25 novembre 2009

Eau de rose - 3.3

Eau de lavande
Cacoune

Cacoune_EaudeRose3


En chemin, elle se surprit à sourire comme elle n’avait pas souri depuis bien longtemps. La situation lui paraissait si étrange ! Et quel était ce sentiment étrange de lassitude pour son travail et sa vie de tous les jours ? Elle n’avait pas idée jusqu’à ce qu’il débarque qu’elle puisse ressentir cela. Y avait-elle jamais réfléchit ? Tout cela était bien nouveau pour elle. Elle sentait qu’elle avait peur mais l’attrait de la nouveauté prédominait. Et ce désir… Depuis combien d’années n’avait-elle pas eu envie de quelqu’un, tant sur le plan intellectuel que physique ? Rien ne pourrait l’empêcher d’y revenir. Elle avait toujours été une fonceuse et ce n’est pas aujourd’hui qu’elle se démentirait.
Et elle y alla. Et lui aussi. Le dîner se déroula de la meilleure manière qui soit : confidences, rires, échanges en tous genres sans aucune gêne, ni silence autre que complice. Comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Ils discutèrent jusqu’au petit matin sous le ciel étoilé se berçant l’un l’autre de leurs doutes, de leurs peurs, échafaudant d’autres lendemains. Ils finirent par s’offrir l’un à l’autre avec pour témoins la voie lactée, un champ de lavande et quelques cigales pour la musique.
A partir de cette nuit-là, ils ne se quittèrent plus. Ils passèrent les semaines suivantes ensemble. Il l‘initia à sa vie et elle aima cela. Elle, la financière se découvrait fermière. Leurs journées se déroulaient en divers petits travaux de la ferme et de la vigne et leurs soirées étaient emplies de tendresse et de sensualité. Ils surent très vite qu’ils ne pourraient plus se séparer. Il était surtout devenu inconcevable pour elle de rentrer à Paris dans son petit chez soi étriqué et sombre, reprendre sa vie chronométrée et vide.
La dernière semaine, elle sembla absente. Les yeux dans le vague, elle ne souriait plus. Un soir, il l’interrogea :
« — Quelque chose ne va pas ?
— C’est dur à dire. Tout va si bien ! Et je me sens pourtant si mélancolique. La fin approche et cela me met au supplice. Je ne veux plus jamais partir…
— Et bien ne pars pas…
— Ne me tente pas.
— Mais reste ! Je suis si bien avec toi. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme toi.
— Mais mon travail, ma vie, tout est à Paris.
— Tu veux vraiment que je te supplie ? Allons-y ! » Et il mit un genou à terre. « Avant de te rencontrer, j’avais abandonné tout espoir de construire une famille. Mon rêve de vigne était ma seule famille. Et tu es apparue et as tout chamboulé. Plus rien ne sera pareil dorénavant et il est bien inconcevable que tu repartes. Toi et moi sommes faits l’un pour l’autre… » Il s’arrêta alors, hors d’haleine. Ils se fixèrent longuement et alors qu’elle allait parler, il posa tendrement son index gauche sur ses lèvres.
«  — Eléa… Veux-tu m’épouser ? » dit-il, en lui tendant une petite bague en or gris sertie de 3 diamants présentée dans un écrin de soie blanche et or.
La surprise se lisait sur son visage, et dans ses yeux se reflétait la profonde émotion que cette demande avait suscitée. C’est pourtant sans hésiter qu’elle répondit oui, laissant alors libre cours à des larmes de joie aussi grosses que des œufs de caille. Comment avait-elle si longtemps ignoré qu’un tel émoi pût exister ?
Lui passant la bague, il ne pouvait arrêter de la regarder. Elle était tout ce qu’il avait toujours secrètement espéré, sans jamais oser le formuler. Ils s’étreignirent alors si longuement qu’ils ne virent pas le soleil se coucher.
Le reste prit peu de temps finalement. Elle partit à la fin de ses vacances quatre semaines durant. Cela leur parut une éternité. Elle liquida sa vie parisienne, essentiellement constituée de son travail, de son appartement et du contenu de ce dernier, avec une facilité plus grande qu’elle n’aurait cru. Tous les détails réglés, elle revint nantie de sa voiture remplie de livres et vêtements, ainsi que d’un petit pécule qui, mit au bout des économies de Thomas, leur permit d’acquérir en commun, et plus rapidement qu’ils ne le pensaient, leurs premiers cépages.
Leur mariage vint une année plus tard, à la date anniversaire de leur première rencontre. Ils se marièrent pieds nus, sur leur terre, au beau milieu d’un champ de lavande.
Et après cela ? Ils vécurent heureux et eurent, bien sûr, beaucoup de raisins !

FIN.

***
Ce texte répond à l'appel parfumé "Eau de rose".

Posté par InFolio à 08:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Eau de rose - 3.3

    Ahhhhhh !!!! Pleurer de joie des larmes grosses comme des oeufs de caille !!! Se marier pieds nus dans un champ de lavande !!!! AHHHH !!! Eau de rose et eau de lavande mêlées ... Une réussite du genre. Et bravo aussi pour les photos ! J'ai apprécié !

    Posté par MAP, 28 novembre 2009 à 19:09 | | Répondre
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