présent, je n’ai guère utilisé de mots pour faire vivre en moi ces livres que j’ai toujours adorés… j’ai toujours préféré m’entourer d’images d’Epinal et de rêveries flâneuses, lesquelles, sans un mot, m’entraînaient, me transportaient loin des pages d’où pourtant elles provenaient. Je veux, ici et maintenant, m’abandonner, au moins une fois, avant que n’expire mon dernier souffle, à cette folle envie de dire enfin, avec mes mots à moi, ce que je ressens d’un livre.

Cette histoire a d’abord réveillé en moi une autre histoire : celle de Thésée et d’Ariane. Le trouble et la confusion sont tels que, comme deux voiles observées en transparence dans la lumière du jour, j’en mélange encore complètement les motifs :

Tristan luttant contre le Minotaure qui réclame son tribut et terrorise les honnêtes gens ; Tristan tuant le dragon, à moins que ce ne fut une truie géante ; Tristan abandonné sur un frêle esquif à la dérive, à la rencontre de son destin ; Thésée tombant amoureux d’Iseut, nièce ou demi-sœur du Minotaure, à moins que ce ne fut l’inverse ; Iseut sauvant Thésée d’une mort annoncée en lui donnant une pelote de fil ; Tristan et Ariane fuyant le danger qui les guette ; Tristan abandonnant Ariane à son corps défendant ; la voile noire annoncée par erreur provoquant la mort de Tristan, qui disparaît dans la mer Egée… Il y a un fil ténu entre ces deux destins, une pelote qui se déroule et qui tisse une broderie inattendue, un surfilage léger unissant deux galons de tissus très différents mais qui s’ajustent parfaitement. Cette coïncidence ne peut être fortuite. Les Parques, ajusteuses de destins, sont toujours d’excellentes couturières.

Mais ce n’est pas le plus important, car c’est sans doute dans leurs différences fondamentales que je ressens l’essentiel de ces histoires d’amour : Thésée et Ariane ne boivent pas le philtre, Tristan et Iseut ne sont pas reliés par un fil. En apparence.

Pauvre Tristan ! Triste héros dont le sang n’a de cesse d’être souillé par le poison ! Que j’eusse aimé être celle qui, à maintes reprises, te soignât ! Combien j’ai rêvé te trouver, gisant, toi et tes humeurs pleines du venin qui ronge ton dernier souffle, toi faisant appel, désespéré, à l’âme qui sauvera la tienne ! Quelle joie j’eusse ressentie en te prodiguant, telle Iseut, amour et soin d’un même geste. Car on ne s’y trompe pas, si Iseut la Blonde maîtrise la science des herbes qui soignent, elle sait pertinemment que la caresse fébrile d’une bien-aimée, que le soupir aimant et le sourire qui console sont prompts à redonner force et vigueur à l’être aimé.  Et lui redonner la vie. L’amour, comme un souffle de vie qui efface les blessures les plus perfides et les plus profondes. Bien plus que n’importe quelle décoction de souci ou de sauge sclarée.

Ô Tristan ! Que j’eusse aimé qu’un homme m’aimât comme tu le fis pour elle, fut-il sous l’envoûtement d’un philtre d’Aphrodite, fut-il lépreux ou fut-il fou ! Que j’eusse aimé mourir de chagrin à tes côtés, m’emportant avec toi sous le regard supplicié d’Iseut aux Blanches Mains.

Que j’eusse aimé être cette Ariane qui te tendit le fil invisible qui la reliait à toi. Ce fil, qu’on ne nomme pas, qu’on ne voit pas dans le Roman et qui se nomme désir, appétit, fougue amoureuse, vertige du corps pour un autre corps, vestige de soi pour un autre que soi. Ce fil, c’est pour moi ce geste d’épancher sa soif inextinguible, en buvant, à même la coupe, la présence de l’être aimé, et de jouir de son essence,  non sous l’effet d’un philtre enchanté mais en dépit de ce charme non consenti. Ce lien, c’est se défaire du fil artificiel et ensorcelé pour retrouver l’originelle couture, la source de ce sentiment qui ruisselle en soi, cette résurgence secrète que l’amour sécrète. C’est boire le vin herbé en sachant que, quoiqu’il advienne, sa blanche magie n’a de réelle prise parce que les destins sont toujours déjà scellés par un fil d’or.

Quelle surprise ! Mes mots me viennent aisément, fluides et limpides. Aurais-je pu imaginer cela ? Aurais-je pu moi-même écrire ces images qui m’éloignaient loin des pages ? J’en doute. Et il est trop tard maintenant, hélas.

Ainsi, en relisant cette histoire, en la reliant à une autre, et puis une autre, j’ai fait une découverte fondamentale. Que ce philtre d’amour, absorbé par erreur, ne s’était pas seulement infiltré dans le corps et les humeurs des deux amants, mais que, par une magie obscure que je ne saurais expliquer, ce sortilège s’était secrètement, sournoisement infiltré dans toute la littérature, depuis leur histoire jusqu’à nos jours. Ainsi ce philtre, ce fil enchanté passait de roman en roman, de poème en poème, de chanson en chanson, parfois ténu et presque invisible, parfois ficelle grossière. Il distillait avec plus ou moins de parcimonie la beauté liquide de cet élixir, de ce fiel doux amer que condamne la morale : le désir infini fors le lien, fors le cercle, l’amour qui nous ravit malgré nous, grâce à nous, contre tous.  Cette beauté qui nous foudroie quand on aperçoit le sourire d’une passante, l’œil rêveur d’un promeneur, la main gracieuse d’une couturière, l’épaule nue du bûcheron… ces mille et un signes puisent leur pouvoir de séduction dans ce philtre primitif disséminé par les livres que les lecteurs, au bout de cette chaîne, boivent comme un vin de communion.

Mille et une fois j’ai bu ce breuvage sans savoir. Sans comprendre. Sans saisir la puissance de toute cette magie libérée… On ne dit jamais assez ce genre de choses aux jeunes filles, préférant mille fois leur parler de vertus, de protocoles, de conventions à respecter scrupuleusement, des atours qu’elles doivent porter en société, de leur maintien quand elles vont à la messe, de leur parler châtié dans les salons, mais jamais, au grand jamais on ne leur parle de la puissance du philtre originel, de ce désir sauvage du désir distillé dans le lecteur.

Je m’aperçois en me trompant dans l’orthographe que j’ai toujours confondu le filtre et le philtre. Toute ma vie, j’ai considéré les livres et leurs histoires comme des filtres de lecture, un moyen de chercher à faire correspondre la réalité aux modèles littéraires que je m’étais choisis. J’ai toujours pensé que c’était le seul moyen pour accéder au secret que recélaient les mots de félicité, de passion et d’ivresse, qui m’avaient paru si beaux dans les livres... Mais je me suis trompée. Cruellement.

Dans la réalité, ni Charles, ni Rodolphe, ni Léon, ces tristes héros, n’ont bu le philtre d’amour qui les lierait à moi et qui m’apporterait cet idéal, ce lien invisible et indéfectible. Et moi, ignorante du philtre qui me gouvernait, j’ai vécu malheureuse, je n’ai fait que courir après des images filtrées qui ne correspondaient pas au réel désir qui m’habitait. Ce désir fou de désir, il eut peut-être fallu simplement que je l’écrive.

Je l’ai bu. Maintenant, j’ai bu le philtre qui va me libérer et m’emmener vers la félicité. Et encore une fois, je suis seule à l’avoir bu. Il m’en remonte pour le moment un goût très âcre dans la bouche.

Je repense à la légende qui veut que sur les tombes des éternels amants repoussent sans cesse un cep et un rosier enlacés. Qu’on les coupe, qu’on les brûle, toujours le végétal pousse à nouveau dans la nuit et relie les tombes de Tristan et Iseut à jamais. Quelle image magnifique !

Il se peut que Charles meure de chagrin pour moi. J’en doute, mais ce que je sais, c’est que sur nos tombes, tôt ou tard, poussera un infâme liseron qu’il faudra régulièrement désherber. »

Yonville, 24 mars 1846
Emma B.

* * *

« Avant qu’elle se mariât, elle avait cru avoir de l’amour ; mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n’étant pas venu, il fallait qu’elle se fût trompée, songeait-elle. Et Emma cherchait à savoir ce que l’on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d’ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres. »

Madame Bovary, G. Flaubert, chap. 5

 


 

[1] Tristan de Thomas, c’est moi qui traduis.

* * *

Une réponse à l'appel à textes "Liens"

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26 avril 2009

Le feuilleton du dimanche

Une quête infernale

Shi May Mouty

septième épisode

(juste avant...)

Le vaisseau satanique transperçait l’espace. Soudain, un astre se dessina sur les écrans de contrôle. Razibuth, diable de 11ème échelon bientôt hors cadre (espérait-il), commandant en chef de l’expédition, donna l’ordre de s’y poser. Le sol plat était vermillon, le ciel écarlate ponctué de nuages incarnat.

L’analyse de l’atmosphère leur indiqua qu’ils pouvaient sortir sans leur scaphandre. Dès l’ouverture du sas, tous les membres de l’équipage purent ainsi se réjouir bruyamment de respirer une atmosphère brûlante saturée d’une odeur d’œuf pourri. Ils retrouvaient avec un plaisir innocent les sensations familières de l’enfer, leur utérus maternel. Ils savouraient également la joie de quitter à nouveau l’environnement musical qui était le leur depuis déjà bien trop de jours.

Grâce à la gravité réduite, ils sautaient comme des enfants, parcourant une longue distance d’un seul bond. Leur enthousiasme était désarmant.

Razibuth dut les rappeler à l’ordre et les regrouper pour partir à la recherche d’êtres vivants, donc de pêcheurs potentiels. Mais quelle que soit la direction dans laquelle ils regardaient, ils ne voyaient rien bouger. Tout était rouge et immobile. Cependant leur regard fut attiré par des monticules coniques, d’une dizaine de mètres de hauteur sur vingt mètres de diamètre au sol, de structure granulopoudreuse, parsemée de gros blocs rocheux rouge sang de dragon.

Carmangénino, faisant à son habitude preuve d’audace intellectuelle et théologique, s’en approcha et découvrit une sorte de cavité à la base de l’un d’eux. Il y pénétra sans attendre l’ordre du chef, puis appela ses compagnons. « Un tunnel, un tunnel. Venez vite ! »

Tous se précipitèrent. Pour Razibuth, il s’agissait de reprendre en main la direction des opérations, et vite. Il n’allait pas laisser un jeunot de 3ème échelon diriger à sa place. Il se précipita donc légèrement plus vite que les autres de manière à arriver le premier. Il rappela Carmangénino vers l’entrée, comme on réprimanderait un enfant qui aurait fait une bêtise à l’école. Arrêta d’un geste les autres diables qui faisaient mine de vouloir s’engager dans l’entrée. Intima le silence et se donna un air important en inspectant les parois, et reniflant l’atmosphère. Et ils durent attendre qu’il en donne l’ordre pour s’enfoncer dans une large galerie, bien droite, et de section régulière.

Au fur et à mesure de leur progression, les démons notaient une augmentation de la température, ce qui ne leur déplaisait pas du tout. Le groupe d’abord relativement discipliné prit peu à peu ses aises.

Ils ne tardèrent pas à marcher gaiement tout en se livrant à des suppositions et même à des paris. Qu’allaient-ils découvrir ? Le diablotin amateur de science-fiction cita à nouveau son auteur fétiche. Selon lui, dans Starship Troopers, des galeries du même genre abritaient une colonie d’insectes très agressifs qui tuaient les humains : les redoutables punaises. Renchérissant sur cette hypothèse, chacun imaginait les habitants des lieux (taupes, lombrics géants, trolls, cyclopes ?) ou l’usage de ces galeries (repaire de monstres, mine d’or ?). La plupart s’accordaient sur l’idée qu’il devait y avoir une cité souterraine surpeuplée (car il avait fallu une main d’œuvre abondante pour creuser de telles galeries). Cette dernière hypothèse plaisait à Razibuth. Il cogitait : s’il y avait beaucoup de personnes, il y avait aussi forcément des conflits divers, des vols, de grosses bagarres sanglantes, des meurtres, des guerres ! Il en frétillait de joie. Il y avait bien longtemps qu’il n’avait pas été aussi content. Quel bonheur ! Grâce à lui, ils allaient repeupler les enfers d’un grand nombre de damnés échappant à la juridiction terrestre et divine. La gloire en rejaillirait sur lui, le chef de l’expédition. Surement, il allait passer hors cadre. Il serait même décoré de l’ordre du mérite infernal.

Les diables continuaient à s’enfoncer dans la galerie et la chaleur croissait toujours d’avantage. Ils entendaient maintenant un sourd grondement, un souffle puissant, et soudain ils débouchèrent dans une salle gigantesque. Stupéfaction ! Ils étaient anéantis. Ils avaient devant eux un feu immense, des flammes hautes comme des baobabs et, s’activant autour d’un foyer, des diables, nombreux, cornus, poilus, rougeauds, tout comme eux. Ils étaient dans un enfer et les démons indigènes leurs rendaient des regards tout aussi éberlués. Razibuth se décida à intervenir. Il fallait communiquer. Mais quelle langue utiliser ? Il y en avait tellement dans le cosmos. Il adopta instinctivement le dialecte propre à l’enfer terrestre et il fut compris ! Ils parlaient la même langue !

 

Mais ceci est une autre histoire…

à suivre...

23 avril 2009

Fan de fanes

Fan-art

4PortFoliob

Chez les fanes de carottes,
on aime les photos
de fanes,
de carottes,
et aussi de plein d'autres choses !
Surtout quand elles font partie
d'un port-folio à thématique SF !

Qui veut poser avec des carottes ?

1-MAP

2- Vanina

3- Ekwerkwe

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21 avril 2009

Liens - 4

Le fil rouge
Caro_carito

« Elle a pris des couleurs » pense-t-elle, en caressant ses cheveux épais. La fillette sourit et lui tend un livre. La jeune femme s’en saisit, s’étonnant de la couverture rouge défraichie. La voix flutée murmure, craintive. « Mamie n’a pas fini de me lire les histoires. Elle m’a dit que je peux le ramener à la maison. » Elle fixe l’enfant qui soutient son regard. Surtout, ne pas s’emporter. A chaque retour de vacances, sa fille revient avec des jeux, des habits qui s’entassent dans la chambre exigüe.  Elle réprime les mots impatients qui vont jaillir de sa bouche. Ne pas lui faire de peine, en tout cas pas aujourd’hui alors qu’elle vient de rentrer. Pour rejoindre Paris, il y a deux ans, elle a laissé derrière elle, meubles, tableaux, livres. Éditions de poche, dictionnaires, encyclopédies, tout est resté dans des cartons, dans le grenier. Soigneusement étiquetés et rangés à côté de la malle aux déguisements et des coffres à jouets. Ici, l’espace est compté. Le lit de la petite est coincé entre une lucarne et un minuscule bureau. Un tapis au bord duquel s’entassent trois caisses en plastique coloré remplies de poupées et d’une dînette dépareillée.

La fillette s’est endormie avant la fin du récit. Elle entend ce souffle enfantin gonflé de nostalgie. Finies les cavalcades entre cousins. Adieu parties de cache-cache dans les hautes herbes, les pâquerettes tressées en couronne. L’enfant n’aime pas la capitale, ni ce deux-pièces humide où personne n’est jamais invité.

Elle baisse en silence le store. La nuit tombe plus tôt en septembre. C’est sûr, elle ne trouvera pas le sommeil. Pas tout de suite. La tristesse qui bouscule le sommeil de son enfant, l’a saisie. Il a suffi d’aller la chercher à la gare, de sentir dans ses cheveux l’odeur des Landes, épaisse. Le sourire triste de sa mère quand, dans ce salon de thé propret, l’enfant racontait ses vacances : les dessins les rares jours de pluie, les glaces qui fondent toujours trop vite, les photos de Pierre. « Il a grandi, tu trouves pas ? Pas autant que moi. »  La rapide étreinte, la larme vite essuyée alors que les derniers voyageurs se bousculaient sur le quai. Cette main suspendue alors que le train rapide a déjà atteint la petite couronne. Dans le métro, mère et fille se sont tues, appuyées l’une contre l’autre. Les bruits du vieil immeuble, rue Victor Dupuy, les ont accueillis, plus éprouvants que le silence. Cette vie pressée qu’elle ne supporte plus. Le concours cette année et après…

Comme l’enfant, le sommeil s’est emparé d’elle. La ville en apparence apaisée s’est réveillée d’un coup de klaxon strident. Elle passe un doigt sur la déchirure qui zèbre la couverture brillante. Elle respire les pages jaunies et sent revenir par bribes l’enfance. L’enfant se retourne avec un petit cri. « Pierre… ». La jeune femme ferme les yeux. Si seulement elle pouvait oublier la mezzanine sur laquelle elle se réfugie le plus tard possible, le plafond aux auréoles jaunes et les cafards qui reviennent sans cesse. A quoi bon tous ces pièges qu’elle déniche dans le grand Bazar. Elle serre contre elle le vieil album encombré de poussière. Si elle pouvait échanger l’odeur poisseuse et écœurante de ces murs contre ce parfum de papier vieilli. Combien de temps allait-elle tenir encore? A nouveau, le petit corps remue, soupire. Ce prénom comme un souffle qui s’apaise. Un ami proche, un frère d’armes ? Elle ne se rappelle aucun Pierre. Et, l’enfant n’a pas voulu parler. Du bout des lèvres, un laconique « Il est gentil. » Tandis que le regard gris-bleu glisse vers le quai bondé, il lui a semblé deviner une larme derrière le verre des lunettes roses. Fugace tristesse que le départ du métro dissipe. Au souper, elle espérait que le joyeux babil mentionnerait par mégarde ce prénom auquel elle n’a jamais prêté attention. En vain. L’enfant était restée sur ses gardes, protégeant jalousement l’entrée de son jardin secret. Elle s’approche du visage endormi dont la nuit accentue la fragilité. Elle soulève une mèche égarée sur la joue. La petite n’a pas évoqué son père, ni sa compagne. Pas plus que le petit frère à naître. Pourtant elle les a vus, elle le sait. A plusieurs reprises même puisque le couple a - surprise ! - profité d’une proximité estivale pour rencontrer la fillette.

Le marque-page a glissé sur le parquet et le livre s’est ouvert à la dernière page lue. Elle n’a pas eu le temps de dévoiler la fin dont elle se souvenait pourtant dès les premières phrases. A Noël, elle recevait un épais livre de contes qu’elle espérait, à chaque fois, interminable. Certains avaient sa préférence. Celui-là, elle l’avait usé à force de relectures. Elle en aimait les délicates illustrations, les robes de soie qui habillaient les héroïnes. Les visages au teint d’albâtre et les lourds chignons. Des histoires de renarde et de fantômes. Son regard s’arrête un instant sur une estampe, elle se rappelle cette histoire de cordon rouge unissant en secret deux destinées. Lien invisible, immortel, inaliénable. Elle en avait dévoré les phrases, la chair. Elle pouvait nier, s’illusionner, elle ne l’avait jamais oubliée ; elle avait cru de toutes ses jeunes illusions à cette prédestination. Et elle avait conservé au fond d’elle cette certitude irrationnelle qu’un autre se cachait quelque part, relié par un mince fil rouge, invisible. Un double, une âme jointe.

Le front de l’enfant est mouillé de sueur. Elle effleure ses tempes fines. Il faudra encore quelques jours à la petite pour quitter l’habitude des fraîches nuits de campagne et supporter l’air compact et surchauffé de leur foyer. Comme elle ressemble à son père avec ces longs cils noirs et cette inquiétude qui court le long de ses gestes brusques. Des intonations d’une ancienne vie commune émaillent parfois ses phrases enfantines. Cet homme, le père de Jeanne, ne sortira jamais entièrement de sa vie. Rares sont les fois où ils se rencontrent maintenant. Sur le seuil d’un échange, quand l’un des deux repart, après avoir happé une menotte chargée de bracelets acidulés. Il a beau accuser quelques rides, il reste cet homme drôle et enthousiaste dont elle s’est immédiatement éprise. Elle le devine loin, amoureux, embarquée avec une autre femme et des chimères à n’en plus finir. Les aspérités de l’existence glissent sur lui alors qu’elle-même se débat toujours, entre hésitations et incertitudes.

Elle soupire. Elle n’aurait jamais cru qu’ils connaîtraient la banale fin d’un couple. Elle se revoit lui annonçant l’enfant à venir. Ce fugace sentiment d’invincibilité, effleurer l’éternité. Puis, un jour, la réalité s’invite. Les soucis débarquent et marquent les paroles d’une intonation trop vive, amère. Les disputes et les rancœurs qui, malgré les sourires, ne s’effaceront jamais. Le silence s’installe. La peur étouffe les phrases lapidaires. Les réconciliations qui n’en sont plus. Ignorer le désastre. L’angoisse de l’argent qui manque. Les projets qui s’anéantissent au rythme des agios et des chèques refusés. Un jour, trouver un billet banal et une clef. Il ne peut plus supporter la situation, il préfère partir. Ce jour-là, elle aurait préféré découvrir qu’il ne l’aimait plus.

Il lui a fallu du temps pour abandonner la colère qui la rongeait. Même à la naissance de Jeanne. Surtout à sa naissance. Elle avançait alors à l’aveugle. Et puis, l’affection a pris le pas, grignotant la peine, petit bout par petit bout. Elle a doucement accepté ce qui lui avait paru au-dessus de ses forces. Pardonné la jeune fille aveugle et légère. Elle n’apprécie pas vraiment la femme qu’elle est devenue. Professionnelle et sur ses gardes. Elle se sait lourde, entraînée par le poids de ce qu’elle a laissé faire. La première fois qu’ils se sont revus, à une audience au tribunal, sa sérénité lui a sauté à la figure. Il avait su se protéger. Pas elle. Il lui fallait, coûte que coûte, affronter les amours passées qui savent si bien raviver les anciennes blessures. Mesurer la perte de l’insouciance qui ne reviendra plus une fois l’âme désertée. Elle avait décidé de ne plus jamais prononcer son prénom bien qu'elle l’entende parfois de la bouche de sa mère. Ou qu'elle l’aperçoive au bas d’un chèque agrafé à un bristol. Elle oublie sciemment, trie méthodiquement ses souvenirs. Dans la pénombre de la chambre, elle serre encore le vieux livre contre elle, s’enivre de cette odeur poussiéreuse d’enfance. Elle aurait dû savoir que ce n’était pas lui. Pas le moindre fil, même léger, infime, ne les relie. Un nuage de poudre aux yeux. Sans plus. Entre eux, il n’y a que l’ombre de Jeanne. Et des regrets.

Elle voudrait être campée en terre comme un arbre solide. Elle aimerait prier avec force que l’enfance et ses fariboles se dissolvent. Savoir effacer d’un trait décisif tout ce que l’on croit un jour, dur comme l’airain, croix de bois, croix de fer. Laisser sur le bord de sa vie les talismans obsolètes. Rien ne se passe. Aucun bruit ne vient troubler la carcasse du vieil immeuble, ni la rue étroite et embouteillée. Entre ses doigts, elle croit voir briller le mince cordon de satin. Quelque part… Elle sait que ce lien existe et qu’il conduit vers l’autre. Elle peut hausser les épaules, se tanner le cuir du cœur et ne plus jamais croiser les doigts. Jusqu’au mot fin, jusqu’au dernier inconnu croisé, elle sentira ce léger souffle de poussière et de dessins défraîchis revenir à elle. Jusqu’à son dernier souffle. Oui, elle le sait, elle le sent glisser le long de sa cheville. L’invisible fil rouge.

*  *  *

Ce fil rouge est relié à l'appel à textes "Liens"

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19 avril 2009

Le feuilleton du dimanche

Une quête infernale

Shi May Mouty

sixième épisode

(juste avant...)

Ils posèrent le vaisseau démoniaque au loin pour ne pas effrayer cet unique être vivant, faisant fondre une nouvelle portion de glace. Tandis que le vaisseau reprenait l’air, ils marchèrent dans sa direction en une procession frigorifiée. La créature avait une allure vaguement humaine, une tête, un œil, un bras, deux jambes disposées étrangement. Pas de bouche. Dommage, on ne l’entendrait pas crier en le torturant.

Sondant son esprit, Razibuth lui parla. Il semblait être le seul habitant de cette contrée, il n’en avait rencontré aucun autre et pourtant il vivait là depuis… Jamais, toujours, le temps, des notions qui n’avaient guère de sens pour lui puisqu’il était éternel. Il n’était ni homme, ni femme, il était un et cela suffisait. Son corps se nourrissait de neige qu’il captait par ce qui finalement ne devait pas être un œil, et il l’éliminait par évaporation.

Pêcher ? Il ignorait ce mot. De même que colère, envie, gourmandise. Mentir. A qui ? Tuer. Qui donc ? Trouver des concepts communs était laborieux. L’Enfer. Il ne mourrait pas, la question ne se posait même pas.

Razibuth s’énerva. Il cherchait à lui faire avouer une faute, une que Dieu ne pourrait pas pardonner. Une faute qui permettrait de l’expédier en Enfer sans contestation possible. Mais rien. Rien. Cet Hibernatus n’avait rien à se reprocher.

Le diablotin qui avait suggéré ces explorations, voyant Razibuth perdre son sang chaud et ses pieds s’enfoncer un peu trop nettement dans la glace, se permit d’intervenir. Il rappela que Dieu n’avait parlé de pardonner qu’aux humains, Il n’avait pas son mot à dire à propos de cette planète glacée et de son unique habitant, qui sortaient de sa juridiction. D’ailleurs, Dieu n’avait très probablement créé ni l’un ni l’autre, elle devait être l’œuvre d’un autre hurluberlu qui, lui, visiblement, n’avait que faire d’assujettir son engeance. L’argumentation, une fois de plus, était convaincante. Tellement que Razibuth nota mentalement le nom de ce petit jeune qui avait trop de trop bonnes idées. Il ne s’agirait pas qu’il montre trop vite en hiérarchie, ce comment déjà ? Carmangénino… 

« Il faudra se renseigner, consulter l’Internet pour trouver de la documentation sur la création. » Razibuth, qui était apparu un peu plus tard et ignorait certains détails, commençait à se sentir perdu dans toutes ces questions métaphysiques

L’idée faisait son chemin dans l’esprit de ses compagnons. On allait pouvoir l’expédier en Enfer sans souci. Ce serait très intéressant d’essayer de le rôtir ou de l’ébouillanter dans l’huile. Avec lui, il faudrait innover : nouveaux concepts, nouvelles méthodes. Un cas passionnant !

Ainsi fut fait, l’homme des glaces fut expédié d’un claquement de doigt en Enfer.

Razibuth et les autres diables se félicitèrent. « C’est un bon début. » « Il faut démarrer doucement, ainsi, on ne peut que progresser… »

Totalement frigorifiés mais optimistes, ils regagnèrent le vaisseau, oubliant un instant qu’en remontant dans le vaisseau, ils allaient retrouver l’infernale musique. Razibuth de son coté pensa qu’il allait pouvoir passer hors cadre : belle promotion.

Et ils reprirent leur exploration.

 

Mais ceci est une autre histoire…

à suivre...

17 avril 2009

Liens - 3

Troubles matinaux

Shi May Mouty

C’était le moment où les derniers rêves s’effacent, effleurant à peine la mémoire, le moment où la réalité s’impose peu à peu à la conscience, comme un atterrissage en douceur dans le monde ici-bas. La chaleur du lit, le moelleux de l’oreiller, la douceur de la couette. Il se sentait bien, goûtant avec bonheur à ces derniers instants.

Soudain un crépitement agressif envahit sa tête, comme si une abeille affolée avait pénétré dans son oreille et agitait frénétiquement ses ailes. Il introduisit son index dans le conduit auditif, le secoua énergiquement de haut en bas. Son geste dissipa immédiatement ce trouble.  La journée passa, puis le lendemain. Il en oublia vite l’incident.

Cependant, le matin suivant, alors qu’il émergeait à peine du sommeil, pendant quelques minutes ce même vacarme explosa, encore plus intense.

Souffrait-il d’un acouphène, d’un dysfonctionnement de l’oreille, ou du cerveau ? Ce bruit venait-il simplement de l’extérieur ?

Il se précipita sur son pallier, frappa chez le voisin pour lui demander dans détour s’il avait entendu ce bruit fracassant. Non, rien, absolument rien. Pardon de vous avoir dérangé.

Tous les matins à l’aube, les jours suivants, il s’éveillait en sursaut, anticipant l’apparition de l’étrange phénomène qui, au final, ne se manifestait pas. Il se rendormait alors, soulagé. Le bruit semblait avoir disparu pour de bon et il put jouir à nouveau, pendant quelques semaines, du bonheur des réveils tardifs et paisibles. Un autre matin, sans prévenir, le crépitement horrible suivi de sons étranges, presque articulés, ressurgit. Puis, à nouveau, le calme revint. Je deviens fou. Mais que ce passe-t-il ? Il passa en revue les maladies psychiatriques : délire, schizophrénie, paranoïa. Aucune ne semblait correspondre. Il songea même à la démence sénile… Non, non, non, je n’ai pas l’âge pour ça !

Du temps passa, plusieurs semaines sans doute. Aux matins ordinaires succédaient ceux où le phénomène survenait soudainement. Des sons tantôt graves, tantôt stridents mêlés de syllabes articulées comme des mots incompréhensibles emplissaient son crâne. Il n’y prêtait plus guère attention, il avait fini par s’y habituer.

La vie continuait avec ses fêtes et ses lendemains qui chantent, perpétuel recommencement. Un matin, alors qu’il émergeait péniblement des brumes d’une fête très arrosée, il perçut une lueur glauque derrière ses paupières closes. La fatigue et l’ivresse aidant, il n’eut ni la volonté ni la force de les ouvrir. Intrigué par ce qu’il pensa être un rêve ou une rémanence rétinienne, il décida de les garder fermées, juste pour voir.

La silhouette bougea et le vacarme fit à nouveau irruption : des bruits étranges qui ressemblaient de plus en plus à des paroles. Pris de panique, il ouvrit brutalement les yeux pour chasser cette vision. Mais la forme continuait de s’imprimer sur sa rétine. Où qu’il posât ses yeux dans la semi-pénombre de la chambre, il voyait maintenant très nettement, quelle horreur, une pieuvre monstrueuse dont les yeux noirs, profonds comme des gouffres ouverts sur un monde inconnu, le fixaient intensément. Des tentacules menaçants s’agitaient, déployant des ventouses cornées.

La peur lui coupait le souffle. Une pieuvre ! Une pieuvre ! Lui qui avait une phobie irraisonnée des méduses et autres créatures flasques des océans, il fallait qu’il soit hanté par une pieuvre ! Son cerveau était incapable de réagir, d’avoir la moindre pensée cohérente. Il était tétanisé, paralysé. Seule existait la peur. La pieuvre et sa peur.

Au même instant, très loin de cette chambre, des êtres presque immatériels, le corps réduit à un protoplasme translucide parcouru d’influx lumineux incessants, s’acharnaient devant d’étranges appareils. Par instant, leur corps émettait des éclairs fulgurants, ils semblaient furieux.

Depuis longtemps déjà, ils cherchaient à communiquer avec des êtres pensants. Ils avaient choisi cette galaxie pour mener leur programme. Ils en avaient exploré des planètes ! Mais toutes les tentatives pour entrer en contact avec leurs indigènes avaient lamentablement échoué. Sur cette petite planète insignifiante et inoffensive en orbite autour d’un soleil pâle, ils étaient pourtant sûrs d’avoir détecté des êtres vivants. Et certains semblaient même dotés d’une certaine forme d’intelligence.

Lors des essais précédents, et malgré leurs techniques très performantes, ils n’avaient pu obtenir la moindre information sur l’aspect que revêtaient les créatures avec lesquelles ils avaient tenté de communiquer. Probablement, ils auraient été surpris de voir à quoi ressemblent la mouche, l’huitre, le ver de terre et le brochet qu’ils avaient sondés. Depuis peu cependant, perfectionnant leurs méthodes, ils avaient pu visualiser l’un de leur cobaye : une sorte de grosse entité protoplasmique, comme eux, mais vivant en milieu aquatique. Son corps était cependant plus matériel que le leur, composé d’une grosse masse oblongue terminée de multiples appendices.

Ils en avaient alors adopté l’aspect pour projeter cette image familière dans l’esprit de leur ultime cobaye. Les crédits alloués à cette étude étaient épuisés : ce spécimen serait le dernier de ce programme.

Or c’était bien parti pour être un échec de plus. Cet être ne possédait qu’un esprit confus et lent - le cobaye XX11 qui vivait sous le sol était plus réactif. Ils n’avaient détecté que des sensations vagues : volupté, peur ; ainsi que d’obscures excitations éthyliques au niveau neurologique. Pas le moindre raisonnement cohérent n’était détectable.

Ils en étaient sûrs maintenant : les habitants des planètes de cette galaxie étaient inexploitables, beaucoup trop primitifs. Inutile de poursuivre le programme télépathique en ces lieux, il ne leur restait plus qu’à réclamer de nouveaux budgets pour explorer une autre galaxie en arguant qu’ils avaient amélioré leurs appareillages. Ils le savaient, leurs supérieurs seraient déçus. On leur répéterait l’importance de leur mission, qu’ils devaient trouver, coûte que coûte, que leur expansion, leur survie était en jeu, qu’il fallait de nouveaux espaces ainsi que des esclaves pour récolter les ressources, des esclaves suffisamment intelligents pour être contrôlés par télépathie. Ils éteignirent, un à un, leurs appareillages.

Au même instant, très loin de ces appareils, un jeune homme se remettait doucement de ses émotions. Il passa quelques examens médicaux. Par acquis de conscience. On ne trouva rien. Alors le jeune homme, toujours aussi paresseux, toujours coutumier de soirées bien arrosées, reprit ses bonnes habitudes : réveil progressif, son lit était si confortable…

Il oublia rapidement ses réveils cauchemardesques, les mit sur le compte de quelques nuits trop courtes et trop agitées. Le whisky n’était peut-être pas toujours de très bonne qualité.

*   *   *

 

Ce lien "téléantipathique" nous a été transmis par un appel à textes lointain...

Posté par Sebastien_ à 08:00 - n°19 - Nouvelles fanes d'avril - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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15 avril 2009

philtres et enchantements - 2.3

préparation - fabrication - potion

Ekwerkwe

3

3

3

3

***

Préparation de potions, philtres et enchantements.

 

14 avril 2009

philtres et enchantements - 2.2

préparation - fabrication - potion

Ekwerkwe

 2

2

2

2

2

***

Préparation de potions, philtres et enchantements.

 

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