24 mai 2009

Le feuilleton du dimanche

Une quête infernale

Shi May Mouty

onzième épisode

(juste avant...)

 

Razibuth cherchait comment effacer la honte de cette nouvelle fuite précipitée. Depuis cette retraite désastreuse, il avait des cauchemars peuplés de djinns hurlants et se réveillait angoissé et furieux tout à la fois.
Enfin une idée lui vint, et avant de regagner l’Enfer, il ordonna un petit détour, non pas sur une planète inconnue, mais sur la Terre. Il y connaissait une région éloignée de tout. Là, affirma-t-il à l’équipage, ils trouveraient des âmes qu’ils pourraient emmener sans que Dieu s’en aperçoive. C’était un kidnapping d’âme, en quelque sorte, mais Razibuth était prêt à tout pour repeupler l’Enfer, et ne pas se faire déchiqueter par Lucifer.
Sous sa direction, le « Conquérant Infernal 666 » se posa dans un petit coin de campagne. Les diables sortirent du vaisseau spatial, appréciant la température clémente, respirant un air revigorant. Ils étaient dans une vaste prairie verdoyante, fleurie de nombreux pissenlits et entourée de haies couvertes de fleurs blanches délicatement parfumées. Des vaches paisibles les regardaient en ruminant. Une grande paix se dégageait de ce paysage.
« Commençons par sortir de nulle part en allant tout droit. On finira bien par retrouver la route que nous avons vue avant d’atterrir, puis en la suivant nous irons vers les quelques fermes isolées que nous avions repérées », ordonna Razibuth.
Pourquoi des ordres aussi simples s’avéraient-ils si difficiles à exécuter ?
D’abord traverser la pairie. Soit. Rien de bien insurmontable. Mais l’herbe haute et drue dissimulait d’épaisses et odorantes bouses de vache. Aucun démon n’échappa à leurs traîtres pièges visqueux.
Pour accéder à la route, il fallut franchir la haie. Une haie si belle… si hérissée d’épines d’une longueur et d’une rigidité redoutables. Quelques tentatives plus tard,  une fois leur peau bien déchirée, et bien écorchée, Carmangénino (toujours lui !) se dit qu’il devait bien y avoir une porte, un passage pour que les vaches puissent entrer ou sortir de ce pré. Il chercha… et trouva.
La troupe des diables furieux de ce début d’expédition douloureux déboucha sur une route étroite et sinueuse. Ils s’y engagèrent, longeant toujours de nouvelles prairies aux couleurs riantes bordées d’aubépines. Et partout, des vaches. Toujours des vaches noires et blanches. Mais pas un être humain. Pas un clocher à l’horizon.
Enfin, après une marche qui leur parut interminable, ils atteignirent le hameau. « Bellevue » disait un panneau routier rouillé et percé de trous faits par des plombs de chasse.
Une rivière guillerette, un pont, des granges, quelques maisons. Globalement tout était en ruine, volets fermés et carreaux cassés. Encore un coup pour rien, le lieu semblait abandonné. Mais soudain, là bas, encore loin d’eux, des hommes !
L’Ovide, l’Arsène, le Simon, octogénaires bien conservés, se chauffaient au soleil, assis sur un banc. La Paulette, elle, était descendue à la cave leur chercher une deuxième bouteille de vin pour calmer leur soif printanière. Ils étaient là depuis le début de l’après-midi, heureux de retrouver le soleil et leurs habitudes après un long et rude hiver et un printemps pourri. Ils avaient eu le temps de commenter les nouvelles du monde, du pays et surtout celles du hameau et des bourgs voisins.
− La Claudette au George, elle va marier le garçon de la scierie. Un mariage qui va épater tout le canton, annonça La Paulette en remontant de la cave. Elle était toujours bien informée de ce genre de chose, grâce à la marchande de pain qui faisait sa tournée tous les matins.
− On dit qu’elle attend un petit, ajouta le Simon, qui avait discuté la veille avec la factrice.
− Les jeunes de maintenant…
− Ils sont bien pressés…
− Ah, de notre temps…
− Oué, de notre temps…, soupirèrent-ils en chœur.
Tout occupés à discuter, ils n’en surveillaient pas moins la route en attendant le passage de la factrice, histoire d’avoir des nouvelles fraîches des bourgs voisins. Ce ne fut pas la vieille camionnette jaune un peu bringuebalante qu’ils virent arriver au loin, mais une masse noire et rouge encore assez peu distincte. Pas la bonne couleur, pas assez rapide pour la factrice.

Mais ceci est une autre histoire…

à suivre...

Posté par ekwerkwe à 08:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,


Commentaires sur Le feuilleton du dimanche

    La quête infernale prend donc un petit air campagnard cette fois-ci !
    Rien n'est épargné à nos diablotins : les bouses de vaches , les barbelés ! Hé,hé,hé !!!
    C'est finement observé,rien ne manque, pas même "un panneau routier rouillé et percé de trous faits par des plombs de chasse."
    Les dialogues des octogénaires sont plus vrais que nature !
    AH la,la ... il faut encore attendre dimanche prochain !!!!

    Posté par MAP, 24 mai 2009 à 09:13 | | Répondre
  • mouty a eu envie de faire durer le plaisir et d'offrir quelques aventures de plus à Razibuth avant de conclure, donc, MAP, prépare toi à rester encore quelques semaines en attente du dimanche suivant.

    Posté par InFolio, 24 mai 2009 à 15:48 | | Répondre
  • Je ne m'en plaindrai pas !!! Bravo Mouty !!! Encore, encore !!!

    Posté par MAP, 24 mai 2009 à 21:53 | | Répondre
Nouveau commentaire