09 juin 2009

Quand la science et la fiction se rejoignent

Quand les robots ont peur

InFolio - StellaSabbat - Llo

Une fois munis de moyens d'interagir avec leur environnement, et d'un aspect humanoïde, il manque encore aux robots une étincelle d'humanité à travers le biais des émotions et de la conscience.

Plusieurs recherches mènent à permettre aux machines de déceler les émotions chez les hommes. Ainsi une équipe de l'Heudiasyc [1] a défini les éléments d'un visage permettant de mettre en évidence les six émotions partagées par l'ensemble des êtres humains : joie, peur, tristesse, colère, dégoût et surprise et a ensuite appris à un robot à reconnaître ces caractéristiques physiques. Reconnaître les émotions humaines est une chose, mais qu'en est-il des émotions propres des robots ?

L'intérêt de leur donner des émotions [2] est tout d'abord du même ordre que celui de leur donner un physique d'humain : faciliter leur acceptation par les hommes. Nexi [3] [4] MDS (Mobile Dexterous Social), un petit robot du MIT qui se veut social, peut faire apparaître sur son visage différentes émotions. De même, se développent actuellement des émoti-robot (ou émorobots) [5] qui réagissent en fonction des attitudes des gens qui lui font face. Ainsi le « heart robot » de Dave McGoran de l'Université de West England [6] [7] est une petite marionnette en plastique qui possède un cœur rouge battant à un rythme variable, et sa poitrine simule le mouvement d'une respiration. Il réagit au son, au toucher et aux mouvements proches. Mais il ne ressent rien. De même, les robots qu'Asimov a créé dans de nombreux textes de la série des « Robots » ont des comportements proches de ceux des humains mais n'ont pas d'émotions réelles.

Or, comme on l’a signalé, la notion d’apprentissage chez les robots est doublée de celle de récompense. Les robots sont alors dotés d’émotions primaires, pour leur permettre de fonctionner de manière suffisamment indépendante et efficace et d’interagir avec leur environnement. Les émotions privilégiées sont la culpabilité et son corollaire, la satisfaction du travail bien fait, ainsi que la peur, ce qu’explique David Moffat, professeur d’informatique à la Glasgow Caledonian University [8] : « L’émotion est très importante chez les humains. Ainsi, un homme poursuivi par un ours éprouve de la peur ; et il apprend à la suite de cette expérience à ne pas s’approcher des plantigrades. Les robots ont besoin de la même chose. Un sujet complètement dépourvu d’émotion ne se fixe aucun objectif et n’a aucune raison de se lever le matin. L’émotion devient la récompense ou la punition qui l’inciteront à atteindre son but. » Une conception restrictive des motivations humaines ou, pour reprendre les termes de Moffat, de ce qui nous donne une raison de nous lever le matin. Certes, le travail, auquel nombre d’entre nous sommes contraints, fait aussi appel à ces émotions primaires, mais l’homme n’est pas réductible à l’activité qu’il accomplit pour se loger, se nourrir… D’autres motivations lui font quitter son lit le matin, plus épanouissantes que cette soi-disant indépendance que, nous dit-on et nous redit-on, nous procurerait le travail salarié, qui relève plus, soit-dit en passant, de la sujétion à un patron.

Quand la Science-Fiction oublie la règle de l'absence de sentiments des robots, on part relativement vite dans les excès. Ainsi, Marvin est un robot dépressif dans le « Guide Galactique » de Douglas Adams (adapté au cinéma sous le titre « H2G2 »), et Bender le robot de la série « Futurama » (dessinée par les créateurs des Simpson) se saoule régulièrement pour oublier. On peut citer aussi Wall-E, le petit robot nettoyeur, du film d'animation de Pixar « Wall-E » (2008) qui tombe amoureux d'un autre robot. Dans la nouvelle « Fou Furieux » de R.A. Lafferty, les robots bichonnent quelques humains pour les garder en colère et de mauvaise humeur, afin de récolter une substance ainsi produite qui leur permet de ressentir des émotions.

Cet accès à la conscience et aux émotions est cependant un défi technologique, et donc une quête longue et progressive. C’est parfois aussi le cas dans le monde de la Science-Fiction comme dans « Tous à Zanzibar » de John Brunner (1968), Shalmanaser, l'ordinateur de l'entreprise General Technik est en route vers la conscience, mais ne l'a pas encore tout à fait atteinte. De plus, lorsque la Science-Fiction dote les robots d'émotions, il est également généralement stipulé que ces émotions sont programmées en eux. La « vraie » émotion au sens « humain » du terme reste lointaine.

[1] http://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosrob/accueil/decouvrir/imiter/emotions.html
[2] http://www.dylan.org.uk/robotemotion.pdf
[3] http://www.psychoweb.fr/videopsy-cybernetique/mit-s-nexi-mds-robot-l-emotion-robotique.html
[4] http://www.jp-blog.org/index.php?2008/04/05/510-nexi-mds-est-un-robot-qui-signifie-mobile-dexterous-social[3]
[5] http://www.lemonde.fr/web/recherche_breve/1,13-0,37-1045797,0.html
[6] http://www.telegraph.co.uk/news/uknews/2470017/A-robot-with-feelings-is-star-of-science-museum-show.html
[7] http://www.sciencedaily.com/releases/2002/12/021216070618.htm
[8] David Moffat, cité dans « La culpabilité comme moteur », The Sunday Telegraph, Londres, article repris dans le supplément technologies de Courrier International, n° 941, 13-19 novembre 2008, p. VIII.

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Commentaires sur Quand la science et la fiction se rejoignent

    Faire apparaître des émotions, O.K. là c'est pas mal au point ! Quant aux vraies émotions !!!
    J'aime bien la bonne bouille de Nexi !
    Cette phrase me plaît bien : "D’autres motivations lui font quitter son lit le matin, plus épanouissantes que cette soi-disant indépendance que, nous dit-on et nous redit-on, nous procurerait le travail salarié, qui relève plus, soit-dit en passant, de la sujétion à un patron."
    Bravo pour toutes ces recherches toujours aussi passionnantes !

    Posté par MAP, 10 juin 2009 à 19:39 | | Répondre
  • merci, MAP.
    Et il faut aussi remercier Stella pour cette phrase qui est née sous sa plume.

    Posté par InFolio, 11 juin 2009 à 08:35 | | Répondre
  • Bravo à toutes les trois de nous faire entrer si savamment dans le domaine des robots.

    Posté par MAP, 11 juin 2009 à 11:37 | | Répondre
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