31 mars 2009
Courrier de mars des lecteurs
Dans le numéro 18, les nouvelles fanes de mars frissonnaient entre rire et horreur...
AT "Terreur et horreur"
Mélancolie en sous-sol, InFolio
Maison à vendre, Map
Dans les murs, Martine27
Un bon samaritain, Martine27
Chambre 13, Pandora
première & deuxième parties
Terreur nocturne, Pandora
Appel à jeux "Les carottes de la peur"
Carose, InFolio
Les Carseaux, InFolio
La chasse du Comte ZCarotte, Map
Le feuilleton du dimanche
"Ceux d'en bas"
épisode 10 (InFolio) et épisode 11 (Papistache)
"Une quête infernale", Shi May Mouty
épisode 1, épisode 2 et épisode 3
Fiction et science-fiction, InFolio et Llo
Quand les robots marchent dans les pas de l'Homme...
Fan-art
Qui veut visiter la cuisine?, InFolio
Le dictionnaire illustré de la SFFF
"F.A.N.E.S. Invaders", Sébastien
A vos souhaits!
La règle du Atchoum!, Map et Pandora
* * *
Ce numéro a été réalisé par
Ekwerkwe
InFolio
Rose
& Sébastien!
Les auteurs de mars
INFOLIO

L’InFolio est un mammifère bipède nomade social à tendance asociale.
Lors
de sa lointaine jeunesse, l’InFolio a rencontré un autre mammifère
bipède appelé le professorus de françus. Celui-ci était doté d’un don
de voyance, et lui avait prédit une carrière littéraire et non
scientifique. Ce savant n’avait ni tout à fait tort ni tout à fait
raison. L’InFolio dévore les livres autant que les sciences dévorent
l’InFolio. Parfois l’InFolio essaye d’attraper en vol des photons pour
leur demander leur numéro de matricule. L’InFolio mène aussi, à ses
heures perdues, des recherches sur la relativité du temps liée
l’évasion par l’imaginaire et le rêve, et sur le dépôt en couches
minces de pigments sur un substrat à base organique.
BLOG : InFolio dans tous ses formats
* * *
LLO
Geekette amoureuse des robots, naviguant entre la mécanique, l'électronique et l'informatique.
BLOG : famille de geeks
* * *
MAP
Amie de la nature et des jeux de mots pour lutter contre tous les maux !
* * *
MARTINE27
Alors voyons voir ! Qui sommes-nous ? Une partie de
moi aime lire des policiers et du fantastique, marcher armée de mon
APN, nager sans mon APN, me plonger de temps en temps dans la pâte à
modeler et l'autre partie, sur laquelle je n'ai guère de prise, prend
plaisir à inventer des petites histoires qui m'étonnent toujours quand
elle me laisse les lire. Toutes les deux nous avons plaisir à tenir
notre blog et nous vivons au milieu d'un petit monde bizarre peuplé
d'une Mémé Célestine et d'un Pépé Athanase, d'une Mimi rousse et de son
chat bleu Tom, d'un lutin de placard prénommé Elfie et depuis peu d'un
dragon à réaction répondant au gentil nom d'Errol. Tout cela supervisé
par notre chatoune Thalis qui a bien voulu nous prêter ses adorables
oreilles et son charmant museau.
BLOG : Mon carnet à malices
* * *
PANDORA

Je suis une gourmande et une passionnée, en vrac, de voyages, de chocolat, de jeux vidéo et de lectures allant de la poésie (Baudelaire) à la fantasy (Robin Hobb, Guy Gavriel Kay, Tolkien…) et à la science fiction (Bradbury, Philip K Dick, Asimov…) en passant par le polar que j’adore sous toutes ses formes, très noir (Chesbro, Ellroy, Connely, Tabachnik, Liebermann…), dépaysant (Benacquista, Mc Call Smith, Mankell…), amusant comme Westlake ou inclassable comme Vargas…
Et quand tout cela ne suffit plus à me faire rêver, je prends ma plume et m’invente de nouveaux univers pour m’évader au travers de mes personnages et de mes histoires…
BLOG : Les poèmes de Pandora
* * *
PAPISTACHE

Papistache ne vit que depuis 322 matins.
Son existence étant courte, sa biographie sera brève.
Conçu
une nuit de Saint-Sylvestre porté une demi-douzaine d’heures, il est né
un matin de janvier 2007 à 6 h 01, déjà vieux, chauve et sage !
Il se ressource au contact de l’humus et s’oxygène en plantant un genou en terre.
Physiquement,
c’est la silhouette de Don Quichotte, sa curiosité s’apparente à celle
de Pinocchio, son âme s’inspire de l’épopée de Lancelot du Lac et le
Philémon de Fred est son camarade de jeux.
Le dos de l’Espagnol, les
articulations de l’Italien, la candeur du Breton, et l’épaisseur de
papier du dernier, vous vous doutez que derrière s’agite un montreur de
marionnettes.
Mais devant le spectacle de Guignol et Gnafron, qui se
soucie d’apercevoir la tête de celui qui, par nécessité
professionnelle, se tient derrière le castelet ?
BLOG : Papistacheries
* * *
SÉBASTIEN

Petit, Sébastien eut un rêve issu du monde du silence
: devenir océanographe. Aussi il fit des études littéraires. La vie
souffle souvent vers l'inattendu mais la vie, souvent, a ses raisons :
son expérience aquariophile fut un désastre sans nom. Enfin, surtout
pour les poissons.
Abandonnant le rêve de l'océan pour l'océan
des rêves qu'est la lecture, il fit des expériences d'immersion totale
dans les livres, lisant tout ce qui le touchait, et même au-delà. Il
testa également l'écriture en caisson isobare : souvent seul, à mille
mètres de profondeur, bien loin des regards. Il fit quelques clapotis
en surface, coanimant un atelier d'écriture dont il co-diffusait les
travaux oulipiens sur les ondes joyeuses de la radio universitaire.
Puis
il quitta l'océan des rêves pour la terre ferme : lire ne fait pas
manger et il entreprit d'avoir un travail. Ce qu'il fit, loin des
livres. Parmi les petits et les grands bonheurs de sa vie terrestre il
cite volontiers la naissance de son petit Matisse.
De temps à
autre, on le voit vaquer dans de drôles de labyrinthes, à la recherche
sans doute de ces embruns dont il garde le souvenir du parfum enivrant.
L'observateur
attentif notera qu'il fréquente depuis peu un drôle de potager.
D'ailleurs son profil suggère qu'il devrait se mettre, dare-dare, au
régime de carottes.
BLOG : Labyrinthes avec vue
* * *
SHI MAY MOUTY
Après avoir enseigné à des grands enfants, elle a entrepris de déterrer des ancêtres et de lire tous les livres achetés par ses deux enfants et une bibliothèque municipale en entier. Il n’empêche que sa vie est pleine de trous.
30 mars 2009
Terreurs et horreurs - 6
Mélancolie en sous-sol
InFolio
Dans la froideur d’une crypte, un
néon clignote, épileptique. C’est le cri angoissé d’une lente agonie : ne
m’oubliez pas, changez-moi !
Sa lueur syncopée estompe par
intermittence l’obscurité et permet d’entrevoir un pilier mal dégrossi dont la
peinture s’écaille. Ils sont plusieurs, là, alignés sur un schéma qui se répète
à l’infini dans la lumière blafarde
d’autres néons. Sol et plafond, de la grisaille, encore. Ponctuellement, une
forme de couleur. Dans le grand parking souterrain, vide de toute présence
humaine, l’appel muet, désespéré, reste vain.
Le silence de tombe se laisse
cependant distraire quelques instants. Assez longtemps pour que des bruits
furtifs et lointains en profitent. Ils s’engouffrent dans cette brèche et y
prennent leurs aises. Ils se rapprochent, augmentent en intensité et se
précisent.
Ses pas résonnent sur le béton
gris. Elle marche. Ses cuisses cintrées dans une jupe descendant sous le genou
l’obligent à faire des petits pas rapides. Ses talons claquent dans une
démarche d’automate, mais son esprit vagabonde. Là sans y être.
Un jour de plus dans sa tête et
dans son corps. Un de plus. Pour une fois, et pour changer un peu, ce n’est pas
un jour d’asociabilité intense, où elle a envie de disparaître, cesser
d’exister face au reste du monde. Ce n’est pas non plus un jour d’irritabilité
incontrôlée, où elle songe juste à fuir pour ne pas en arriver à brutalement
repousser l’autre et ses questions, comme des parasites. C’est juste un autre
de ces jours de grand vide. Solitude profonde, et mélancolie. Un jour à avoir
envie de parler, envie d’une présence et de réconfort, mais où, pour rien au
monde, elle n’appellerait un ami. Un de ces jours. Un de plus.
Ses yeux vides errent à la
recherche d’indications pour se repérer tandis que son esprit rumine l’absence
pesante de celui qui a subi la tempête d’un de ses récents jours noirs. Comment
réparer le mal qu’elle a fait ?
Son regard se pose sans y prêter
attention sur un scintillement tandis que ses jambes poursuivent leur
progression mécanique. Flexion, extension.
Au loin un son métallique,
soudain, la ramène au monde réel, la faisant frissonner. Elle prend enfin
conscience de cette trace lumineuse intermittente : le reflet d’un néon
défaillant sur une flaque couleur de rubis. S’en détache une traînée rouge dont
la linéarité parfaite s’interrompt sur une masse sombre.
Ses bras se resserrent sur son
ventre. Sa main droite agrippe la lanière du sac à main passée sur son épaule
gauche. Elle se crispe.
Et pourtant, au lieu de crier ou
de fuir, poussée par une force incontrôlable, elle avance pour mieux distinguer
cet amas. Cette forme incongrue. Ce corps, la tête étrangement rejetée en
arrière. La carotide tranchée.
Un mouvement. Ou une ombre.
L’a-t-elle imaginé ?
Et ce souffle qu’elle sent sur sa
nuque, cette respiration.
*****
En réponse à l'appel terrifié "Terreurs et horreurs"
29 mars 2009
Le feuilleton du dimanche
Une quête infernale
Shi May Mouty
troisième épisode
C’est ainsi que le calvaire commença. Le silence inquiétant qui régnait sur les Enfers depuis la décision divine fut troublé par des piaillements atroces. Horreur ! Pour motiver ses troupes à fournir des idées lumineuses et brillantes, Lucifer installa une sono qui diffusait en boucle des titres joyeux et dansants tels que « La salsa du Démon », « L’île aux enfants » ou « Un monde parfait ». Il ne les arrêterait que lorsqu’une solution serait trouvée. Insupportable. Notre diable de 11ème échelon, Razibuth, avait bien des raisons de se plaindre.
Lucifer, lui, annonça qu’il prenait quelques semaines de congé au Brésil chez un ami. Qu’on vienne lui soumettre sur son yacht toutes les idées qui surgiraient et qui seraient jugées recevables par les démons d’échelon 11 et 12.
Horreur ! Apprenant ça, Razibuth soupira si fort qu’une fumerole bleutée s’échappa de ses naseaux.
Pour se faire bien voir et en espérant gagner en grade, nombreux furent ceux qui tentèrent leur chance. Le Conseil des démons supérieurs dût supporter un défilé d’idées plus absurdes les unes que les autres : démarcher les âmes au Paradis pour les faire revenir en Enfer, un plan comm’ auprès des vivants pour qu’ils refusent la place qui leur était offerte au Paradis, kidnapper un archange pour faire céder Dieu, acheter des âmes en exauçant des vœux sous forme de génie dans une lampe… Et pourquoi pas aller vendre des diablotins en caoutchouc et des boules à neige au pied de la Tour Eiffel tant qu’on y était !
Et en toile de fond, toujours et encore ces rengaines ! Un Enfer pour les démons. Une torture pour Razibuth. Malheur !
Les membres du Conseil n’en pouvaient plus, ils en arrivaient parfois à désintégrer d’un mouvement de l’ongle ceux qui venaient avec les idées les plus exaspérantes. Razibuth, lui, avait depuis un moment déjà opté pour des boules quiès – celles en cire fondaient, mais deux chewing-gums bien mâchés firent l’affaire : la chaleur les gardait ramollis juste ce qu’il fallait.
On aurait pu croire que les petits démons, en apprenant qu’ils risquaient d’être désintégrés, se seraient montrés moins enthousiastes. Or c’est à peine s’ils prenaient le temps de peser davantage l’intérêt de leur proposition avant de venir l’exprimer. Au contraire, ceux qui ne supportaient plus la musique se présentèrent, les yeux suintants à force d’insomnie, la face lacérée par leurs griffes, et proposèrent volontairement des idées incongrues, telles que proposer des séjours touristiques sadomasochistes aux âmes du Paradis ou aux vivants. Après le départ en fumée du troisième kamikaze, la nervosité aidant, un démon du 11ème échelon fut pris d’une crise de nerfs et demanda à être, lui aussi, réduit en fumée. Souhait aussitôt rejeté par son supérieur hiérarchique qui voyait enfin là une occasion de faire souffrir quelqu’un, comme au bon vieux temps.
Le Conseil prit conscience de la situation, ses membres s’efforcèrent de garder leurs ongles dans leurs poches et demandèrent quelques heures de repos. Quand ils reprirent les séances, un diablotin anonyme, amateur de science-fiction, proposa d’exporter le concept ailleurs. Il suffisait d’explorer les exo-planètes. Le péché n’était certainement pas une exclusivité des Terriens. Ailleurs, ils n’auraient pas la même concurrence, et l’on devait pouvoir découvrir des monstres de brutalité et de sadisme intéressants. Et surtout, Dieu n’avait parlé que des humains, et n’avait pas mentionné les créatures d’autres civilisations.
Quelles perspectives de renouveau pour les enfers !! s’exclama Lucifer quand le Conseil vint lui soumettre l’idée. Dans l’enthousiasme, il ordonna l’organisation immédiate d’une expédition hors du système solaire…
Mais ceci est une autre histoire…
à suivre...
27 mars 2009
Le dictionnaire illustré de la SFFF
Fanes Are Not Electronic Starwars-Games Invaders
Découverte par nos pionniers archéotertrologues envoyés sur le Tertre #4^256.854, cette machine est sans doute représentative de l’arsenal militaire déployé par les autochtones un eklat-lumière avant la colonisation de cette friche du sidéther. Machine rudimentaire dont le programme, une sorte de babilbinaire primitif, n’a pu être entièrement interprété par nos experts numéricoprotolinguistes. Les spécialistes sont, de ce fait, divisés sur l’utilisation de ce qui semble être un contrôleur métaorganisé de données sub-numériques.
- Certains ont associé cette machine à un programme militaire intitulé ‘Staraware’ que les indigènes déployèrent à cette même époque. Nous supposons que le but de ce dispositif était censé intercepter les menaces sidétheriennes. Cette console, très primitive, devait être l’unique contrôleur du dispositif destiné à commander d’archaïques klaseurs pointés vers le sidéther. Mais comme le rappelle notre expert tertricostratégique, le Cloportaine Zulklinix, qui fit le bilan de notre programme de colonisation du Tertre #4^256.854: « Ils ont tenté de nous arrêter avec ce bidule ? Mouhahaha !!! »
- D’autres au contraire, constatant la présence d’un double poste de contrôle sur la console de commandement (cf. le klichromaton ci-contre), pensent qu’il s’agissait d’un robot militaire destiné à simuler une attaque sidéthérienne. Les combattants devaient alors introduire une puce ronde en métal pour mettre en marche ce programme intensif d’entraînement au combat dans le sidéther. Les représentations graphiques présentes sur la carapace de la mécanique étaient sans doute une sorte de grigri porte-bonheur comme ceux que nos termitosoldats peignaient sur leur siderforeur avant que cette extravagance ne soit rigoureusement interdite.
- Nos ethnotertrologues les plus excentriques pensent qu’il s’agirait en fait d’un « jeu ». Un « jeu » (selon lesdits spécialistes) se réfèrerait à une activité pratiquée massivement par la civilisation de ce tertre ; activité dont l’unique finalité serait de se distraire. Quelle idée ! Voilà ce qui arrive aux sociétés permissives qui laissent leurs sujets se complaire dans l’oisiveté au lieu de servir aveuglément leur reine : elles finissent envahies et dominées par leurs voisins.
Extrait du catalogue illustré des Antiquités – Marcottage du 35e eklat, ray. IV, art. 134
(par Sébastien)
26 mars 2009
Terreurs et horreurs - 5
Chambre 13
Pandora
deuxième partie
Pas de tonalité.
Elle regarde l’écran de son téléphone. Pas de réseau. PAS DE RESEAU !
Il ne manquait plus que ça. Mais il marchait, tout à l’heure, ce putain de
téléphone !
On cogne à sa porte. Elle crie :
- Que voulez-vous ? Je suis en train
d’appeler la police, vous feriez mieux de partir.
Derrière le panneau de bois, un rire strident monte dans les aigus à la
façon d’un hurlement. Celui d’une hyène, d’un prédateur qui se tiendrait de
l’autre côté. D’où vient ce courant d’air froid qui la traverse ? Elle sent sa
peau se couvrir de chair de poule, ses rythmes cardiaque et respiratoire
s’accélérer, son ventre se contracter violemment. Son dos est trempé de sueur,
sa chemise colle à sa peau, colle à la porte. Elle comprend mieux ce que veut
dire mourir de peur, mais elle est bien trop jeune pour mourir. Elle cherche dans
la chambre ce qui pourrait faire office d’arme. En attendant, il faut qu’elle
se barricade. Elle pousse la table pour la bloquer sous la poignée de porte,
même si elle a conscience de la fragilité de son montage. Mais il faut qu’elle
fasse quelque chose.
Elle entend de nouveaux bruits derrière la porte, des grognements. Combien sont-ils ? Il faut qu’elle se
ressaisisse sinon elle va devenir folle. Elle est seule au troisième étage d’un
bâtiment désaffecté et quelqu’un (peut-être quelque chose) attend derrière la porte.
La fenêtre, oui, c’est ça. Elle essaie de l’ouvrir mais elle a beau tirer, rien
ne vient. Elle sent une présence dans son dos et se retourne fréquemment pour
surveiller l’entrée.
Bien sûr, cette aile était autrefois le pavillon psychiatrique. La fenêtre,
déjà munie de barreaux, a de plus été bloquée pour éviter les tentatives de
défénestration… Mais elle sait qu’il reste d’autres possibilités de mettre fin
à ses jours pour qui le veut et il circule pas mal d’histoires lors des soirées
entre infirmières. Des histoires
macabres pour lesquelles ce n’est vraiment ni le lieu ni le moment…
On frappe à nouveau contre la porte, des coups violents et rapprochés. Elle prend la chaise et frappe contre la
vitre, une fois, deux fois, enfin elle s’opacifie et cède. Le verre se
pulvérise. Elle utilise le dossier pour agrandir l’ouverture sans se couper. Elle
se rapproche mais recule brutalement en regardant sous ses pieds. Les crissements
du verre lui donnent l’impression d’écraser des carapaces de cafards. Elle
déteste les insectes. Respirer un grand coup, ce n’est pas le moment de penser
à ça. Elle surveille la porte, mais rien ne bouge. Elle n’entend plus rien. Le
calme avant la tempête. Elle se rapproche à nouveau de l’ouverture en essayant
de ne pas penser au bruit du verre. Puisque ce n’est que du verre.
- AU SECOURS, AU SECOURS, AIDEZ-MOI !
Ses cris s’envolent dans la nuit venteuse. Il n’y a pas d’aide à attendre
de ses collègues qui sont bien trop loin pour l’entendre, mais quelqu’un
dehors, peut-être. Mon dieu, faites que quelqu’un passe.
L’agitation reprend de l’autre côté, des bruits de pas, des frottements
contre la porte. Elle doit se trouver une arme. Elle regarde les éclats de
verre au sol. Trop petits. Maudit verre sécurit ! Un miroir est posé
au-dessus du lavabo. Elle sursaute en apercevant son reflet qu’elle reconnaît à
peine. Que lui arrive-t-il ? Ne pas penser, agir. Le miroir tient par quatre
attaches. Elle essaie de les faire bouger. Ses ongles cassent et elle s’écorche
la peau. Elle a les doigts en sang mais une des accroches vient enfin. La
surface est maintenant ponctuée d’empreintes rouges. Elle tire plus fort et une
deuxième attache cède. Le miroir tombe et éclate au sol. Alors que tout
semblait s’être calmé, elle entend maintenant un cliquetis de chaînes. Un des
éclats est assez grand et pointu pour faire office d’arme. Tout plutôt que de
rester sans défense même si elle n’est pas sûre de savoir s’en servir.
Elle regarde le carnage dans la pièce, la vitre brisée et les éclats du
miroir au sol, et éclate d’un rire qu’elle ne peut plus arrêter. Ce qui se
trouve derrière la porte lui répond avec un rire de dément. Les coups se font alors plus violents et la table bouge à
chaque impact. La porte ne tiendra pas longtemps. Son téléphone qu’elle tâche
de sang avec ses mains poisseuses reste désespérément inutilisable.
- AU SECOURS, JE VOUS EN SUPPLIE. IL Y A
QUELQU’UN ?
Elle est en larmes maintenant et crie de toutes ses forces. Elle n’a aucune
chance. Les barreaux de la fenêtre sont trop solides pour elle. Prise au piège.
Renforcer la barricade avec le lit. Vite. Elle se précipite vers le lit mais
son pied glisse sur les débris de verre devant la fenêtre et elle chute vers
l’avant. L’arme de fortune qu’elle tient à la main vient se ficher dans son
abdomen quand elle touche le sol. L’éclat triangulaire la traverse de part en
part, ne lui laissant aucune chance. Elle réalise, le temps d’un cri de
surprise, le paradoxe de la situation.
D’abord la blessure ne saigne pas. Elle regarde, interloquée, le morceau de
miroir qui dépasse de son abdomen. Puis le sang arrive, des giclées qui pulsent
par saccades au travers de la grande plaie. Elle se sent partir à mesure
qu’elle se vide. A-t-elle mis des sous-vêtements assortis ? Il lui semble
un moment entendre la sonnerie de son téléphone. Le réseau est revenu. Elle a
froid et se sent légère, elle n’a plus peur.
Les coups cessent et tout redevient silencieux. Dehors, quelques flocons commencent à tomber et quand les pompiers forceront
la porte, alertés par Max qui s’inquiétait de ne pas réussir à la joindre au
téléphone, le sol de la chambre sera recouvert d’une mince pellicule neigeuse,
insuffisante toutefois pour masquer le rouge caillé de la flaque de sang. Les
gendarmes s’interrogeront sur ce qui s’est passé, les marques sur la porte, la
présence de la table comme une ébauche de barricade, le miroir et la fenêtre brisés.
Sans trouver d’explication.
fin
* * *
En réponse à l'appel terrifié "Terreurs et horreurs"
25 mars 2009
Terreurs et horreurs - 5
Chambre 13
Pandora
première partie
Elle
a accepté cette mission en intérim pour la Toussaint. Deux jours rémunérés
grassement qui aideront à payer cette télé qui leur fait de l’œil depuis
quelque temps déjà. Son ami n’a certes pas été ravi à l’idée de passer le week-end
seul, mais c’est le prix à payer quand on fantasme sur les infirmières. D’autant
que lui aussi a envie d’un grand écran
pour regarder ses matchs.
Le centre de cure est situé en montagne, à près d’une heure de route, et on
lui a proposé de dormir sur place pour lui éviter un trajet inutile sur des chemins
peu praticables. A son arrivée, un collègue la conduit dans la chambre où elle
passera la nuit, pour qu’elle y dépose
ses affaires. Située au dernier étage
dans une aile désaffectée du bâtiment, c’est une ancienne chambre de malade,
toute simple, avec un petit lit au cadre métallique, une table, une chaise et
un lavabo, les douches étant à l’étage. Il n’y a ni télévision ni téléphone,
mais elle n’en aura pas besoin. Elle s’attarde un moment à la fenêtre qui donne
sur les montagnes et les forêts alentour ; la neige toute fraîche a
recouvert les arbres d’un fin manteau brillant. Une vue magnifique.
Elle a choisi l’intérim parce qu’elle déteste la routine et que chaque nouvelle
mission constitue une petite aventure. Mais c’est toujours avec un peu
d’appréhension qu’elle prend son poste, découvre l’équipe et se familiarise
avec ses méthodes de travail, essaye de s’intégrer pour que la journée passe du
mieux possible. Aujourd’hui, l’ambiance est bonne et l’équipe plutôt sympathique.
Les veilleuses de nuit prennent le relais à vingt et une heure et après de
rapides transmissions, chacun rentre chez soi, les autres habitants à proximité.
Elle regagne, seule cette fois, sa petite chambre en passant rapidement par
l’extérieur pour gagner le bâtiment voisin. La nuit est froide et la lune,
pleine en ce samedi soir, donne à la neige un reflet grisé. Son téléphone sonne
alors qu’elle est encore dehors, et elle prend l’appel en marchant.
- Ça va, tu t’en sors ?
- Oui, l’équipe est sympa, je rentre,
maintenant. J’ai une petite chambre rien que pour moi dans un grand bâtiment
vide.
- Tu
n’as pas peur que le grand méchant loup vienne te manger ?
Wououououou !!
- Arrête Max, tu n’es pas drôle.
Elle entre, mais la lumière ne fonctionne pas.
- Mince !
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- La lumière ne marche pas. J’ai besoin du
téléphone pour m’éclairer, je te rappelle quand je serai dans la chambre,
d’accord ?
- D’accord, à tout de suite.
Elle raccroche et se guide dans les couloirs désormais sombres et déserts à
la lueur de son téléphone portable qu’elle tient devant elle comme une lampe de
poche. Avec la nuit, le bâtiment a changé d’aspect. Les recoins de porte se
transforment en abris possibles pour meurtrier en mal de victime, les bruits
auxquels elle n’aurait pas prêté attention en journée prennent un sens
totalement différent, et la cruche superstitieuse qui sommeille en elle
remplace l’infirmière rationnelle qu’elle est habituellement. Elle n’aurait pas
dû raccrocher, le trajet aurait était moins effrayant avec Max au bout du fil. Elle
arrive enfin au grand escalier qui la conduira à sa chambre et entame la montée.
Un claquement de porte plus bas déclenche une peur panique qui la fait courir sur
les deux derniers étages et arriver, le cœur battant et complètement essoufflée,
à la porte de sa chambre. Là encore les ombres semblent héberger d’obscurs
personnages. Elle est redevenue la petite fille qui avait peur du noir. Elle
cherche la clé dans sa poche d’une main tremblante et l’engage laborieusement
dans la serrure. Il lui semble entendre un bruit de respiration derrière elle,
mais la porte s’ouvre enfin et elle s’engouffre à l’intérieur en refermant à
double tour le plus rapidement qu’elle le peut. La pièce sent la lavande. Elle
déteste cette odeur. Ça ne sentait pourtant pas la lavande tout à l’heure. Elle
sursaute en entendant un bruit sourd de l’autre coté. Elle aimerait croire que
c’est son imagination. Il faut que ce soit son imagination.
Un nouveau bruit sourd… Elle se plaque le dos contre la porte en espérant
ainsi empêcher toute intrusion, mais ses cinquante kilos ne feront pas le
poids.
- Il y a quelqu’un ?
Pas de réponse, bien sûr. Elle se sent ridicule mais elle est quasiment
sûre d’avoir entendu quelque chose.
- Hé, il y a quelqu’un ? Répondez, ce
n’est pas drôle !
Toujours rien.
Elle prend son téléphone portable pour appeler Max. Oui, tant pis si elle a
l’air ridicule. Tant pis s’il n’y a personne. Tant mieux même, pourvu que ce ne
soit rien. Elle ne pourra pas dormir dans ces conditions, à guetter le moindre
bruit, il faut qu’il la rassure.
Un grattement contre la porte la fait sursauter et la conforte dans ses certitudes : il y a quelqu’un derrière la porte. Ses mains tremblent tellement qu’elle doit s’y reprendre à plusieurs fois pour composer le numéro de son ami. Rester calme et respirer. Max, Max, réponds, dépêche.
à suivre...
*****
En réponse à l'appel "Terreurs et horreurs"
23 mars 2009
Les carottes de la peur - 3
****
Cet hommage au film Les Oiseaux d'Alfred Hitchcock (1963)
répond à l'appel des "carottes de la peur".
22 mars 2009
Le feuilleton du dimanche
Une quête infernale
Shi May Mouty
deuxième épisode
Plusieurs lieux furent envisagés. Parmi eux, Rome fut rejeté illico presto, pas question de s’approcher autant du Vatican, les deux camps étaient d’accord, même si l’argumentaire différait. Yalta fut refusé par Dieu qui gardait un trop mauvais souvenir de Staline. Versailles emporta d’abord les suffrages jusqu’à ce que quelqu’un fasse remarquer que le lieu était infesté de touristes. La conférence aurait lieu à Genève, ville sure et discrète.
Une banque ayant besoin de se refaire, crise oblige, leur loua une salle en fermant les yeux sur l’origine des fonds. Pas un poil de sourcil ne frissonna quand on leur annonça ce que l’on était prêt à payer pour avoir l’immeuble à disposition, vide de toute âme, à compter de 22h jusqu’au lendemain matin.
Conférence au sommet oblige, la plus haute salle de réunion du bâtiment fut choisie.
D’une part, les plaignants : Lucifer accompagné des démons supérieurs, jusqu’au 11ème échelon. Tous arboraient l’allure respectable de banquiers suisses : costumes trois pièces gris foncé, cravates discrètes. Mais leurs lunettes à fines montures ne dissimulaient pas complètement leurs yeux rouges flamboyants.
De l’autre : Dieu, resplendissant de lumière, assisté des archanges Michel et Gabriel et de Saint Pierre, porteur des clefs et responsable des entrées du Paradis. Dieu était venu investi de l’essence de tous les dieux vénérés de tous les temps vénérés : Osiris, Thor, Zeus, Vichnou, le Grand Manitou… Son imposante barbe neigeuse, étalée sur une longue tunique azur, irradiait.
Razibuth en était donc, et put admirer la table ronde. D’un côté crépitaient des étincelles rougeoyantes, en face flottaient des volutes de fumées bleutées. La zone de contact des deux fronts était le siège de nombreuses turbulences et distorsions de l’espace.
Une ritournelle flottait dans l’air parlant d’un oiseau, d’un enfant, d’une chèvre et d’autres animaux. Saint Pierre, quotidiennement au contact des âmes humaines fraichement décédées, était imprégné de bribes de leur ancienne existence. Il chantonnait ainsi souvent le dernier titre à la mode, reconstitué à partir de furtives réminiscences de ceux qu’il accueillait.
A part des regards qui en disaient long, aucun geste déplacé ne fut constaté de part et d’autre de la table. Les conditions étaient réunies pour une discussion productive. Cependant, selon le langage diplomatique, la réunion fut sincère, amicale, et… brève.
Lucifer, refoulant sa fureur, envisageait d’exposer ses griefs d’un ton mesuré. Toutefois quelques tornades, un tsunami au Groenland et des éruptions volcaniques dantesques en Indonésie, au Japon et en Islande stupéfièrent des météorologues et des géologues qui n’avaient rien de prévu de tel.
Mais à peine Lucifer eut-il ouvert la bouche pour prendre la parole que Dieu l’interrompit d’une voix tonnante. Ses yeux lançaient des éclairs. Et à cette même seconde, des millions d’impact de foudre frappèrent partout sur Terre. Il déclara, parlant simultanément toutes les langues du monde, qu’il ne changerait pas d’avis. Il pardonnerait aux humains, un point c’est tout. Et les diables n’avaient pas intérêt à s’opposer à lui, sinon… sa voix s’enflait… sinon… elle s’amplifiait… sinon… Même les démons les plus endurcis en tremblèrent et battirent en retraite. Horreur, malheur !
La conférence était terminée. Satisfaits, les uns regagnèrent le Paradis, certes un peu surpeuplé. Les autres s’enfoncèrent dans les sombres entrailles des Enfers, et là ils commencèrent à réfléchir. Lucifer, pragmatique, annonça qu’il fallait oublier la honte de cette conférence avortée et aller de l’avant. Il fallait élaborer d’urgence un plan de secours.
Mais ceci est une autre histoire…
à suivre...
21 mars 2009
A vos souhaits !
Pandora (texte) et Map
ont revêtu leurs ailes de fées et se sont penchées sur
"La règle du Atchoum" 
Ceci est une leçon, je vous demande donc d’être tous très
attentifs et de sortir vos plumes et parchemins. Parce que si nous devons vivre
ensemble pendant un long moment, j’aimerais vraiment vous apprendre encore
certaines petites règles. Nous avons parlé hier du glou glou et du scratch
scratch. Mais aujourd’hui je voudrais aborder la règle du atchoum. Ne me
regardez pas comme ça, ce n’est vraiment pas difficile. Mais oui, ne fais pas
ton timide, tu vas voir, toi aussi tu vas très bien y arriver.
Quant à toi petit sacripant, ça suffit maintenant. Tu veux bien
arrêter de rire tout le temps s’il te plait. Je n’ai vraiment rien dit de
drôle !
Donc, si certains d’entre vous éternuent souvent, ce n’est pas
grave et ce n’est pas leur faute, parce que c’est un réflexe, on n’y peut rien. Ça m’arrive aussi. Oui, même moi. Mais bien sûr, il faut simplement toujours
mettre la main devant sa bouche…
Oui, un peu comme ça. A tes souhaits !
Vous avez tous entendu ?
Ha, ha, ha ! Il dormait et ça l’a réveillé… Et bien comme
ça, tu seras plus attentif. Essaie de ne pas te rendormir tout de suite et de
m’écouter un peu, ça n’est pas si ennuyeux tout de même !
Je disais donc, quand quelqu’un éternue, on doit lui dire
« A tes souhaits » et lui vous répond alors :
« Merci ».
Oui, comme ça c’est parfait. Mais tu te comportes tellement
royalement qu’on pourrait presque te prendre pour un prince ! Ne rougis
pas comme ça allons… A tes Amours ! Oui parce qu’au deuxième atchoum, on
dit « A tes Amours »… Et oui, tu réponds là encore
« Merci ». C’est parfait.
Tout le monde a bien entendu comment il fallait faire ?
Vous avez tous vu comment il a fait ?
Si vous suivez bien son exemple, vous aussi vous pourrez aller à
la Cour du Roi sans vous faire remarquer…
Pardon ?
Qui a dit « Chouchou » ?
Personne ?
C’est toi peut-être ? Non ? Alors ne prends pas toujours
ton air renfrogné, tu as aussi le droit de sourire parfois !
C’est peut-être toi ? Non plus ?
Oui, c’est vrai, tu as raison,
Prof, ça ne peut pas être lui puisqu’il avait son pouce dans la bouche. Et
qu’il ne fait jamais que sourire sans parler…
Qui alors ?
Vraiment personne ?
Dans la pièce au
plafond bas transformée
pour l’occasion en salle de classe, Grincheux donne un vilain coup de coude à
Dormeur qui se réveille en sursautant, faisant éclater Joyeux d’un rire sonore.
Simplet, qui ne comprend rien, regarde d’un air interrogatif Timide qui en
rougit de confusion. Atchoum, sentant venir un nouvel éternuement, met
fièrement sa main devant sa bouche tandis
que Prof lance un regard de reproche aux perturbateurs en secouant la tête de
mécontentement…
Et bien dans ce cas, ce sera une punition collective. Vous me
copierez tous dix fois : « Blanche Neige n’a pas de petit chouchou ».
Sauf toi Atchoum, naturellement.










