10 décembre 2009

Quand la science et la fiction se rejoignent

Quand l’humain s’habille du robot

Exosquelettes Partie 2 : usage militaire

Certains modèles d’exosquelette ne sont pas simplement destinés à compenser des faiblesses, mais ont pour but d’augmenter les capacités humaines au-delà de ce qu’elles pourraient faire normalement. Ces modèles sont actuellement développés dans le cadre militaire [1].

En fiction, on trouve ainsi très aisément des exemples de combattants équipés de scaphandres motorisés améliorant leur force, leur mobilité et leur perception. Ce système est ébauché dans le roman « Patrouille galactique » de Edward Elmer Smith paru en 1937.

En 1959, R. A. Heinlein, un autre précurseur dans ce domaine, détaille très bien les fonctionnalités implémentées dans le scaphandre étanche de ses soldats de l’infanterie mobile : « La force contrôlée, contrôlée sans que vous ayez à y penser. Vous sautez… et vous sautez bien plus haut que vous ne l’avez jamais fait dans votre seule peau, avec vos seuls muscles » ; « Le micro est sur votre larynx, les écouteurs dans vos oreilles […] De part et d’autre de votre casque, deux micros vous donnent une écoute environnante aussi bonne qui si vous étiez tête nue » ; « Tout le visuel est projeté sur un miroir devant votre front […] vous avez le visuel-radar plus vite que vous ne passez d’une publicité à l’autre à la télé. […] Si vous secouez la tête comme un cheval harcelé par une mouche, vos lunettes infra-rouge se mettent en batterie. » Ils recouvrent totalement le soldat et permettent aussi de le protéger de son environnement s’il est hostile. Il s’agit de scaphandres intégraux qui s’emploient dans l’espace et ont essentiellement pour but d’augmenter la mobilité, d’aider les militaires à porter les équipements, et à mieux percevoir leur environnement comme le précise encore Juan Rico : « A supposer que vous encombriez un bidasse de tout un tas de quincaillerie qu’il doit surveiller et consulter sans cesse, n’importe quel ennemi équipé plus légèrement – avec une hache de pierre par exemple – pourra lui fracasser le crâne pendant qu’il consulte ses verniers. ». De plus, pour certains modèles (Armored Personnel Unit) dans les épisodes 2 et 3 du film « Matrix » [2] des frères Wachowski ou les exosquelettes employés par les Grendels dans « L’Empire des Etoiles » de Alexis Aubenque, ils offrent une supériorité par leur taille, leur mobilité et la force qu’ils peuvent déployer : « D’un saut fulgurant, un des Grendels s’envola à plus de six mètres dans les airs pour retomber en plein centre d’une troupe de soldats. […] Usant de ses bras mécaniques, le soldat d’Arkan désarticula une dizaine de soldats en un clin d’œil. De ses immenses jambes, il balaya le sol autour de lui, tuant encore […]. Même en levant leurs épées en l’air ils ne pouvaient atteindre l’homme qui se trouvait encastré dans le monstre de métal. ».

Bien sûr, ce n’est que fiction, les équipements décrits ici sont bien plus optimisés que ce que ne permettent les techniques actuelles. Dans les faits, les exosquelettes motorisés développés pour les militaires ne sont pas des dispositifs étanches, mais consistent, comme dans le domaine civil, en l’ajout d’une structure mécanique complexe sur le corps humain. De plus, leur but est surtout de permettre de faire des efforts sans fatiguer le soldat. L’exosquelette motorisé XOS [3] est ainsi développé par le DARPA (Defense Advanced Research Projects Agency) avec la société Sarcos dans le cadre d’un programme intitulé Exoskeletons for Human Performance Augmentation (exosquelettes pour l'augmentation des performances humaines). Le premier prototype motorisé autonome sorti en 2006 pèse environ 70 kg. En 2008 [4], la recherche en cours sur XOS est vantée dans les médias suite à la sortie au cinéma de l’adaptation par Jon Favreau du comics de Stan Lee, « Iron Man ». Le prototype décrit permet de soulever de lourdes charges et possèderait une mobilité suffisante pour taper dans un ballon et monter des escaliers. De même, le HULC (Human Universal Load Carrier) [5] de Berkley Bionics permettrait de porter une charge de 90 kg sans fournir d’effort important. Ces modèles se rapprochent de la Super Armure du jeu vidéo « Fallout » qui met un soldat à l’abri dans une armure métallique tout en lui permettant de porter plus de poids, mais ce dispositif ne possède pas la complexité, ni les éléments de communication et de saut du scaphandre de Heinlein.

Grâce à ces systèmes encore peu diffusés sur le marché, l’humain est donc amélioré par une structure externe qui peut s’installer sans chirurgie et s’enlever aisément. Mais la fiction et la science emploient également des prothèses et des implants installés chirurgicalement pour soigner ou améliorer les humains.

[1] http://www.checkpoint-online.ch/CheckPoint/Materiel/Mat0030-CombattantCyborg.html

[2] http://whatisthematrix.warnerbros.com/apu/rv_cmp/apu_article_index.html

[3] http://www.popsci.com/scitech/article/2008-04/building-real-iron-man

[4] http://www.raytheon.com/newsroom/technology/rtn08_exoskeleton/

[5] http://www.berkeleybionics.com/Unrestricted/HULC.html

Posté par InFolio à 08:00 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires sur Quand la science et la fiction se rejoignent

    Les jeux vidéos ne sont donc pas si loin de la réalité que cela !!!
    L'humain amélioré ... quel programme !
    Espérons que tout cela sera utilisé de façon positive !!!

    Posté par MAP, 12 décembre 2009 à 21:21 | | Répondre
  • Limites de l'exosquelette

    La réalité est que l'exosquelette existe depuis que le linge existe d'une certaine manière. Dans sa définition d'amélioration des capacités du corps humain même, les vêtements permettent au corps de conserver plus de chaleur et donc de le protéger contre des "agressions" externes faibles. Aujourd'hui, la limite de la puissance de cet exosquelette provient seulement de notre limite de conservation d'énergie. On peut avoir des capteurs de lumière infrarouge, amplificateur de son etc facilement, mais pouvoir développer une énergie brute décuplant la force physique, c'est une question simplement de "stockage" énergétique!

    Posté par Luke, 13 décembre 2009 à 16:50 | | Répondre
  • Et en passant

    Et en passant... une grue mécanique... c'est un exosquelette... juste un peu moins "ajusté" au corps...

    Posté par Luke, 13 décembre 2009 à 16:54 | | Répondre
  • Merci Luke pour ces précisions. Je n'avais effectivement pas envisagé cela sous cet angle.

    Merci MAP, fidèle lectrice intéressée de mes chroniques.

    Posté par InFolio, 15 décembre 2009 à 18:59 | | Répondre
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