23 novembre 2009

Eau de rose - 3.1

Eau de lavande
Cacoune

Cacoune_EaudeRose1

Prisonnière à longueur d’année de la grise mégalopole parisienne, elle rêvait de vivre auprès des vignes gorgées de soleil afin de pouvoir aller, à son gré, pieds nus, fouler la terre rouge du Sud ; sentir les murs de pierres brulés et absorber du plat de sa main leur chaleur ; respirer la bise sucrée descendant de la cime des monts alentours. Et tout voir en violet lavande. Son cœur était aussi hâlé que sa peau était blanche. C’est la raison pour laquelle elle passait plusieurs semaines dans le sud chaque été. Et cette année, ce serait Uzès.
Lui ne rêvait que de vins issus de raisins produits selon les préceptes de l’agriculture biologique. Le travail de la terre ne lui faisait pas peur. Il la travaillait d’ailleurs depuis sa plus tendre enfance, prêtant ses bras à qui en avait besoin : agriculteurs, viticulteurs... Tous, dans la région, le connaissaient. Une vie simple et peu dissipée par ailleurs lui permettrait d’économiser en vue de s’acheter un petit arpent de terrain, si possible de plusieurs ares, sur lequel il enracinerait son rêve.
Malgré tout ce qui les séparait, il était donc sûrement écrit quelque part – à même un cep – qu’ils se rencontreraient. Ce qui ne manqua pas d’arriver un jour de marché. Il était venu prêter main forte à un ami maraîcher dont l’aide était en congés. Son ami parti soulager un besoin urgent de monnaie, il se retrouvait seul sur le stand. Alors qu’elle caressait les pêches ne sachant lesquelles choisir, il intervint.
« — C’est tout un art de se décider, n’est-ce pas ? Car rien ou presque, dans l’aspect extérieur ne nous renseigne sur la maturation du fruit.
— A qui le dites-vous ! Dix minutes que je m’interroge sans réussir à me résoudre à en choisir un plutôt qu’un autre.
— Regardez ! » dit-il, saisissant délicatement le poignet de la belle pour amener sa main au dessus d’un fruit gorgé de soleil. Involontairement, elle frissonna de plaisir au contact de sa peau rugueuse et chaude. « Cette pêche, par exemple. Déjà à l’extérieur, vous savez qu’elle avait une bonne place sur l’arbre. Elle en est rouge de contentement. Sa peau est veloutée : avant même de la toucher vous savez qu’elle sera aussi douce que la fourrure d’un chaton à peine né. C’est cet aspect extérieur qui doit vous attirer en premier. Alors votre main n’aura qu’une envie : la tâter doucement, sans violence. Afin d’en évaluer la consistance. Est-elle dure comme de la brique ? Et dans ce cas, elle ne pourra être consommée de suite et il faudra la laisser mûrir. Ou à l’inverse, cède-t-elle sous vos doigts, pareil à une poche remplie d’eau ? »
Le soleil de midi embrasait la vaste toile de tente sous laquelle le marché était installé. Absorbés par leur tâche, ils ne s’étaient pas vraiment regardés. Pas encore. Alors qu’elle l’écoutait parler, elle s’imaginait qu’il parlait d’elle et non du fruit. Elle imaginait que sa main qui doucement enserrait son poignet remontait lentement vers le creux de son coude. Une sourde chaleur, se distinguant de celle du soleil, émana alors d’eux. Ils durent s’en rendre compte car ils relevèrent la tête et en même temps, lâchèrent simultanément la pêche, qui, mûre à point, alla s’écraser au sol.
Elle avait de longs cheveux châtains plein de nuances, des yeux clairs dont la couleur pétillante restait à définir et elle dégageait une douceur et une sensualité sans pareil. Il dut la fixer un instant de trop car c’est en rougissant qu’elle s’excusa. Sa peau diaphane légèrement relevée de rose aux pommettes la faisait ressembler à une poupée de porcelaine que l’on aurait envie de protéger.
« — Mon Dieu que je suis maladroite ! Veuillez m’excuser, comptez-la. Je vous la paierai.
— Ne vous inquiétez donc pas de cela. Je vais vous en choisir d’autres. En échange cependant, vous avez le droit de m’inviter à prendre un verre, au café de la place, après la fermeture du marché. »
Ses cheveux blonds étaient parsemés de fils blancs et sa peau brunie par les nombreuses journées passées à l’air libre. Un surfeur échoué en plein milieu des terres. Et ce sourire ! Si franc, si empli de bonhomie qu’elle ne put refuser. Elle n’en eut même pas l’idée. Personne ne l’attendait de toute façon et elle avait pensé à amener de la lecture avec elle.

à suivre......

***
Ce texte répond à l'appel parfumé "Eau de rose".

Posté par InFolio à 08:00 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
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Commentaires sur Eau de rose - 3.1

    ça sent bon !

    Uzès,
    le beau sud de la France,
    sa lavande, son raisin et son "surfeur échoué en plein milieu des terres" ... un peu d'eau de rose me va alors à bientôt pour la suite

    Posté par mc d'augé, 23 novembre 2009 à 14:37 | | Répondre
  • "Ecrit à même un cep" ... c'est de bonne augure ... attendons la suite !

    Posté par MAP, 28 novembre 2009 à 18:58 | | Répondre
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